TOME III
son portrait, dit à ce peintre qui s'excusait, confus de cet honneur : « Tiziano mérite d'être servi par César. »
Tout le monde sait avec quel honneur Poussin fut accueilli par Louis XIII. Ce roi ne se contenta pas d'envoyer au - devant de lui des carrosses jusqu'à Fontainebleau, et de le traiter magnifiquement lui et ceux de sa suite, mais il le reçut à la porte de sa chambre.
Enfin les Barbaresques mêmes, eurent souvent de la vénération pour les peintres. Filippo Lippi, qui fut pris par eux, sortit de son esclavage par la considération qu'on eut pour son talent, et dont il donna des preuves en dessinant avec beaucoup d'art, entr'autres figures, le portrait de son maître. Celui-ci, à sa demande, le fit reconduire à Naples.
Ces faits prouvent que la peinture a été honorée. Comment ne le serait-elle pas, puisqu'elle se recommande d'elle-même? « C'est un mal, disait Dion Chrysostôme » ( Or. 1 2) de ne pas aimer la peinture et de lui refuser » l'estime qui lui est due : car celui qui le fait par igno- » rance, est bien malheureux de ne pouvoir discerner » toutes les beautés qu'il y a dans le monde ; et celui qui » le fait par mépris, est bien méchant de se déclarer en- » nemi d'un art qui travaille à honorer Dieu, à instruire » les hommes et à leur donner l'immortalité. »
Brossard de Mantini, dans sa lettre sur la peinture, ne reconnaît que trois ennemis qu'ait jamais eus cet art, Moïse, Sénèque et Mahomet. « Le premier, dit-il, le fit » par politique, de peur que les Israélites n'en fissent un » alius au préjudice du vrai Dieu ; le second, par bisarre- » rie et par cet esprit de morale épineuse dont ce farouche » philosophe fait un si grand faste dans tous ses écrits ;