‹ Traité complet de la peintureChapitre 91 sur 114 · INFLUENCE DES GOUVERNEMENS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES GOUVERNEMENS

JLjes diverses réflexions que nous avons eu souvent occasion de faire dans les questions précédentes, préparent ce que nous devons dire ici sur les moyens que les gouvernemens ont à leur disposition, pour influer sur la peinture. Nous avons signalé, comme le premier de tous ces moyens, une école complète et publique. Le plus important ensuite, mais qui dépend de ce premier, c'est l'instruction artistique des personnes chargées d'inspecter les tableaux et de récompenser les peintres. Tout ce qu'on pourrait dire se réduit donc à ces deux points : instruction et récompenses. De l'école excellente résulterait l'instruction qui ferait surtout connaître quelle est la destination et la fin de la peinture; de l'instruction une fois répandue chez les juges, et de là dans le public, résulteraient la justice et la convenance dans les récompenses. Favoriser, soutenir, encourager le génie naissant, le protéger contre l'envie, cela se rattache à l'art de récompenser. Etendons un peu ces diverses observations, et nous aurons rempli l'objet de cette question.

Nous avons fait remarquer que, chez les anciens, le gouvernement s'emparait de la peinture, de la sculpture, de l'architecture et des autres arts qu'il voulait faire servir à l'avantage de la société, en leur donnant une impulsion et une direction déterminées. Aujourd'hui les choses se

passent bien autrement : on se demande si le gouvernement doit accorder aux arts autre chose qu'une certaine protection, qu'une certaine activité; on se demande même à quoi servirait qu'il s'occupât de les diriger d'une manière plutôt que d'une autre, et on va jusqu'à regretter qu'il s'en occupe, parce que, dit -on, les beaux -arts ne sont qu'un objet de luxe , qu'un divertissement et une vaine superfluité.

Ces idées sont émises parfois à la tribune législative, dans les salons et dans les livres. Enfin il semble que nous ne sachions que faire de la peinture et de la sculpture, et que les peintres et les tableaux soient de ces choses qu'il faut se résigner à supporter, comme des effets inévitables de la surabondance des vieilles sociétés. Etrange manière de raisonner ! Il est certain que si les peintres avaient fait voir plus fréquemment des tableaux utiles par leur beauté, les gouvernemens eussent aperçu cette utilité, ainsi que le but avantageux où tendent tous les beaux-arts; mais, dans cette importante affaire, qui devait commencer des gouvernans ou des artistes ? Les peintres et les académiciens n'ont donc point fait ce qu'il fallait faire, malgré tout l'argent que les uns ont coûté à l'état, et malgré tous les réglemens, tous les concours, toutes les distribubutions honorifiques et pompeuses des autres. Les souverains n'ont point atteint le vrai but général et moral; mais les académiciens ont souvent atteint leur but particulier, c'est-à-dire, qu'ils sont parvenus à concentrer au milieu d'eux le pouvoir directeur, et à se maintenir les maîtres sans lutte et sans aucun risque.

On est donc tout près aujourd'hui de mettre en question si on a quelqu'avantage à retirer moralement des

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