DES PERSONNES ILLUSTRES QUI SE SONT EXERCÉES A LA PEINTURE
»5i on voulait donner à cette question tout le développement dont elle est susceptible , on répéterait d'abord ce que Palomino-Velasco , auteur espagnol, a dit assez au long dans son Traité, tom. ier, pag. i5o,, où il cite une foule de grands personnages qui cultivèrent la peinture ; on copierait ce qu'en a écrit Paul Lomazzo; on rechercherait aussi dans nos histoires tous les faits qui se rattachent à cette question et qui nous feraient remarquer un grand nombre de princes, de princesses et de personnes illustres occupées de cet art et le regardant comme un des beaux ornemens de l'esprit. En effet dans des familles entières de souverains ce goût fut héréditaire : Philippe II, Philippe III et Philippe IV, rois d'Espagne, cultivèrent Ja peinture, ainsi que l'infant don Gabriel de Bourbon, fils de Charles III, roi de Naples; François Ier ne se délassait jamais plus agréablement qu'à dessiner ou à peindre; Louis XIII avait le même goût et ranima la peinture en France; Louis-le- Grand a donné lui-même en dessin les idées de plusieurs monumens qu'il a fait élever; enfin aujourd'hui encore le pinceau est manié dans presque toutes les cours de l'Europe par les plus augustes mains. Mais rappelons seulement à ce sujet quelques personnages de l'antiquité.
Lelius Fabius, ce personnage illustre, dont la famille comptait tant de Consuls, tant de Pontifs et les triomphes de tant de Capitaines, voulut mettre son nom sur les peintures de sa main dont il avait orné à Rome le temple du Salut. Depuis qu'il eut goûté la peinture, dit Cicéron, et qu'ii s'y fut exercé, il voulut être appelé Fabius Pictor. Turpilius, chevalier romain; Labéo, préteur et consul; Quintus Pedius, neveu de César; les poètes Ennius et Pacuvius ; les Empereurs Commode , Néron, Vespasien, Adrien, Alexandre Sévère, Antonin et plusieurs autres n'ont pas cru au-dessous de leur dignité d'employer à la peinture une partie de leur tems. Enfin Jules-César et Auguste, ne dédaignèrent pas de manier le pinceau avec les mêmes mains dont ils portaient le sceptre du monde. L'histoire nous apprend aussi que Constantin cultiva la peinture.
Ces exemples doivent suffire, pour détruire les préventions qu'affectent certaines personnes contre un art si estimé, si recherché dans tous les tems. S'il faut convenir que quelques peintres se sont rendus méprisables par les vices de leur éducation, ça été plutôt l'effet de nos mœurs que l'effet de la peinture. Mais il faut le dire, les ennemis les plus dédaigneux de cet art ont toujours été des gens sans talent, sans instruction et sans goût : leurs dédains ont été proportionnés à leur fortune et à leur orgueilleuse incapacité, et il n'y a pas d'exemple qu'une personne sincère, bien née et bien instruite, de quelqu'état qu'elle soit, ait regardé l'exercice de la peinture comme trivial, n'ait pas tenu à honneur de la cultiver avec succès, ou n'ait pas regretté de n'y avoir pu consacrer des insians de loisir.