l/30'àl/25<^ - 15 environ
(1) Longueur des brins non redressés.
202 FlYGIÈNE PRIVÉE.
On lire de la laine fine de la |)lii|)arl de nos dé|jartements. Le mouton domesti(iue oHVc; une laine bien supérieure à celle du mouton qui rencontre à l'étal sauvage dans les montagnes de la Corse, de la Sardaigne, de la Grèce, elc. ; on a constaté qu'elle s'améliore plus promptement par l'intervention des mâles que par celle des femelles. Le produit d'une brebis à grosse laine et d'un bélier à laine fine donne une qualité de laine qui ne tient pas le milieu des deux laines primordiales, mais qui ressemble moitié plus à celle du père ou à celle de la mère; un second croisement, c'està-dire l'accouplement d'une femelle issue du premier croisement avec un mâle de la même race procurera une laine de o/U plus fine que celle de l'aïeule. Les terrains secs et un peu pierreux réussissent aux moutons à laine pour le cardage; la laine à peigne "vient des climats brumeux et des terrains humides. C'est au croisement de nos troupeaux avec les béliers étrangers que nous devons nos plus belles laines. L'initiative de ce progrès remonte à Louis XVI, qui chargea Daubenton de naturaliser en France deux cents béliers et brebis de race pure, originaires de Léon et de Ségovie. Bientôt l'acquisition de 367 moutons de la même race servit à créer la célèbre bergerie de Rambouillet, et en 1797 le traité de Bàle valut à la France 5,500 brebis et béliers, l'élite des troupeaux de la Castille, à l'aide desquels se formèrent six autres établissements sur le modèle de Rambouillet. |
Nous n'avons pas à faire connaître la série compliquée des opé4 rations auxquelles sont soumises les laines dans les deux grandes spécialités de leur travail (peignées et cardées); le tableau suivant les résume par une simple indication qui n'est pas inutile au mé decin :
Laines cardées.
Teinture. — Triage de la laine grasse; désuintage; teinture.
Filature. — Séchage; battage ; triage ; louvetages ; cardages : Glage en gros; filage en fin ; dévidages pour trame et chaîne ; pliage en paquets.
Apprêts en traversage, ou harman. — Lainage en traversage ; énouages ; londages en traversage ; pressages à chaud et apprêts indestructibles en traversage; lainages en apprêts ou gîtages.
Tissage. — Bobinage; ourdissage; encollage; pliage et montage des chaînes; tissage.
Foulage. — Dégraissage ; épinçage et rcnirayage.
APPLICATA. — DES VÊTEMENTS. 203 Perniers apprêts. — Riirnagc; londage en apprêts; épinçage et rentrayage ; presse à chaud en apprêt; décatissage indestructible; pression à chaud et à froid.
Laines peignées.
i Filature. — Désuintage ; louvetage; pcignage; réunissagc; dégraissage; doublage; tortiliouuage; défeutrage; étirages; bobinages; filage en gros; ûlagQ enfin; retordages; formation des écheveaux; empaquetage.
j Tissage. — Bobinage ; ourdissage ; dévidage en cannettes ; tissage. Teinture. — Teinture.
Apprêts. — Grillage; tonte; pressage et lustrage.
Les drops feutres, après avoir obtenu il y a quelques années la \ vogue éphémère d'une invention, sont retombés dans un oubli regrettable pour l'hygiène. On les fabrique sans le secours du filage et du tissage, en feutrant directement les filaments de la laine par une action mécanique aidée de la vapeur et d'une dissolution sa- , vonneuse. Le procédé est fort ancien, puisqu'il en est fait mention dans Pline, et l'industrie de notre époque s'est bornée à le développer avec les ressources de la mécanique moderne. L'erreur a consisté à faire des habits avec ces étoffes. Outre qu'il est difficile d'obtenir un feutre d'une résistance égale dans toutes ses parties, beaucoup de laines même très propres au feutrage, comme celles du Berry, ne conservent guère les effets du foulon et se désorganisent après un court usage. Mais, remarque avec raison M. Michel Alcan (1), ces nouvelles spécialités de lainages pourraient produire bien des tissus et des tapis communs, chauds et hygiéniques, avec des matières du plus bas prix.
Aux laines se rattache le cachemire ou duvet des chèvres du Thibet (|ui nous arrive de la vallée de Cachemire par la Russie. Cette matière animale se distingue par sa souplesse, son moelleux, sa finesse tactile : on dirait, en la palpant, une agglomération de filaments de coton bien détergéset enduits de stéatite. Au microscope ses brins paraissent cylindriques, parsemés de nœuds et d'irrégularités dues sans doute à des boutons de galle don ton les débarrasse difficilement. Ils n'offrent point les espèces de dents ou scies qu'on observe sur les filaments de laine, bien qu'ils tendent à se contourner en spires analogues à celles des laines de qualité intermédiaire.
( 1 ) Michel Alcan, Essai sur IHmluslrie des matières textiles. Paris, 1 847 , p. 6^3.
UY(;iI>NH l'IUVÉE.
A l'état brut, le caclifimire cotitieiit près des 3//i de son poids de matières hétérogènes eldc boulons do galle ; mais il n'a rien d'analogue au suint, et par k; dégraissage au savon il perd à peine 7 à 8 pour 100 de son poids.
2" Les jioils fins et soyeux de quelques rongeurs, les fourrures, le pelage des animaux, entrent dans les moyens de protection que l'homme oppose aux rigueurs des contrées très froides; ailleurs la peau tout entière des animaux, roulée et découpée sur les fornii.'s de son corps, lui circonscrit une atmosphère conservatrice de sa température propre. Dans nos climats plus tempérés, la mode fait rechercher les fourrures et les pelleteries, de telle sorte que les nécessités du sauvage deviennent le luxe de la civilisation.
Les plumes des oiseaux sont employées comme ornements et pour la literie. Celles d'autruche ont seules le privilège de la première destination; à cet effet, on les dégraisse par une immersion de cinq ' à six minutes dans i'eau de savon tiède, puis on les lave à l'eau pure, on les blanchit, on les azuré avec une nuance d'indigo, etc. Le duvet de l'oie, séché à l'air, au four ou au soleil, puis battu avec soin à plusieurs reprises, le duvet de l'eider, oiseau des contrées septer)trionales, l'un et l'autre emprisonnés dans des enveloppes d'étoffes diverses, forment une partie essentielle de la literie et réunissent au plus haut degré la légèreté et le pouvoir conservateur du calorique. On néglige trop la purification des plumes qui ont servi à la literie. Le procédé de M. Taffin permet de l'opérer sans altérer ces matières ; il consiste à les soumettre à une rotation continue au moyen d'un volant armé de bras, mù par une manivelle dans un cylindre à doubles parois entre lesquelles on introduit de la vapeur; les plumes sont ensuite exposées à l'action de la vapeur d'eau et séchées à l'air.
3° Modifiées par le tannage, les peaux des animaux fournissent nos chaussures qui supportent longtemps sans rupture la pression totale du corps contre le plan inélastique du pavé. Placées en contact avec l'eau, elles s'en imprègnent et se putréfient ; séchées à l'air, elles durcissent, deviennent rigides et s'usent vite par le frottement. La combinaison de leur matière animale gélatineuse avec le tannin les rend imputrescibles et les convertit en cuirs que l'on achève de rendre souples et imperméables en les comprimant par le battage ou le cylindrage et en les imprégnant en même temps de matières grasses. Cette seconde série de manipulations constitue lecorroyage. Les cuirs sont de deux sortes : les uns, mous, se fabri-
APPLICATA. — DES VÊTEMENTS. 205
I quent avec les peaux de vache, de veau, de cheval, etc.; les autres, forts, avec les peaux de bœuf, de buffle, etc. Le tan n'est autre chose que l'écorce de chérie séchée, hachée et finennent pulvérisée. Les cuirs de Russie, colorés en rouge, ont l'avantage de résister à la moisissure de l'humidité et d'éloigner les insectes par leur odeur; ils doivent cette double propriété à une série de préparations qu'ils subissent après le tannage ordinaire. Les peaux de mouton et de chevreau ont leur emploi dans la ganterie; le chlorure d'aluminium remplace pour elles le tannin.
6° La soie est aux matières textiles ce que l'or est aux métaux; matière cornée, coagulable et se durcissant au contact de l'air, elle sort des deux filières de l'insecte en deux brins séparés qui forment en se soudant le fil de soie. Au microscope, ces fibrilles, d'une ténuité extrême, non cylindriques, mais sensiblement aplaties, ressemblent à deux cannelures accolées et diaphanes. La graine du papillon femelle, fécondée par le mâle, est conservée d'une armée à l'autre, et amenée à l'éclosion sous l'influence d'une température artificielle, à l'époque de l'apparition des premièi'es feuilles des miàriers, nourriture presque exclusive des vers à soie. En vingt joui's le jeune ver a parcouru les phases les plus critiques de son développement et cherche à se débarrasser de la matière élaboi'éedans ses vaisseaux de soie : il forme sur des points d'appui qu'on lui pi^ésenle un premier canevas à mailles irrégulièrement entrecroisées (bourrette), sorte d'abri où il établira le cocon, cette cuii-asse fermée de toutes parts et constituée par des couches de fil de soie superposés et maçonnés à la manièi-e de certains nids d'oiseaux. Le cocon n'adhère à la bourrette que par quelques points de sa surface extérieure; sa Ibi'mation est inter-rompue à chacune des mues qui signalent la courte existence de la chenille ; de là les trois ou quatre couches distinctes et concentriques que l'on détache du cocon en le développant : le dévidage des cocons montre que leur fil est continu de la surface au centre, mais il va s'amincissant, et il est ti-ois à quatre fois plus gros à une extrémité qu'à une autre ; sa longeur est généralement proportionnelle au volume du cocon. Quand le papillon perce le cocon, le fil est interrompu et n'a plus de bouts; on a donc soin d'étouffer par un courant d'air chaud de 75 à 80 degrés centigrades les chrysalides avant leur transformation en papillon, et on ne laisse éclore que ceux nécessaires à la reproduction. La longueur d'un fil de cocon dévidable sans interruption a été évaluée par Malpighi à 1,091 pieds et quelques
20G UIOIKNK l'lUVÉK.
pouces; M. Michel Alciui (1) l'estime au double pour un cocon ordinaire, bien que dans l'état actuel de l'industrie séricicole 1/3 ou i/U de la soie continue éclia|)pe au dévidage et ne soit utilisé que sous lornie de bourre ou de frison. Les premières et dernières couches du cocon sont dans ce cas, les unes par l'irrégularité de leui s circonvolutions, les autres par défaut de ténacité. On ne distingui; pas moins de trente variétés de cocons en Europe; mais il n'est entre ces races que deux diiïérences à prendre en compte, la couleur et le rendement. Les cocons blancs fournissent une qualité de soie supérieure à celle des cocons jaunes, et d'une blanclieuiplus franche que celle de la soie jaune artificieileinent décoloré*;. Le rendement varie pour les races comme pour les individus; il est en moyenne de 10 à 18 pour 100, c'est-;i-dire que 100 kilogrammes de cocons produisent 10 'a 18 kilogrammes de soie. Dans nos climats, la récolte de soie se borne aux résultats d'une seule éducation par an ; mais dans les localités où l'on peut obtenir deux pousses de feuilles de mûrier dans une saison, on fait pendant l'été de 7 à 8 éducations. M. Heads, délégué du commerce en Chine, a constaté que les choses s'y passent ainsi.
Le fil fourni par le dévi.dage du cocon constitue la soie grége ou écrue composée de trois tubes concentriques; la substance fibreuse animale qui en occupe le centre n'est autre que la soie, recouverte d'une double couche de gomme végétale qui représente 25 à 30 pour 100 du poids total; la première couche de cette matière se dissout dans l'eau chaude, la seconde dans l'eau alcaline. Débarrassée de ces corps étrangers, on a la soie décreusée ou soie cuile.
La production de la soie est un des grands revenus de notre industrie agricole du Midi. La France, qui tirait autrefois de l'étranger, et surtout de la Chine, les plus belles qualités de soie, n a plus de rivale aujourd'hui pour la perfection de ses tissus; mais elle ne se suffit pas encore dans l'approvisionnement de la matière première qu'elle reçoit en partie des Etats sardes, de la Suisse, de la Turquie, de l'Italie et de l'Espagne.
Le tableau suivant retrace l'ensemble des opérations aux(]uell('S est soumise la fabrication des étoffes de soie :
Industrie agricole. — Récolte des feuilles de mûrier; éducation des vers ù soie. Produclion de la soie grége. — Tirage de la soie des cocous ; dévidages.
(1) Encyclopédie technol., ou Dictionn. rfes arts manuf. agi'icuU., etc. Paris, 1834, 2" édit.f *. U-
APPLICATA. — DES VETEMENTS. 207
Moulinage. — Productiou du |)oil ou trame ; organsiaage (4' torsion du fil). Teinture. — Décreusage (enlèvement des matières gommeuses) ; teintures. Opérations accessoires. — Conditionnement; dëvidage et titrage. Tissage. — Dévidage pour former les cannettes; ourdissage; pliage et montage; tissage uni ; tissage façonné, t Afyprèts. — Pressage, calendrage, gommage et lustrage.