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des rougeurs, des érythèmes, des éruptions variées, des inflammations qui portent sur un ou plusieurs éléments de la structure cutanée, proviennent parfois de l'usage des enveloppes de laine, avec le concours étiologique des prédispositions, du régime, de la malpropreté, etc. Nul doute que l'emploi de plus en plus général du linge n'ait contribué à réduire le nombre des affections cutanées; l'application immédiate des étofïes grossières de laine sur la peau, jointe à la malpropreté qui en était l'inévitable conséquence, devait entrer pour une large part dans leur production; la rétention des produits de l'excrétion cutanée dans les mailles de ces tissus ajoute à leurs propriétés irritantes. Sauvages mentionne une espèce d'érysipèle m cute nascens ad collarium ecclesiasticorum ; la crasse du cuir chevelu produit le pityriasis de la tête; le fluide perspiratoire l'interlrigo des oreilles, le flux leucorrhéique, l'intertrigo des cuisses, etc. (1). Nous avons rapporté plus haut l'analyse des matières qui imprégnaient un gilet de flanelle porté pendant soixante jours. Les vêtements de laine, tomenteux et mauvais conducteurs, exercent donc sur la peau une stimulation mécanique et une stimulation chimique : la première par la nature de leur surface, la seconde par les produits dégénérés, altérés, des sécrétions de la peau dont ils s'infiltrent. La médecine et l'hygiène peuvent tirer parti de cette double action, qui se résout dans une révulsion douce et continue, pourvu que l'indication soit bien comprise et qu'une appréhension exagérée ne conduise pas à désarmer l'économie par l'usage prématuré ou intempestif des moyens prophylactiques. Le coton tient le milieu par ses qualités tactiles entre la laine et le linge proprement dit (chanvre et lin) ; il est parfaitement supporté quand la peau n'est pas le siège d'exanthèmes ni d'excoriations. Le linge, grâce aux fibres souples et amorphes dont il se compose, n'expose la peau qu'à des frôlements moelleux et frais ; la soie lui est très douce, mais, comme la laine, elle développe de l'électricité par ses frottements, cause de stimulation qui manque dans les tissus si hygrométriques de chanvre et de lin.
ô» Couleur. La couleur naturelle ou la coloration artificielle des vêtements leur communique des propriétés spéciales. Les expériences de Franklin, confirmées par sir Humphry Davy (1799), ont démontré l'influence qu'elle exerce sur le rayonnement et l'absor-
(1) A. Cazenave, Trailé des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, in-8 avec figures.
HY(;iKNli l'KIVÉE.
ption du calorique. Ou sait aujourd'hui qu'une surface couverte de noir de fumée rayonne le maximum du calorique, environ liuit fois plus qu'une surface blanclie et polie. Le docteur Stark d'Édimboui'g (1) a précisé par de nouvelles reciierclies le pouvoir absorbant et émissif du calorique dans les étoffes de couleur dilférente. Un thermomètre très sensible, enveloppé de laine noire, mit Zi minutes 1/2 pour monter de 10 degrés centigrades à 70", 66 ; avec la laine vert foncé, 5 minutes; avec la hiine écarlate, 5 minutes 30 secondes; avec la laine blanche, 8 minutes. Il avait eu soi)) de choisir la laine de finesse égale et de même poids. L'expérience l'épétée avec une moindi-e quantité de matière eut des résultats semblables quant à leui's rapports mutuels, mais non quant au temps absolu; il en fallut davantage pour atteindre le n)ême degré thermométrique. Des expériences en sens contraire furent faites avec un thermomèti'e à air, gi-adué à un dixième de pouce en série descendante; la boule de l'instrument, préalablement chauffée à l'aide de la lampe à gaz d'Argand et de réflecteurs d'étain poli, fut enduite d'une couche légère de couleurs différentes : au co)nmenceraent de chaque expérience le fluide coloré était à 1 degré ; avec la couleur noire le thermomètre descendit à 83 degrés, avec le brun foncé à lli degi'és, avec le rouge orangé à 58 degrés, avec le jaune à 53 degrés, avec le blanc à k5 degrés. On voit par là qu'abstraction faite de la substance employée, la couleur modifie puissamment l'absorption du calorique; elle gouverne de même la marche du )'ayonnement ou du refroidissement des corps. Un thermomètre chauffé à 82 degrés centigrades mit, pour descendre à 10 degrés centigrades, 21 )ninutes avec la laine noire, 26 avec la laine rouge, 27 avec la laine blanche. D'autres substances, telles que farines colorées, matières colorantes simples, donnèrent les mêmes résultats. Ainsi la perméabilité des corps au calorique, dans un sens ou dans un autre (pouvoir absorbant, pouvoir émissif), se trouve sous la dépendance de leur coloration. L'observation vulgaire avait noté depuis longtemps que l'eau se refroidit plus vite dans un vase de couleur foncée. Dans les pays septentrionaux, les animaux changent de couleur à l'appi'oche de l'hiver; on y voit d^es renards blancs, des lièvres blancs, etc. : c'est qu'une enveloppe de cette couleur retient le calorique plus longtemps et contribue a la stabilité de la température animale ; elle ne conviendra pas moins
(1) Annales d'hygiène publique. Paris, 1834, l. Xll, p. 54.
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dans les climats infertropicaux, le pouvoir absorbant des étoffes étant toujours en raison directe de leur pouvoir émissif. Rumfort et sii" Ev. Home sont arrivés à une conclusion contraire et conseillent l'usage des vêtements noiis dans les pays très chauds. Les expériences du docteur Stark concilient les faits : si le nègre absorbe plus de calorique par sa surface, il le rayonne dans la même proportion ; de là une sorte de circulation du calorique dans sa peau dont la transpiration insensible augmente et rend le corps plus frais. — L'hygrométrie des substances vestimentaires est avec leur couleur dans les mêmes rapports que leur perméabilité au calorique : 30 grains de laine noire, exposés à l'air au mois de janvier par une température un peu au-dessous de zéro centigrade, ont gagné 32 grains ; même quantité de laine écarlate 25, idem de laine blanche 20. — Comme l'eau à l'état vésiculaire est le véhicule des principes toxiques qui constituent les miasmes, les effluves, il s'ensuit que la couleur du vêtement ne sera pas indifférente là où l'homme est exposé à cette cause de maladie; mais le docteur Stark est allé plus loin. Des expériences aussi délicates qu'ingénieuses, dont le détail serait trop long ici, l'ont conduit à ce résultat, savoir : que la couleur des corps, indépendamment de la nature des substances, influe d'une manière frappante sur la faculté qu'ont les surfaces d'imbiber et d'exhaler les odeurs : ainsi il a trouvé que le noir absorbe le plus, ensuite le bleu, puis le rouge, puis le vert; le jaune fort peu, et le blanc à peine sensiblement; que les substances animales ont une plus grande attraction pour les odeurs que les substances végétales ; que la soie attire plus que la laine, celle-ci plus que le coton. L'absorption des particules odorantes par les surfaces colorées semble donc soumise aux mêmes lois que celle du calorique et de la lumière; l'analogie s'étend encore plus loin, car dans plusieurs expériences. M. Stark a constaté que, pour les surfaces diversement colorées, le pouvoir émissif des odeurs est en rapport exact avec leur rayonnement du calorique dans des circonstances semblables. La connaissance de ces faits mène à des applications utiles de prophylaxie pendant le règne des maladies épidéraiques ou contagieuses. Les médecins, en adoptant le vêtement noir, ont choisi la couleur qui absorbe le plus facilement les émanations odorantes et qui est par conséquent la plus dangereuse pour eux-mêmes comme pour leurs malades. Le costume blanc dans les hôpitaux, les rideaux blancs, le linge blanc et jusqu'à la couleur blanche des murs, n'ont pas seulement l'avantage
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de lorcer à la propreté, mais présentent encore au méphitisme de ces demeures la surlace la moins absorbante; il semble que la parfaite propreté, dont le blanc est à la fois l'image et le symbole, résume toutes les précautions extérieures qui sont nécessaires à la santé. — Enfin, la coloration artificielle des tissus vestimentaires peut-elle occasionner des accidents par l'elfet vénéneux des teintures solubies dans la transpiration cutanée? Nul fait très exact n'établit jusqu'à présent la possibilité d'un empoisonnement plus ou moins complet par cet ordre de causes; néanmoins il importe qu'il n'entre, soit dans la teinture des étoffes, soit dans l'encollage de leur cbaîiie, aucune préparation de nature dangereuse; le sulfate de plomb qui sert à l'apprêt des étoffes de laine et de coton doit être remplacé par le sulfate de chaux qui remplit le même office et n'a aucun inconvénient (Chevreul). Dans des châles tissés en Picardie, la proportion d'oxyde de plomb que contenait l'encollage était si grande, que l'eau de dissolution se colorait fortement par l'eau d'acide sulfurique. La même proscription doit atteindre les préparations cuivreuses que les apprêteurs emploient dans le blanchissage des tissus de laine pour en azurer légèrement la teinte.
6° Forme. L'ampleur du vêtement détermine la sphère atmosphérique qui entoure immédiatement le corps ; l'effet qui en résulte se combine nécessairement avec celui des propriétés inhérentes aux étoffes. Quand les pièces du vêtement sont larges et ouvertes en différents points, l'air s'y renouvelle aisément, et leurs ondulations, en rapport avec les mouvements du corps, donnent lieu à une douce ventilation qui rafraîchit la peau en activant l'évaporation des fluides perspiratoires. Les habits serrés emprisonnent une couche mince d'air qui se renouvelle très difficilement et contribue par son peu de conductibilité à conserver au corps sa température propre. Les ceintures, les liens, placés à différentes hauteurs, délimitentdes masses d'air stagnant; les culottes courtes, maintenues à la taille et au-dessous des genoux par des compressions circulaires, les bas dont l'extrémité supérieure est appliquée exactement sur la peau à l'aide de jarretières, le chapeau qui étreint la base du crâne, représentent autant de cavités closes oii l'air est retenu. La superposition des habits permet d'environner le corps d'une série concentrique de lames d'air qui sont autant d'obstacles aux échanges de température auxquelsil est provoqué par les objets du monde extérieur. L'instinct a bien guidé l'homme dans l'arrange-
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ment des tlitlérei)tes pièces de son vêtement : sur sa peau nue il place le linge, c'est-à-dire l'étoffe la plus souple et qui transmet promptement les liquides transpirés aux vêtements de laine plus extérieurs ; ceux-ci les évaporent d'une manière presque insensible; enfin il dispose fi l'extrême périphérie de son corps les vêtements les plus grossiers, les plus tomenteux (manteau, capote, etc.) qui ne se refroidissent qu'à leur surface; il n'est point jusqu'aux couleurs des pièces de vêtement superposées qui n'agissent au profit de la chaleur du corps, à la manière des enduits qui, étendus par couches successives sur une surface rayonnante, finissent par fermer cette voie de déperdition du calorique. — La forme des vêtements occasionne des compressions multiples, tant yjar ses proportions trop rigoureuses que par les liens et les moyens de suspension qu'elle nécessite. L'effet immédiat de ces constrictions porte sur la peau et les tissus sous-jacents; l'état parcheminé de la peau, la condensation des tissus cellulaire et musculaire que l'on observe au cou des pendus, est l'expression la plus saisissante de cette cause portée à son maximum d'intensité. Les bretelles, les ceintures étroites, les jarretières, les ligatures de tout genre déterminent une compression circonscrite, plus ou moins forte et continue, dont le premier effet est de gêner la circulation capillaire et de faire refluer le sang dans les vaisseaux voisins ; quand la compression est enlevée, le sang revient avec force et produit la rougeur passagère du point comprimé; mais à la longue les tissus comprimés s'épaississent par une sorte d'irritation nutritive; aussi tous les points de la surface du corps sur lequel le mode d'habillement exerce une constriction. habituelle sont plus denses et plus épais. Une compression plus limitée encore et plus forte, quoique non sentie au début, ne tarde point à devenir douloureuse; chassé d'abord des capillaires de la partie, le sang y retourne avec force, et bientôt une inflammation aussi vive que douloureuse se développe sur les limites immédiates du point comprimé : le pli d'un bas, la couture trop saillante d'une botte, le bord trop serré d'un soulier occasionnent au bout de quelques heures des souffrances intolérables, des ampoules, des excoriations, des solutions de continuité. Si la compression s'étend à une large surface et est soutenue longtemps (corset, pantalon collant), la partie diminue de volume; le tissu cellulaire, privé de la graisse et de la sérosité qui remplissent ses aréoles, devient sec et lamelleux; les muscles s'atrophient et perdent leurcontractilité; les vaisseaux sanguins et lymphatiques les
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plus superllciels s'effaceiii sur eux-mêmes; la circulation du sang et de la lymphe s'opère par les vaisseaux profonds; de là des congesiions viscérales, des ampliations anévrysmaliques des vaisseaux ou du cœur, des symptômes de dyspnée, etc. Il suffit de promener par la pensée ces elï'ets de la compression sur la poitrine, le ventre, la léte, les extrémités, pour en saisir aussitôt les conséquences fonctionnelles; nous y reviendrons en parlant des dilférentes pièces de l'habillement. Eidîn, la forme du vêtement laisse à découvert certaines parties du corps, protège étroitement certaines autres; elle donne lieu à des habitudes de dénudation ou d'enveloppement, et modifie par là, non-seulement les fonctions de la peau, mais les organes profonds qui, par leurs sympathies ou leur susceptibilité, répercutent les impressions qu'elle reçoit.
7" Action générale. Le vêtement ne peut modifier la caloricité, l'exhalation, l'absorption et la sensibilité de la peau sans réagir sur l'ensemble des fonctions. L'énergie de la fonction éliminatrice de la peau règle en quelque sorte la marche des autres excrétions; tout ce qui impressionne les papilles nerveuses du derme met en jeu l'innervation cérébro-spinale et aboutit au malaise ou au bienêtre général de l'économie. Les enveloppes plus ou moins protectrices dont l'homme se revêt déterminent la mesure de l'antagonisme qui existe entre sa caloricité et la température extérieure; le foyer de chaleur qu'il porte en lui-môme redouble ou ralentit son activité suivant les agressions de l'atmosphère ; mais cette production inégale de calorique entraîne ou résulte des oscillations correspondantes dans les mouvements de la respiration et de la circulation, dans les actions musculaires et cérébrales : le vêtement est donc encore un de ces modificateurs qu'il est difficile d'étudier au point de vue d'un seul organe, d'un seul appareil ; de près ou de loin il les influence tous et il résume parfois la question totale de la vie, quand celle -ci lient à un degré de ciialeur de plus ou de moins, comme chez les imuveau-nés, dont le pouvoir calorifique ne suffit point à réparer la perte par rayonnement, et qui périssent en si grand nombre pendant l'hiver.
S 3. — De remploi des vOtemcnls.
L'emploi des vêtements est subordonné à la forme et aux convenances des parties qu'ils recouvrent, aux conditions de l'individualité, aux circonstances extérieures.
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