‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 27 sur 163 · I. — PllUPRIÉTÉS INHÉRENTES A LA MATIÈRE VESTIMENTAIRE · texte numérisé non relu

I. — PllUPRIÉTÉS INHÉRENTES A LA MATIÈRE VESTIMENTAIRE

1° Calorique. La matière vestimentaire, déployée sur le corps, doit être envisagée sous le triple rapport du rayonnement, de l'absorption et de la conductibilité du calorique. Tous les corps, quelle que soit leur température, lancent continuellement, par tous les points de leur surface, des particules de calorique sous forme de rayons divergents, comme fait un corps lumineux ; leur pouvoir émissif est en raison directe de leur température et de l'étendue de leur surface. Le corps humain, d'une température généralement supérieure àcelle de l'air, et dont les formes présentent un grand développement en superficie, se trouverait donc dans des conditions de rayonnement telles, qu'il ne tarderait point à se refroidir jusqu'au-dessous du degré compatible avec la vie, si elles n'étaient corrigées par deux circonstances : la non -conductibilité des tissus vivants, et la protection du vêtement. La première retarde la transmission du calorique à travers !a masse du corps, du centre vers la périphérie ; la seconde remplit l'office d'un écran. En effet, si entre deux corps inégalement chauffés, et qui, placés à la proximité l'un de l'autre, tendent à se mettre en équilibre de température, on interpose un troisième corps, il intercepte entièrement le calorique jusqu'à ce qu'il se soit échauffé, et qu'il émette du côté du corps le plus froid ce qu'il absorbe du côté opposé. Or les vêtements, placés entre l'homme et l'atmosphère, exercent au profit du premier ce pouvoir protecteur qui est en rapport avec leur propre force de rayonnement et leur conductibilité; mais comme ils sont en général de très mauvais conducteurs du calorique, leur surface extérieure est bien loin d'acquérir la même température que le corps de l'individu qu'ils recouvrent. Ce qui contribue à réduire sa perte de calorique par rayonnement, c'est 1 incarcération d'une lame d'air entre la surface cutanée et la surface interne des vêtements, et l'air que ceux-ci retiennent dans leurs mai les. L an- étant très mauvais conducteur, le vêtement agit ici sur l économie comme le paillasson de chaume sur les arbres fruitiers, qu'il préserve de la gelée en interceptant le ravonnement du sol vers les espaces célestes, comme le gazon et la neige sur le sol auquel leur faible conductibilité conserve à peu près sa chaleur tandis que dans les nuits sereines leur température propre s'abaiss^ pai I effet du rayonnement au-dessous de celle de la couche d'-iir

"^'^'2 IIYGIÈNK l'UlVÈE.

(|irils supportent. C'est par l'actiorj des mômes causes que le soldat qui bivaque sans abri, sous un ciel étoilé, sent ses habits jjIus froids en dehors que l'air ambiant. Peu conducteurs, le caloriijue qu'ils enlèvent à la peau traverse lentement leur épaisseur ; mais par la face extérieure, ils l'émettent rapidement. Cette déperdition par rayoïmemenl, une tente, un manteau déployé, un parapluie même suffit pour l'entraver ou l'atténuer. Les mêmes écrans manifestent, quand il y a lieu, leur pouvoir protecteur dans une direction inverse : le manteau de laine dont s'enveloppent l'Espagnol, le Corse, l'Arabe, les soutrait à l'échaulfement des rayons solaires, parce que le pouvoir émissif ou rayonnant de cette substance l'emporte sur sa conductibilité, et élimine le calorique solaire avant qu'il ait atteint la peau à travers l'épaisseur du vêtement. Le pouvoir rayonnant et le pouvoir absorbant du calorique sont en grande partie sous la dépendance de la couleur des surfaces ; cette influence sera examinée plus bas. Quant au pouvoir conducteur, il est très faible dans la laine, dans la soie, et plus encore dans les fourrures, dans les pelleteries, dans les plumes de duvet; il est aisé de s'en convaincre parleur tortillement et leur inégale dilatation sou.< l'action du feu, phénomènes qui expriment leur peu de perméabilité au calorique. Les substances végétales, lin, chanvre, coton, sont meilleurs conducteurs que les matières animales. Néanmoins ce pouvoir est très imparfait, si l'on en juge par approximation : M. Despretz, désignant par 1000 le maximum de conductibilité (or), trouve, pour la terre des fourneaux, 11,^1, et pour le bois encore moins; le chanvre, le lin et le coton ne sont que des fibres ligneuses dépouillées des sels et de l'humidité du bois; ils ont donc un pouvoir inférieur au sien. Néanmoins le chanvre et le lin paraissent frais comparativement à la laine, à la soie; le coton est un peu plus mauvais conducteur : en hiver il est plus chaud que le linge, et, pendant l'été, il n'expose pas le corps à un brusque refroidissement.

2° Électricité. La soie, la laine, les fourrures, les plumes, possèdent à un haut degré la propriété idio-électrique, c'est-à-dire la faculté de développer et de retenir le fluide électrique; le chanvre, le Un et le coton sont anélectriques, c'est-à-dire bons conducteurs de cet impondérable, à cause de leur plus grande hygroscopicitc. La propriété électrique est si manifeste dans certaines matières textiles, qu'en développant du drap par un temps sec, dans une chambre un peu sombre, on voit des étincelles s'en échapper ;

Al'l'LICATA. — DES VÊTEMENTS. 213

M. Mifhel Alcan a souvent observé ce t'ait (1). Dans le filage de certaines matières par un temps sec et orageux, leurs fibres, au lieu de glisser facilemententre les organes qui les transforment, tels que les cylindres métalliques, se redressent, se hérissent dans tous les sens, et l'on ne tait disparaître ce phénomène, cet empêchement au travail qu'en arrosant l'atelier et en humectant les machines. Les substances qui manifestent le plus souvent cette propriété sont, dans l'ordre de fréquence, la bourre de soie et le coton. M. Alcan ne l'a jamais observée dans la soie grége, les laines, le chanvre et le lin : c'est que la production de la soie grége, c'est-à-dire le dévidage des cocons a toujours lieu dans l'eau; c'est que les laines, pour être filées, exigent l'enduit d'un corps gras liquide ; le chanvre et le lin sont aussi travaillés humides pendant une certaine période de leur filature.

La peau humaine est très propre à l'électrisation, pourvu qu'elle ne soit point humide. Un tube de verre que l'on trotte avec la main, des bas de soie que l'on fait glisser entre les doigts s'électrisent souvent jusqu'à production d'étincelles. Le frôlement des vêtements idio-électriques sur la peau doit donner lieu au dégagement de l'électricité. Il y a plus : la superposition des vêtements et leur glissement dans les actes de locomotion favorisent ce phénomène; car deux étoffes, ou deux portions d'une même étoffe frottées l'une contre l'autre, peuvent contracter des étals électriques très prononcés d'un signe contraire. Que les fluides électriques développés de cette manière se distribuent à la périphérie du corps et lui impriment un certain degré de tension, ou qu'ils réagissent en se recomposant, ils exercent une intluence peu remarquée mais réelle, qui fait partie des mérites ou des inconvénients des vêtements de laine ou de soie, et qui se traduit par des stimulations circonscrites et répétées sur l'élément vasculaire et nerveux de la peau.

^"Hygrométrie. Cet effet résulte du pouvoir que les corps possèdent, à différents degrés, de condenser dans leurs pores ou à leur surface l'humidité du milieu ambiant; il se manifeste de deux manières dans les vêtements, suivant qu'ils transmettent à la peau l'humidité de l'atmosphère, ou qu'ils s'imprègnent des fluides perspiratoires. Dans les deux cas, leur conductibilité du calorique est augmentée; plus ils sont hygrométriques, moins ils sont chauds;

Communicalion manuscrite de M. Michel Alcan.

-^^^ HYGIÈNE PRIVÉE

l'eau qui les imbibe se substitue à l'air emprisonné dan^ leurs mailles, et devicîiit une double cause de refroidissement, par sa capacité plus grande pour le calorique, et par son évaporation ultérieure, laquelle enlève à la peau de grandes quantités de chaleur. La fibre poreuse du lin et du chanvre se charge promptement d'humidité; les tissus qu'elle constitue se mouillent vite, condensent les produits de la transpiration, et glacent le corps en les restituant à l'air par évaporation; ils sont, de toutes les matières vestimentaires, celles qui l'exposent le plus souvent à la sensation du froid humide et aux maladies qui en résultent. En revanche, rians les affections cutanées qui s'accompagnent de prurit et d'ardeur, ils offrent un vêtement frais et souple, à cause de leur hygrométrie et de leur conductibilité du calorique. Les brins compactes du coton se laissent moins pénétrer par l'eau. La laine, la soie, également formées de fils non poreux, sont peu propres à condenser les vapeurs qu'elles laissent échapper facilement à travers les mailles des tissus qu'elles servent à confectionner. D'ailleurs, mauvaises conductrices du calorique, elles ne permettent au peu de liquide qu'elles condensent qu'une évaporation graduelle qui refroidit à peine la surface extérieure du vêtement. Percy, en recherchant l'étoffe la plus convenable pour les fomentations froides, a déterminé les vitesses d'évaporation d'un certain nombre de tissus : des coupons de toile de chanvre et de coton, des morceaux de flanelle, de futaine et de molleton, ont été complètement imbibés d'eau distillée et suspendus les uns à côté des autres, à la même hauteur et exposés au même degré de chaleur ; il a vu que la toile séchait en peu d'instants, le tissu de coton un peu moins promptement; que la futaine venait ensuite, que la flanelle tardait trois fois plus, et que le molleton mettait plusieurs heures de plus que les autres étoffes à se dessécher. Cette expérience indique, dans l'ordre de leurénumération, l'intensité de la réfrigération cutanée que produisent ces tissus. A la propriété hygrométrique des vêtements se lie leur action sur la peau, considérée comme organe d'absorption et d'excrétion. La transpiration cutanée varie dans sa quantité, suivant le pouvoir conducteur, émissif et absorbant des étoflès : plus le vêtement accumule de chaleur sur le corps, plus elle augmente, ainsi que le prouve la moiteur habituelle de la peau sous le poids d'enveloppes épaisses et superposées. Au contraire, les tissus bons conducteurs du calorique refroidissent la peau par voie d'échange direct avec les corps extérieurs, et réduisent par conséquent la

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