CHAPITRE
DE LA MÉTHODE QU'ON DOIT FAIRE SUIVRE AUX ÉLÈVES DANS L'ÉTUDE DE LA PEINTURE.
Vj'est ici probablement qu'on se demandera quelle est la méthode qu'il faut prescrire aux élèves dans l'étude de
MÉTHODE A SUIVRE DANS l'ÉTUDE DE LA PEINTURE. ^Ôù
la peinture. Cette question semble en effet se rattacher à celle de l'établissement des écoles et en être le complément. Mais bien qu'on aime à croire qu'il n'existe qu'une seule méthode certaine à suivre dans l'étude de cet art, on reconnaît que rien n'est plus difficile a déterminer que la marche et l'ordre progressif qu'on doit suivre dans l'enseignement de la peinture, vu la différence d'organisation de chaque élève et les circonstances particulières où il peut se trouver. Par exemple, il convient par fois, nous l'avons dit, de le renvoyer dans la classe où il a peu appris et dont il conçoit mal les exercices. S'il est entraîné par des préférences involontaires vers l'étude de certaines parties de l'art, on ne doit pas pour cela le retenir et l'astreindre à un autre choix qu'il ne peut comprendre encore et dont plus tard il sentira mieux l'utilité. Il faut semer quelques agrémens dans cette longue carrière et abandonner à une jeunesse avide un peu de cette diversité qui l'anime, qui l'attache et qui souvent sert à lui rappeler sa faiblesse et parfois même à la faire rougir de ses prétentions mal entendues. Au reste, si d'un côté les circonstances commandent, d'un autre le bon sens et la connaissance de la théorie prescrivent assez ce qu'il convient de faire.
Dans tous les cas, et lorsqu'il ne s'agit pas d'élèves isolés et indépendans, mais des élèves d'une école publique telle que nous venons de la décrire, l'ordre des études est tout tracé; il n'y a qu'à suivre celui des classes et de leurs subdivisions. Mais, je le répète, il serait peut-être inconvenant de commander une marche déterminée et d'exiger qu'on ne s'en écarte jamais; j'admets cette restriction , parce que l'expérience n'a pas encore appris aux modernes, si cet ordre des classes artistiques doit être
aussi rigoureux que celui des classes de belles -lettres, l'Europe n'ayant pas encore, pour servir les beaux-arts, employé un moyen d'instruction analogue à celui qu'on emploie, pour servir la littérature ou l'éloquence.
L'opinion générale est qu'il faut dès les commencemens s'attacher à rendre très -juste l'organe de la vue dans l'élève. Cette idée est excellente, mais il reste à décider par quel moyen on y parviendra. Or on a dit que c'était en l'exerçant avec constance sur des dessins modèles et sur des lignes et des formes géométriques toutes tracées; je ne suis point de cet avis : ce moyen est évidemment très-incomplet et ne conduit que fort indirectement à l'art de répéter les lignes que donnent les objets naturels euxmêmes. C'est cet art de répéter les lignes des objets en tout relief qui est cependant le but de la science du dessin. Il faut donc dès les premières leçons s'occuper de faire comprendre à l'élève les élémens de l'art graphique, ou ce qui est la même chose, de la perspective, et le faire débuter dans l'art de la peinture, la règle et le compas à la main. Ce système est bien différent de celui qu'on adopte ordinairement et qui consiste à faire d'abord dessiner des yeux, des bouches, des oreilles, d'après des dessins, procédé absurde et barbare, à l'habitude duquel on ne croirait pas, si on ne le voyait tous les jours pratiqué T.
1 II n'est guère de personnes parmi celles qui liront ce passage, qui ne se rappellent tout l'ennui que leur ont cause' dans leur jeunesse ces pages d'yeux, de bouches et d'oreilles qu'elles e'taient tenues de produire pour preuve de leur assiduité et de leurs dispositions graphiques. Mais la plupart de ces personnes croient encore que c'est ainsi que se doit enseigner l'art de dessiner. Qu'elles se de'sabusent donc à la fin, et que leur sens commun en ceci, comme en toutes choses, leur serve d'avertissement. Si donc cette ine'thode ridicule des professeurs de dessin, de mettre, commeils disent, les
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Ainsi l'élève le plus jeune doit commencer par connaître ce que c'est qu'une ligne horizontale , perpendiculaire, parallèle; ce que c'est qu'un angle de tant de degrés. Il s'exercera à répéter avec une justesse extrême ces diverses figures , tantôt à l'aide du compas , tantôt à l'aide seulement de la justesse de l'organe, c'est-àdire en dessinant à vue et sans compas ni aplomb (les difFérens chapitres relatifs à ces questions expliqueront assez ces difFérens moyens). De là il doit passer aux premières opérations de la perspective, et apprendre à mesurer les objets naturels et à en rendre sur le papier les dimensions géométriques et orthographiques. Après cette étude, on lui fera sentir la différence graphique qui existe entre la dimension orthographique et la dimension perspective, c'est-à-dire, telle qu'elle paraît par l'effet de la vision d'un seul point déterminé. G'est alors
enfans aux yeux, aux oreilles, est continue'e aujourd'hui, c'est qu'aucune méthode meilleure n'est connue de ces professeurs ; c'est que personne d'ailleurs ne les contrarie dans leur routine; c'est qu'ils peuvent répondre aux parens de l'enfant ainsi condamné aux pages d'oreilles et aux ovales de têtes , qu'ils remplissentleurs vues, puisqu'ils ont déclare vouloir faire apprendre à leurs enfans la figure. Ainsi on peut avancer que ni les parens, ni les professeurs, ni les enfans ne savent à cet égard ce qu'ils font; je dis à cet égard, car à l'égard de l'intérêt du professeur, c'est autre chose. Celui-ci perçoit l'argent privé ou municipal, et ne rend rien en retour. Tout le monde, je crois, sera de mon avis. Une ovale couverte de courbes, n'apprendra jamais à un enfant qui n'a pas la moindre notion de géométrie pratique ou d'anatomie, comment on doit former et dessiner la tête humaine. D'ailleurs cette tête n'est jamais ovale, et les yeux, la bouche etla mâchoire inférieure n'offrent jamais des courbes parallèles et régulières, sous quelqu 'aspect qu'on les considère. Que ne pourrait-on pas dire d'ailleurs des horribles proportions de la plupart de ces têtes, et de la manie barbare de donner à des enfans, pour principes élémentaires de dessin, des yeux chamarrés de carrés et de numéros ?
qu'on lui apprendra à construire des échelles perspectives, selon les différens éîoignemens, selon les hauteurs ou les points de vue où se trouve le regardant. A l'aide de ces échelles, l'élève convertira les dimensions orthographiques d'un objet, tel qu'un cube ou tout autre corps régulier, en dimensions perspectives, et dès -lors il concevra les raccourcissemens optiques et les changemens visuels des lignes. Aussitôt après ces premières opérations, il copiera à vue et sans l'aide du compas et de l'échelle ce même objet qu'il a déjà représenté par un moyen certain et infaillible, et c'est alors qu'il reconnaîtra combien sont grandes et fréquentes les erreurs de la vue, et combien est incertain le seul moyen qui consiste dans l'acte simple de la vision naturelle,* c'est alors qu'il sentira qu'un raisonnement perspectif doit accompagner chaque coup de crayon, et que dessiner à vue sans savoir l'optique de la graphie simple, c'est vouloir marcher en aveugle et alonger gratuitement le chemin déjà si long de l'étude de la peinture.
Après ces premiers débuts, on le fera passer à l'étude des ombres, étude qui ne contient pour les commençans que deux parties, car il ne faut pas encore lui parler du choix et de la combinaison des ombres par rapport à l'effet, à la force, à la vraisemblance et à la beauté. Les deux parties qu'il doit donc étudier sont le géométral ou l'orthographie des ombres et des ombrages, et la perspective des unes et des autres.
Dans l'étude du géométral des ombres, non-seulement il apprendra à connaître leur direction et leur intensité par l'incidence et la réflexion de la lumière; il apprendra encore à connaître le caractère de la source lumi-