II. — Boissons fermentées et distillées
On prépare ces boissons avec l'alcool extrait par la distillation ; quand on soumet à cette opération les liqueurs l'erraentées, l'alcool, plus léger que les liquides auxquels il est associé, passe le premier à la distillation; on l'obtient ainsi mélangé d'une certaine proportion d'eau qui doit à ses combinaisons antérieures une saveur particulière. L'eau-de-vie de vin, produit de la distillation de ce liquide, contient généralement de 50 à 60 pour 100 d'alcool pur, à 15 degrés centigrades : elle marque à l'aréomètre 18 à 22 degrés ; elle retient une petite quantité d'acide acétique qui se détruit avec le temps ou que l'on neutralise par l'addition d'un peu de substance alcaline; elle renferme aussi de l'huile volatile dont on la débarrasse en la distillant avec du charbon calciné, ou bien en l'agitant avec une huile grasse; elle est colorée en jaune par l'extrait qu'elle enlève en vieillissant au bois des tonneaux dans lesquels on la conserve. On retire encore l'eau-de-vie d'un grand nombre d'autres substances. Les unes ont subi, comme le vin, la fermentation alcoolique : tels sont le cidre, le poiré, le suc des fruits du prunier cultivé qui donne le {iwetschenwasser ; celui du framboisier, du fraisier commun, dés mûriers noir et blanc, de l'arbousier commun, du sorbier, de l'airelle myrtille, du génévrier dont on fait le gin, du cerisier-merisier et de la cerise-marasca, dont on retire les liqueurs dites kirschwasser et . marasquin. D'autres matières pro-
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venant des tiges ou des racines das végétaux, et pourvues de principe sucré, sont susceptibles de lermenlation alcoolique et fournissent ensuite l'eau-de-vie par distillation : tels sont le suc de canne à sucre, qui contient de 12 à 16 pour 100 de sucre et donne immédiatement, par ces deux opérations, la liqueur appelée rhum ; la séve du bouleau, del'érable et de quelques espèces de palmiers; le suc de betterave, qui contient 7 a 8 pour 100 de sucre ; ceux du panais, de la carotte, du navel et du navet de Suède, qu'une addition d'orge germée fait passer rapidement à la fermentation alcoolique. Il faut encore mentionner ici l'eau chargée de sucre que l'on soumet à la fermentation, les mélasses qui fournissent le tafia, les écumes, les eaux mères des fabriques de sucre ; enlin les substances amylacées qui, par une série d'opérations, se convertissent en matières sucrées et fermentescibles : tels sont les graines (froment» orge, seigle, avoine, sarrasin, maïs, riz, qui fournit le rack), la pomme de terre ou la fécule que l'on en retire, les fruits féculents du marronnier d'Inde, du chêne, du châtaignier, etc. Ces diverses eaux-de-vie sont caractérisées par des principes particuliers; celle du cidre par l'acide malique, celle des grains par l'acide acétique, celle de pomme de terre par une huile qui lui communique un goût particulier, mais qui, malgré l'opinion de M. Krauss, de Dusseldorff, paraît exempte de solanine; le rack, le gin, par d'autres huiles particulières, le kirschwasser par une saveur d'amandes amères due sans doute à quelques traces d'acide prussique, etc; L'eau-de-vie de vin contient moins d'huile que les autres; elle a une saveur franche, un bouquet spécifique; d'après son âge, on la dit vieille, rassise, nouvelle. Quand on a négligé de nettoyer parfaitement le réfrigérant où se condensent les vapeurs pendant là distillation, elle peut offrir des traces de cuivre. La fraude l'aiguise par une addition de feuilles de tabac, de poivre, de piment, de stranionium, de laurier-cerise ; plus souvent elle la remplace par un mélange d'alcool et d'eau, coloré avec un peu de caramel.
Les liqueurs sont des eaux-de-vie mélangées d'aromates (vanille, cannelle, écorce d'orange, anis, etc.) et chargées d'autant de sucre qu'elles en peuvent dissoudre. On distingue les alcools suivant leur goût qui représente une différence commerciale de 25 à 30 centimes par litre : les alcools de bon goût sont ceux des jus fermentés et distillés de raisins, de cerises, de cannes a sucre ou de leur mélasse; ceux de mauvais goût s'obtiennent par la distillation des marcs de raisins, des cidres, des grains, des pommes de terre, de
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la fécule sacclmi iliée, des betteraves ou de leur mélasse. On appelait il n'y a pas longtemps 3/7 l'alcool le plus fort : 3 parties de ce liquide et U parties d'eau donnent 7 volumes d'eau-de-vie à 19" de l'aréomètre Cartier; le 3/0 désignait l'alcool (à33"Cartier) dont3 volumes mêlés avec 3 volumes d'eau produisent 6 volumesà 19°, etc. On préfère aujourd'hui indiquer le degré alcoolique en centièmes d'alcool. Les alcools /{/o/i goût ou esprits de Montpellier sont employés à la fabrication des liqueurs de table, au vinage ou alcoolisation des vins, à la confection des esprits aromatiques, des teintures et des extraits pharmaceutiques. On est arrivé à les mélanger par moitié avec les alcools très soigneusement rectifiés de mélasse; cette addition communique aux esprits de Montpellier des caractères, une odeur et une saveur qui les rendent comparables aux esprits de vin affinés, c'est-à-dire améliorés par un séjour en barils d'une ou de plusieurs années pendant lesquelles ils ont perdu par volatilisation une espèce d'éther à odeur forte.
2° De l'action des boissons alcooliques.
Les différentes espèces de boissons que nous venons d'énuraérer exercent sur l'organisme une action commune qui résulte de leur proportion d'alcool et une action spéciale, beaucoup moins prononcée, due aux autres substances qui entrent dans leur composition.
L — Action commune des boissons alcooliques.
Digestion. Le contact de l'alcool sur la langue détermine une saveur chaude et piquante qui se prolonge dans le pharynx, l'œsophage et l'estomac, et qui est suivie de sécheresse et d'empâtement de la bouche. M. Victor Dessaignes (thèse 1835] l'attribue à la chaleur que développe la combinaison de l'alcool avec l'eau de la salive; un autre effet de cette combinaison est de favoriser les incrustations de phosphate calcique qui, sous le nom de tartre, se forment ordinairement à la face interne des dents ou dans leurs intervalles (Royer-Collard). Un usage modéré des boissons alcooliques perfectionne les organes du goût et leur procure, comme chez les dégustateurs de profession, une finesse et une sûreté de tact qui les met en état de saisir les plus délicates nuancesde sapidité dans les vins; l'abus émousse le goût, qui ne s'éveille plus qu'aux fortes doses d'al cool. L'alcool, parvenu dans l'estomac, ne se dissout point dans le
SUC gastrique; il n'y subit qu'une sorte de dilution par le suc et les mucus gastriques, la salive et les autres liquides qui peuvent être versés dans l'appareil digestif; il est promptemenl absorbé, particulièrement dans l'estomac, ce qui explique peut être la rareté des gastrites aiguës chez les buveurs. Si les boissons alcooliques sont prises en excès ou mélangées avec du sucre (1), leur absorption peut se continuer dans tout le reste des intestins. Les liqueurs avalées s'acidifient dans l'estomac et surtout dans le duodénum, et, comme les acides, elles produisent par le contact avec la muqueuse digestive et l'orifice des conduits biliaires et pancréatiques une supersécrétion des fluides de ces parties. Chez les chiens auxquels on a fait avaler un liquide alcoolique, les parois de l'estomac et des intestins sont tapissées d'une couche épaisse de mucosités; celle-ci contribue sans doute à atténuer l'action de l'alcool sur les organes digestifs et fournit en partie à la formation du chyle à laquelle les liqueurs spiritueuses donnent lieu ; de là l'opinion qu'elles nourrissent, quoiqu'elles soient peu nutritives par ellesmêmes. Le vin est plus alimentaire, ainsi qu'on l'a vu plus haut par sa composition. Un litre de vin contient en moyenne 0 gram. , 15 d'azote, hO grammes de carbone et 900 grammes d'eau ; il a donc au moins la valeur d'un aliment dit respiratoire, il est réparateur sons un petit volume, son arôme le rend plus digestible, et son rapide passage dans la circulation explique l'axiome d'Hippocrate : « Famem vint potio solvit ». Nous n'irons pas jusqu'à alléguer en faveur des propriétés nutritives du vin le peu d'appétence des buveurs pour la nourriture solide : s'ils mangent peu, c'est que leur estomac, par une aberration de sensibilité, sollicite avant tout la stimulation spéciale des boissons alcooliques. Le défaut d'habitude, une idiosyncrasie, une irritation préexistante sont parfois cause que l'alcool provoque les contractions subites du diaphragme et des vomissements, d'abord composés de mucosités mêlées avec les substances qui ont été ingérées, puis de matières acides et de bile verte; d'autres éprouvent, le lendemain d'un excès, une diarrhée bilieuse avec cuisson à l'anus. Cette succession de phénomènes dépend, d'après les expériences de MM. Prié et Pinel-Grandchamp, non d'une irritation portée directement par l'alcool sur le foie et le duodénum, mais d'une augmentation de sécrétion biliaire due elle-
(l) Delà digestion des boissons alcooliques, etc., par Bouchardat et Sandras {Annales de physique et de chimie, 1847, t. XXI, p. 448].
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ntiAine à racidification ries licjiieurs spiritiieuses. Dans l'état de vacuité, l'estomac «st pins vivement impmssionné par l'alcool comme par tout antre poison : aussi les gens qui ont l'IiabituHe déboire le matin à jeun sont voués presque inévitablement aux phlegmasies chroniques de l'estomac et aux altérations organiques qui en sont la suite. Les organes digestifs finissent par exiger des quantités croissantes d'alcool pour l'accomplissement de leurs fonctions; celles-ci ne tardent point à se troubler: l'appétit s'éteint; la dyspepsie, la flatulence, des douleurs gastralgiques, le pyrosis, les vomissements nerveux surviennent. La sensibilité de la membrane interne de l'estomac ne peut être longtemps troublée sans que la nutrition interstitielle de ce viscère en soit altérée; l'usage prolongé des alcooliques agit d'ailleurs chimiquement sur ses parois, il crispe ses tuniques (1) ; de là desépaississements, des indurations qui portent le plus souvent sur la portion pylorique et qui, avec le concours d'une prédisposition spéciale, se convertissent en squirrhes, en cancers. Les travaux d'Annesley, de Swinning, d'Andral, de M. Beau et des médecins militaires français, ont fait ressortir l'influence pathogénique de l'alcool sur le foie. . Absorption. — Introduit dans l'estomac, dans le tissu cellulaire, dans le péritoine, dans les veines, ou inspiré sous forme de vapeur, l'alcool est absorbé, pénètre par imbibition la trame des tissus, traverse par endosmose les parois des vaisseaux capillaires, se dissout dans les fluides qui circulent et se répand avec rapidité dans toute l'économie (expériences de Magendie, Dutrochet, Orfila, Segalas Rayer, etc.). L'absorption des boissons alcooliques s'effectue par l'intermédiaire des veines ; les vaisseaux chylifères n'y contribuent pour rien. Si ces boissons ont été données avec des aliments gras, le chyle peut être très abondamment recueilli, et il ne renferme aucune trace appréciable d'alcool ( Bouchardat et Sandras .
Sang et circulation. - D'après les recherches de M. Bouchardat l'alcool introduit dans le torrent circulatoire détourne à son profit l'action comburante de l'oxygène apporté par la respiration ; privés de l'intluence de ce principe vivificateur, les globules sanguins ne prennent plus la couleur vermeille; ils sont asphyxies, et si la quantité d'alcool est considérable, l'animal périt comme si on l'eût plongé dans une atmosphère sans oxygène ; les chiens, les lapins meurent rapidement, même après l'ingestion de doses rao-
(1) Roesch, Annales d'hygiène. Paris, 1838, t. XX, p. 75.
dérées de ce liquide, tant l'absorption en est prompte ; le sang artériel conserve alors la coloration propre au sang veineux. L'alcool coagule l'albumine, la fibrine, l'hématosine et les matières grasses du sang. Si l'on mêle en parties égales de l'alcool et du sang qui vient d'être tiré, celui-ci se coagule presque immédiatement, et les globules se décolorent très promptement (Schultz). D'après Fr. Petit, l'alcool, injecté dans la veine jugulaire d'un animal vivant, le tue immédiatement en coagulant le sang (1). H. Royer-Collard a confirmé ce fait par de nouvelles expériences. La coagulation du sang dans les cavités droites du cœur a été notée par M. Devergie dans deux autopsies d'individus morts dans l'ivresse. Le sang contient-il de l'alcool après la mort? Wasserfuhr, M. Ségalas le croient; le sang d'un chien auquel Magendie fit prendre 95 grammes d'alcool étendu d'eau exhalait au bout d'un quart d'heure une forte odeur d'alcool. En 4836, nous avons assisté à Strasbourg, à l'autopsie médico-légale d'un ivrogne mort dans l'ivresse, faite par MM. Willemin père et G. Tourdes : le sang ni les solides de ce sujet n'exhalaient aucune odeur d'alcool. L'introduction de l'alcool dans le sang accroît l'énergie du cœur ; les personnes qui n'ont pas l'habitude des boissons fermentées et distillées ressentent des palpitations, une gène dans la région précordiale, des battements incommodes dans les artères. H. Royer- Collard observe que chez les individus qui usent habituellement de boissons alcooliques, la circulation s'accélère à chaque ingestion nouvelle, mais que dans les intervalles le pouls est petit et comprimé, en raison de l'hypérémie légère du cerveau et de la moindre activité de l'innervation. Il n'est pas douteux que l'excitation que produit l'alcool dans le système vasculaire, et surtout dans lé cœur, ne contribue au développement de l'hypertrophie de cet organe, à l'aggravation des lésions dont il peut déjà être le siège : la fréquence des anévrysmes du cœur dans les hôpitaux militaires tient en grande partie à cette cause. C'est un fait bizarre chez les buveurs que l'hypertrophie des vaisseaux capillaires qui se distribuent à la peau du nez, des joues, du pourtour des lèvres et des oreilles : la congestion sanguine de la face va souvent jusqu'à pro- ♦ duire la couperose ou dartre des ivrognes.
Respiration et sécrétions. — Par l'effet des boissojis S[)iritueuses les inspirations deviennent plus fréquentes et plus courtes ; il n'est
(I ) Lettres d'un médecin des hôpilauvc du roi, 1710.
pas démontré que la quantité d'acide carbonique expiré diminue (Proust). Berzelius remarque avec raison que les inspirations étant plus rapides, l'air inspiré peut contenir moins d'acide carbonique, bien qu'au total l'exhalation de ce gaz soit accrue. L'alcool n'est éliminé par aucun appareil sécréteur; une petite portion est seulement évaporée par les poumons, et peut être recueillie avec les gaz et les vapeurs qui se dégagent des voies respiratoires. Sous l'influence de l'oxygène inspiré, il peut être immédiatement converti en eau et en acide carbonique ; mais dans plusieurs de leurs expériences, MM. Bouchardat et Sandras ont recueilli un produit intermédiaire de sa combustion, l'acide acétique. L'action directe de l'alcool sur le tissu pulmonaire intervient-elle dans l'étiologie des phlegmasies et des tuberculisations dont il est le siège ? Rien de précis à cet égard ; les ivrognes, comme les aliénés, sont exposés à des inflammations du poumon et de la plèvre, parce qu'ils bravent les vicissitudes de l'air et sentent moins les effets du froid. Woehler n'a point retrouvé l'alcool dans les urines ; néanmoins on l'a considéré comme diurétique ; mais il ne peut avoir cette propriété qu'à titre d'excitant général ; il augmente l'influx nerveux, et en accélérant la circulation, il fait passer par les reins une plus grande quantité de sang dans un temps donné. Toutefois, sous l'influence des alcooliques à haute dose, la quantité d'urine excrétée en vingtquatre heures diminue ; il est de même de l'urée; l'acide urique, au contraire, se produit en proportion plus forte. A la longue, les reins eux-mêmes s'altèrent.consécutivement à la modification morbide du sang. Ainsi, le même agent, suivant qu'il est pris accidentellement à petites doses ou longtemps à dose élevée, a pour eff"et d'augmenter ou de diminuer la sécrétion rénale. D'après Magendie, la gravelle résulte ordinairement de la réduction de la partie aqueuse des urines; la production de cette maladie se rapporterait donc souvent à l'emploi des alcooliques ; mais la gravelle et la goutte, que Sydenham attribue surtout aux excès de boissons, trouvent leur cause réelle dans l'ensemble du régime ; ni l'une ni l'autre ne sont fréquentes dans les classes inférieures, si adonnées aux boissons spiritueuses, et qui subissent d'ailleurs tous les autres efl'ets de l'intoxication alcoolique. H. Royer-Collard a disserté très ingénieusement (thèse de concours, p. 22) sur le rôle que joue peutêtre l'alcool dans la production de l'albuminurie et des hydropisies, si ordinaires chez les ivrognes : M. Rayer a trouvé cette cause très rare comparativement à l'influence du froid et de l'hu-
INGESTA. — DES MOISSONS. 57
midité ; néanmoins l'albuminurie s'observe fréquemment dans les pavs où l'on abuse des spiritueux, et l'on admet volontiers, avec H Rover-Collard, que l'alcool, par son action connue sur l'albumine/continue à séparer du sang, à précipiter cette matière qui est ensuite éliminée par le rein, et que les hydropisies des ivrognes sont liées souvent à une lésion du fluide circulatoire. La peau participe comme les reins à l'excitation générale que détermine l'absorplion de l'alcool ; mais si l'usage en est habituel, l'action cutanée diminue, quoique à chaque ingestion nouvelle la diaphorèse se reproduise ; l'alcool, à dose excessive, concentre la stimuhilion à l'intérieur, et par suite la peau devient plus sensible au froid. La surface cutanée n'élimine aucune portion d'alcool. On ne peut préciser, dans l'état actuel de la science, le genre d'altération que la sécrétion biliaire et le foie subissent sous l'influence des abus alcooliques; mais leurs troubles sont évidents et se dénotent à la longue par la jaunisse dite des ivrognes, par l'hépatite subaiguë, par la cirrhose qui est commune chez eux, par les hydropisies ascites liées à l'existence d'une lésion hépatique. Beaucoup de vieux militaires, qui ont longtemps abusé des alcooliques, succombent à ces aflections.
Nutrition. L'alcool est un aliment respiratoire, impropre par luimême à la nutrition ; il peut l'aider indirectement dans les organes dont il est un excitant général ; mais c'est à condition qu'il soit prisa menues doses, et qu'il n'apporte aucun trouble aux fonctions de la digestion ; mais celles-ci ne tardent point à se déranger quand il y a abus ou excès, et les buveurs finissent par s'émacier, soit par lefifet de l'alimentation insuffisante à laquelle les réduit leur anorexie habituelle, soit par l'altération des organes et des fonctions de la digestion, soit par le développement d'une des autres lésions qu'entraîne l'ivrognerie. Il est une modification singulière que l'alcool produit dans la nutrition des tissus, c'est celle qui les rend, aptes à s'enflammer et à brûler comme le font des corps combustibles. Des faits assez nombreux , rapportés par des auteurs dignes de foi, et qu'on peut lire en détail dans les traités de médecine légale (1), ne laissent guères de doute sur la réalité de cet étrange phénomène; elleest garantie par les noms de Bariholin, Lecat,Vicqd'Azyr, Dupuytren , Marc , Lair, Kopp , Richond des Brus, etc. ; dans tous, excepté dans celui qu'a fait connaître un chirurgien mi-
(l)Devergic, médecine légale, t. II.
HYGIÈNE PHIVÉB.
litaire, M. Bubbe-l/iéviii, il y a eu approche d'un corps en ignition, mais dont le pouvoir comburant n'était pas en rapport avec la masse des parties brûlées. On a généralement expliqué l'incendie spontané de l'homme par la saturation alcoolique des tissus, mis en contact avec une substance comburante; à défaut de celle-ci , on fait jouer un rôle à l'étincelle électrique dégagée par frottement. L'alcool ingéré se dissipant presque tout entier par la respiration, l'hypotlièse de son imprégnation dans les tissus a peu de valeur ; la portion que le sang retient se décompose par le travail de la chimie vivante, et passe à d'autres combinaisons ; mais sans rester en substance dans les organes, l'alcool, dit H. Royer-Collard, doit laisser, après son passage, des altérations diverses dans la constitution des solides et des fluides ; très avide d'eau , ne tend-il pas à en priver les tissus, n'agirait-il pas sur eux comme la chaleur sur les corps organiques , comme le ferment sur le sucre, la diastase sur l'amidon? Analysant ensuite les phénomènes de la combustion spontanée des corps inorganiques et les phénomènes de phosphorence, il aboutit à cette conclusion de M. Becquerel, que la combustion spontanée résulte d'une réaction chimique qui s'opère avec le concours de l'électricité , soit entre les parties constituantes des corps , soit entre ces mêmes parties et les éléments du milieu ambiant ; une réaction semblable peut éclater dans les tissus vivants^, modifiés par l'action lente et prolongée de l'alcool, surtout si l'on pense qu'un gaz inflammable, l'hydrogène , abonde dans l'écono-mie, soit en combinaison avec d'autres principes élémentaires, soitl pur ou proto-carboné et sulfuré dans le canal intestinal (Jurine, , Frémy, Magendie, Chevreul, etc.).
Génération. L'alcool excite les désirs vénériens chez ceux quii s'enivrent rarement, surtout avec le concours de causes stimulantes; d'un autre genre ; mais ceux qui boivent beaucoup de vin , diti Amyot ( traduct. de Plutarque), sont lâches à l'acte de génération,, et ne sèment rien qui vaille et qui soit de bonne trempe pour bieni engendrer. Lippich a calculé que le produit du mariage d un buveurr est de 1 ,3 enfant, et que l'ivro-nerie étouffe en germe les deux tiers^ de la procréation (1). Frank voit dans l'ivrognerie féminine une dess principales causes de l'avortement et des accidents funestes quii accompagnent la parturition. Des labiés dressées en différents pays^ semblent indiquer, chez les enfants issus de parents ivrognes, une
{l)Vioesch, Annales d'hygiène, t. XX, p. 83.
INGESTA. — DES BOISSONS.
fréquence plus grande d'atïections graves; ils sont plus disposés que d'autres aux maladies de l'encéphale; mais Darwin exagère quand il prétend que toutes les maladies produites par 1 abus des liqueurs alcooliques se transmettent même jusqu'à la troisienae génération, et s'aggravent peu à peu. sous l'influence persistante de la cause jusqu'à l'extinction de la famille. Esquirol rapporte, d après Gall, un exemple effrayant d'hérédité, s'il n'est pas un efîet de l'imitation : dans une famille russe, dont le père et le grand-père avaient succombé de bonne heure aux suites de l'ivrognerie, le petit-fils manifesta, dès l'âge de cinq ans, un goût extraordinaire pour les liqueurs fortes.
Systèjïie nerveux. D'après Brodie, l'alcool n'agitquesur les extrémités du système nerveux , mais il est plus vraisemblable qu'il agit à la fois et par contact et par absorption ( Orfila ). L'influence de l'alcool sur le système nerveux, et particulièrement sur l'encéphale, se manifeste par une série progressive, mais constante, de symptômes qui, à leur intensité près, se reproduisent chez tous les individus : elle constitue une véritable intoxication , et l'état morbide qui la produit déroule trois phases : surexcitation , perturbation , destruction des fonctions de l'axe cérébro spinal ; tous les troubles qui surviennent dans les autres appareils dérivent de ces trois modifications des centres nerveux. On distingue dans l'ivresse trois degrés. Dans le premier, turgescence et chaleur de la peau , face injectée, visage plus ouvert , œil brillant ; idées plus libres , plus faciles; alternatives de volubilité et d'embarras de la langue; disposition à la gaieté, à la bienveillance, aux épanchements affectueux ; gestes multipliés, vifs et brusques, etc. Si les sujets qui présentent ces symptômes continuent à boire, ils éprouvent des vertiges ; la vue se trouble, l'œil se voile de brouillards ou voit double ; le regard est sans expression , puis fixe et stupide ; la pupille est contractée; la face devient vultueuse , les oreilles tintent, les sens s'émoussent; le goût ne discerne plus la saveur des liquides et des mets; la voix est rauque et plus grave, la parole s'alourdit : « aux inspirations d'un esprit stimulé succède un bavardage inepte ; les discours sont sans liaison , le courage dégénère en témérité, et la joie est extravagante. Le caractère tourne à la susceptibilité, à la défiance, à l'irascibilité. Les jugements perdent leur justesse, ils deviennent incomplets, hasardés, durs, incohérents ; l'esprit devient mordant, insipide; ce n'est plus qu'un flux désordonné d'idées, qui finit par faire place à un véritable délire ^Roesch) ». La
nVGlKNE PRIVÉE.
conception délirante n'est pas toujours en rapport avec l'état moral habituel des individus : tel perd sa réserve ordinaire; tel autre, timide et doux, devient provocateur et méchant. L'axiome m vino \ Veritas est contestable, puisque l'homme ivre a perdu la conscience ' de ses rapports avec le monde extérieur, et parle, agit en vertu d'imaginations délirantes qu'il substitue à la réalité ; aussi commetil en cet état des actes que plus tard sa raison condamne , et dont la mémoire ne survit p.is à l'ivresse. La contraction musculaire n'a plus sa régularité ni sa juste portée, l'intelligence cesse de rectifier les erreurs des sens, et de combiner avec précision les mouvements qui maintiennent le corps dans son équilibre. De là les mouvements saccadés des bras et des mains, et la tilubation du corps imparfaitement soutenu par les membres inférieurs: phénomènes dont la cause réside dans le cervelet, si l'on admet, avec M. Flourens, qu'à cette portion des centres nerveux appartient le pouvoir de coordination des mouvements. Le troisième degré, expression d'une hypérémie considérable du cerveau, correspond à cet état que le langage vulgaire appelle énergiquement ivre-mort, et se caractérise par l'abolition plus ou moins complète de l'intelligence, du sentiment et du mouvement : le malade, car l'ivresse est une maladie, gît dans la stupeur, dans le coma, et souvent dans un carus profond ; sa pupille est dilatée; il est insensible à l'action des stimulants externes, il ne répond plus à la voix qui l'appelle ; ses membres sont dans la résolution; les muscles des sphincters , soustraits à l'empire de la volonté , laissent échapper les matières excrémentitielles, urine et fèces, qui se répandent à l'insu du malade; la bouche est parfois agitée de mouvements convulsifs ; elle est remplie d'écume ; les joues sont soulevées à expiration , la respiration est stertoreuse et râlante comme chez l'apoplectique, le sang ne parcourt plus librement les vaisseaux pulmonaires; l'engouement pulmonaire s'accroît encore par l'effet de la forte congestion du cerveau et de ses membranes ; celle-ci peut aller jusqu'à suspendre les fonctions d'innervation; et l'asphyxie ne tarde pas à se réaliser, surtout si le malade est exposé à l'atteinte du froid.
L'ivresse suspend l'exercice de l'intelligence et de la volonté ; elle rend l'homme won compos suî, alienusàse; aussi a-t-elle été considérée comme une aliénation mentale passagère : dans l'une et l'autre, au début, exaltation des facultés Intellectuelles et affectives, puis délire, et, parle progrès de la congestion cérébrale, démence, paralysie. La manie et l'ivresse s'accompagnent également
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de fureur et de désespoir, précipitent parfois au suicide; l'une et l'autre laissent à leur suite cet état de tristesse et d'affaissement des facultés qui succède aux exaltations morales, comme la fatigue à l'exercice excessif. L'invasion et la durée de l'ivresse accidentelle dépendent des conditions d'âge, de sexe, d'excitabilité cérébrale. Le premier degré d'ivresse s'épuise en cinq à huit heures ; le second se prolonge une journée et ne cesse qu'après un sommeil profond de douze à quarante-huit heures, accompagné de sueurs copieuses ; mais c'est surtout la nature de la boisson alcoolique qui influe sur la forme et sur le mode de succession des phénomènes de l'ivresse. L'ivresse produite par les liqueurs distillées est plus prompte, plus forte, plus lente à se dissiper; elle provoque souvent l'explosion subite des phénomènes les plus terribles de cet état, et parfois une mort immédiate. Orfila rapporte l'exemple de deux soldats qui périrent, l'un instantanément, l'autre pendant sa translation à l'hôpital, pour avoir bu chacun quatre litres d'eau-de-vie. Christison mentionne un individu qui mourut quinze heures après l'ingestion de 12 onces d'eau-de-vie et d'une bouteille de porter. M. Motard, chargé d'administrer à une jeune femme un gros d'éther, la vit lomber, comme par sidéralion, ivre au point qu'il fallut la porter chez elle. Les buveurs de vin sont plus gais, plus bruyants, moins dangereux ; le gin rend furieux ; la bière rend stupide et abrutit ; L'ivresse des vins mousseux est celle qui disparaît le plus promptement, puis celle des autres vins, celle des eaux-de-vie et des bières fortes dure le plus. L'ivresse habituelle ne se dissipe pas :ompléteraent ; chaque orgie laisse peser sur le lendemain un certain nombre de symptômes qui vont se renforçant, tels que malaise, pesanteur de la tête, fatigue des yeux, des conjonctives, empâtement de la bouche, anorexie, ardeur interne, vomiturition' îoliques, dévoiement, et sans qu'il y ait de fièvre proprement dite' iccélération du pouls avec battements violents des artères: « Crapu- 'aris dicta febricula sequehti die adest cum lassitudine totius corporis lapitisdolore, nauseâsœpe et vertigine ». L'odeur de l'air expiré per- Tiet de distinguer l'ivresse alcoolique d'autres états morbides qui Drésentent quelque analogie avec ces divers degrés (délire d'invaiion delà fièvre typhoïde d'après Trotter, paralysie commençante les aliénés, méningite, etc.) et de l'ébriété produite par l'opium a jusquiame, la belladone, la stramoine, la ciguë, le chanvre le :abac, l'ivraie, etc. Les phénomènes ébrieux que détermine l'usage (1) Van Swiéien, Comm, in aphor.
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de ces substances, ainsi que leurs elîets consécutifs, ont quelque' chose de particulier. L'opium, dont les Asiatiques font une si pror digieuse consommation, paraît leur procurer une sorte d'extase, accompagnée de rêvasseries douces et de sensations aplirodisia»!ques; la graine de chanvre qui, mêlée ou non à celle du pavot, sert^ dans l'Inde, la Perse et l'Egypte, à fabriquer le breuvage connu ii souslenomdebueng, haschich, poust, fait naître, d'après Kemfer, , une ivresse très gaie qui peuple l'esprit d'imaj^es fantastiques et ea^ traîne l'anéantissement de la contraction musculaire.
L'action lente et souvent répétée de l'alcool sur le système ner* veux produit trois séries de désordres qui se rapportent à l'intellir gence, aux sensations et aux mouvements, tuais qui se mêlent etae compliquent dans un grand nombre de cas ; ils sont le triste apanage de l'ivrognerie, soit qu'il y ait état d'ivresse habituelle (ébriosité, Friedreich, Clarus, Roesch), soit que l'usage des alcooliques, relativement immodéré, n'aille point jusqu'à produire les phéno,mènes de l'ivresse. On a remarqué que l'ébriété incomplète, mais quotidienne, laisse des traces plus profondes dans l'organisme qu les ivresses accidentelles portées très loin, mais sépaiées par de intervalles assez longs de sobriété. J'ai connu un officier d'infanterie qui s'enivrait une fois par mois, le jour ou le lendemain de Is solde; avant comme après son orgie mensuelle, il avait sa liberté d'esprit et développait même des facultés assez distinguées. H est impossible de fixer les doses dont l'ingestion habituelle équivaut à une sorte d'intoxication alcoolique chronique; la limite de l'usagd et de l'abus oscille au gré d'une foule de circonstances indivi* duelles; une quantité médiocre d'alcool qui entre dans le régim« journalier d'un homme, peut à la longue modifier pathologiques ment les centres nerveux ; ailleurs c'est l'élévation progressive ài la dose qui amène ce résultat. Plusieurs des lésions que nous allons énumérer peuvent aussi être occasionnées, d'une manière aiguëi par une seule ingestion d'alcool à dose inaccoutumée, ou pardea excès commis à longs intervalles ; elles se développent dans le pa-i
roxysraede l'ivresse.
10 Lésions des sens. Plus aigus, plus excités au début de l'ivresse •Is finissent par s'émousser ou se pervertir chez les ivrognes ; sou* vent ils deviennent le siège d'hallucinations extraordinaires; im entendent des voix qui les provoquent, qui leur prescrivent d actes bizarres ; ils voient des flammes, des figures étranges, etc. l militaire qui avait séjourné en Afrique, se voyait assiégé la nui
INGESTA. — DES BOISSONS. 68
pas des visions de guerre, entouré d'Arabes , et s'échappant de son lit, il sabrait jusqu'au matin table et chaises ; au reste, se voir poursuivi est l'une des hallucinations les plus fréquentes des'^ivrognes devenus fous(l), au point qu'elle constitue un caractère tranché de leur état. Les fous de cette catégorie ont cela de remarquable, qu'ils ne présentent peut-être jamais l'exemple d'une hallucination gaie.
2° Lésions de l'intellect. — Elles consistent dans des conceptions délirantes qui dérivent d'hallucinations actuelles ou antérieures, et plus rarement en sont indépendantes ; presque toujours elles ont pour effet de placer l'individu sous l'empire d'une action dépressive ; la crainte, la honte, le chagrin éclatent dans ses idées ; quelquefois les troubles dénotent une atteinte profonde aux sentiments de pudeur et de morale : sept fois sur 20 cas, l'obscénité était le caractère du délire. L'absence de la conscience du lieu est l'un des traits frappants des fous par ivrognerie ; l'attention et la mémoire sont moins lésées qu'on ne le croirait ; l'incohérence, c'est-à-dire le manque de force dans l'association des idées, n'a été notée que deux fois par M. Marcel. Les passions qu'ils éprouvent sont dépressives • la jalousie et la défiance dominent. L'ivrognerie, a dit Schlegel, est la principale cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et eu Russie ; le libertinage et le jeu en France ; la bigoterie en Espagne. La manie furieuse s'observe, surtout chez les ivrognes des classes infimes et d'une grande force musculaire ; elle débute par la brutalité ébrieuse ; souvent elle éclate sans transition, s'irrite par la résistance, prodigue l'insulte et s'exaspère jusqu'au meurtre. La monomanie homicide entraîne irrésistiblement certains ivrognes. Roesch en cite un exemple remarquable. D'autres, qui appartiennent généralement aux classes cultivées, tombent dans la mélancolie ébrieuse ♦ en même temps que leur funeste passion les entraîne, ils ont conscience de leurs excès, ils mesurent l'abîme où ils s'enfoncent et dans ces luttes d'une raison défaillante, le désespoir survient' et avec lui, le penchant au suicide. Nous avons traité en 1845 au Val-de-Grâce, un jeune lieutenant qui, dans le régiment où il' fut envoyé au sortir de l'école de Saint-Cyr, se trouva entouré de buveurs, soumis à une sorte d'épreuve par l'alcool, provoqué jour nellement à des joutes d'ivrognerie ; au bout de huit à dix ans, il
(1) De la folie causée par l'ahus des boissons alcooliques, par M. Marcel, thèse de Paru, n° 18, 1847. ci, luese
6^1 UYGIÈNE PlUVÉE.
eu était venu à lioire par jour une à deux bouteilles de vin blanc le matin à jeun, dix. verres d'absintlie entre les repas, etc. Ses facultés intellectuelles faiblirent par degrés ; les mouvements devinreul incertains; il éprouva «pielques accès de folie furieuse; dans les intervalles, tristesse, taciturnilé, déguùt de la vie, propension avouée au suicide. Conduit, à la suite d'un paroxysme furieux, a l'hôpital du Gros-Caillou, il y fut mis à un régime sévère; la privation absolue de l'alcool ramena les accès avec plus d'intensité ; par mesure de sûreté, on le dirigea sur le Val-de-Grâce, où je m'empressai de le remettre à l'usage modéré du vin, et, vers la fin du deuxième mois de traitement, sa guérison paraissait assurée. La dipsomanie est une folie partielle, caractérisée par un entraînement irrésistible pour les boissons fermentées ; on l'a comparée justement à la boulimie, à la nymphomanie; la soif qui l'accompagne ne s'apaise que par l'ingestion de spiritueux ; intermittente, les intervalles des accès constituent une sorte de convalescence, quelquefois marquée par une répugnance invincible pour les alcooliques- continue, elle s'accompagne de tremblements qui cessent après' quelques gorgées de vin ou d'eau-de-vie ; nous avons connu en Morée un capitaine de l'ancien régiment de Hohenlohe (21« leaer) qui atteint de dipsomanie, avait peine, au réveil, à se traîner en chancelant jusqu'à sa bouteille d'eau -de-vie, dans laquelle il puisait la force nécessaire au service militaire de chaque jour. Les excès répétés ont pour terme la démence, la stupidité et l'idiotie. Ainsi par la répétition de l'aliénation aiguë et passagère qui constitue l'ivresse, finit par s'établir sous une forme ou sous une autre un délire chronique, c'est-k-dire une aliénation mentale véritable, définitive; dans les maisons d'aliénés de la classe moyenne, cette cause figure pour un dixième : le docteur Bayle y rattache un t.ers des maladies mentales qu'il a observées à Charenton. Dans les etablissemens où l'on admet les aliénés indigents, la part etiologique de l'ivrognerie est encore plus grande : surl,079 aliènes i-eçus a'. Bicêtre, de 1808 à 1813, 126 furent atteints de folie par suite d excès
de boissons. , , , i • i„
30 Lésions des mouvements. - On a appelé choree des ivrognes le tremblement continuel qui affecte, chez beaucoup d'entre eux, les: bras les lèvres et les membres inférieurs ; d'autres n y sont sujets ^ nue pendant le temps de leurs excès ou les jours qui suivent ; l abus du vh blanc occasionne particulièrement ces spasmes. Les lemmes, , surlout celles qui ont moins de trente ans. éprouvent des convul-
INCESTA. — DES BOlsSuNs. 65
sionsqui sont portées souvent jusqu'à simuler un accès épileptique. Il est d'ailleurs une épilepsie alcoolique dont les symptômes ne diffèrent guère de celles qui résultent d'autres causes ; la plupart des épilepsiesnon héréditaires et réelles que l'on observe dans les hôpitaux militaires appartiennent à cette espèce ; on les observe chez les remplaçants adoimés à la plus monstrueuse ivrognerie : laprésora{ tion classique de simulation qui les accueille à leur entrée à l'hôpital est souvent cause que l'on se méprend et sur la réalité et sur l'origine de leur affection. La réunion des hallucinations des sens, des tremblements, du trouble des facultés intellectuelles, de l'insomnie, constitue le delirium iremens, qu'il n'est pas exact de nommer œnomanie (Rayer), puisqu'il n'est pas déterminé par le seul abus du vin. Cette maladie, qui n'est pas sans rapport avec le délire traumatique, est le plus ordinairement le résultat d'excès répétés ; mais on l'a vue se développer à la suite d'une seule orgie ; des sujets évidemment prédisposés en ont été atteints après l'ingestion d'une petite quantité d'alcool. D'après Tartra, cité par M. Rayer, un sommelier très sobre, séjournant habituellement dans une atmosphère chargée de vapeurs alcooliques, en aurait offert les symptômes. Le délire, phénomène constant de cette maladie, est furieux ou calme, continu pendant la période aiguë ou divisé par paroxysmes ; mais le plus souvent il se rapporte à la profession de l'individu, ainsi que le genre des hallucinations : le militaire bataille le charretier appelle ses chevaux, etc. ; la contraction musculaire^ pervertie sans être diminuée, a les caractères de la convulsion clonique : défaut de précision et de coordination des mouvements. Les malades avancent vers le médecin une main vacillante, et les soubresauts des tendons repoussent le doigt qui explore le pouls • ils s'épuisent en efforts pour porter à la bouche un verre de tisane qu'ils linissent par répandre, etc. Cet état singulier guérit souvent avec facilité, spontanément ou par l'emploi de différents moyens parmi lesquels l'opium occupe le premier rang ; mais l'inflammation du cerveau peut succéder aux congestions répétées qui s'opèrent sur cet organe ; elle peut coïncider avec le délire et entraîner la paralysie générale. S'il ne périt qu'un très petit nombre d'ivrognes dans la période aiguë du délirium tremens ( 1 sur 20, Calmeil ) beaucoup tombent, à force de récidives, dans le délire chronique dans la stupidité, dans la démence; la congestion progressive dû cerveau se dénote par des paralysies partielles, par l'affaiblissement des organes des sens, surtout ceux de la vue qui ont avec les vais-
y ÉDIT. — II.
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Mrdux ctM-ébraux des liens d'anastomose directe et multiple (aniblyopie amaui otique des ivrognes, etc. ) ; enfui la paralysie générale termine, comme chez les aliénés, la série des attaques.