‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 32 sur 163 · II. — Conditions individuelles · texte numérisé non relu

II. — Conditions individuelles

1» Age. L'une des plus grandes causes de la mortalité des nouveau-nés, c'est l'insuffisance du vêtement, c'est la première impression du froid sur eux; à défaut du réchauffement maternel, ils ont donc besoin d'un ensemble de moyens protecteurs, représentés par le maillot et le berceau. L'application vicieuse du maillot a été et est encore une cause d'horribles souffrances, de maladies et de difformités pour les pauvres petits êtres que l'éloquence de J.-J. Rousseau et les avertissements des hygiénistes n'ont pas entièrement affranchis de cette torture; elle consistait à les entourer de bandes serrées depuis les épaules jusqu'aux plantes des pieds, et fortement croisées sur la poitrine et sur le ventre : on les convertissait ainsi en un paquet inflexible et compacte, et l'on condamnait à l'extension permanente leurs bras et jambes dont la position naturelle est la demi-flexion, et une sorte de pelotonnement. Ce supplice de l'immobilité absolue, que ne supporterait pas un adulte, et que l'on infligeait à l'âge le plus naturellement turbulent, se prolongeait jusqu'à six semaines ; à cette époque on commençait à leur marchander la liberté des bras pendant le jour, etc. On considérait comme un phénomène physiologique de l'âge les cris incessants que les petites victimes adressaient à leurs bourreaux : « Us crient du mal que vous leur faites; ainsi garrottés, vous crieriez plus plus fort qu'eux (1). » L'extension prolongée des membres, l'inertie forcée des muscles qu'irrite le besoin de se contracter, la déformation et le déplacement d'os encore mousetgélatineux, la compression de la poitrine et du ventre, et par suite l'imperfection de l'hématose, le séjour des matières excrémentitielles dans les langes,

(1 ) Rousseau, Émile, livre 1".

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l'âcreté de leur contact, la douleur des excoriations qui en résultent, tels sont les effets du maillot, que l'ignorance et la routine perpétuent au sein même de la civilisation. Dans les familles éclairées, on se borne à envelopper le nouveau-né do linges moelleux, doux, exempts d'aspérités et de coutures, doublés par une couverture que l'on replie et que l'on attache mollement au moyen de larges rubans, de manière à laisser au thorax sa liberté d'amplialion, et aux jambes une suffisante sphère d'agitation. Encore faut-il enlever fréquemment ce maillot sans langes, pour veiller à l'exacte propreté de l'enfant, pour lui procurer par intervalle une entière aisance de mouvements musculaires, pour renouveler l'air emprisonné sous ses enveloppes et qui, promptement altéré, ne répond plus aux besoins physiologiques de sa peau. Vers l'âge de trois mois, et plus tôt en été, on supprime entièrement le maillot, dont l'usage trop prolongé exagère les fonctions exhalantes du derme, développe une trop grande impressionnabilité et retarde les progrès du pouvoir calorifique. La coiffure du nouveau-né doit être un bonnet de toile, recouvert d'un autre de mousseline, et que l'on s'abstiendra de fixer par un cordon en mentonnière dont les mouvements de l'enfant peuvent faire un agent de compression très dangereuse. Dès le second mois, dans l'air chaud des appartements en hiver et à l'air libre durant l'été, on le laissera tête découverte; plus tard, sa chevelure, qu'on doit respecter, lui servira d'abri. Du deuxième au troisième mois, les langes, utiles seulement encore pendant le sommeil, seront remplacés par une brassière; une petite jupe et des chaussons souples et chauds : on ne lui donnera des souliers que beaucoup plus tard : qu'ils se prêtent par leurs dimensions à l'accroissement continuel des pieds ; que leur forme soit bien appropriée à celle de l'organe et ne l'entraîne point dans une direction vicieuse. On abuse aujourd'hui de la flanelle pour les enfants, à titre de prophylactique contre les rhumes ou toute autre incommodité; c'est trop les garantir contre les impressions variées de l'atmosphère, qui dans certaines limites exercent utilement leur caloricité : pour peu qu'ils soient faibles ou lymphatiques, ce vêtement entretient leur peau dans un état continuel de moiteur et leur est au moindre exercice une cause de sueur, et par suite d'affaiblissement. La flanelle fait des enfants délicats, chétifs, mous, indolents; elle les amène à la malpropreté par l'imprégnation des émanations cutanées. Ajoutons avec M. Donné {op. cit., page 209), qu'il n'est ni aussi difficile ni aussi dangereux qu'on se l'imagine, de quitter la

^■^^ HYGIÈNE PHlVÉli.

jlaiielle après l'avoir prise ou portéeplus ou moins longtemps : pour les adultes comme pour les enfants, la seule précaution à prendre c est de profiter de la saison des chaleurs pour opérer cette mutation' L homme adulte règle le choix du vêtement sur ses sensations et ses besoins : c'est à cette époque de la vie que l'habitude s'établit avec lorce et prépare la santé des années à venir : qu'elle incline 1 homme a la privation plus qu'à l'excès de la jouissance ; qu'il apprenne a s'accommoder des intempéries du climat où il vit • qu'il ne raffine pas la sensibilité de sa peau et l'inipressionnabiiite de ses viscères par une culture trop minutieuse de sa toilette Une couche trop chaude, des vêtements trop protecteurs hâtent la puberté et avec elle la marche de la vie. L'homme du peuple s'endurcit à l'inclémence du ciel; car, par une fatale conséquence des inégalités de l'état social, ceux qui sont le plus en butte aux rigueurs des saisons sont aussi les plus dénués de moyens de protection vestimentaire. Le vieillard est forcé, par l'affaiblissement progressit de ses fonctions de circulation, d'exhalation, de caloricité, etc., d'épaissir de plus en plus le rempart de laine, de soie et de fourrures qu'il élève entre lui et le monde extérieur, s'il n'est habitué de longue date à résister dans une bonne mesure aux variations atmosphériques, à l'impression pénétrante du froid : toute l'hygiène est pour lui dans l'entretien de la chaleur et de la circulation ; qu'il renonce désormais à braver les vicissitudes de l'air : son salut est dans l'uniformité de la température; mais qu'il n'ajoute qu'avec une gradation étudiée une pièce de plus à son vêtement, car il ne devra plus la quitter : à lui les topiques les plus chauds, laine, ouate, édredon, pelleteries ; leur contact, irritant pour un autre âge, produira sur sa peau une salutaire et douce stimulation; mais point de hgatures ni de compressions; elles seraient inévitablement suivies de congestions sur les organes internes, notamment sur l'encéphale et les poumons, si prompts chez lui à s'hypérémier. Il est pourtant des vieillards ingambes, actifs, sanguins ou nerveux qui, grâce à l'exercice musculaire, au bon état de leurs organes digestifs, et parfois à des pratiques d'hydrothérapie prudente, conservent une assez grande force de résistance vitale pour se passer du costume de leur âge. J'ai vu mon collègue octogénaire de l'Académie, feu Duval, s'Iiabiller presque légèrement, dans les hivers les plus rigoureux; il vantait à quatre-vingt-dix ans l'influence salutaire du froid. Capuron portait en toute saison la même redingote. Rudes vies, vertes vieillesses! mais tel n'est point le lot

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commun ; l'hygiène comme la médecine enregistre les cas rares, et n'en tire guère parti.

2" Sei:e. Confondus sous le même vêtement dans le premier âge, les deux sexes se séparent ensuite sous le rapport cosmétologique, et des jupes, des robes, se drapent en larges plis autour de la partie inférieure du corps de la jeune fille, de manière à baigner dans un air sans cesse renouvelé des organes qui exigent un libre accès, et dont les émanations ne peuvent être concentrées sans inconvénient. Le corset est devenu la base ou la charpente de la toilette féminine; il aide à simuler et à dissimuler. Le corset n'est pas d'origine moderne : les dames grecques avaient leur séfodosne, et les matrones romaines le castula, espèce de petite tunique qu'on serrait autour de la taille (1). Les jeunes filles, d'après Galien se servaient en outre de fasciœ ou bandes qu'elles serraient fortement sur les omoplates et autour de la poitrine pour augmenter le volume des hanches et des flancs par rapport au thorax; l'inégalité des épaules était masquée par des coussinets appeUs analectides ou ancdectrides^ et le ventre était déprimé par des espèces d'attelles dont le buse d'aujourd'hui semble une réminiscence (2). C'est Cathei ine de Médicis qui, dit-on, introduisit en France la mode d'élreindre la poitrine et les reins à l'aide d'un corps de baleine, que l'on nomma plus tard corps de fer; les corps baleinés atteignaient les crêtes iliaques et exerçaient dans ce point, pour faire saillir les hanches, une pression qui, d'après Montaigne, entamait parfois la peau et a produit des accidents mortels (A. Paré). M. Bouvier divise l'histoire des corsets ou de leurs équivalents en cinq périodes : 1° antiquité : bandes ou fasciœ ; 2° premiers siècles de la monarchie française, grande partie du moyen âge : rien de fixe; période de transition, caractérisée par l'abandon des bandelettes romaines et par l'introduction des corsages justes au corps; 3° fin du moyen âge et commencement de la renaissance : adoption générale des robes à corsage serré tenant lieu de corset; k" du milieu du xvi' à la fin du xviir siècle, époque des corps baleinés; 5° de la fin du xviii* siècle jusqu'à nos jours, règne des corsets modernes et actuels.

Ambroise Paré, Spigel, Platner, Wmslow, Van Swieten, Camper, Sœmmerring, Buffon, J.-J. Rousseau ont vivement critiqué l'emploi des corsets, les médecins surtout avec des arguments puisés

(1) Reveillé-Parise, Éludes sur l'homme, t. II, p. 422.

(2) Bouvier, Éludes historiques et médicales sur les corsets. Paris, 1853, ia-8.

dans l'étude de l'organisation. Joseph II l'interdit par un édit sé vère; et néanmoins il subsiste dans la toilette des femmes Aussi peut-on se demanderavec M. Ménière (1), s'il ne répond point, dans une certaine mesure, à un besoin réel, et s'il n'y a pas quelque exagération à le proscrire. La physiologie est venue de nos jours en aide aux partisans du corset, par une théorie de la respiration fémhiinequi, suivantMM. Beau et Maissiat (voy. tome I, page 132) affecte le type costo-supérieur, c'est-à-dire s'effeclue'piincipalement par les côtes supérieures et surtout par la première, portées en haut et en avant. M. Bérard (2) fait consister essentiellement ce type respiratoire en un mouvement de totalité du thorax de bas en haut; le sternum, la clavicule et la première côte se soulèvent; iiv a, déplus, un mouvement de rotation très marquée dans les côtes qui suivent la première; mais ce mouvement qui se propage, va s'affaiblissant de la partie supérieure à la partie inférieure de la poitrine. Telle est la respiration normale des femmes ; les actrices en l'exagérant sur la scène dans les moments d'émotion factice, là rendent visible à tous les yeux : on l'observe chez la jeune fille, encore inexperte du corset; Haller après Boerhaave anoté une différence dans la manière de respirer entre les enfants des deux sexes avant l'âge d'un an. Aussi M. Bérard admet-il que le corset qui serre seulement le bas de la poitrine, se concilie avec le plan primitif de l'organisation et des fomctions de la femme. D'autre part, l'état social condamne les femmes à la vie sédentaire, et affaiblit tout leur système musculaire par défaut d'exercice; de là une sensation de fatigue qu'elles éprouvent promptement dans la position assise ou debout; elles y obvient par l'usage du corset, qui sert, non à redresser la colonne vertébrale, mais à fournir un point d'appui au tronc penché en avant; l'état de demi-flexion en avant leur est habituel dans leurs occupations sédentaires, et, sans la résistance du corset, elle serait exagérée par le poids de la tète, des seins et de tous les viscères abdominaux et thoraciques. Le corset, c'est-àdire une ceinture d'un tissu élastique à grandes dimensions, sans baleine, sans lames métalliques, médiocrement serrée à la base du thorax, peut donc convenir aux femmes dont les glandes mammaires sont très développées et les muscles dépourvus de contractilité, tandis que nous considérons comme de funestes machines

(1) Thèse de concours, p. 40.

(2) Bérard, Cours de physiologie^ 1851, t. III, p. 258.

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à pression ces corsets-cuirasses (ReveilUvParise) qui étreignent impitoyablement la poitrine dans leur réseau de ter. En Orient, les femmes, si remarquables par le développement régulier des seins, se contentent de les soutenir par quelques tours de large bande à la base du thorax. Chez les jeunes filles impubères, le corset comprime, déplace, infléchit les os, déforme le squelette et nuit au développement régulier des viscères dont les surfaces osseuses ne sont que le moule. Les médecins qui font des recherches sur les cadavres des femmes, notamment ceux de la Salpêtrière, remarquent les déformations les plus étranges de la base du thorax, résultat de l'usage prématuré du corset. La plus ordinaire consiste à faire de la base de la poitrine le sommet du cône que représente .sa cage osseuse, et comme le corset s'oppose aux ondulations incessantes des deux cavités splanclmiques, il en résulte qu'il entrave simultanément trois fonctions essentielles : respiration, circulation et digestion. Aussi favorise-t-il les stases sanguines dans les poumons, l'hémoptysie, l'hypertrophie du cœur, qui lutte contre un obstacle permanent au cours du sang; les irrégularités de la digestion, qui exige le concours de l'action musciUaire de l'estomac. D'après l'observation de M. Ferrus, le corset tend à refouler contre le diaphragme les organes contenus dans la poitrine, de telle sorte que le foie déborde souvent de plusieurs pouces les dernières côtes, dont on retrouve l'empreinte sur sa face supérieure. Sœmmerring a vu un estomac presque partagé en deux loges par la compression excessive et prolongée d'un corset armé d'un buse en acier. Chez les jeunes filles qui se sont procuré une taille mince par l'abus prolongé des corsets, l'estomac, comprimé latéralement et en avant, se change en un canal, à peine moins étroit que l'intestin, et, dirigé verticalement, il plonge par son extrémité pylorique dans la partie supérieure du bassin ; il en résulte qu'il admet peu d'aliments à la l'ois et que leur digestion et leur chylification deviennent pénibles, incomplètes à cause des changements des rapports normaux de ce viscère avec le duodénum: de là les dyspepsies, les troubles digestifs variés dont soulfrent ces victimes de la mode. Du moins, au prix de tant de périls et de maux, le corset baleiné ou métallique con.serve-t-ilàla gorge sa fraîcheur et sa fermeté? Non : il l'amollit, il la plisse, il la détend; parfois il empêche le développement des mamelons et occasionne l'induration des glandes mammaires. Il faut donc en défendre sévèrement l'usage aux jeunes filles impubères ; et, pour les en dispenser dans la suite, favoriser Iç dévelop-

" " HYUIÉNE l'UlVJiE.

pement de leur système musculaire par l'exercice, la gymnastique les bains froids. Les femmes à formes non exubérantes doivent s'en abstenu- toujours; celles qui sont dans des conditions inverses ne 1 emploieront qu'avec les modifications précitées. Pendant la grossesse, les femmes doivent éviter toute pression sur quelque partie du corps que ce soit; l'ascension de l'utérus repousse déjà les organes abdominaux vers le diaphragme, dont ils gênent l'abaissement; une constriction circulaire du thorax réduirait l'ampliation horizontale de cette cavité, et susciterait le danger quotidien des congestions vers les poumons, vers la tète, etc., en même temps qu'elle pourrait déterminer l'affaissement des mamelles ou leur engorgemejit inflammatoire, et compromettre, avec la lactation, la santé ultérieure de la mère et de l'enfant. Les corsets avec buse descendent sur le ventre et nuisent, soit au développement, soit à la direction de l'utérus : ils sont une cause d'avortement. M. Raciborski s'est assuré que la mauvaise conformation des mamelons, rarement congénitale, moins commune chez les femmes de la campagne que chez celles de la ville qui obéissent servilement aux exigences de la mode, est due le plus souvent aux pressions du corset; chez les jeunes filles qui n'en ont pas encore subi les effets, ces organes sont plus ou moins proéminents et bien disposés pour l'allaitement. Le corset prive donc beaucoup de mères du plaisir d'allaiter, ou les expose, dans l'exercice de cette fonction, à de cruelles souffrances par suite de la déformation des mamelons (1). Les jarretières même sont alors de trop; à leur compression s'ajoute celle que l'utérus exerce sur l'origine des vaisseaux cruraux pour produire l'œdème et les varices des jambes. La femme enceinte a besoin de vêtements amples, flottants et chauds. Nourrice, elle doit soutenir le volume et le poids de ses seins distendus par le lait, sans les comprimer; entretenir la chaleur sur sa poitrine à l'aide de vêtements chauds dont les ouvertures permettent un facile accès à l'entant ; pendant la période critique, elle épargnera à ses organes, et particulièrement à ses seins, toute pression, tout froissement, quoiqu'elle soit le plus souvent alors obligée de les soutenir.

3° Convalescence, imminence morbide. Le convalescent partage avec l'enfant la mobilité du pouvoir calorifique; le froid le pénètre rapidement, mais il se réchauffe moins vite que l'enfant. Aussi doitil se couvrir avec soin et abriter plus particulièrement l'organe qui

(1) Raciborski, De la puberté cl de Vdge critique chez la femme, 1844, p. 184.

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a été malado ; on sait combien les convalescents des plilegmasies abdominales redoutent l'impression du froid sur le ventre, avec quelle facilité s'infiltre par cette cause la peau des ci-devant scurlatineux, etc. Souvent il y a lieu d'entretenir une douce révulsion cutanée. Pour tous les cas, soit qu'il s'agisse de stimuler directement la peau, ou de mettre en jeu sa solidarité avec d'autres organes, ou de seconder la calorilîcation, la flanelle est un précieux modificateur qui satisfait à ces indications; elle est surtout utile quand il existe quelque prédisposition du côté des voies respiratoires; une chemise, un caleçon et un gilet de laine sont l'équivalent d'une friction molle et continue sur toute l'étendue de la peau ; ils circonscrivent en même temps autour du corps une atmosphère et, si l'on peut ainsi dire, un climat particuliers, seule ressource de ceux qui n'ont pas les moyens d'émigrer dans les pays chauds. La demeure privée et les vêtements sont les seuls moyens qui puissent suppléer à l'absence d'un climat convenable. Mais pourquoi affubler de flanelle tantde vivaces organisations qui n'en ont aucun besoin, et dont on émousse par cet abus la sensibilité cutanée? Pourquoi détruire, dans l'état de parfaite santé, les ressources de la maladie? Permis aux gens nerveux de garantir leur chétive machine sous des vêtements delaine ; encore feront-ilsmieuxdes'en passeret d'exercer la réaction de la peau par l'emploi grailué des lotions et des aff'usions d'eau froide. Quant aux lymphatiques, qui pullulent partout sous la triste imminence des tubercules, du carreau, des scrofules, etc., la flanelle leur donne chaleur et sécheresse; elle stimule directement leurs tissus dans la saison où ils sont privés de la stimulation plus salutaire d'un air riche de rayons calorifiques et lumineux ; mais il est au moins inutile de couvrir de laine les sujets sanguins et colorés, les robustes constitutions, qui s'accommodent mieux d'étoffes fraîches et conductrices.

ni, — Circonstances extérieures.

1° Périodicité diurne. Les circonstances de la journée exigent souvent que l'on change de vêtement; cette mutation agit à peu près comme les vicissitudes atmosphériques, moins l'influence directe de celles-ci sur les voies respiratoires : elle comporte des précautions qu'il est inutile de détailler, surtout chez les enfants et les valétudinaires. Rien de moins raisonnable que de remplacer, pendant les soirées d'hiver, le chaud vêtement de la journée par de

frêles et légères parures, que l'on craint de froisser par lasuperposilioii exacte d'un manteau. Que de jeunes femmes ont payé d(i leur vie ou de leur santé les charmantes témérités de leur toilette et combien de ces belles épaules nues sur lesquelles la mort pose, au seuil du bal, sa froide main ! Dans les pays chauds, les oscillations de la température sont si marquées du jour à la nuit, que le vêtement du matin ne peut servir le soir, où la rosée se condense à la surface du corps. Le lit remplace le vêtement pendant la nuit; le malade s'y réfugie comme dans un milieu plus approprié à ses organes. De toute manière, la moitié de la vie humaine se passe au lit ; il n'est donc pas inutile d'insister sur les conditions de cet appareil vestimentaire. Sa base est le matelas, plan élastique et moui qui résulte d'un mélange de laine et de crin. Le lit de plume ne le vaut pas et s'imprègne de l'humidité et des exhalaisons; il entretient le corps dans un état de chaleur et de moiteur qui affaiblit les principales fonctions et le système musculaire, là est l'origine de maintes névralgies, congestions viscérales, pollutions nocturnes, etc. , La laine n'est pas exempte de ces inconvénients; le crin doit luii être préféré. Les observations du docteur Stark trouvent ici une application utile. Dans beaucoup de pays, on emploie avantageu-senjent à la confection des matelas des productions végétales, telles que la balle d'avoine, les spathes de maïs, la Ibugère, certaines ^ mousses moelleuses, des goémons, une zostère foliacée ; elles procurent un coucher ferme et frais, qui convient aux individus jeunes, sanguins, irritables, etc.; mais il importe de les renouveler' assez fréquemment. Les matelas doivent être cardés une ou deux fois par an, leur toile lavée, leur contenu purifié au moyen de* l'aération, du lavage, des fumigations. Le nombre et l'épaisseur des matelas, les paillasses à ressorts métalliques ou rembourrées de paille et de foin, donnent au lit sa hauteur, son degré de souplesse ou de résistance, son pouvoir conducteur du calorique auquel contribuent les draps, les couvertures, les duvets. Les draps de toile ou ; de coton ne sont pas connus dans l'Orient, où l'on ne se déshabille que partiellement pour se coucher ; ils ont une utilité incontestable : ils seront d'un tissu ni trop grossier ni trop fin ; dans le casernement militaire, ils sont changés tous les quinze jours, cette rèo^le devrait être étendue à tous les établissements civils. Les couvertures sont de larges écrans qui s'opposent au rayonnement du corps qu'ils abritent, et leur effet protecteur est en raison de leur épaisseur et des matières qui les composent. Dans le Nord, on se

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couche entre deux lits de plume qui accumulent le calorique, provoquent Ici transpiration et en retiennent les produits; les oreillers dits édredons ont une partie de ces inconvénients. En général, on compose les lils d'une manière trop uniforme, alors qu'ils doivent être appropriés, cotnme les vêtements mobiles, aux conditions de l'individualité et de la climatologie. Une couche trop Masque, trop chaude, amollit les jeunes organisations, prolonge sans besoin leur sommeil, énerve leur vigueur musculaire, leur ôte l'appétit, rend leur digestion pénible et leur nutrition languissante; les femmes délicates, les vieillards s'en accommodent mieux; encore l'habitude, prise dans les jeunes années, peut-elle beaucoup pour eux : « Quod enim contra consuetudinem est, nocet, seu molle, seu durum est » (Celse). Toutefois, pour tous les individus faibles par l'âge, par la constitution ou la maladie, les moyens de protection doivent être renforcés au lit, le corps réagissant moins pendant le sommeil contre les causes extérieures. Dans l'état de maladie, le lit acquiert une importance extrême et contribue, par sa disposition, à l'issue du traitement : tantôt le corps, impuissant à se redresser dans la verticale, a besoin d'un support moelleux qui permette le repos absolu des muscles ; tantôt un lit mécanique aidera à varier utilement les attitudes. Les lits durs, inégaux, humides, ne sont-ils pour rien dans les gangrènes cutanées qu'on observe si fréquemment chez les typhoïques traités dans les hôpitaux? L'homme sain, comme le malade, doit être affranchi au lit de toute conjpression, de toute ligature ; un air pur doit s'otfrir à sa respiration et circuler sans obstacle autour de sa couche.

2° Périodicité annuelle. « Les vicissitudes des saisons, dit Hippocraie, engendrent beaucoup de maladies. » Axiome vrai chez nous comme en Grèce. La statistique de nos hôpitaux montre l'accroissement numérique et l'aggravation des maladies au printemps et vers l'automne : le vêtement est destiné à combattre la cause de ces maux, car il est le correctif de l'atmosphère. Le pouvoir calorifique de l'organisiTie ne peut se proportionner d'emblée aux mobiles agressions de la température ambiante : il est lent à se renforcer aux approches de l'hiver, lent à décroître en été. D'ailleurs les nuits de l'été ressemblent parfois aux journées de l'hiver. Comme il est impossible d'opposer aux caprices de l'atmosphère une perpétuelle variété d'habillement, nous posons en règle qu'il ne faut modifier celui-ci qu'aux époques culminantes des deux moitiés de l'année, caractérisées par le maximum et la stabilité de la chaleur

-^'•^ HYfWÈNE PIUVÉK.

OU (lu IVoid. Pendant les saisons transitoires, et au début de l'hiver et de l'été, nous recommandons l'uniformité des vêtements de drap. On a retranché du costume militaire les pantalons de toile, et le soldat s'en trouve bien. En Afrique, la santé de nos troupes s'est améliorée avec l'usage permanent des habits de hiine ; même remarque a été faite aux Antilles par Rochoux. Plus d'une personne, à notre connaissance, s'est guérie d'une excessive susceptibilité des bronches ou des intestins, en renonçant aux mutations périodiques des vêtements. La laine est un élément principal de la prophylaxie au Sénégal, à la Jamaïque, à Calcutta, etc.; et comme la plupart des régions tropicales sont infestées de marais, les tissus de laine ont l'avantage d'être peu perméables aux effluves, et d'entretenir l'action éliminatoire de la peau. La population indigène de l'Orient donne partout l'exemple de ces usages cosmétologiques, qui sont l'expression naïve des besoins, et dont deux particularités frappent le voyageur : l'une est le soin avec lequel elle protège la tête; l'autre est l'adoption universelle d'un large écran en forme de manteau : hêram du Bédouin pauvre, bournouss de l'Arabe aisé, caban du Moréote, du pâtre corse, du Maltais, etc. Ce vêtement, ample et d'un tissu mauvais conducteur, les défend le jour contre les rayons solaires, le soir contre la rosée; excepté le nègre, qui expose au soleil sa tête lanugineuse et grasse, tous ont des couvrechef : l'Indien son parasol, le Turc son hemma ou turban en châle, le pauvre fellah une calotte de laine, le matelot des ports de la Méditerranée son bonnet phrygien, l'Espagnol son sombrero à larges bords, etc. Dans les climats septentrionaux, la superposition des vêtements de laine et des fourrures oppose une barrière épaisse à l'atteinte du froid. Le capitaine Ross mentionne la surprise de ses matelots à la vue des Groënlandais se dépouillant successivement d'un grand nombre de vêlements qu'ils entassent pardessus une fourrure fine et douce placée en contact immédiat avec la peau. La forme étroite des vêlements contribue à maintenir au corps sa température, et, si dans nos climats tempérés elle a pour but la facilité des relations, elle répond dans les climats du Nord à une nécessité de l'existence. C'est dans les climats extrêmes que le vêtement est le mieux compris et le mieux appliqué. Dans nos pays, où la succession des saisons est rapide et imprime de continuelles fluctuations à l'atmosphère, on se résigne à grelotter en hiver, à étouffer en été, parce qu'on prévoit le terme prochain du froid et de la chaleur. Chaque température étant également instable,

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on se dispense bien à tort de déployer assez de ressources contre un enuenn passager.

Les vêtements que l'on quitte sont imprégnés de matières excréraeiititielles et de substances du dehors. Les tissus de lin, de chanvre et de coton, s'en débarrassent parfaitement par le lavage ; les vêtements blancs d'autres étoffes laissent voir aisément leur degré de propreté. Le lavage entraîne les matières qui souillent les tissus, chasse et renouvelle l'air plus ou moins altéré qui séjourne dans leurs mailles ; mais il importe que la dernière eau de lavage soit pure et s'évapore sans résidu, que le séchage ait lieu à l'air libre et ventilé. Les vêtements épais de laine, les étoffes de soie, de velours, se prêtent peu à cette opération ; il faut au moins les battre et les aérer aussi souvent que possible. Les odeurs qui imprègnent les vêtements s'en dégagent par la simple exposition à l'air et comme par rayonnement (voy. plus haut, Vêtements) ; parfois il y a lieu d'y joindre des lotions chlorurées, savonneuses, alcalines, ou des fumigations avec le chlore, avec l'acide sulfureux (gale) ; on peut encore, dans les cas où l'on soupçonne l'absorption par le vêtement de miasmes ou de virus contagieux, les soumettre à des courants d'air chaud et sec, ou chargé de vapeur d'eau d'une température supérieure à celle de l'ébuUition, qui entraînent les principes délétères en traversant le tissu ou leur communiquent une plus grande expansion en y déposant du calorique. Les parfums ne servent qu'à masquer les odeurs désagréables, sans détruire la cause nuisible qui les exhale.

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