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PROJET D'UNE ECOLE PUBLIQUE ET COMPLETE DE PEINTURE

/xux considérations qui viennent d'être exposées dans le chapitre précédent, il convient d'ajouter un plan ou projet qui détermine positivement l'organisation et la disposition d'une école publique de peinture considérée dans son complément. Voici ce plan, tel que je le conçois :

Construction de l'école.

L'importance de l'objet prescrira l'importance de tout l'édifice, et par conséquent sa grandeur, ainsi que son degré de beauté. Mais ce qui est à observer en particulier, c'est qu'outre l'espace et la disposition que nécessite la nature des bâtimens , il faut qu'à tout l'édifice soient réunis des cours et jardins suffisamment vastes, plantés et décorés d'une manière calculée pour certaines études des élèves. De plus, il faut pour eux et pour le public des galeries couvertes ou portiques, et même il convient de construire, pour les démonstrations, quelques terrasses sur lesquelles on pourra observer les effets de l'air, du ciel, et quelques effets du dehors.

Salles dlçerses.

La première chose dont ait à s'occuper l'architecte, en fait de disposition, c'est la grande salle d'exposition publique ou salon. Cette pièce importante doit être d'un accès facile, et précédée même d'un ou de deux vestibules.

Le grand salon du musée de Paris peut être proposé ici pour modèle; sa dimension, sa proportion et la construction de la croisée qui l'éclairé d'en haut, sont généralement approuvées. Il est nécessaire qu'une ou deux autres pièces de moyenne grandeur, et éclairées aussi d'en-haut, soient situées immédiatement près le grand salon. D'autres pièces ou galeries éclairées par des fenêtres ordinaires, et situées après celles-ci, sont de même indispensables; les différentes espèces de tableaux qu'on doit y exposer publiquement nécessitent ces différences. Après les salles d'exposition, celles des classes me semblent les plus importantes, quant a leur situation, et quant à l'accès facile aux élèves, aux professeurs, etc. Elles seront au nombre de neuf, toutes à peu près d'égale dimension. Un ou deux cabinets leur sont nécessaires, soit pour l'utilité du professeur, soit pour mettre en sûreté des objets ou instrumens de démonstrations. Le jour qui éclairera ces classes, pourra se varier à volonté. Il est assez naturel de supposer que ces classes seront situées dans la cour d' entrée à droite et à gauche, soit sur la même ligne, soit en retour, ce qui dépendra du plan général que prescrirait le terrein. Il serait utile d'établir une estrade dans chaque classe, soit pour le professeur, soit pour toute autre personne qui assisterait à la classe.

Voici l'indication de plusieurs pièces dont la destination détermine assez et la dimension , et la forme, et la situation : ce sont la bibliothèque , le salon où les professeurs pourront se réunir avant ou après l'heure des classes , l'appartement complet du directeur , le secrétariat où doit loger le secrétaire et qu'il importe de rendre facilement accessible, le salon d'honneur destiné à recevoir les

projet d'usé école publique et complète. 411 princes et les personnages en dignité, l'atelier de moulage qui sera annexé à la galerie des empreintes, la fabrique et le dépôt des matières relatives à la peinture et à la sculpture, enfin le logement du concierge et un corpsde-garde, indispensable dans un tel établissement.

Il y a une remarque à faire au sujet de la classe de coloris. Elle sera donc assez vaste pour qu'on y puisse exécuter des études sur de grandes toiles et pour qu'on puisse y juger les effets à de grandes distances. Plusieurs jours de différentes espèces y seront nécessaires aussi. Ainsi on se procurera le jour du midi ou du nord à volonté.

Il ne reste plus qu'à s'expliquer en particulier sur la construction de la galerie des empreintes, de la salle du modèle vivant, et de la salle des conférences.

La salle ou galerie des empreintes étant destinée à recevoir un nombre toujours croissant et indéfini d'empreintes en plâtre moulées d'après l'antique, et cette collection pouvant aisément devenir une des plus utiles et des plus curieuses raretés de la capitale et de l'Europe, l'architecte doit imaginer sur son plan un développement favorable et proportionné à une si importante richesse. Cette galerie éclairée d'en haut , et ayant aussi d'autres jours de fenêtres, produira nécessairement en dedans, comme en dehors, le plus bel effet.

La salle du modèle vivant doit être éclairée, tantôt par la lampe, tantôt par le jour naturel, venant d'un peu haut. La dimension de cette salle doit être assez grande pour contenir tous les élèves de l'école qui seront autorisés à y dessiner le modèle nu. On aura soin que cette salle soit assez profonde pour que le modèle soit vu d'une distance convenable. Deux ou trois cabinets sont

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nécessaires, soit pour le modèle, soit pour le professeur, soit pour placer les sièges ou supports des modèles et autres ustensiles. Quant à la salle publique du nu, à l'usage des artisans et des artistes non attachés à l'école, elle sera de même d'une assez grande dimension.

La salle des conférences, devant contenir et les professeurs et les sa vans adjoints ou admis en séance, et en même tems le public qui y assistera, doit offrir une assez grande étendue. Il est nécessaire d'y établir des galeries en estrade, des bancs et des sièges pour les assistans, et de plus une enceinte et des bureaux pour le directeur, les professeurs et les savans aggrégés. Le voisinage de la bibliothèque et de la calcographie conviendrait assez à cette salle, qui d'ailleurs pourra servir aussi à la distribution publique des prix secondaires de l'école.

Organisation de l'école.

11 y aura à l'école un directeur, un secrétaire et un conseil d'administration.

Le directeur sera chargé de maintenir les statuts de l'école dans toute leur intégrité. Choisi par le roi entre les hommes zélés pour les progrès de l'art et connus par leurs lumières et leur caractère, il sera en rapport direct avec le ministère, et interviendra entre l'administration et le souverain. Il habitera dans l'école.

Le secrétaire, nommé par le roi, administrera sous les ordres du directeur et habitera dans l'école.

Quant au conseil d'administration, il sera composé de personnes considérables par leur fortune et leur emploi, et recommandables surtout par leur goût élevé, leur zèle pour le bien public et l'intérêt réel qu'ils ont toujours

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porté aux beaux-arts. Cette place honorifique étant accordée à des amateurs de haut rang, les calculs et les intrigues de l'envie seront aisément déjoués et resteront le plus souvent sans résultat.

Mais comme quelques personnes prépondérantes dans ce conseil pourraient errer dans leurs vues et leurs avis, relativement à des questions importantes pour l'art, le tiers de tout le conseil d'administration sera composé de peintres, de statuaires et d'antiquaires, les peintres étant plus nombreux de moitié que ces deux derniers. Par ce moyen, les artistes seuls ne dirigeront pas les arts, et des amateurs seuls ne donneront pas leur goût pour des arrêts. Au reste, le directeur, le ministre, et bien plus encore le souverain sont une garantie assurée, puisque l'institution de l'école sera par sa simplicité facile à maintenir et à conserver.

Le conseil d'administration s'assemblera tous les trois mois.

Personne, autre que le directeur et le secrétaire, n'habitera l'école. Aucun professeur, gardien, employé, n'y établira son domicile.

Le concierge sera chargé de la surveillance de tout le matériel de l'établissement.

L'instruction à l'école sera gratuite pour les nationaux. Les étrangers paieront une rétribution.

L'instruction comprend neuf classes particulières pour les élèves, et deux lieux d'étude ouverts tous les jours à toute personne munie d'autorisation, c'est-à-dire, la salle publique du nu et la salle des empreintes. Gomme l'étude du modèle nu est indispensable à toutes sortes d'artistes et d'artisans, soit qu'ils apprennent leur art ou métier, soit

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qu'étant tout formés, ils sentent l'obligalion de s'exercer dans l'étude du nu, il est utile et dans l'intérêt même de l'industrie du pays, de tenir ce lieu ouvert publiquement à cet effet. Quant à la galerie des empreintes, il est trop aisé d'apercevoir son utilité, pour qu'on en parle ici; nous y reviendrons tout à l'heure. Ces deux salles seront ouvertes tous les jours ouvrables : cette dernière, trois heures le matin; l'autre, deux heures le soir.

Les neuf classes seront ouvertes les cinq premiers jours de chaque semaine, de dix heures jusqu'à trois. Elles seront professées pendant trois heures seulement, et après le départ du professeur elles seront inspectées par des surveillans. Pendant tout le reste du tems d'étude , les surveiiians seront chargés de procurer aux élèves les instrumens ou objets nécessaires à leur instruction, et ils s'entendront avec le professeur sur ce point.

Le public sera admis à visiter l'établissement de l'école tous les samedis et les jours particuliers d'exposition. Il sera admis aussi aux conférences publiques, qui auront lieu une fois par mois, et même aux jugemens relatifs aux prix. Le dépôt des matières et des instrumens concernant la peinture, la sculpture, la gravure, et destinés à être vendus (voir la page 42& de ce volume), sera ouvert tous les jours, ainsi que le dépôt des empreintes destinées à être vendues de même au profit de l'école.

Les classes seront divisées ainsi qu'il suit : i° classe de graphie linéaire, 2° classe de sciagraphie, 5° classe de chromographie, 4° classe d'anatomie, 5° classe du modèle vivant, 6° classe de composition linéaire, 70 classe de composition sciagraphique, 8° classe de composition chromographique, 90 classe de paysage.

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Classe de graphie linéaire.

Cette classe, qui sera la plus nombreuse, vu la grande quantité de débutons qu'on sera forcé d'y admettre, pour éprouver s'ils sont aptes aux études de l'école, sera divisée en trois sections.

La première section de cette classe de graphie linéaire, comprendra, i° l'étude des élémens de géométrie pratique, 2° les exercices sur la construction faite au compas et à la règle de diverses figures de géométrie, et 3° les exercices faits à vue sur ces mêmes figures.

La 2 e section comprendra les exercices orthographiques faits d'après des dessins représentant divers solides dans toutes les positions et situations, et d'autres exercices à vue sur ces mêmes solides, soit dessinés, soit même réels en tout relief.

Dans la 5e et dernière section, on représentera orthographiquement ces mêmes solides réels, ou d'autres dont le choix sera calculé sur les besoins des élèves. Ensuite et lorsqu'on possédera la manière de les construire et que l'on connaîtra l'emploi de l'échelle perspective, on les représentera perspectivement. Aces exercices, on ne manquera pas d'associer de tems en tems des leçons ou exercices de dessins stéréographiques.

Classe de sciagraphie.

Dans cette classe on apprendra ce qui est relatif aux ombres et ombrages, aux effets de l'air clair ou obscur, aux effets des jours ouverts et fermés, aux effets de soleil, etc. ; enfin, on y apprendra à ombrer juste et à l'aide du compas et à l'aide du sentiment de la vue. On séparera les études ou les opérations relatives aux représen-

4l6 PERFECTIBILITÉ DE LA PEINTURE.

tations géométrales et celles qui seront perspectives, etc. ; de plus, on imitera divers reliefs. (Voy. dans ce traité les chapitres relatifs au clair-obscur. )

Comme autre chose est l'ordre des questions suivies dans un traité et autre chose l'ordre des exercices suivis dans une école et dans des classes , les professeurs zélés pour l'art distingueront aisément, à l'aide de la table des chapitres de ce traité et à l'aide du texte de ces mêmes chapitres, quels sont les exercices qu'il convient de faire faire les premiers aux élèves.

Classe de chromo graphie.

Les exercices pratiqués dans les classes de chromographie consistent à répéter sur des échantillons les teintes géométriques des différens objets, à diviser ou à affaiblir mathématiquement les teintes, à les affaiblir ou les achromatiser selon l'obliquité, des surfaces, à tenir compte de l'air coloré, etc. Il y faudra distinguer le perspectif du géométral, comprendre le rapport qu'il y a entre le ton évanouissant et le point évanouissant de l'échelle de réduction perspective, calculer les teintes inégales et semblables , faire des exercices perspectifs sous toutes sortes d'airs colorés, et représenter les corps luisans et transparens, tels que les métaux, les carnations, etc. , et de plus, les vapeurs, fumées, brouillards, etc. On apprendra encore dans cette classe ce qui est relatif à la touche et au matériel.

Classe d'anatomie.

Ce que je dirai aux chapitres de l'anatomie fera assez connaître tout le besoin qu'on aurait pour cette classe de squelettes de différens caractères, portant une indication écrite de leur âge, de leur pays, de leur sexe et de

projet d'une école publique et coîiplete. ^7 leur espèce en général. Il serait à désirer qu'on fît, pour cette classe, les frais d'un ou de deux squelettes articulés par écrou, afin qu'ils pussent recevoir et tenir toutes les attitudes qu'on voudrait leur donner.

Une collection de pièces anatomiques moulées sur des corps dépouillés de la peau est aussi indispensable. Il s'en trouve çà et là d'admirables. Mais c'est l'école de peinture qui devrait surtout en être abondamment fournie, ainsi que de pièces naturelles injectées et desséchées.

Dans cette classe doivent être réunis les livres qui, traitant de l'anatomie et des proportions, peuvent servir aux artistes. On y exposera aussi les dessins anatomiques les plus remarquables parmi ceux qui auront valu des encouragemens aux élèves, et on en fera exécuter de particuliers servant aux démonstrations.

On pourra réunir aussi des antiques représentant des squelettes ou des figures écorchées , et y rassembler un certain nombre de squelettes d'animaux.

C'est dans cette classe enfin que se trouveront exposées les tables de proportions dessinées orthographiquement et rangées par espèces et par caractères.

Les divisions de cette classe sont indiquées ainsi qu'il suit : ire division, dessins d'après le squelette et l'écorché; 2e division, copies des tables de proportions; 3e division, indication graphique du squelette et de l'écorché dans des figures dessinées d'après les statues antiques.

Classe du modèle vivant.

Nous avons projeté deux salles d'étude du nu, une publique et une particulière. La première est offerte aux personnes qui ont besoin de cultiver le dessin de la figure tome m. 27

humaine et du modèle vivant, soit pour leur art, soit pour leur industrie. Mais ici il s'agit exclusivement de la classe particulière où Ton rattacherait l'étude du modèle vivant à la théorie générale et à la vraie pratique de la peinture. Les choses seront donc disposées dans cette classe de manière que les élèves puissent mesurer le modèle, en prendre l'orthographie, le copier au compas au moins autant qu'à vue, le copier par construction, l'imiter enfin par tous les procédés qui sont nécessaires pour l'exécution des tahleaux. Ainsi on commencera par en arrêter les proportions sur un tableau qui servira pour tous les étudians , on cotera même les différences qu'il offre avec les proportions de la figure canon, etc. , enfin on se conformera à ce que nous avons tâché d'expliquer dans les différons chapitres relatifs à cette importante étude.

L'habitude, il vaut mieux dire la routine, que l'on suit dans toute l'Europe aujourd'hui, quand on dessine une figure nue , sans régulateur, sans point de repère, sans moyens de géométrie , et seulement par sentiment, empêchera peut-être de comprendre comment dans une école publique les élèves pourront opérer le compas à la main et en mesurant leur modèle. Mais il faudrait, pour bien entendre et pour saisir ce que je propose ici, avoir compris ce qui sera expliqué aux chapitres relatifs à l'orthographie. Cependant je dirai, et bien des personnes l'ont remarqué il y a long-tems, qu'il serait nécessaire que l'élève et le professeur connussent très-au juste, comment se présente à la vue le modèle par rapport à sa situation sur le plan, et qu'il conviendrait de déterminer sur la table du modèle, des pans coupés , auxquels correspondraient par leur situation parallèle les bancs des des-

projet d'une école publique et complète. 4*9 sinatcurs. En effet, l'élève ne connaissant pas quel plan formerait le modèle, soit sur leterrein, soit sur la table où il pose, ne peut guère juger des raccourcissemens ni des enfoncemens, et il est à tout moment dupe de ses sensations et même de ses idées. Ces idées et ces impressions varient d'ailleurs selon l'entendement ou la science de l'élève, et selon les mouvemens qu'éprouve ou le modèle ou celui qui le regarde. On peut donc lors des séances publiques adopter trois faces orthographiques principales, et un élève peut y prendre les mesures du modèle sous chacune de ces trois faces, puis coter ces mesures sur un tableau , et les communiquer ainsi aux élèves qui sont sous chacune de ces faces, en sorte que neuf élèves placés sur trois rangs les uns au-dessus des autres pourraient dessiner par ce moyen, ce qui ferait pour les trois faces vingt -sept dessinateurs; les autres dessineraient à vue et entre ces trois faces. Mais, je le répète, autant ce procédé sera facile à imaginer ou à comprendre pour celui qui connaîtra la théorie pratique de perspective offerte dans ce traité, autant elle semblera étrange aux dessinateurs qui n'ont d'autres idées que les idées actuelles et routinières des ateliers.

Il y aura un nombre suffisant de modèles vivans payés à l'année par le gouvernement ; ces modèles pourront être gardiens de l'école. Le directeur décidera s'il y a des cas où il faut employer des femmes modèles : alors plusieurs professeurs et le directeur lui-même , s'il le croit convenable, assisteront aux séances. L'admission des modèles, dont on variera les espèces, se fera par le directeur, par les professeurs et par un certain nombre d'élèves choisis parmi ceux qui auront remportés des prix.

La pose du modèle durera deux semaines. Elle sera donnée par les professeurs et par les élèves qui auront eu des prix. La pose sera arrêtée avant l'heure de la séance, et les places seront distribuées au sort.

Dans le courant des semaines où aucun concours n'aura lieu, les élèves consulteront à volonté le professeur chargé de les instruire. Le professeur se mettra à la place de l'élève, et les bancs seront disposés de manière que l'élève puisse voir et entendre la correction sans déranger les élèves voisins. Cette classe sera munie de tous les instrumens non-portatifs, dont les étudians ont besoin.

Classe d£ composition linéaire, comprenant i° l'étude de la philosophie de l'art et par conséquent celle du beau et de la disposition ; i° celle des embellissemens; 3° l'étude de l'histoire et celle du costume et des draperies, démontrée sur la nature.

€e titre explique assez quel doit être le caractère de cette classe. Etudier la théorie du beau; chercher à comprendre le précieux et antique principe de l'unité; l'appliquer à l'invention, au mode et à l'intérêt du sujet, à la pantomime des figures et à la disposition des objets; faire des études philosophiques et géométriques sur les caractères , les proportions et les canons des ligures , selon leurs espèces ; embellir, selon ces caractères, les individus ; composer les vêtemens et leur appliquer le principe du beau optique et du beau intellectuel; en un mot, rechercher ce que l'histoire, le costume et les mœurs ont de relatif à la peinture: telles sont les grandes et importantes études prescrites dans cette classe.

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Classe de composition scia graphique.

Tout ce qui est dit clans ce traité et qui a été indiqué à la table des chapitres, relativement à la beauté du clairobscur, explique assez quels doivent être les exercices appliqués à cette classe. Plusieurs épreuves et contreépreuves linéaires du même sujet seront offertes à l'élève, pour qu'il en combine le clair-obscur, selon ses vues et son génie, et il devra toujours être vrai ou vraisemblable en se proposant ces combinaisons. (V. la sect. suivante).

Classe de composition chromo graphique.

Les mêmes observations que nous venons de faire à la section précédente sont applicables ici. Le choix des couleurs, le choix de l'air coloré doit être adopté : i° selon les règles du beau, c'est-à-dire du beau intellectuel (cela se rapporte au caractère, au mode du sujet) ; 20 selon les règles du beau optique (cela se rapporte à cette harmonie oculaire qui charme par l'effet de l'unité) , et comme rien n'est beau que le vrai, le professeur jugera aisément si l'élève , dans ses combinaisons et ses inventions chromatiques, blesse les lois de l'optique naturelle ou les lois du possible, ou même celles du vraisemblable.

Classe de paysage.

Cette classe sera distinguée en deux divisions, la représentation et la composition. Dans la première on apprendra ce qui est relatif surtout à l'imitation des ciels, des arbres, des eaux, et à la méthode pratique d'exécution pour certains objets. Quant aux études qui sont relatives au vrai et au beau, soit dans les lignes, soit dans les tons, les teintes et la touche, elles devront avoir été faites par

les élèves qui se présenteront dans cette classe. Dans la seconde on s'exercera sur la composition, qui comprend les modes et les caractères dans les paysages.

Toute cette école de peinture ayant pour but principal de donner à l'état d'habiles artistes, l'inspection ou la direction dans les études est une des principales conditions d'une pareille institution. Le directeur jugera donc s'il doit autoriser tel ou tel élève à passer d'une classe à une autre, afin que l'on n'abuse pas de cette facilité. Au surplus , les concours pour les prix étant des épreuves collectives, puisque ces épreuves s'étendront sur plusieurs qualités réunies, les concurrens seront intéressés à n'omettre aucune des études nécessaires pour ces épreuves. Ainsi l'élève pourra parcourir l'une ou l'autre classe, selon la marche qu'il lui conviendra de suivre ; il lui suffira d'être apte aux concours prescrits, et d'après lesquels le directeur jugera néanmoins s'il convient qu'il recommence telle ou telle étude dans certaine classe.

On admettra dans les classes, mais non dans les concours, les artistes mêmes qui exercent déjà leur art et qui désireront employer les intervalles de tems dont ils pourront disposer, à l'étude de quelque partie de la peinture; l'école leur sera en tout tems d'un accès facile. Le directeur présidera à cette admission.

Des conférences.

Les élèves trouveront encore, sans sortir de l'école, un puissant moyen d'instruction dans les conférences auxquelles il leur sera permis d'assister. Expliquons ici en quoi doit consister le caractère d'utilité de ces conférences.

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S'il y a un lieu où il convienne de rapporter et d'exposer tout ce que de savantes recherches ont pu faire découvrir, soit sur la pratique, soit sur la théorie, soit sur l'historique de l'art, c'est sans contredit l'école publique honorée de la protection du souverain, illustrée par la présence de personnes en dignité qui consentent à coopérer à ses succès et à son éclat; l'école où professent les plus habiles artistes et qui est soumise aux regards de tout un public avide de contempler ses succès. Aucun savant, quel qu'il soit, ne doit donc dédaigner de communiquer dans ces conférences publiques les travaux importans, les vues utiles dont il peut enrichir le bel art de la peinture. Ainsi les professeurs, les savans aggrégés à l'école, les correspondans de l'école, d'habiles élèves même, si on les en juge dignes, y liront leurs observations et discuteront sur des points relatifs à l'art. Ces discours seront ou imprimés ou copiés aux frais de l'école, et le secrétaire dressera le procès-verbal de ces conférences, présidées par le directeur de l'école.

Outre l'utilité générale des questions d'art traitées dans ces conférences, l'élève et le public retireront beaucoup de fruit des discussions ou examens raisonnes, faits au sujet des morceaux de concours des différens élèves. L'impartialité, obligée par le caractère public de ces jugemens divers, donnera beaucoup d'intérêt à ces sortes de conférences qui, par cela même, ne pourront point tomber en désuétude. Il conviendrait qu'elles eussent lieu tous les mois *.

1 Selon Félibien , la première confe'rence qui eut lieu à Paris fut tenue le samedi 7 mal 1667. Ces conférences se tenaient alors tous les premiers samedis de chaque mois. ;

De la bibliothèque.

Une bibliothèque est indispensable dans l'école, soit pour être consultée par les élèves, soit pour l'être par les professeurs et lors des conférences. Des ouvrages sur le costume, l'histoire, les antiquités, sur Fanatomie, la peinture, et tant d'autres sciences, doivent être toujours à la disposition de ceux qui fréquentent l'école.

A cette bibliothèque on joindra une oalcographie composée des gravures indispensables à l'étude du dessin et de la peinture.

De la salle publique du modèle vivant.

Comme un grand nombre d'artistes ou d'artisans n'ont pas la facilité d'étudier le modèle nu , il est de l'intérêt du gouvernement de rendre facile et publique cette étude. Il y aura donc tous les soirs une étude du nu pour le public. Un ou plusieurs professeurs assisteront à cette étude qui sera gratuite, même pour les étrangers. Les professeurs donneront des conseils aux personnes qui jugeront à propos de les consulter. Cette étude, attachée à l'école, sera sous l'inspection du directeur.

De la galerie des empreintes.

La facilité avec laquelle on répète dans des moules avec le plâtre toutes sortes d'objets, fait désirer atout le monde qu'aucun des restes utiles de la sculpture antique ne soit oublié dans la collection que l'on doit faire des empreintes tirées sur ces beaux modèles; tout le monde se demande comment, avec cette facilité, on ne possède pas à Paris une galerie immense renfermant la collection de toutes les plus belles ectypes. On se fait cette demande avec d'au-

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tant plus de raison, que le matériel en serait moins coûteux à Paris qu'ailleurs, vu l'abondance du plâtre dans ce pays. C'est donc à Paris qu'une semblable collection est à désirer. Une autre raison qui doit faire exiger cette collection dans Paris, c'est que cette ville se trouve située au centre des riches collections de l'Italie et du nord de l'Europe , et qu'elle peut par conséquent emprunter des modèles à moins de frais que d'autres villes, soit à Londres, à Vienne, a Berlin, soit à Rome ou à Madrid.

Il est inutile de parier ici des avantages que les peintres, les sculpteurs et les architectes (car je suppose que cette galerie renfermerait les ectypes d'après les plus beaux fragmens de l'architecture antique) retireraient, ainsi que les antiquaires, d'une semblable collection; les ennemis seuls de l'art ou les envieux manifesteront une opinion contraire.

J'ai dit, en parlant des styles antiques, combien il serait à désirer que l'on établît des classifications parmi les monumens antiques, afin que l'on put avec facilité discerner les parties de l'art exposées dans des exemples rapprochés, ce qui ferait en même tems connaître la marche de l'art antique et apprécier cette source pure et primitive qui a fourni tant de chefs-d'œuvre. Rien n'empêcherait donc que cette vaste galerie n'offrît les empreintes des monumens dans l'ordre que j'indique ici, plutôt que dans l'état de confusion accoutumé, confusion qui fait que les élèves ne savent pas démêler la théorie au milieu des sensations mixtes et des idées incertaines que les sculptures antiques leur font tous les jours éprouver.

Je n'ajoute pas que chaque statue serait posée sur des plinthes tournantes sur pivot dans un piédestal de bois; que

les petits fragmens seraient tous mobiles sur des piédestaux ou plinthes quelconques, afin que la main ne les touchât jamais; et enfin que les médailles et les fragmens de petite dimension seraient placés dans des boîtes vitrées, faites exprès et favorablement éclairées ; etc.

On pourrait encore aviser au moyen d'indiquer dans les empreintes les parties non-antiques. Peut-être que l'addition de quelques petits points saillans, imitant une bavure de plâtre et ajoutés à l'original dans toute la longueur de la restauration , points qui s'obtiendraient par les mêmes points creusés dans le moule, suffiraient pour cette indication. Mais" ces observations, et une foule d'autres de ce genre, nous conduiraient trop loin.

Comme une si riche collection serait augmentée d'un grand nombre de pièces données à l'école par des amis de l'art, le nom du donataire serait non-seulement inscrit sur le registre de l'école, mais il le serait encore sur l'empreinte offerte par lui, en sorte qu'un grand nombre d'ectypes, dont les moules sont détruits et qui périssent çà et là, seraient recueillies et conservées avec soin dans ce dépôt classique. Je dis avec soin, car je suppose la plus grande vigilance de la part des gardiens et du directeur, pour empêcher les dégâts sur des morceaux qui pourraient être uniques. En effet, tel fragment antique n'a été moulé qu'une seule fois, et ni le moule ni l'original ne s'en retrouvent plus. Tel autre aura été moulé à grands frais par un ami de l'antique, et le moule étant perdu, qui sait si une autre occasion de faire mouler l'original enfermé dans quelque cabinet pourra se retrouver? \

1 Je pense qu'on devrait persévérer dans l'encouragement déjà offert à celui qui découvrirait le moyen de donner plus de consistance

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