‹ Traité complet de la peintureChapitre 92 sur 114 · INFLUENCE DES GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES GOUVERNEMENT

beaux-arls, ou si on doit continuer de les abandonner à eux-mêmes et de les mettre seulement à contribution, pour servir quelques intérêts de circonstance, quelqu'àpropos passager. On convient qu'on peut les considérer aussi sous le seul rapport du produit commercial; mais en fait de peinture et de sculpture, il semble qu'on découvre sous ce point de vue peu d'importance, bien qu'autrefois la Hollande et la Flandre aient retiré beaucoup d'argent du dehors au moyen des nombreux tableaux exportés de ces pays. L'utilité morale des beaux-arts : voilà la question qui doit intéresser les gouvernemens. A ce sujet, un raisonnement fort simple est à faire, c'est qu'en abandonnant les arts à eux-mêmes, on les laisse se corrompre. Or comment se garantir ensuite des effets de celte corruption? Pourra -t- on détruire les beaux-arts? Non. Il faut donc les perfectionner d'abord , puis s'en servir ensuite avec profit. Reste à savoir par quel moyen on peut perfectionner les beaux-arts.

Quand le public voit une grande quantité de productions nouvelles étalées de tous côtés, il en est ébloui; les journaux applaudissent, ils enivrent, ils assourdissent; enfin il n'est presque plus permis alors de douter de l'état florissant et glorieux de la peinture. Cependant, lorsque Pline nous dit : cessavil deindè avss ensuite l'art cessa, il ne voulait pas dire, nous l'avons déjà fait remarquer, que l'on ne faisait plus d'images des dieux en marbre ou en peinture, ni qu'il n'y avait plus d'artistes occupés; il voulut dire, que l'art baissait et dépérissait, et il le pensait, malgré la foule de productions qui abondaient comme auparavant. Les connaisseurs peuvent donc dire à certaines époques, et même lorsqu'ils voient naître un grand tome m. 24

nombre de tableaux: l'art s'éteint aujourd'hui; bien plus, au tems où l'on serait comme inondé d'un déluge de peintures, on aurait droit d'être méfiant sur l'état de l'art.

Cependant, objectera-t-on, supposez un gouvernement qui veuille réellement et qui favorise les progrès de la peinture et de la sculpture; est-il sûr qu'avec des écoles excellentes et des récompenses bien entendues, il arrive à son but sans l'aide de ce hasard qui fait naître en certains tems les grands génies, les grands artistes, et s'il ne se trouve être venu à une de ces époques glorieuses mais si rares, que la nature réserve, pour ainsi dire, de loin en loin? On doit répondre à cette objection que tout gouvernement ne manquera pas de parvenir à ce but, si, pour l'atteindre, il commence par s'aider i° des hommes les plus éclairés, parce que l'ignorance ne produit rien de bon, même avec tout l'or du monde , 2° des hommes les plus probes, parce qu'ils devront repousser toute idée de tromper, toute idée de feindre : tromperie facile , puisqu'en éblouissant on parvient aisément à produirel'aveuglement ; feinte très -commune, quoiqu'elle n'opère rien d'utile. Aussi toutes les fois qu'un gouvernement, pour remplir cet objet, descendra à la source, organisera et complétera des écoles publiques, exigera qu'on y enseigne les conditions fondamentales de l'art; toutes les fois qu'il y prescrira les modèles Grecs pour guides, qu'il avilira les corrupteurs et les maîtres charlatans; toutes les fois qu'il établira des récompenses pour les plus habiles, positivement dans les grandes parties des beaux-arts; qu'il n'encouragera que le simple, le vrai, le naturel et le beau; que ses vues ne se tourneront que vers la pureté du goût, la dignité de l'art et son utilité dans la société : un gou-

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vernement, dis-je, qui prendra tous ces soins, verra bientôt de nouveaux Poussins et de nouveaux Apeiles ; il n'aura rien à redouter des arts, et il en tirera toujours un utile parti.

Maintenant on demandera peut-être s'il est nécessaire que le gouvernement soit pacifique, s'il convient qu'il soit favorable à la liberté, etc. Mais j'ai parlé ailleurs de toutes ces conditions, qui, jele crois, ne sont que très-accessoires. (V. les chap. 5s>, 55, vol. ier.)

On a dit encore que les états riches seulement, peuvent servir les arts, en ordonnant de grands travaux, comme si les chefs-d'œuvre devaient toujours être de grande dimension, comme si un peintre n'était grand que lorsqu'il couvre de couleurs de vastes toiles ou de longues murailles. Les simples particuliers, ajoute-t-on, ne peuvent pas faire ériger des statues colossales, ni faire peindre des coupoles et des galeries, et il n'appartient qu'aux souverains très -riches de se livrer à d'aussi grandes entreprises. Mais si les colosses ou les tableaux gigantesques sont imposans et propres à la décoration des vastes édifices, il ne faut pas en conclure que dans les grandes peintures se trouvent les plus grandes idées : douze tableaux de six pieds peuvent illustrer une école, ainsi que la nation à qui elle appartient.

L'art statuaire, répète-t-on, se corrompt dans les boudoirs et se perfectionne dans les places publiques. Gela est bien vrai ; mais il y a un milieu entre l'un et l'autre choix, et la dimension d'une statue ne fait rien à la chose. Enfin, ce serait un effort presque ridicule que celui d'un ministre qui se persuaderait qu'il va faire naître de grandes conceptions et répandre le goût du grand , parce qu'il

commanderait de vastes peintures devant être très-coûteuses et étaler un grand nombre de figures gigantesques peintes avec un apparat et des décors qui imposent toujours un peu au vulgaire, il est vrai, mais qui, par cela même, semblent exempter le peintre d'une correction et d'une philosophie qu'on n'exige guère de lui, s'il produit d'ailleurs de la pompe, de l'éclat et beaucoup de fracas. Au surplus, ces vastes tableaux, sous quel rapport les jugera-t-on? Sous celui de leur similitude avec les vastes tableaux de l'Italie, comme si les trois quarts de ces grandes et colossales peintures de l'Italie, n'étaient pas barbares et dangereuses par l'étalage de leur goût laid et dépravé, et ne faisaient pas voir des efforts et du tems assez mal employés.

Nous avons déjà fait cette question : que reste-t-il des efforts de Louis XIV en fait de sculpture et de peinture? Il ne reste que le luxe de Louis XIV. Mais, lorsqu'il protégea grandement les lettres, il obtint de grands résultats et il éleva de grands écrivains, parce que de très-bonnes ^colesde belles-lettres existaient. Par larchiteoture même il ajouta à la gloire de son règne, parce que les préceptes de l'architecture subsistent et sont basés dans les écoles sur des parties positives. Or ces parties positives, on ne veut point les admettre, les enseigner dans les écoles de la peinture. On sait que les admirables recherches de Desargues et de Bosse furent repoussées, lorsqu'ils les proposèrent à l'académie : les ministres de Louis XIV ne se doutaient pas qu'il eût fallu commencer par paralyser l'académie de peinture et organiser une école savante, régulière et complète. Enfin , quand les étrangers cherchent les grands modèles d'art produits par ce fameux

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