‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 20 sur 163 · I. — Peao · texte numérisé non relu

I. — Peao

Elle est une des formes du système cutané dont les deux autres sont les membranes muqueuses et celles qui tapissent les cavités closes (1) • sa destination est multiple et entraîne la complexUe de sa structure. Elle couvre les organessous-jacents d'un vode résistant,

(i) Voyez Lacauchic, Études hydrotomiques et micrographiques, V mémoire. Paris, 1844, p. 68.

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denso, extensible, graduellement rétractile, apte à glisser; elle les contient, les limite ei les préserve des atteintes des agents extérieurs : le double feuillet épidermique et le cliorion sont les instruments de cette protection. Par le corps papillaire dont les nerfs émanent exclusivement de l'axe cérébro-spinal, elle est le siège de la sensibilité générale, du toucher, c'est-à-dire du sens qui multiplie le plus nos rapports avec le monde extérieur et renouvelle sans cesse en nous le sentiment de notre propre existence ; la couche épidermique se moule sur les épanouissements nervoso-vasculaires qui constituent les papilles. Suivant que telle ou telle portion de sa surface est plus spécialement affectée à l'exercice du tact ou au simple office d'une protection mécanique, on voit changer aussi ses conditions d'épaisseur, de densité, de richesse vasculaire et nerveuse, de développement de papilles et décryptes: plus épaisse au crâne qu'à la face, au dos qu'à la face antérieure du tronc, aux membres inférieurs qu'aux supérieurs; très forte et presque scléreuse aux talons et à la hase des orteils, elle acquiert, au voisinage des orifices muqueux, une délicatesse si grande que les deux moitiés du système cutané se confondent par des gradations presque insaisissables. Comme la membrane muqueuse, la peau sécrète, exhale et absorbe ; ces dernières fonctions, qui seules ici nous intéressent, se lient, aussi hien que celle du tact, à l'existence d'un appareil complet de circulation, vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques dont les divisions peuvent être poursuivies jusque dans les couches superficielles du derme. Les excrétions cutanées sont les suivantes :

1° La transpiration dite insensible (voy. ci-dessus, page 110), qui contribue si efficacement à la constance de la température animale (voy. tome I, page 381). La sueur n'est que l'excédant du fluide perspiratoire que l'air n'a pu dissoudre: c'est ainsi que les hommes ou les animaux, échauffés par la course, sont à la fois baignés de sueur et entourés d'une atmosphère vaporeuse ; c'est ainsi que par l'interception de l'air, la sueur se produit sur la main plongée dans du mercure ou recouverte de taffetas ciré : elle n'est donc pour ainsi dire qu'un phénomène accidentel dû à un excès de sécrétion, ou au défaut d'évaporation par accès difficile de l'air, icommeau creux des aisselles. Avec la sécrétion aqueuse de la peau augmente la proportion des matières solides qui s'en échappent; la sueur se mélange d'ailleurs avec la matière sébacée ou smegma cutané; de là la différence de ses caractères d'avec ceux de la trans-

13'J ' IIYnlfMv l'IlIVKK.

pil'iUioli ordiiiaiiïî. La f-iioiir (iiii iiiipiv{^n:iil tiii [^ilcl di; lliiiicllc! porté pendant soixante-dix jonrs a tnui'ni à Tlienard des chlorures pot:issi(|ue et sodi(|UO, de l'acide acéliciuc;, des traces de pliospliaies calci(pie et rerri(|ue et de substance iinitnale. Berzelius a trouvé dans la s,uou\' du front, d(î i'osmazôme, delà matière salivaire, de l'acide laclif|ue, du clilorliydrale d'ammoniafiue, et beaucoup de chlorure sodique. La nature du sniegmafiui se forme à la tête, aux aisselles, à la rf5yion pubienne, à la plante des pieds, communique à la sueur de ces parties une odeur et une composition chimi(pje dilTéi'entes. La sueur des enfants est moins odorante et moins aij:ie que celle des ariultes ; celle d(!S |)ersonnes à cheveux blonds et roux n'alFecte point l'odorat de la môme manière que celle des individus ' bruns ; quelques races humaines, telles que les nègres et les Caraïbes paraissent avoir aussi une sueur d'une odeur particulière. Enfin, il est des constitutions qui ne transpirent point. Une disposition excessive à suer, quand elle ne coïncide pas avec une alimentation exubérante, est un indice de l'atonie de la peau et souvent de tout l'ensemble; la peau est alors aussi plus délicate et plus impressionnable : la moindre oscillation de l'atmosphère, le plus faible courant d'air l'affecte et reter)tit sympathiquement sur les organes internes. Active et perméable, elle diminue pour l'homme la chance des affections des organes respiratoires et abdominaux, des maladies catarrhales et hémorrhoïdaii'es, etc. D'après Hufeland, des causesqui contribuent à multiplier parmi nous ces maladies, ainsi que la goutte, la phthisie, riiy|)Ochondrie, les fièvres gastriques, bilieuses et muqueuses, la plus active, c'est notre négligence à entretenir notre peau dans un état contitmel de propreté et de vigueur par l'usage des bains. Principal théâtre des crises, il faut qu'elle soit perméable et douée d'une grande énergie pour que la nature dirige vers elle les mouvements de sa force médicatrice : le dernier des hommes, dit Hufeland (1), a l'intime conviction que l'entretien de la peau est nécessaire à la santé des animaux. Le palefrenier néglige tout pour étriller, bouchonner et laver son cheval; et si l'animal tombe malade, à l'instant môme il soupçonne qu'on a bien ; pu négliger les soins de la propreté. Chez la plupart des hommes j la peau est obstruée et privée d'action ; l'omission des bains et la malpropreté sont générales parmi les classes inférieures; dans les

(1) La Macrobiotique , ou l'art de prolonger la vie (Je l'hoiime , iradnil jiar A.-J.-L. Jourd.m. Paris, 1838, p. 359.

EXCIIKTA. — EXCUKTION CUTANÉE. 133'

rangs plus aisés de la socifité, les vêtements trop chauds, les l'our- • niros, les lits de plume, la vie sédentaire, rairconfHié des appai- , tements, débilitent et relâchent la peau.

I 2" Le tluide sébacé fourni par les cryptes on follicules ; il conlri- ! bue à protéger le corps papillaire, à conserver à la peau sa sou- ! plesse, à en adoucir les frottements, surtout aux plis (|u'elle forme,

II à la soustraire à la macération des liquides, à préserver les poils de l'humidilé. Le fluide sébacé, ousmegma, graisse le papier gris place

, sur la peau ; par excès de sécrétion ou malpropreté, il s'accumule jus- I qu'à produire des couches ou croûtes de matière grasse, onctueuse et odorante. L'analyse de la matière contenue dans un follicule sébacé agrandi a donné à Nées d'Esenbeck de la stéarine, de l'osinazôme, des (races d'élaïne, de matière salivaire, de l'albumine mêlée 1 à de la matière caséense, et différents sels inorganiques. Le smegma I cutané est sécrété abondamment par le cuir chevelu ; il enduit et pénètre les cheveux qui semblent en être des conducteurs; cette j excrétion est encore plus considérable chez les animaux, notam- ; ment chez les brebis dans la laine desquelles elle forme le suint. Après le cuir chevelu, c'est au voisinage des appareils des sens qu'elle abonde le plus : tels sont la chassie sécrétée par les glandes de Meiboniius et la caroncule lacrymale ; le cérumen, qui sort liquide I des cryptes du conduit auditif et s'y épaissit. L'extrémité libre des i ongles est aussi le siège d'une légère sécrétion de smegma cutané; enlin, il est très copieux aux pieds qu'il entoure d'une crasse noilàtre chez les individus malpropres, aux organes génitaux des deux sexes ; chez l'homme, il forme à la couronne du gland un . dépôt blanchâtre {voy. la note de la page 10, tome I), qui acquiert parfois une àcreté putride, et que Lallemand considère comme i une des causes de pollutions et de masturbations. Les réflexions que nous avons faites au sujet de la transpiration s'appliquent encore ici. Le moyen hygiénicpie par excellence contre les inconvénients de l'accumulation du produit sébacé, c'est l'eau sous forme de bain général et partiel, de lotion et d'ablution à l'extérieur et à l'intérieur (injections entre prépuce et gland), etc. Nous traite- 1 ronsplus bas de ces applications.

3° Le pigment (jui, propre à tous les hommes (les albinos ex- . ceptés), détermine la coloration générale et permanente de certai- : nés races, et, chez les autres, est l'élément des colorations locales I ou accidentelles. 11 est sécrété par la membrane pigmentale de M. Flourens (appareil chromatogène de Breschet et Roussel), la-

■13^1 IIYnifîNR PRIVÉE.

(|uello, appliquén immédiatomfint sur le corps papillaire, n'est séparée du second épidenno que par la couche colorante ellemôme; très apparente chez le nègre et chez le muhUre, elle se laisse apcircevoir facilement sur les mamelons colorés des femmes blanches. Est-elle destinée à défendre la peau contre les effets de l'irradiation solaire? Ev. Home concentre sur son bras nu les rayons du soleil : sa peau devient douloureuse et des phlyctènes s'y montrent ; un nègre, cependant, soumis à la même expérience, n'en ressent rien; suivant qu'il couvre son bras d'un drap noir ou d'un drap blanc, il supprime ou renouvelle les premiers effets, résultat que nous expliquerons plus loin ( Vêtement).

4° Les couches épidermi(iues qui déterminent la périphérie du corps. Sec, solide, translucide, l'épiderme s'épaissit en quelques parties, notamment aux paumes des mains et aux plantes des pieds ; s'use et se renouvelle par le frottement des corps étrangers ; s'amincit et s'exfolie à sa surface sous forme de petites écailles qui abondent au cuir chevelu et qui se détachent dans le bain de tous les points du corps; absorbe l'humidité qui le renfle, le ramollit et le blanchit comme cela se voit après l'application de cataplasmes ; même sur le vivant il s'empare des acides, des sels métalliques et de divers pigments végétaux, et les colorations qui en résultent ne disparaissent, le plus souvent, que par la desquamation delà portion d'épiderme qu'elles occupent, et son remplacement par une nouvelle couche épidermique. L'acide sullurique et le nitrate d'argent noircissent l'épiderme, le chlorure d'or le teint en pourpre, le nitrate de mercure en brun rouge, lecarthame en rouge, le rocou en jaune, l'indigo en bleu. Ces faits sont intéressants pour le choix des vêtements sous le rapport de leur couleur.

IL — Ongles et poils.

Les surfaces recouvertes par les productions pileuses fournissent quelques matières excrémentitielles (fluide sébacé, écadles); en outre , ces productions elles-mêmes dépassent dans leur accroissement les limites de leur utilité, et nécessitent chez l'homme civdisé une tonte périodique ; les parties exubérantes qu'il retranche s'ajoutent à la somme du déchet que forment les excrétions.

1° Les ongles sont des plaques translucides , blanchâtres, flexibles, étalées sur le dos des dernières phalanges des membres, et q

' EXCRETA. — ONGLES. 'iàO

sont constituées par la réunion de filaments cornés analogues aux poils; l'épiderme fait corps avec leur surface supérieure et inférieure , (le sorte qu'ils tombent quand l'épiderme des doigts ou des orteils se détache. Soutiens de l'extrémité des doigts et des orteils , ils protègent les séries de papilles qui leur sont sous-jacentes , et qui impriment à leur face inférieure des stries longitudinales. Ils sont composés de substance cornée, d'une très petite proportion de matière analogue à la gélatine ou à la ptyaline, d'un peu de graisse, de phosphate et de carbonate calciques. Les acides et les alcalis caustiques les attaquent , les dissolvent : c'est là tout le secret des pâtes préconisées pour les amincir et leur donner plus de transparence. Quelques peuplades sauvages ont l'habitude de les teindre avec le chica, lerocou, le henné, l'onoto, etc. Les seuls soins qu'ils

' exigent, c'est d'être lavés et brossés, surtout à la face inférieure de leur extrémité libre qui est le siège d'une sécrétion légère de fluide sébacé ; quand ils acquièrent une longueur incommode, il faut les couper en demi-cercle ; ceux des orteils doivent être coupés carré-

. ment , non en rond ni trop court : c'est le moyen de prévenir leur incarnation, infirmité fréquente au gros orteil et qui nécessite une opération très douloureuse.

T Les poils qui par leur mode de développement ont tant d'analogie avec les dents, couvrent une grande partie du corps ; la peau

' n'en est entièrement dépourvue qu'aux paupières , à la paume des mains , à la plante des pieds , à la face dorsale des dernières phalanges des doigts, à la face interne du prépuce, au gland et au clitoris ; ils abondent à la partie supérieure et postérieure de la tête , au voisinage de l'ouverture des cavités (barbe, sourcils, cils, poils du nez et du conduit auditif, des régions génitales et de l'anus ) ; leur couleur pâlit ou se fonce , suivant l'intensité de l'illumination solaire des climats , de manière à protéger contre l'action de cette

! cause ; l'absence des sourcils et des cils ou leur canltie précoce

j détermine parfois des ophlhalmies rebelles. Les poils sont élastiques , flexibles par la matière grasse qui est sécrétée autour d'eux ; mauvais conducteurs du calorique, idio-électriques, doués de l'élec-

i tricilé positive, très hygrométriques, ils sont remarquables par leur souplesse pendant les temps et dans les contrées humides ; la chaleur les dessèche, les racornit. Ils partagent ces propriétés avec l'épiderme dont ils réfléchissent toutes les conditions : comme lui ils sont susceptibles de s'exfolier un peu à leur surface , et les écailles qui s'en détachent les rendent rudes au toucher, quand on

llYUliiNE PlUVÉE.

passe sur eux les doigts de la pointe vers la racine. On observe cet état des cheveux chez h3s in(Hvi(his (Ujnt r(''pi{h3rnie crânien se gerce et nianiiuc desmegma; leurs cheveux arides se cassent et tombent. L'épidernie du cuir chevelu est-il au contraire solide, luisant, onctueux , la chevelure qui le garnit est naturellement souple et d'un facile entretien. On voit par là i\mi l'état des cheveux, comme celui des dents, se lie aux éléments de la constitution, aux conditions de la santé générale ; leur conservation est au prix des soins que celleci réclame. Néanmoins l'exhalation locale du cuir chevelu commando des précautions : une juste mesure d'aération, la préservation des extrêmes de chaleur et de froid, la propreté et la netteté de l'épiderme, la proscription des topiques irritants et des manœuvres qui tiraillent les bulbes pilileres et endolorissent le cuir chevelu, ce qui ne peut manquer de réagir sur le follicule pileux lui-même. Protecteurs naturels de la tête contre les impressions extrêmes de l'atmosphère, contre les percussions qu'ils amortissent, les cheveux sont en même temps l'ornement le plus noble et le plus gracieux de la figure humaine. Les femmes les laissent croître et flotter en boucles ondoyantes , ou les relèvent tressés en couro'ine sur leur tête; elles oublient qu'à force de les serrer, de les tirailler, de les tordre, elles fatiguent le cuir chevelu, cassent le poil, el en altèrent le bulbe lui-même. Leur nuque se dépouille en premier lieu : c'est la région où le poil est le plus fortement tendu; ensuite le sillon ou raie qui sépare les cheveux jusqu'au vertex, et au delà ; l'espèce de ratissure du peigne fin n'est pas étrangère à l'élargissement progressif de cette calvitie d'abord linéaire. La chaleur du fer dessèche le poil, irrite la peau : « La coiffure qui , sous le rapport de l'hygiène, convient le mieux aux femmes et surtout aux jeunes fdles, est celle qui tient les cheveux doucement relevés et serrés le moins possible ; celle qui consiste à les lisser soigneusement, à les disposer en larges bandeaux, de manière qu'ils soient facilement et toujours aérés , à les démêler matin et soir, à les brosser avec soin et légèreté , à les enrouler mollement. Si , pour les besoins de la coiffure, ou est obligé de les serrer, de les nouer fortement, il faut avoir plus tard le soin de les laisser reposer, de les tenir llottants pendant quelques instants, matin et soir (1). »

L'homme obéit aux convenances de l'état social où il vit en

(1) Voyez A. Cazenavc, Traité des imladiea du cuir chevelu. Paris, 1850, iii-8 avec Ogures, p. 361.

EXCRETA. — POILS ET CHliVEUX. 137

réprimant par des coupes périodiques l'exubérance de sa clievelure. Quelle est l'influence de celle pratique? Elle excite légèrenient le cuir chevelu, et donne un nouvel élan à la croissance des cheveux; ceux ci naissent, en effet, dans un follicule placé dans l'épaisseur ou au-dessous de la peau, et percé à son fond par des ramifications déliées des vaisseaux et des nerfs : les organes producteurs des cheveux, continuant de recevoir après la coupe de ceux-ci la même quantité de matériaux plastiques, se trouveront dans une sorte de pléthore momentanée et de suractivité formatrice. On peut comparer ces phénomènes à ceux (jui succèdent à toute perte de substance : l'organisme y pourvoit avec l'élan d'une fièvre physiologique. La sensation de chaleur et parfois de démangeaison qui se répand dans tout le cuir chevelu s'explique par le mouvement de la vie organique , et par les iraclions et froissements dont s'accompagne la coupe des cheveux. Si celte opération se répète trop souvent, si elle a lieu très près des bulbes pilifères, si le sujet est jeune et le climat froid, ces phénomènes pourront acquérir une énergie pathologique ; et c'est ainsi que les coupes réitérées auxquelles on soumet la tête des enfants dans le but de la débarrasser des croûtes (gourmes) de nature diverse et d'augmenter leur chevelure, ont au contraire pour résullat d'exalter la vitalité du cuir chevelu, d'y déterminer un mouvement fluxionnaire , qui parfois s'étend aux organes intra- crâniens et suscite des accidents funestes ; les coiffures trop chaudes dont on les couvre après ces sortes de tonsures y contriijuent encore. Dans quelques classes de la population polonaise, toutes les causes se réunissent pour produire et exagérer au plus haut degré les effets précités : cheveux coupés avec le rasoir qui accroît tous les phénomènes de surexcitation locale , usage de bonnets de laine ou de fourrures qui accumulent le caloi ique sur la téte , malpropreté excessive qui s'oppose à l'exercice des fonctions de la peau, climat froid, mauvaise nourriture , en faut-il plus pour amener l'exsudation fétide du follicule pileux, le gonflement du cheveu par la surabondance de la matière qui remplit son canal , la plique polonaise en un mot (Londe)? Si les Orientaux se rasent impunément la tête, c'est que la suractivité générale de leur peau dérive les fluides qui tendraient à affluer vers le cuir chevelu. Quoi qu'il en soit, on doit couper les cheveux très loin de leur racine , et seulement pour les ramener k des dimensions qui n'incommodent point. Il faut respecter la chevelure des enfants comme une coiffure naturelle, qu'au-

138 IIYGliîNK PlUVÉE.

Cime autre ne saurait remplacer ni suppléer. La chevelure primitive est la plus belle : la sacrilier quand elle est déjà riche et belle, par routine ou par crainte d'un calvitie éventuelle, est une extravagance parfois irréparable et dont les exemples ne manquent point ; il ne faut môme pas la raser dans l'espoir d'une chevelure plus épaisse, plus fournie : cet espoir pourrait être déçu. La rafraîcidr, c'est-àdire en couper une portion minime , est une pratique plus utile, sinon pour en prévenir la chute , au moins pour en régulariser la croissance. Elle est indiquée quand les cheveux végètent mal ou dégénèrent en l'absence de causes locales ou générales et diatliésiques, quand leur abondance semble en disproportion avec les forces du sujet, quand déjà le cuir chevelu commence à se dégarnir ; celte opération est toujours préférable à l'abrasion complète des cheveux. Toutefois il ne faut pas la renouveler avec une fréquence mal calculée ; en coupant les cheveux trop souvent ou trop près du bulbe chez les enfants, on les expose à des congestions cérébrales, à des exsudations morbides du derme chevelu, à des engorgements ganglionnaires au voisinage du crâne, à des maux d'yeux , à des otorrhées, à des douleurs d'oreilles, à des fluxions dentaires, à des angines, à des coryzas. La plupart de ces accidents menacent aussi les adultes dont les cheveux sont coupés de trop près, et qui ne font pas usage de coiffures chaudes : rares dans la saison tempérée et chez des personnes saines, bien vôtues et à peau très active , ils surviennent plus fréquemment dans les circonstances inverses, et frappent de préférence ceux qui s'étaient fait des longs cheveux coutume et parure. Percy en observa la fréquence à l'époque où la coiffure à la Titus fut introduite dans l'armée, et imposa aux vieux soldats le sacrifice de leurs queues et de leurs tresses luxuriantes. On aura garde de dépouiller d'une partie de leurs cheveux le malade et le convalescent ; ce serait appeler sur eux des accidents graves et même la mort : il existe des observations qui prouvent que dans quelques cas elle a été le résultat de cette cause. Les autres sonis qui conviennent aux cheveux ne doivent avoir pour objet que l'entretien des fonctions de la peau qu'ils recouvrent : la débarrasser des débris furfuracés, des squames épidermiques qui s'attachent a la racine des cheveux, des produits de sécrétions anormales, entretenir la transpiration et la sécrétion sébacée dont elle est le siège ; tel est le but que l'on remplit par l'action journalière et modérée du peigne et de la brosse, par des lotions d'eau pure ou savonneuse a une température qui n'affecte point la tête par une impression

EXCRETA. — POILS lîT CDEVEUX. 139

excessive de chaud ou de froid. Des onctions faites de temps en temps avec des corps gras corrigent la rudesse el l'aridité des cheveux due à rinsuflisance du smegma,et leur donnent du lustre et du brillant ; les cheveux secs appartiennent aux peaux les plus irritables , et le cosmétique le plus simple est celui qui leur convient le mieux (1). On remédie à l'exubérance de sa sécrétion par l'emploi de la poudre d'amidon, et mieux par des lotions d'eau de son. M. Cazenave recommande alors d'émonder la tète de temps en temps avec une eau légèrement alcoolisée , ou avec cette solution qu'il a souvent prescrite avec avantage : 2 grammes de sous- borate de soude dans 250 grammes d'eau distillée ; on l'aromatise avec 15 gouttes d'essence de vanille. La poudre d'iris, dont on use à tort, a jeté dans le narcotisme deux jeunes filles qui en avaient sur leur tête (Aumont, 1825 ). Le mélange de poudre et de pommade , si usité autrefois , formait avec la sueur un mastic aussi malpropre que nuisible à l'activité de la peau du crâne. En général, les personnes à cheveux gras et humides doivent se passer de cosmétiques sous peine de suractiver la sécrétion déjà trop abondante de leur cuir chevelu, d'altérer la racine du poil , d'en provoquer la chute , parfois de faire naître une éruption qui contribue à leur calvitie. Hors le cas des cheveux secs, les topiques gras ne peuvent avoir que des inconvénients ; ils ajoutent une cause de malpropreté à celle qui résulte des sécrétions normales et pathologiques du cuir chevelu : quand ils rancissent, quand ils contieiment des ingrédients actifs, quinquina, cannelle, etc., ils peuvent irriter la peau. Pour les cheveux qui commencent à tomber à un âge où la calvitie est exceptionnelle, M. Cazenave recommande l'emploi de trois pommades dont nous reproduisons ci-dessous lesformules (2). Dans les trois à quatre premiers mois de son existence , le nouveau - né ne doit être ni peigné ni brossé : la brosse de chiendent, généralement employée pour la

(1) Prenez : moelle de bœuf préparée, 30 gram.; huile d'amandes amères, lOgram. Évitez que le cosmétique ne rancisse; oindre les cheveux dans leur longueur et à leur racine en les écartant.

(2) Prenez : sulfate de quinine, 2 gram.; beurre du Pérou, 1 gram.; huile d'amandes amères, 8 gram.; moelle de bœuf préparée, 30 gram. Pour onctioa tous les soirs — Prenez : moelle de bœuf préparée, 60 gram.; graisse de veau préparée, 60 gram.; baume du Pérou, 4 gram.; vanille, 2 gram.; huile de noisette, 8 gram. Chauffez au bain-marie pendant une demi-heure, passez et battez dans la terrine avec un pilon de bois. — Prenez : moelle de bœuf, huile d'amandes doqces, huilode noisette, 6 gram. de chaque. Aromatisez ad libitum,

'l^iO llYCllvNE l'IllVliE.

toilelle (les nouveau iit-s, agit couiirio un coipsdur, titille, irrite leur lAte et y attire le sang ; il snliit de reflleurer d'une éponge imbibée d'eau tiède pour entraîner l'excédant de matière grasse qui y adhère ; qnant aux croûtes (jui viennent à s'y former, si elles ne tombent par cette légère friction, il ne faut recourir à aucune autre prali;|ue pour les détacher. L'apparition des poux sur la tête des enfants passe encore, dans l'opinion de certaines gens, pour une sorte de crise dépuratrice des humeurs. Leur pullulation prodigieuse réclame de prompts moyens dont le plus simple et le plus sûr consiste à couvrir la lète de l'enfant d'une feuille de papier enduite d'onguent napolitain. Dans six jours un pou peut pondre cinquante œufs ; les petits en sortent au bout de six jours et sont aptes à pondre à leur tour dix-huit jours après : en deux mois deux femelles peuvent ainsi engendrer dix-huit mille petits. Que l'on imagine la démangeaison hoiTible qui résulte d'une telle pullulalion, les grattements furieux qui l'accompagnent, les déchirures de la peau par l'action des ongles, l'irritation qui se développe, les ulcérations qui lui succèdent et (\ni déversent des nappes de pus iclioreux. On a vu, sous l'inllucnce de ce prurit et de celte agitation, les enfants être pris de fièvre, d'insomnie, et tomber dans un dépérissement rapide qui s'arrêtait comme par enchantement après la destruction des parasites. Il n'est pas inutile de rappeler ici qu& chez les enfants en proie depuis longtemps au tourment de la pullulation pédiculaire, la suppression brusque du mal peut entraîner un danger. La décoction de tabac a été employée contre ce fléau : M. Londe en a reconnu le danger; on vante encore les fortes décoctions de petite centaurée, d'absinthe, les lessives avec les cendres de chêne, le sel commun, les décoctions de staphisaigre, de coque du Levant, de semence d'ail, de céleri, de persil, la pommade soufrée, etc. Les cheveux doivent être coupés court, les poux écrasés au doigt; une propreté extrême et une surveillance prolongée en préviendront le retour.

La perte des cheveux affecte peu la santé des personnes habituées à recevoir sur la tête nue les impressions variables de l'atmosphère et chez qui toutes les fonctions s'exécutent avec régulante; d'autres, plus sensibles ou valétudinaires, deviennent sujettes à des rhumes, à des névralgies faciales et dentaires, à des ophlhalniies, a des otites, etc. Pour échapper à ces maux elles devront s'habituer, avant que leur calvitie se complète, à des lotions de plus eu plus froides, pratiquées plusieurs fois par jour sur la tete. Il eu

EXCRETA. — POU. S ET CnEVnUX. Iki

est fin cuir chovoln coinme do toute autre i)anift do la surface lécrunionlairo externe : plus on lo couvre, plus il devient impressionnable à l'air. Si elles n'ont recours à ces pratiques salutaires, si elles redoutent le contact do l'eau froide et souffrent de celui de l'air, il ne leur reste qu'a se couvrir d'une perruque : c'est la ressource obligée de ceux dont la tête s'est dégarnie brusquement par larges endroits ou en totalité, comme après une maladie aiguë. On fabrique aujourd'hui ces simulacres de coiffure naturelle avec des corps élastiques qui ne pressent que sur un point. La conslriction circulaire des anciennes perruques ou l'application trop collante des modernes donnent lieu à des accidents de lefoulement sanguin vers le cerveau, en aplatissant les vaisseaux qui rampent à la surface du crâne. Percy et Laurent ont vu la teigne propagée par une perruque; la tête de bois sur laquelle le coiffeur l'avait irisée avait reçn la perruqued'un individu atteint de cette maladie. Le faux toupet remédie aux lacunes partielles de la chevelure : on le fixe par deux ou trois petits ressorts où l'on enclave des mèches de cheveux naturels; son agglutination à l'aide d'une solution de gomme ou d'œuf oblige à des soins fréquents, imit à la propreté et ne permet pas de le détacher pour la nuit. Est-il besoin vie faire ressortir les inconvénients de cette industrie de coiffure postiche? Les matières agghuinatives nuisent aux sécrétions normales du cuir chevelu et contribuent à l'arrachement du poil naturel; les ressorts produisent des douleurs locales qui s'irradient au loin, compriment les vaisseaux, et par là compromettent la nutrition du cheveu qui ne tarde pas à disparaître. Les coiffeurs ont eux-mêmes constaté que l'application de toupets partiels entraîne la calvitie complète et l'accélère même alors qu'elle a marché lentement jusqu'alors. Générale ou partielle, une perruque doit être aussi légère que possible, perméable à l'air et à la vapeur de la perspiration cutanée, fixée sans ressort ni agglutination, nettoyée et renouvelée souvent ; on doit l'ôter aussi fréquemment que possible pour aérer la tête. Les préparations que le charlatanisme préconise pour la pousse des cheveux et qu'il décore de noms magnifiques sont drogues et fraude. 11 n'y a chance d'arrêter que la calvitie prématurée, idiopathique, itidépendante de toute lésion locale et de toute diathèse appréciable; quelques topiques médicamenteux sont alors indiqués. Nous avons rapporté ceux que propose M. Cazcnave. L'action du rasoir, laquelle consiste dans une excitation passagère, peut être (lequelquc utilité dans les cas d'asthénie du cuir.chevehi ; dans le

1k2 HYUliîNB PIUVÉK.

cas (rirritaliou de celle parlie, elle liàle au contraire la chute dos cheveux, et elle sera avaiilageusemenl remplacée par des ablutions éinolliciiles et sédatives, en môme temps qu'on provoquera la peau du tronc et des membres par des vêtements de llanelle ei qu'on établira même sur un point convenable un cautère ou un vésicatoire. La rasure n'a d'opportunité qu'a la suite des maladies graves qui ont pour conséquence inévitable l'alopécie, et parmi lesquelles il ne faut point ranger la rougeole et la scarlatine;. Il est des personnes faibles qui ne savent se passer du masque de la jeunesse quand elles en ont perdu les attributs intrinsèques, et qui opposent aux ravages du temps, quoi? la teinture artificielle de leurs cheveux. Nous indiquerons plus loin (voy. Cosmétiques) les agents de cette laborieuse sophistication ; disons seulement que les cheveux croissant de leur base vers la pointe par des dépôts successifs disposés les uns à la suite des autres, il faut sans cesse prévenir les disparates de couleur par de nouvelles applications de matière colorante.

La barbe a subi, comme les cheveux, l'empire de la mode et des traditions. L'Oriental la porte longue et épaisse , l'Occidental la rase avec soin depuis que Louis le Jeune se laissa raser en public par Lombard, évêque de Paris (1143). Toutefois, par une excentricité rétrospective de la mode, on voit reparaître aujourd'hui les barbes longues du temps de François 1"=' qui en donna l'exemple après avoir été atteint à la tête par un tison lancé par Montgomraery(1521). On n'a pas étudié l'influence qui résulte de la présence ou de l'absence d'une abondante production de poils sur une partie de la face; peut-être est-elle neutralisée dans les deux cas par l'habitude; ceux qui se rasent ont la peau du visage moins impressionnable et plus réagissante; ceux qui laissent croître leur barbe y trouvent pour leur peau plus délicate une protection contre les vicissitudes de température. C'est la question du gilet de flanelle : nécessité pour les uns, superfluité dangereuse pour les autres. L'inconvénient ne peut être que dans les brusques mutations. L'homme qui se rase ne peut laisser pousser sa barbe sans changer les conditions d'activité d'une portion de la peau, il est vrai circonscrite, mais voisine des orifices muqueux et des appareils sensoriels; il y concentre une chaleur inaccoutumée, il soustrait au contact de l'air en mouvement une surface qui exhale et qui sécrète. Le porteur de barbe se place en se rasant dans des conditions inverses, et presque inévitablement des maux de gorge, d'yeux,

EXCRETA. — POILS ET CUEVEUX.

; d'oreilles, des névralgies dentaires ou faciales, etc., lui révéleront la solidarité de la peau qu'il a dénudée avec les organes qu'elle avoisine ou recouvre. Depuis que nous avons formulé ces inductions, le docteur Szokalski (1) a fait connaître des résultats d'observation qui les coniirment ; chargé de soigner les ouvriers employés au chemin de fer de Lyon dans une section de la Bourgogne, il les a vus en 1848 garnis de barbes, de moustaches, etc., auxquelles ils ont renoncé quelques années plus tard par un revirement de la mode oii la politique n'estpas étrangère: 53 sujets qu'il a suivis avec attention, tous vigoureux, bien portants, compris entre 25 et 45 ans, ont tous éprouvé une sensation pénible de froid sur les parties de la face dénudées par le rasoir. 27 eurent des maux de dents dont 16 avec fluxion gingivale; le coryza, le ptyalisme, la tuméfaction des amygdales, et chez six ouvriers lymphatiques celle des glandes sous-maxillaires, tels sont les accidents rattachés par ce médecin à la brusque suppression de la barbe et qui ont cessé après sa reproduction. La coutume de se raser cause une perte organique que l'on a calculée : la barbe croît d'une ligne par semaine chez l'individu qui se rase, = 4 pouces par an ; à l'âge de soixante-huit à soixante-dix ans, il a donc enlevé en cinquante ans plus de seize pieds de production pileuse. Les rasoirs malpropres, les savons trop alcalins irritent la peau du menton ; l'eau tiède facilite la détersion du smegma et la section des poils ; ce dernier effet est aussi augmenté par l'immersion momentanée du rasoir dans l'eau très chaude. Des ablutions achèvent d'enlever, après la barbe faite, les restes de savon dont l'excès de soude détermine cuisson, gerçure, ridement (Londe). Les essences et les pâtes doivent être écartées. En résumé, l'hygiène du système pileux est liée étroitement aux conditions d'organisation et de santé générales ; elle se borne à des soins de propreté locale et d'entretien incessant. En fait de cosmétiques, elle n'admet que les plus simples et les plus inoffensifs ; elle proscrit les préparations énergiques à l'aide desquelles on se flatte de reproduire les cheveux. Les moyens de teinture sont plus ou moins nuisibles, les coiffures artificielles susceptibles d'entraver les fonctions du cuir chevelu, etc.; en un mot, c'est une hygiène presque négative dont le peigne et la brosse font à peu près tous les frais.

(1) Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1853, t. XVIII, p. 856.

IIY(;iÈNIÎ PIUVHE.

DES MODIl-ICATEUIlS DES EXCUÉTIONS ET DES SUlU-'ACES d'EXCKÉTION, DE LEUUS EFFETS ET DE LEUR EMPLOI.

Les détails clans lesquels nous sommes entré sur l'hygiène de la bouche, des cheveux, des excrétions alvine et urinaire, elc. ne nous laissent à parler ici que des inodilicaleurs des excrétions cutanées et de la surface qui les fournit. Ils se résument dans l'eau employée à dill'érentes températures, sous forme de bain général et partiel, d'ablulion, de lotion, d'allusion, quelquefois avec l'addition du savon, l'agent le plus utile de la cosmétique et tout à fait indispensable à certaines classes d'ouvriers pour l'entretien de la propreté des mains et des pieds. Il sera question de cet auxiliaire de l'eau à l'article Cosmétiques [Applicata). L'eau est le modificateur par excellence des surfaces d'excrétion, l'agent qui contribue le plus et le mieux à les débarrasser de leurs produits cxcrémentitiels, et à entretenir leur jeu et leur vitalité: périphérie cutanée,, cavités nasales et buccales, muqueuse oculo-palpébrale. conduit auditif, l'eau est portée utilement sur toutes ces parties, sièges d'ex crétions nombreuses. Injectée dans le rectum, elle sollicite les éva cualions alvines ; appliquée en lotions sur les organes génitaux elle les déterge du résidu de leurs abondantes sécréiions et diminu les chances d'une contagion funeste. L'influence de l'eau ne s borne pas à l'enveloppe cutanée qui en reçoit, dans les bains l'impression immédiate et générale; elle se propage à toute l'éco nomie, change le rhythme de toutes les fonctions, en rétabli l'harmonie. « En général, dit Montaigne, j'estime le baigner salubre et crois que nous encourons nos légières incommoditez en nostr santé, pour avoir perdu cette couslume. » Étudions donc les res sources immenses que l'hygiéniste et le médecin possèdent dan l'eau, et ses applications habilement diversifiées.

§ 1. — Des bains en général.

Dans son acception la plus générale, le mot ôam indique leséjou plus ou moins prolongé du corps dans un milieu dilîéient de celui où il existe habituellement. Aussi dislinguc-t-on des bams solides, liquides, mixtes, vaporeux et ga/eux ; à ces dénominations correspondent les bains de sable (notamment ceux de sable marin chauHe

! EXCRETA. — DES BAINS. iU5

au soleil), les bains d'eau simple, d'eau de mer, de lait, etc. Ceux de boues minérales ou de marc de raisin, qui tiennent le milieu entre les bains liquides et les bains solides, les bains d'air chaud pur ou mélangé de vapeur d'eau ou d'une substance gazeuse, i L'hygiène ne s'occupe que des bains d'eau dans certaines limites de température, des bains d'étuves et des pratiques accessoires aux bains.

Il entre dans l'action des bains un certain nombre d'éléments qu'il est utile d'examiner d'une manière générale.

1° La spécialité du milieu que le bain constitue change d'emblée les conditions de l'équilibre physiologique. L'organisme humain est coordonné, par sa structure et par sa modalité fonctionnelle, aux influences de l'atmosphère ; il n'en peut être sevré, même partiellement, sans éprouver un trouble plus ou moins intense. Si l'on objecte qu'en général la tête reste en dehors du milieu spécial où le corps est plongé, et que, dans les bains chauds comme dans les étuves, il est facile de soustraire la surface pulmonaire à l'action de la vapeur d'eau , nous rappellerons les expériences si curieuses de Magendie (1), où des animaux, ayant la tête à l'air libre et le corps dans l'étuve, ont péri plus vite que ceux dont la tête seule était mise dans l'étuve; en d'autres termes, la mort est moins rapide quand la chaleur arrive directement sur la surface pulmonaire, que quand elle affecte l'enveloppe cutanée. Le changement de milieu fait cesser instantanément les réactions qui s'opèrent entre l'air atmosphérique et la surface cutanée. Remarquons, toutefois, que toutes les influences dont se compose l'action de l'air ne sont pas interrompues : le calorique, le rayon solaire, traversent le milieu liquide ou gazeux de nature spéciale où le corps est plongé. Est-il certain, comme on l'a répété dans tous les ouvrages d'hygiène, que l'exhalation gazeuse de la peau cesse dans le bain ? Les faits cités tome I, page U29, permettent au moins d'en douter. Cette exhalation semble dépendre beaucoup plus de la présence de certains gaz dans le sang que du contact de l'air atmosphérique. Il est probable que l'eau n'influe sur ce phénomène qu'en vertu de sa pression ; or, on sait que les corps dégagent d'autant plus de gaz que la pression atmosphérique est moindre. Abernethy a constaté que la peau exhalait à l'air une fois plus d'acide carbonique que sous l'eau, et plus d'une fois autant de ce gaz dans l'air que sous le mercure.

(1) Voyage scientifique à Naples avec M. Magendie, par le docteur Constantin James. Paris, 1844, p. 84.

IIYGIÈNE PRIVÉE.

2° Lo séjour dans l'eau ou dans l'étuvc sèche augmente ou diminue la pression de l'air d'une quantité proportionnelle à la hauteur de la colonne liquide ou au deyré de dilatation de l'air. La dillérence de pression dans les bains d'eau n'é(|uivaut point, pour l'organisme, comme on l'a dit (1), à un brusque abaissement de la colonne barométrique. Les efïets qui résultent de la condensation atmosphérique (voy. tome I, page ZiOl), et ceux que détermine l'immersion dans l'eau diffèrent essentiellement. Dans ce dernier cas, l'équilibre entre les puissances inspiratrices et les puissances expiratrices semble instantanément rompu. L'elFet de la pression augmentée se l'ait sentir en haut ou en bas du sternum, à l'épigastre, dans un trajet qui se rapporte aux attaches diaphragmatiques : les gens à gros ventre l'éprouvent à la paroi abdominale, les sujets à poitrine mince et peu garnie de muscles se croient pris dans un étau. La sensation soudaine d'une température très basse ou très élevée contribue à cette constriction suffocante du thorax ou de l'épigastre ; mais le changement de pression en est la cause principale. Dilaté et comme bouffi dans l'air rare des étuves sèches, le corps sort aminci des bains froids ou des bains de mer, non-seulement par la crispation de la peau, mais par l'effet du poids du liquide où il a séjourné ; les solides s'affaissent en raison de leur compressibilité ; les fluides quittent les vaisseaux superficiels qui s'effacent et sont refoulés dans les organes intérieurs. Cette compression, qu'un milieu plus dense exerce sur la totalité du corps, s'ajoute à l'action du froid, qui agit dans le même sens, et explique le salutaire résultat des bains de mer et des bains froids dans le traitement de certains engorgements et tumeurs.

3" Plus un corps est dense, plus, sous un volume donné, il présente de molécules : or, l'eau l'est à peu près sept cent fois plus que l'air, et, comme la conductibilité pour le calorique est en rai^ son directe de la densité, on comprend pourquoi l'eau nous paraît toujours, ou plus chaude ou plus froide que l'air. Dans le même temps, et à température égale, elle envoie au contact de notre peaa un pluç grand nombre de molécules que l'air, et par conséquent elle nous communique ou nous soustrait une quantité plus grande de calorique.

U°Ce que nous venons de dire de la pression et de la densit' explique l'effet des mouvements de l'eau : tels que chocs, perçus^

(1) Motard, Essai d'hygiène générale, t. II, p. 137.

L EXCRETA. — DES BAINS. 147.

' sions, secousses, et froltemeiils à différents degrés d'intensité. La pression est accrue de la quantité de force déveIoppé(; par le mouvement du lifpiide; le renouvellement rapide des couches liquides multiplie les effets de la conductibilité, accélère chez le baigneur la déperdition ou l'augmentation du calorique. Les mouvements de l'eau exercent aussi une intluence dynamique: quand leur intensité estmoyeiine, ils tendent à diminuer l'impression première des bains froids, des bains de mer ou de rivière; les commotions imprimées h la périphérie du corps sollicitent, favorisent sa réaction, en même temps qu'à la manière des frictions elles activent l'inhalation cutanée. C'est surtout dans les bains de mer que l'on peut apprécier la gradation des effets de l'eau en mouvement: les percussions modérées de la vague, dit M. Gaudet (1), sont un exercice salutaire ; les muscles y répondent par une énergie proportionnelle de contraction, afin de maintenir le corps en équilibre ; cette espèce de lutte à poses infiniment variées constitue une véritable et fructueuse gymnastique. Les secousses trop fortes de la mer, ou qui sont telles pour des individus débiles, sont un exercice trop violent; elles produissent la lassitude et parfois la courbature; elles causent des douleurs thoraciques aux personnes à poitrine étroite, si elles n'ont soin de présenter au choc la partie postérieure du tronc.

5" L'élément le plus actif des bains, c'est leur température ; elle peut être graduée dans les bains artificiels, et de là les divisions arbitraires des auteurs. Ainsi, on a établi, d'après une progression Ihermomélrique de 10 degrés Réaumur, la distinction des bains très froids, froids, frais, tempérés, chauds, très chauds; et à chacune de ces espèces de bains compris entre 0 et 35 degrés Réaumur, on a rattaché un tableau de phénomènes particuliers (2);

(1) Gaudet, Des bains de mer, 1844, p. 405.

(2) Roslao {Dictionnaire de médecine, 2* édition, t. IV, p. 542) a proposé une division ihetmométrique des bains, qui a été reproduite par tous les auteurs. Eu la présentant, il a soin de faire remarquer que l'impression individuelle de chaleur, de froid, etc., oscille entre les limites qu'il a déterminées, et ne s'y rattache pas rigoureusement :

Bains très froids, de , 0° à 10" -j- R

— froids 10" à 15"

— frais 15» à 20"

— tempérés 20" à 25"

— chauds 25" à 30"

— très chauds 30" à 35" ou 36°

HYGIÈNR PIUVÉE.

mais les manifestations de la vie ne sont point anssi dociles au thermomètre; e(, dans la réalité, il est difficile de marquer la limite des impressions (juedes masses d'eau inégalement chauffées transmettent aux centres nerveux. Les effets immédiats et secondaires des bains sont subordonnés à tant de conditions mobiles (constitution, âge, santé, maladie, climat, saison, etc.), qu'il devient impossible de les relier à des stations thermométriques. Le bain qui glace et stupéfie un individu faible et usé, procurera à une organisation plus saine et plus valide une agréable réaction de force etde chaleur. La température absolue de l'eau, à moins qu'on ne la considère; i>n des degrés [H'ononcés, ne décide donc pas la mesure de la caloriOcation humaine. Tout ce qu'on peut énoncer d'une manière générale, c'est qu'il existe un point de température inférieure de quelques degrés à celle du sang, où le bain n'affecte point sensiblement notre caloricité: c'est le point d'indifférence ou de neutralité. Sans être fixe pour tous les individus, il n'oscille que dans une latitude de 3 à /i- degrés. Au-dessus et au-dessous de ce terme, l'impression produite sur la peau se prononce faiblement d'abord, si l'on ne s'en éloigne que de quelques degrés, mais d'une manière de plus en plus tranchée, si l'on reste longtemps dans le bain (Chossat). Mais ces progressions ascendantes ou descendantes de la température perçue dans les bains, le thermomètre sert mal à les déterminer : la sensation individuelle le remplace; c'est elle, c'està-dire le moi impressionné dans la peau et réagissant par les centres nerveux, qui prononce sur l'effet thermique du bain, et le reconnaît frais, froid, tempéré, chaud, suivant la manière dont il s'y trouve affecté. Dans les baignoireset dans les bassins artificiels dont l'étendue ne permet ni l'agitation de l'ean, ni les exercices de la natation, les bains ne peuvent se prendre hygiéniquement au-dessous de 25 degrés, et rarement y a-t-il utilité à en élever la température jusqu'à celle du sang; les limites thermomélriques des bains artificiels se trouvent donc entre 25 et 36 degrés environ ; sur cette échelle de 12 degrés existe un point de neutralité où le bain n'influence point la circulation, et produit sur la peau une impression de tiédeur (bain tiède artificiel); il correspond à 3 ou 4 degrés audessous du degré de la chaleur du sang. Suivant M. Gerdy, il flotte entre 30 et 36 degrés centigrades, suivant M. Fleury entre 25 et 30 degrés. Au-dessus et au-dessous de cette limite commencent les bains chauds et les bains frais artificiels; ceux-ci, compris entre 25 degrés et le point de neutralité, agissent comme les bains froids pris

EXCRETA. — DES BAINS. 149

dans les eaux courantes qui marquent 25 à 30 degrés, l'immobilité dans les baignoires accélérant le refroidissement du corps autant que le renouvellement des couches liquides dans les eaux courantes.

La température des rivières et des fleuves varie de 0 à 28 degrés et même 30 degrés, selon les climats et les saisons; ils offrent donc toute la série de bains frais et froids. Dans les régions les plus méridionales et pendant l'été de nos climats , le bain de rivière, quoiqu'il s'éloigne peu par sa température de celle de l'air ambiant, 25 à 30 degrés, produit cependant sur tout le corps une impression rafraîchissante, grâce à la densité ut à la conductibilité de l'eau, et, suivant la durée de l'immersion, il procure la sédalion du système nerveux ou sert à fortifier la peau par la réaction consécutive au froid. Au reste, la température des eaux naturelles échappe aux déterminations à priori ; elle dépend du cours des rivières, de leurs sources, de leurs affluents, de leur vitesse, de leurs variations de hauteur. Les sources qui alimentent les cours d'eau n'ont pas, à leur point d'émersion, le même degré de chaleur; il en est de même des torrents qui s'y jettent : ceux (|ui sorlenl des glaciers ont en général une température de 1 à 5 degrés centigrades; les affluents se déverseat avec une température proportionnelle à la masse de leurs eaux, à la vitesse et à la longueur de leur ti'ajet qui les ont exposés plus ou moins longtemps à la chaleur atmosphérique et à l'action des rayons solaires. Quant à la vitesse, une observation de M. Herpin de Genève (1) en fait ressortir l'effet réfrigérant: les bains du lac de Genève passent pour des bains tempérés, tandis que ceux du Rhône, immédiatement au-dessous de la ville, sont redoutés à cause de leur froidure; cependant, le même jour et presque au même instant, M. Herpin n'a constaté entre eux qu'une différence moindre de de degré Réaumur(lG degrés et 16,2j; la sensation diflérente que donnent ces deux bains naturels est due d'une part au repos des eaux du lac, d'autre part au cours impétueux du Rhône. Les eaux rapides saisissent les baigneurs, et cette sensation, qui ne tient point à la surprise de l'immersion, contrasie avec leur degré thermométrique; elle rappelle les effets de l'éventail et des courants d'air en été, ainsi que la marche de la congélation des organes dans l'air calme ou ventilé des régions polaires; il est vrai que dans l'eau l'évaporation de la peau est suspendue et avec elle une cause de refroidissement qui existe en

(1) Recherches sur les bains d'Arve {Gazelle médicale, 1844, t. XII, p.

150 IIYOIÈNE PlUVÉE.

plus dans l'air; mais sa suppression est compensée par la grande capacité do l'eau pour le cal()ri(iue. Enfin, les pentes du lit et les variations de hauteur amènent des dilîérences notables dans la vitesse des rivières, et par conséquent dans l'impression thermique qu'elles produisent, sur les baigneurs: les variations de hauteur sont relatives à la saison, à des circonstances accidentelles ou a l'heure de la journée.

6° Les bains introduisent dans l'économie, par le moyen de l'absorption, une certaine quantité de leur liquide et des matières qu'il tient en dissolution. Les expériences ont donné sur ce point important des résultats très différents. Séguin, après 33 bains de 3 a U heures, a toujours constaté que le corps avait perdu de son poids, mais moir)s qu'à l'air libre ; pour des bains de 10, 18, 28 degrés, la proportion de la perte dans le bain et à l'air libre a été de : : 1 : 2,7:) : : 1 : 2,07 : : 1 : 3,07; celte différence peut provenir soit d'une diminution de l'exhalation, soit d'une compensation partielle par absorption du liquide dans le bain. Si l'on écarte les données de Séguin qui ne prouvent rien contre l'absorption, celles des autres expérimentateurs, quoique très opposées, sont faciles à concilier; elles se rangent en effet en deux séries : 1° Diminution du poids du corps : Lemonnier, perte de 20 onces en 8 minutes dans un bain de 65 degrés centigrades; Cruikshank, perte de 5 à 8 onces par heure dans un bain chaud; Buchan, transpiration réduite dans le bam chaud des deux tiers de ce qu'elle est à l'air libre. 2° Augmentation du poids du corps : Kauw cité par Haller, poids du corps augmente 'dans le bain de 2U à 28 degrés Réaumur; Falconner évalue ce resulat à une livre par heure dans les bains de 20 à 25 degrés Réaumur ; Cruikshank reconnaît qu'ils apaisent la soif et rétablissent le cours des urines précédemment suspendu ; enfin le professeur Berthold constate, pour les bains de 22 à 28 degrés centigrades, un accroissement de poids de 3 gros après un quart d'heure, de 7 gros 20 grains après trois quarts d'heure, de 1 once à 30 grams après une heure. On voit évidemment par là qu'il existe un rapport constant entre la diminution ou l'augmentation du poids et la température du bain ; ce dernier élément gouverne la marche de la transpiration et de l'absorption; dans certaines limites de chaleur du bain, la quantité des produits exhalés l'emporte ^^^'^ff^^' ^^l' tières absorbées, et réciproquement. Les recherches de ^y. Edwards achèvent d'élucider ce fait-principe : des grenouilles p acees dans de l'eau à zéro absorbent plus qu'elles ne transpirent, et ce pheno-

EXCRETA. — DES BAINS. 151

riiène continue jusqu'à un point que l'on peut appeler avec Edwards point de saturation. Si l'on élève la température de l'eau, l'absorption baisse progressivement; toujours au delà de 30 degrés centigrades, la diminution du poids des grenouilles a été observée, en même temps que l'eau troublée par une matière animale signalait à l'œil la cause de ce phénomène. Edwards avait déduit de ses expériences, que pour l'homme l'absorption l'emporte sur la transpiration jusqu'à 22 degrés centigrades, et qu'au delà le rapport entre ces deux fonctions se renverse. Cette détermination n'est point exacte, ainsi que le prouvent déjà les résultats précités de Berthold. Il existe une connexion intime entre ces trois fonctions, circulation, calorification, transpiration : celle-ci a pour but principal de soulager l'organisme de l'excès de calorique; elle est précédéeou accompagnée d'une accélération notable du pouls : lalimite thermométrique où le pouls s'élève dans le bain est aussi celle qui donne l'essor à la transpiration, et dès cet instant l'absorption ne suffit plus à balancer le déchet qui en est la conséquence. Ce n'est point qu'au-dessous de ce degré de chaleur du bain et de fréquence circulatoire, la transpiration ne s'effectue, mais les produits qu'elle élimine restent inférieurs à ceux dont l'absorption enrichit le corps. Les expériences de Poitevin et de Marcuard ont fixé à 3/i degrés centigrades l'état thermométrique des bains qui n'atfectent point le pouls; au-dessous il se ralentit, au-dessus il s'accélère, et passé ^0 degrés centigrades il donne 100 pulsations et plus. Pour Edwards, le point d'équilibre, le point où le bain est sans influence sur le pouls, sur l'absorption et sur l'exhalation, le poids du corps restant le même, correspond à 22 degrés; pour M. V. Gerdy, à 36 degrés. Chossat a constaté qu'un bain de 28 à 30 degrés centigrades suffisamment prolongé ramène le pouls de 60 à 38 pulsations, tandis qu'un bain d'une heure trois quarts à 37 degrés centigrades l'a fait monter à 100. Ainsi, dans l'eau comme à l'air libre, dès qu'un excès de calorique surcharge l'économie, elle tend à s'en débarrasser par la transpiration ; le calorique, qu'il ait pour véhicule l'air ou des liquides, surexcite l'organisme et accélère la circulation : la sueur qui succède à ces phénomènes est la crise physiologique de son élimination. Dans les bains tièdes, frais et froids, tant qu'il ne survient point de réaction, c'est l'absorption qui domine, véritable endosmose dont ces bains réunissent les conditions productrices, savoir: deux liquides de densité, de nature et surtout de température différentes, représentés l'un par l'eau du bain, l'autre

152 UYGliiNE PRIVÉE.

par la masso des liquides organiques qui distendent leurs vaisseaux, et séparés par l'intermède d'une cloison organique, membraneuse, inerte ot mince, l'épiderme, en un mot. Quelques circonstances spéciales modifient l'absorption dans le bain : l'augmentation delà pression atmosphérique la favorise ; il en est de même des mouvements et des chocs du liquide qui agissent sur la peau comme des frictions; or, on sait (|ue les frictions exercées sur la peau contribuent puissamment a y faire pénétrer les substances médicamenteuses. D'après Berthold, le corps plongé dans un bain de 22 à 28 degrés centigrades gagne en poids 12 grammes après un quart d'heure, 29 grammes après après trois quarts d'heure, et 32 après une heure. Quant à l'exhalation, la densité de l'eau la réduit sans la supprimer : la sueur que provoque un bain chaud n'équivaut point, pour la quotité de la perte, à la vaporisation qui s'accomplit à, la surface du corps exposé à l'air libre ; nous avons vu que l'excrétion gazeuse est aussi moindre dans le milieu plus dense de l'eau ; en somme, celle-ci soustrait moins à l'organisme que l'air; il en résulte que, dans le bain, le corps s'enrichit desérosité interstitielle et n'est point redevable à l'absorption de tout ce qu'il gagne en poids. Le moment de la prépondérance de l'absorption ou de l'exhalation varie nécessairement suivant l'énergie de la caloricité individuelle, laquelle est subordonnée à l'âge, au sexe, aux constitutions, au régime, au climat, à la saison, à l'état de santé ou de maladie, et suivant la mesure de saturation actuelle de l'organisme, laquelle est relative aux mêmes circonstances.

7" Les matières que l'eau tient en dissolution communiquent aux bains des propriétés spécifiques; elles y existent naturellement, comme les chlorures de sodium, de magnésium, etc., dans l'eau de mer, comme les sels très variés des eaux minérales, etc.; ou elles y sont mêlées artificiellement, comme dans les bains médicinaux ou même hygiéniques (son, amidon , gélatine, lait, etc.). Ces substances changent les qualités physiques du bain, densité, conductibilité, état électrique, et par conséquent une partie de ses effets sur l'organisme ; elles agissent encore, soit par leur contact avec la peau considérée comme surlace sensible, soit par leur pénétration dans les voies circulatoires. Ainsi la composition saline de la mer stimule la peau, agace les papilles nerveuses dont elle est parsemée, y détermine une circulation plus active, etc. Les eaux minérales doivent une partie de leurs vertus excitantes à cette sorte d'agression de leurs molécules salines contre les éléments nervoso-

EXCBETA. — DES BAINS. 153

i vasculaires de la peau. L'absorption des principes dissous dans l'eau des bains ne peut être contestée; le double cyanure de potassium et de ter, préalablement dissous dans le bain, a été retrouvé dans les urines par Vestrumb; les bains de Vichy alcalinisent l'urine du baigneur (Darcet); la rhubarbe, la garance, le curcuma, ont été décelés dans l'urine de ceux qui les avaient absorbés dans les bains; Séguin a absorbé deux grains de sublimé par son bras plongé pendant une heure dans 10 livres d'eau à 18 degrés. En général, les bains d'eaux minérales ne t'ont pénétrer dans l'économie que de très petites quantités de leurs principes ; mais comme leur usage est répété journellement et sert le plus souvent d'auxiliaire à leur ingestion par les voies digestives, leurs effets se prononcent et se caractérisent généralement par l'activité plus grande des fonctions delà vie plastique, surtout des sécrétions et des excrétions. Peutêtre aussi les menues doses de matières salines que les bains transmettent au sang, agissent-elles sur lui avec l'efficacité singulière qui appartient au rôle des condiments dans l'alimentation (Motard). Toutes les eaux naturelles contenant des sels et souvent de la matière organique, leur emploi pour les bains n'est pas indifférent. Les eaux séléniteuses ne dissolvent point les principes gras des sécrétions cutanées; les eaux stagnantes forment autour du corps une atmosphère toxique, etc.

8° Les tissus cornés, tiès hygrométriques, absorbent l'eau dans le bain; l'épiderme en particulier s'en imbibe et l'on y voit surnager les produits de son exfoliation. La température des bains modifie cet effet : froids, ils crispent d'abord la peau et n'en augmentent la souplesse que par le bénéfice de la réaction qu'ils déterminent; tièdes et chauds, ils ramollissent l'épiderme, comme on voit les cors et durillons se ramollir dans un pédiluve chaud; ils macèrent, gonflent, lident cette membrane, surtout aux pieds i et aux mains, et ils rendent la peau plus douce, plus tendre, plus impressionnable Les mouvements de l'eau contribuent à la détersion de la surface cutanée.

S 2. — Des bains en particulier.

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