AI'PLICATA. — DES VÊTEMENTS
pied est l'une des parties sur lesquelles la mode a le plus dirigé ses tortures : tantôt elle emprisonne étroitement les cinq orteils dans une pointe aiguë ; tantôt elle supprime les inégalités de leur longueur en coupant carrément la chaussure : les végétations épidermiques sont la douloureuse conséquence de ces aberrations ; les hauts talons, en forçant l'extension de l'articulation tibio tarsienne, disposent à la luxation en avant de l'astragale, qui, comprimé en arrière par le bord postérieur du tibia, et par la facette articulaire postérieure du calcanéum, peut glisser entre les deux os, comme un noyau de fruit entre deux doigts qui le serrent; en outre, ce genre de talons, diminuant la base de sustentation, font osciller le centre de gravité dans tous les sens et rendent les chutes presque inévitables : osons donc plaisanter les Chinois parce qu'ils estropient les pieds de leurs femmes dans l'étau de chaussures inflexibles. La chaussure est en rapport avec le climat et la configuration du sol: la sandale, le brodequin, le cothurne des peuples méridionaux, la spardille qui permet aux montagnards des Pyrénées de gravir les pics et d'en descendre avec une égale vitesse, conviendraient peu dans les plaines de neige ou de fange du Nord. Dans nos climats tempérés, le soulier est la chaussure d'été, et la botte ou bottine celle de l'hiver. L'un et l'autre exigent d'amples dimensions, si l'on veut faciliter la progression et empêcher que les pieds se gonflent, se baignent de sueur, se ramollissent, se couvrent d'ampoules, et que les orteils se contournent, chevauchent l'un sur l'autre et donnent naissance à des dépositions épidermiques, source des plus cuisantes souffrances. Le cuir de l'empeigne doit être souple, extensible; celui de la semelle sec et bien battu, ce qui le rend moins hygroscopique ; pour rendre l'un et l'autre imperméable, Willich a proposé le mélange suivant : huile siccative, 1 pinte; cire jaune, 2 onces ; esprit de térébenthine, 2 onces; poix de Bourgogne, 1 demi-once ; on masque l'odeur de ces substances par l'addition de 2 gros d'huile essentielle de bergamote ou de citron, et on les soumet à l'action d'un feu doux ; avec une brosse, on revêt la chaussure d'une première couche qu'on laisse sécher, puis d'une seconde, etc., jusqu'à saturation du cuir. Une semelle de liège, une double semelle, etc., remplit encore mieux le but. Les bottes sont une véritable armure des extrémités inférieures qu'elles soustraient aux chocs comme à l'humidité ; elles les entourent d'une atmosphère qui s'échauffe et contribue à la bonne température de ces parties, il importe qu'elles ne compriment ni le
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pied ni la jambe et qu'elles ne soient pas trop pesantes, comme ces grosses boiies à l'écuyère qui gênent la marche du cavalier démoulé et le livrent à la merci de l'ennemi. Les chaussures ne peuvent se mouler exactement aux courbures des deux pieds que lorsqu'elles sont conlectioimées sur deux formes distinctes. Le bois creusé en sabots, mauvais conducteur du calorique, tient le pied sec; mais inflexible et mal adapté, il embarrasse la progression et déforme le pied. Les socques articulés emboîtent bien la première chaussure et l'isolent parfaitement de l'humidité et du froid des pavés.