III. — Caractères comparés des matières textiles, et moyens
DE les reconnaître.
I Les diverses matières textiles varient par leurs caractères microscopiques, par leurs propriétés physiques, par leurs réactions chimiques. La notion de ces différences aide à les discerner dans les mélanges que l'industrie opère, dans la série des transformations qui résultent des modes de tissage. Quel échelonnement d'étoffes nuancées de coton entre le calicot le plus grossier et la mousseline la plus délicate ! Quelles variétés de soieries entre le foulard à bas prix et les opulents tissus de brocart, de velours et de damas brochés ! Quelle série de produits obtenus avec le chanvre, depuis la toile à voiles ou la toile d'emballage jusqu'aux baptistes de fil de Hollande! Non-seulement les matières premières se dissimulent pour ainsi dire sous l'infinie diversité des produits manufacturés ; mais l'industrie y ajoute de nouvelles substances et multiplie par ces combinaisons les spécialités de tissus: ainsi la toison soyeuse [le l'alpaca sert aujourd'hui à la fabrication de nouvelles étoffes dites Orléans. Le british-coton résulte d'une préparation particuière de chanvre, et ses tils entrent pour 50 pour 100 dans des étoffes de soie, de laine courte ou longue où on l'ne peut les distinguer au premier aspect. Les associations de laine et de coton, de laine et de soie sont très difficiles à reconnaître à l'œil nu. Le microscope, sous un grossissement de 300 à UOO fois, fait apparaître les filaments de lin comme des lames ou tubes lissus, coupés de distance en dis- :ance par des lignes transversales simples ou doubles que l'on a comparées à des nœuds de roseau ; les fibrilles de coton, dépouri'uesdeces nœuds, sont disposées en lamelles marquées de points ou oetites taches, et contournées sur elles-mêmes en hélices aplatiesîes lamelles, comme nous l'avons dit plus haut, présentent à chaque Dordun ourlet, et elles sont granulées à leur surface. Lesbi insde aine révèlent au microscope la l'orme d'un cylindre à bords rugueux et comme crénelés, cylindre conique et présentant, au
-^"^ HYGIÈNE PlUVÉE.
centre, et dans le sens de sa longueur, un canal ou conduit nourricier ; c'est aussi par ce canal que se distribue le pigmentuni, substance colorée qui donne aux laines comme aux cheveux leur nuance particulière. Les (ilaments de la laine sont toujours plus ou moins contournés sur eux-mêmes; le cône qu'ils représentent a sa base à leur racine dans la laine d'agneau, et à l'extrémité opposée dans la laine mère, après la première tonte; cette différence provient de ce que le tube du brin est fermé jusqu'à la première tonte; une fois opérée, la circulation s'active de l'épiderme à l'extrémité coupé(^ du brin. Le fil de soie brute est toujours composé de deux brins faciles à séparer avec un peu d'eau de savon chaude; au microscope, il repro^sente un cylindre tortillé, transparent, marqué de stries ou cannelures longitudinales qui permettent de le discerner d'avec les trois matières textiles précitées (Clerget et Lerebours).
Les propriétés physiques des substances textiles diffèrent notablement; nous insisterons plus loin sur celles qui ont une action immédiate sur l'organisme, il ne s'agit ici que de celles qui aident à les distinguer entre elles. La ténacité et l'extensibilité existent au maximum dans la soie. M. Robinet a démontré que la soie la plus fine est aussi la plus forte ; en d'autres termes, que la soie la plus tenace est celle qui sous le même volume contient le plus grand nombre de brins. La ténacité moyenne pour un fil d'un millimètre carré est de 43 kilogrammes 620 grammes; on sait que la résistance absolue d'un fil de fer de très bonne qualité, d'un millimètre carré, est en moyenne de 63 kilogrammes. — M. Labillardière est arrivé à un résultat deux fois plus avantageux à la soie qu'au fer, comparés dans leur force de résistance : a-t-il opéré sur une qualité de soie exceptionnelle? Expérimentant sur des fils de même volume et d'une grosseur de 1/10'^ de millimètre chacun, il a trouvé, pour la quantité d'extension sur une longueur de 0"\\U et pour les poids nécessaires à les rompre, les nombres ci-après :
Exlensiliililc Poids en grammes
Substances. <-n millimètres. ne'cessaires à la rupture.
Chanvre 22,55 400,59
Lin 11,27 295,82
Soie 112,730 855,99
Phormiuni 33,84 590,50
Aloès pit 86,39 176,24
APPLICATA. — DES VÊTEMENTS. 209
Ces fils, divisés par le nombre de leurs fibres, ont donné, pour leur extensibilité et leur ténacité ou force, les rapports suivants :
Exlensiliilité. Ténacité.
Lin 1 1/2 11 3/4
Chanvre 1
Phormium 1^/2 23 1/4
Aloèspit 2 1/2 7
Soie 5 34
Les résultats que les laines ont donnés au dynamomètre de Régnier pour la ténacité et l'élasticité de leurs filaments varient dans une latitude de 3«^l/3 à 33S^l/3 et ne mettent en évidence que la supériorité de résistance des laines communes sur les laines fines. En revanche, l'élasticité est en raison directe de la finesse des filaments, ou proportionnelle au plus grand nombre de brins contenus dans le même poids; aussi la durée des étoffes de laine estelle en rapport avec leur finesse.
La densité est, d'après M. Ure, pour le
Colon de 1,47 à 1,fiO
Lin 1,50
Soie 1,30
Laine 1
La chimie a multiplié les recherches pour vérifier la nature des éléments qui entrent dans les divers tissus. Ce diagnostic industriel, qui intéresse aussi l'hygiène, s'applique d'abord aux fils animaux et aux fils végétaux : tissés ou non, si on les place séparément dans des tubes fermés par une extrémité et chauff'és au moyen d'une lampe à alcool, les premiers dégagent des vapeurs ammoniacales qui ramèiient au bleu le papier de tournesol rougi fixé à l'extrémité ouverte du tube, les autres rougissent le même papier bleu (Chevallier). Les fils animaux chauffés dans une solution de 5 grammes de potasse ou de soude et de 100 grammes d'eau s'y dissolvent, tandis que les fils végétaux résistent à l'action de ce liquide. Le procédé le plus simple, indiqué par un ingénieur de Rouen, consiste à découper un morceau carré de 3 à ^ centimètres environ, à en tirer tous les fils en travers (ceux de la trame) et tous les fils en long (ceux de la chaîne) et à les brûler un à un à la chandelle : ceux d'origine végétale brûlent avec une flamme vive sans résidu,
HYGIÈNE PRIVÉE
avec une odeur franche de linge brdUS ; ceux d'origine animah^ subissent une combustion incomplète, entravée par le charbon spongieux qui se forme k l'extrémité. M. Peltier fils a proposé un procédé d'analyse qui convient surtout aux tissus colorés et qui fait reconnaître la soie, le poil de chèvre, la laine et les fils végétaux. Les fils sont immergés à froid, pendant douze à vingt mirmles, dans un mélange à parties égales en volume d'acide nitriqu(i moiiohydraté et d'acide sulfui ique à 60 degrés, puis lavés à grande eau juscju'à disparition de toute saveur acide ; alors les fils de soie ou de poils de chèvre sont entièrement dissous et ceux de laine sont d'une teinte citrine ou brun foncé, les fils végétaux sont restés blancs.
M. Lassaigne a signalé dans le plombate de soude un réactif propre à distinguer la soie de la laine : celle-ci colore la liqueur en brun noirâtre par l'action du soufre qu'elle contient (sulfure de plomb). Soie el lin : la potasse caustique dissout la première et laisse le second intact (Dumas). — Lin et coton : on trempe 7 centimètres carrés de l'étolfe suspecte dans un mélange bouillant de potasse caustique et d'eau (parties égales en poids) ; après deux minutes d'immersion, on presse, on lave et tire sur le côté de la trame et sur celui delà chaîne environ 6 à 10 fils; ceux de lin ont pris une couleur jaune foncée, ceux de coton .sont blancs ou d'un jaune-clair (Bœtlger). On procède plus simplement encore, avec M. Leykauf, en mettant le tissu sec dans l'huile et en l'exprimant ensuite avec force : les fils de lin sont devenus translucides, ceux de coton restent opaques. — Chanvre, lin, p/iormiutn. Par l'action de l'acide nitrique à 36", contenant un peu de gaz nitreux, le chanvre roui dans utie eau courante se colore eh jaune paie, à froid et à chaud ; le chanvre roui daris une eau stagnante, devient légèrement rose. Le lin traité à chaud revêt la même nuance rose, mais passe bientôt au jaune. Le phormium tenax se colore promplement a froid d'un rouge de sang, et ne perd point, par le lessivage, le mode de réaction caractéristique (Boussingault).
S 2. — De l'action des vêtements.
Les vêtements agissent sur l'organisme par les propriétés inhérentes à la matière dont ils sont faits, par leur texture, par leur couleur et leur forme.
APPLICATA. — DES VETEMENTS.