Rapports des vêtements avec les parties
4° Tête. D'après Percy , les chapeaux n'ont été introduits en France que sous Charles VIII. Les Grecs, les Romains, les Gaulois, ne se couvraient la tète que malades ou en voyage. Le chapeau, dôme cylindrique ou cône renversé, est resté dans notre costume comme une forme dégradée des armures dont nos guerroyants ancêtres se couvraient la tête. Son utilité la moins contestable est de défendre la tête contre lus chocs extérieurs. Trop étroit, il détermine un engourdissement douloureux du cuir chevelu en comprimant les filets nerveux des paires cervicales et de la branche frontale de l'ophthalmique de Willis. Dans la première enfance, la tête, encore molle, compressible, facile à déformer, incomplètement ossifiée, réclame des moyens de protection contre le froid et contre les agents vulnérants du dehors; les bourrelets faits avec des tiges flexibles de baleine, sont à la fois légers et solides. Dans quelques pays les parents exercent sur la tête de leurs enfants une compression méthodique pour en modifier la forme d'après un type conventionnel de beauté : usage barbare qui se retrouve chez les Caraïbes et quelques peuplades de la Polynésie. L'allongement de la tête, la saillie de l'occiput, la dépression circulaire du front, tels sont les effets de certaines coiffures dont on affuble les enfants nouveau nés; dans le département de la Seine-Itiférieure on prépare les petites filles à supporter l'échafaudage de bonnets montants en leur entourant la tête d'un bandeau qui, du sommet du frontal, se rend au-dessous de la base occipitale et passe latéralement au-dessus de la conque des oreilles. Cet usage bizarre est la cause d'une difformité crânienne signalée par M. Foville chez un grand nombre d'aliénés, et à laquelle il rapporte l'étiologie de lésions profondes des facultés intellectuelles et sensoriales, telles que l'idiotie, l'épilepsie, la démence. Il est utile d'accoutumer les enfants des deux sexes à rester la tête découverte ; quand il y a lieu de la protéger, les serre-tête de toile conviennent mieux que les tichus adoptés par le luxe ou par la mode, et surtout que les bonnets épais qui accumulent le calorique sur la tête, ia congestionnent et favorisent les sécrétions morbides du cuir chevelu Pour l'adulte, les chapeaux en natte de paille, ou d'autres tissus végétaux fins, ceux de coton et de soie tissés, les casquettes modernes k visièi e méritent la préférence sur le feutre de poil de lapin
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OU de castor : minima de malis, car toutes ces coiffures laissent à désirer, et détestables sont les chapeaux eu usage, non-seulement parles matières non conductrices du calorique, tels que la peluche, les feutres, mais encore par la manière dont ils sont montés. Le cha peau de peluche, collé sur un cylindre de carton, comme le chapeau de feutre, sont pesants, étreignent la léle, concentrent une masse d'air qui s'échaulîe rapidement, ne préservent ni du chaud ni du froid, ni de la pluie ni de l'irradiation solaire, accumulent les fluides circulatoires dans les téguments du crâne, produisent la macération des bulbes pilifères par la sueur. La fréquence plus grande de la calvitie chez les hommes que chez les femmes témoigne assurément de l'action fâcheuse de la coiffure de notre sexe ; je n'en excepte pas les casquettes, les calottes qui s'encrassent au contact immédiat des cheveux et empêchent presque entièrement leur aération. Nulle part la chevelure des femmes n'est plus riche et plus belle que dans les pays où elles la couvrent à peine d'un voile léger, comme en Corse, en Espagne, dans tout l'Orient. Les coiffures militaires pesantes, le casque, l'ancien shako, le bormet à poil, ont dépouillé bien des têtes, jeunes et vieilles. Une coiffure souple, légère, poreuse, si la mode une fois bien inspirée l'adopte et la vulgarise, fera plus contre la calvitie que tous les arcanes d'une médecine ambiguë. On fabrique aujourd'hui des chapeaux de feutre moelleux et flexibles, aussi commodes en voyage que légers à la ville : c'est un progrès digne de recommandation. Quand l'âge ou une autre cause ont amené la calvitie générale ou partielle, il y a lieu souvent d'en corriger les incommodités (coryzas, céphalalgies, douleurs dentaires, etc.) par l'application de toupets et de perruques. Excepté quelques circonstances, le plus souvent professionnelles, qui exigent la soustraction totale de la tête à l'atteinte de causes nuisibles, la face n'a pas besoin d'un vêtement spécial, grâce à la vitalité de son tégument, à l'activité circulatoire de son réseau capillaire, à l'abondance des cryptes muqueux et sébacés qui l'assouplissent continuellement.
2° Cou. L'habitude de laisser le cou à découvert, commune chez les Orientaux et dans certaines classes ouvrières de nos pays, procure l'immunité des angines et d'autres affections morbides; il faut donc la faire prendre aux enfants. Le douple ou triple enveloppement du cou à l'aide de cravates fait que cette partie ne peut être exposée à l'air sans risque de maladie. Les autres inconvénients des cols, cravates, etc., proviennent de leur rigidité, de leurs aspé-
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rites, de la pression circulaire qu'ils exercent, à la chaleur qu'ils concentrent autour du cou. La cravate, introduite en France en 1660 par un régiment de Croates (Percy), se compose de divers tissus propres à s'adapter à la forme du cou, soutenus à l'aide d'une carcasse en baleine flexible ou en poils de sanglier réunis par petits faisceaux, etc. Le cou, parcouru par de gros troncs artériels et veineux et pai- les voies aériennes, forcé de se prêter incessamment à des mouvemenis très étendus en tous sens, ne peut subir un certain degré de conslriction sans qu'il en résulte un commencement de stase veineuse dans les méninges et dans les poumons : la face s'injecte et se boursoufle, les yeux deviennent saillants et rouges ; il survient des céphalalgies, des vertiges, des saignements de nez ; et dans les brusques mouvements du tronc, il y a danger imminent d'apoplexie, les artères carotides et vertébrales ne cessant d'envoyer du sang au cerveau, tandis que l'étreinte delà cravate ou du col empêche le retour au cœur par les veines jugulaires comprimées. La funeste mode des cravates serrées détermine ces symptômes chez les individus les plus blêmes ; les vieillards surtout et les gens replets, à cou volumineux et court, doivent les redouter. Autrefois des colonels étreignaient le cou de leurs soldats avec des cols cartonnés, afin d'animer leur prestance. Percy assure que cette pratique absurde avait pour résultats des ulcérations, des callosités, l'enrouement et l'évasion de la mâchoire inférieure, etc. Encore aujourd'hui, le col militaire est trop rigide, trop serré; joignez-y la constriction exercée à la base du cou, en avant, par l'agrafe des collets d'uniforme souvent trop hauts et trop serrés, et vous admettrez, avec MM. Bégin, H.Larrey(l) et la plupart des chirurgiens militaires, que cette cause n'est pas étrangère au développement des adénites cervicales, l'un des fléaux pathologiques de l'armée, surtout chez les jeunes soldats. Il faut choisir la cravate d'un tissu souple, élastique et doux, qui s'adapte aux saillies du cou et se prête à ses mouvements ; l'appliquer sans interposition de crm, de carton, de fil de laiton, etc. , de manière à permettre aisément 1 mtroduction du doigt entre ses plis et la partie qu'ils recouvrent ; qu'elle ne forme pas une double ou triple enveloppe dont la chaude épaisseur provoque la transpiration et accoutume le cou à une température trop élevée ; qu'on ne s'en débarrasse point dans un heu froid, quand le corps est en sueur; pendant le chant, la
(I) Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1852, t. XVI, p. 273
S"" ÉDIT. 11. . f.
HVniÈNE PKIVÉK.
déclamation, lo travail de cabinet, il faut lui donner plus de laxité, et, ptiiidant le sommeil, s'en affranchir entièrement.
3» 7'ronc. On a beaucoup critiqué la forme étriquée de nos modernes habits; mais l'instabilité atmosphérique de nos climats et l'activité de nos relations sociales, excluent les draperies flottantes du costume antique et l'ampleur majestueuse du vêtement oriental. Procédons du dedans au dehors. L'introduction du linge est l'une des révolutions de l'hygiène. La chemise se charge des matières sécrétées par la peau, excite très légèrement la peau par ses propriétés tactiles sans provoquer l'exhalation ; l'adjonction des vêtements extérieurs corrige l'inconvénient d'une prompte évaporation qui est propre aux tissus de lin et de chanvre et de coton. La chemise ne doit être ni trop épaisse ni trop mince; le col et l'insertion des épaules doivent être larges. Le fréquent changement de linge est utile à la santé ; il faut changer de chemise soir et matin, pour que l'odeur et l'humidité du linge que l'on quitte s'évaporent au lieu de s'altérer par un contact prolongé avec la peau. Dans les pays méridionaux, le pauvre se couche tout nu pour exposer sa chemise en plein air, pratique avantageuse qui supplée au défaut de linge. Le caleçon, qui contribue à la propreté du corps, est soumis aux mêmes règles que le pantalon et la culotte. Celle-ci protège la moitié inférieure du tronc et la plus grande étendue des membres pelviens. Fixée autrefois par une ceinture autour des lombes et arrêtée au niveau des genoux, elle descend aujourd'hui jusqu'au bas des jambes et prend ses points d'appui sur les épaules à l'aide de bretelles. Trop large, le pantalon ne conserve pas au corps sa chaleur et refuse à la paroi abdominale le soutien qu'elle exige en certains points; trop étroit, il repousse les viscères, gêne le jeu du diaphragme, trouble les mouvements du cœur, produit la pléthore encéphalique par la gêne de la circulation dans le tronc et les extrémités inférieures ; s'il monte trop haut , il comprime la base de la poitrine, s'oppose à son ampliaiion horizontale, force le diaphragme à s'abaisser davantage : d'où le refoulement de la masse intestinale vers les points de la paroi abdominale qui résistent le moins à leur pression et à leur issue. Le pantalon ne doit pas remonter au-dessus des deux dernières côtes asternales : l'hiatus vertical, préférable à l'ancien pont, doit descendre jusqu'au pubis pour éviter la flexion trop gi-ande du tronc flans la miction ; il ne doit exercer de constriction sur aucun point des membres abdominaux, sous peine de renouveler les inconvénients des guêtres mon-
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tantes de l'empire, heureusement supprimées du costume des soldats, et ([ui ont occasionm; tant d'œilômes, do varices et d'ulcères opiniâtres desjambes. Le poidsdu pantalon, quelquefois très lourd, comme celui du plébéien qui n'a pas le choix des étoffes, comme le pantalon doublé en cuir, dit charivari, des troupes à cheval, doit être partagé entre les épaules et les lombes par un mode de suspension dont les deux agents sont d'une part les bretelles, d'autre part des pattes larges en demi-ceinture serrées en arrière par une boucle et passant sur l'os iliaque,. non au-dessus de cet os : cette dernière condition a pour but de i'ournir à l'hypogastre une surface d'appui et de contention. Le gilet complète, avec le pantalon, la seconde enveloppe de protection cutanée, la première étant constituée par la chemise et le caleçon. La mode donne aux gilets qui étranglent la taille de l'homme une portion des inconvénients du corset. Le frottement des pantalons de laine irrite la peau délicate de certaines personnes, leur cause des excoriations, des éruptions prurigineuses. Le caleçon de toile les préserve de ces inconvénients et remédie à la difficulté ou à la rareté des lavages du pantalon. Le principal vêtement du tronc est l'habit, dont le nom varie avec la forme: veste, habit court, lévite ou redingote, il ne doit exercer, quand il est boutonné, aucune pression à la naissance du cou, ni à la base de la poitrine, ni à l'insertion des épaules, afin d'éviter la compression des vaisseaux et des nerfs axillaires, la stase du sang dans les membres thoraciques, la rougeur des mains, et en hiver les engelures. Le manteau, faitd'un tissu mauvais conducteur, ajoute, suivant les exigences du temps et des lieux, un excellent moyen de protection aux précédents; il est le meilleur écran que l'on puisse opposer au rayonnement du corps : il doit être d'un tissu épais, non trop mou et spongieux, pour qu'il ne devienne pas trop lourd en s'imbibant de la pluie. Le manteau, jeté sur le corps comme une draperie, flotte au vent et embarrasse la mai che ; le manteau à manches et à capuchon, ou rotonde, est exempt de cet inconvénient, entoure mieux le corps et abrite au besoin la tète. Les manteaux ou sm'touts en étolfe imperméable concentrent trop la chaleur et condensent a leur face inlenie la vapeur de la transpiration cutanée qui ne peut traverser leur tissu. Il faut avoir porté pendant une journée de route, pendant une nuit de voyage en voiture, l'un de ces cabans ou paletots imperméables qui doivent leur vogue à leur légèreté, à leur bas prix, à leur facilité de pliage et de transport, pour en apprécier l'incommodité et l'insalubrité : ils placent
--'^ nYGlKNF, l'KlVÉE.
l'Iiommeeii mouvement dans les conditions de letuve humide • plus ils accumulent sur lui la chaleur, plus ils l'exposent aux refroidissements. Comme on s'en enveloppe par les temps de pluie, alors que l'humidité de l'air extérieur est au maximum, ils empê' client l'évaporation de la peau qui ruisselle de sueur, tandis que l'eau pluviale ruisselle à la surface extérieure du vêlement imperméable. Or, il s'agit, non d'isoler l'homme des inlluences atmosphériques, mais de graduer, de modérer les échanges qui s'opèrent entre l'organisme et le milieu, quel qu'il soit, où il se trouve. Le conseil de santé des armées, consulté deux fois sur l'adoption de vêtements rendus imperméables pour les troupes, s'y est toujours et sagement opposé.
Dans beaucoup de pays, la ceinture fait partie de l'habillement du tronc : large, souple, élastique, elle comprime uniformément le ventre, la région lombaire, agit en quelque sorte comme une aponévrose en contenant les plans musculaires, et comme les intersections tendineuses, en multipliant les points d'appui pour leurs contractions ; elle soutient le.poids des viscères et diminue les secousses qu'ils éprouvent dans le saut, la course, l'équitation, etc. Les ceintures de cuir, dures etrigides, atrophient les muscles, altèrent la structure des parties longtemps soumises à leur action.
k" Extrémités. Les gants doivent une partie de leurs propriétés au tissu qui les forme ; peau, fil, soie, coton, etc. Leur effet principal est de préserver les mains du froid, des engelures, de la poussière, des frottements, etc. ; c'est-à-dire d'entretenir leur température et la délicatesse de leur peau, double condition nécessaire au bon exercice du tact. Les bas, d'invention moderne, ont le même avantage de protection contre le froid, les frottements ; ils absorbent le produit de la transpiration abondante que la marche occasionne. Willich voulait qu'ils eussent à leur extrémité la forme digitée des gants pour faciliter l'absorption des matières sébacées qui s'accumulent entre les orteils; mais il en résulterait des frottements et des compressions inévitables, source d'autres maux (cors, durillons) que la propreté ne suffit pas à combattre. Les jarretières, que nécessite l'usage des bas, doivent être placées au-dessus des genoux où les vaisseaux sont plus profondément situées qu'au-dessous ; extensibles et peu serrées, elles ne donneront pas lieu aux varices, aux œdèmes, suites de la compression habituelle des veines souscutanées qui, dans l'exercice des membres inférieurs, reçoivent un excédant de sang que les muscles expriment en se contractant, et qui ne peut franchir en remontant l'obstacle d'une ligature. Le