INFLUENCE DES GOUVERNEMENS
siècle de Louis XIV, ils voient de tout côté des preuves d'un go&t somptueux, magnifique et empoulé, ils voient des artistes très-habiles, mais ils ne voient ni leçons à recevoir, ni vrais chefs-d'œuvre à contempler.
Dans l'antiquité, lorsque le plus petit souverain voulait favoriser les arts avec discernement, il était sûr d'obtenir d'heureux résultats, parce que, les vrais documens des arts étant connus , il ne s'agissait plus que de s'en servir et de les protéger eux et les artistes. C'est ainsi , comme le remarque M. Heyne, que le pays des Myséens et des Gaîates, qui n'avait jamais été la patrie des arts et des sciences, le devint cependant sous Eumène ÏI, roi de Pergame, et par cela seul, que ce prince, qui aimait les arts et les sciences, les protégea. Aussi fonda-t-il la grande bibliothèque de Pergame, et rassembla-t-il un grand nombre de beaux modèles. Mais aujourd'hui un prince a beau dire: je veux que les pinceaux de mes artistes produisent des chefs-d'œuvre; s'il ne se trouve pas alors et par hasard de ces hommes rares qui seuls et malgré la corruption s'élèvent au-dessus des plus habiles, les vœux du souverain ne seront point remplis. Cependant qu'il ordonne les meilleures théories et les meilleures pratiques d'instruction, qu'il fasse cultiver les arts, selon les véritables règles, et il recueillera d'admirables fruits.
Il est certain que l'Europe a produit constamment et produit encore de grands savans, de très-habiles écrivains en tous genres, on doit le dire, quoique les grands génies soient rares en tous pays et en tous tems. Mais d'où vient cette suite non-interrompue d'habiles auteurs, si ce n'est de la continuation des bonnes écoles. de belles-lettres? N'a-t-on pas remarqué, même de tout tems, que le choix
des écoles influait sur ies talens littéraires, que les meilleurs collèges ont en général produit les meilleurs écrivains, et que les écoles faibles de province ont plus rarement fait éclore de grands talens ? On veut, on attend des chefs-d'œuvre en peinture, et on ne compte que sur îe destin que l'on dit être capricieux et avare, et sur l'argent qui, dît -on, doit élever îe génie. Ne faudrait-il pas plutôt compter sur une culture bien entendue, c'est-àdire, sur de nouvelles écoles meilleures? Mais, dira-t-on, Raphaël et Poussin se sont bien passés de ces moyens, de ces écoles. Cette autre manière d'envisager la question est défectueuse. Il ne s'agit pas que de se procurer de tems en tems un Poussin, un Raphaël; il s'agit de rendre les beaux-arts et la peinture constamment utiles. Quand nous ne posséderions jamais un Âpelle, le but peut néanmoins être atteint. L'agriculteur veut une récolte utile : son vœu n'est pas d'obtenir par hasard quelques épis superbes, venus sans culture au milieu de champs arides; si ce phénomène survient, il n'en est pas enrichi. En admettant cette comparaison, il faudra ajouter que de maigres épis servent et nourrissent, tandis que de mauvais tableaux nuisent en dégradant l'esprit.
Il resterait encore à parler de l'influence que les gouvernemens exercent sur les beaux-arts par l'effet des encouragemens qu'ils distribuent; mais il n'y a rien à dire sur ce point que personne n'ait dit ou pensé. On sait qu'il faut encourager les talens par les récompenses ; les artistes les ambitionnent et les apprécient, et ce stimulant a été employé de tout tems avec succès. Cependant ajoutons, avec M. Émeric David : «L'art des récompenses a sa » théorie. Les honneurs accoinlés par les Athéniens étaient