‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 40 sur 163 · GESTA · texte numérisé non relu

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îion vicieuse n'a point faussé révolution, présente à l'art le modèle ,les mouvements, et n'a rien à demander à la gymnastique. Malheureusement l'état social oppose mille entraves au développement et au jeu régulier des organes ; la vie sédentaire devient trop tôt la rondition de l'enfance et de la première jeunesse, soit dans les écoles, soit dans les ateliers : parmi les professions, les unes condamnent le système musculaire à l'inertie, les autres lui infligent une spécialité d'exercice ; le plus petit nombre le sollicitent par une variété suffisante de contractions. Delà l'utilité et la nécessité d'une gymnastique nouvelle, destinée moins à poursuivre l'idéal de la force"et de l'harmonie des mouvements, qu'à suppléer au défaut d'exercice de certaines parties, à corriger les effets de l'action exagérée d'autres parties, à contre-balancer l'influence funeste de la stagnation du corps ou deses attitudes tourmentées dans beaucoup de professions.

§ 1. — Des mouvements en général.

1° Le mouvement produit des effets immédiats et secondaires locaux et généraux, l/incitation cérébro-spinale est ici la cause déterminante de la contraction musculaire; le stimulant physiologique des muscles consiste donc dans tons les besoins, dans toutes les impressions qui donnent lieu à des actions cérébrales. Tout mouvement suppose trois temps : innervation, contraction et relâchement. Le nombre ei le volume des nerfs que reçoit chaque muscle sont en général proportionnels à sa masse ; les nerfs pénètrent le plus souvent dans les muscles par leur partie moyenne et fournissent à leurs deux extrémités des branches qui marchent entre leurs faisceaux et parallèlement à eux; leurs ramifications les plus déliées passent en travers sur les fibres sans y pénétrer, et après avoir décrit une anse (Prévost et Dumas), vont se réunir aux plexus dont elles émanent, et s'anastomoser avec des filets voisins, de telle sorte que le plissement de ces anses nerveuses sous l'influence de l'irradiation cérébro-spinale ou d'un courant galvanique, entraîne la contraction des fibrilles musculaires. Mais les filets nerveux ne présentent point partout cette disposition (Lauth, Dugès), et Wagner a même remarqué qu'ils se terminent en se confondant avec le lissu musculaire; d'autre part, les expériences de Longet ont démontré que l'irritabilité est une force inliérente aux muscles vivants et indépendante des nerfs moteurs, quoiqu'elle réclame pour son entretien le concours de nerfs scnsititifs ou or-

HYfilKNK PHIVEE.

nt.on de tous les tissus vivants. Le stimulus spécial, transmis 2 es nerts moteurs, n'est donc que l'une des causes propres à met en jeu I .rntab.l.lé nmsculaire (î). La contraction s'i-père par raccourcissement du muscle avec endurcissement momentané de son tissu, sans augmentation de l'afflux sanguin, sans changement de couleur; pendant la contraction , les fibres sont agitées par un mouvement continuel (agitation fibrillaire) et qui produit un bruissèment particulier, percevable à laide du stéthoscope ou par l'anphcation du doigt sur le conduit auriculaire. On a établi par des expériences directes qu'une libre contractée se raccourcit dun nuart de sa longueur; la rapidité de la contraction peut-être très grande comme dans le saut, dans la parole, etc.; quant à sa force, ell^ peut, aller jusqu'à la rupture des os, des ligaments, des tendons; iVI. Hameaux (2) l'a évaluée d'une manière ingénieuse : comme toute torce peut être représentée par une certaine masse multipliée par la vitesse, la force d'un muscle est égale au poids qu'il supporte cest-à-direàsa puissance, multipliée par sa vitesse de contraction ' il resuite de là que la force d'un muscle augmente avec la vitesse de sa contraction; en effet, les ruptures des os, des tendons, etc., surviennent dans des circonstances où la contraction musculaire à plus de vitesse que d'énergie, comme celles où il faut éviter un choc, une chute., etc. Dans le relâchement qui succède à la contraction, le muscle revient à ses dimensions et à sa consistance antérieures. Mais d'autres phénomènes accompagnent et suivent les trois temps élémentaires du mouvement : chaque stimulation nerveuse, dirigée sur les fibres musculaires, détermine une accélération de la marche du sang et une élévation de la température locale; chaque contraction, en condensant le tissu musculaire, active la désoxygénation du sang artériel dans les capillaires, exprime le sang veineux et le fait refluer dans les veines superficielles, qu'il dilate; les artères, protégées par des dispositions particulières contre les eff'ets de cette compression, continuent de recevoir leur part de l'ondée systolique. Les muscles, prenant leurs points d'attache sur les pièces du squelette, exercent sur elles une traction en se contractant. Ces pièces étant presque toutes mobiles les unes sur les autres et toute contraction nécessitant un point

(1) Longet, Analomie du système nerveux. Paris, 1843, t. I, p. 61, 69.

(2) Rameaux, Considérations sur les muscles. Paris, 1834, ia-4.

d'iippui solide, il s'ensuit que le mouvement le plus simple fait ,Mitrer en jeu l'antagonisme d'un nombre plus ou moins grand de muscles Tels sont les phénomènes primitifs et locaux de l'exercice; par sa répétition fréquente il favorise la nutrition des muscles, l'accroissement de leur volume, la coloration de leur tissu ; les leviers osseux, tiraillés, sollicités par l'action musculaire, se développent et leurs saillies se prononcent davantage, les surfaces articulaires se déterminant et s'adaptent mieux, leurs moyens d'union se fortifient, les mouvements s'étendent et se perfectionnent ; la circulation, d'abord augmentée dans les muscles qui se contractent, s'accélère bientôt d'une manière générale ; la fréquence et les autres qualités du pouls sont en rapport avec le genre d'exercice, les efforts qu'il nécessite, la vigueur de la constitution et le degré d'habitude; la natation agite extraordinairement le cœur chez les novices qui n'en supportent que de très courtes épreuves ; les sujets aguerris y résistent une demi-heure et plus sans trouble excessif de la circulation. Les évaluations numériques que M. Nick a faites du mouvement circulatoire produit par chaque mode d'exercice, n'ont aucune importance en pratique. La respiration et la calorification suivent le rhythme du cœur. La première de ces fonctions s'exécute avec plus de vitesse, et l'air expiré est plus altéré; la seconde , manifeste son augmentation par la chaleur générale et les sueurs. La seule contraction sans locomotion, suffit pour élever la chaleur; M. Becquerel et Breschet ont constaté que la température augmente au moins d'un demi-degré pendant la contraction d'un muscle; d'après Peart, cité par Humboldt, on peut échauffer de plusieurs degrés l'eau d'un bain par l'agitation des membres pelviens; le docteur Beaumont a vu que, sous l'influence de grands mouvements du corps entier ou des membres, la température s'élève d'un degré et demi dans l'estomac plein ou vide. Les gens du peuple luttent contre te froid en se frappant sous les aisselles de leurs bras croisés. Les expériences de John Davy(l), montrent que l'exercice provoque une diffusion de chaleur et un accroissement notable de la température aux extrémités, tandis qu'il l'augmente peu ou point dans les parties situées profondément. Le sang étant considéré comme le milieu échauffant, l'excès de chaleur qui résulte d'une respiration accélérée se trouve entraîné avec lui par une circulation plus active et dépensé à la périphérie, ce qui en prévient l'accu-

(1) Annales de chimie et de physique. Paris, 1845, t. XllI, p. 187.

IIVGlIiNE PUlVÉli.

mulalion dans les oryaiios inlôrinuis et profonds. Un exercice soutenu, par la porte matérielle et flynamique qu'il oecasionne prépare une digestion et une absorption plus énergiques; mais il trouble les fonctions s'il coïncide violemment avec leur activité Le docteur Beaumont a vu qu'un exercice modéré élève la temnérature de l'estomac d'environ un degré, et lait marcher la digestion avec plus de vivacité. Les sécrétions périphériques sont activées parla locomotion aux dépens des sécrétions internes; la transpU ration cutanée, la synovie sont versées avec plus d'abondance; l'urine et le mucus diminuent en proportion. Quant à la nutrition] elle dépend d'une part des forces radicales et de la réparation ali* mentaire, et d'autre part de la durée et de l'intensité de l'exercice; il faut réaliser une équation physiologique entre ces deux termes.' L'exercice détermine une perte représentée par la somme des excédants de matière transpirée par la peau, de substance brûlée par la respiration , de chaleur et d'innervation ; si la nourriture est proportionnelle à cette déperdition, il en résultera une accélération dans les phénomènes de l'assimilation et de la décomposition interstiiielles, sans atteinte à l'intégrité de masse et de poids. L'exercice, combiné avec le régime, deviendra dans ces limites l'un des plus sûrs moyens de réfection ou de renouvellement des matériaux de l'organisation. Le mode d'activité du cerveau qui met en jeu les instruments de la locomotion ditfère essentiellement de celui qui adapte cet organe à l'expression des phénomènes psychiques; il semble même qu'il existe un antagonisme primordial entre ces deux formes de l'activité encéphalique; de là, pour les hygiénistes, la possibilité de combattie les prédominances variées du système nerveux par l'exercice et la direction spéciale du système musculaire. Les phrénologistes traduisent ces oppositions de la vie animale en disant que les exercices actifs musculaires laissent dans le repos les parties du cerveau qui correspondent aux alfections morales et aux facultés intellectuelles; à ce prix l'apaisement des passions et la sédation de la pensée, effets purement négatifs, devraient coïncider loujours avec l'exercice de l'appareil locomoteur; cependant nous voyons l'action musculaire réunie à l'agitation morale chez le furieux qui se précipite. — Les phrénologistes ajoutent alors que les déparlements du cerveau qui président au mouvement et au moral, agissent simultanément. Pour nous, nous constatons, sans l'expliquer, l'antagonisme très réel qu'on observe le plus souvent entre deux modes de fonctionnalité cérébrale, dont

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l im provoque la contraction musculaire et dont l'autre correspond i l'activité de l'intelligence. Toutefois, comme l'harmonie de loutes les fonctions entre dans le plan de l'organisation, celles des ^,sens et du cerveau sont loin d'exclure l'action musculaire; au contraire, un exercice modéré ranime la faculté do perception, perfectionne les sensations, réveille l'imagination engourdie, rend à .<la pensée sa force et son élan; Cicéron et Pline attribuaient ces i, avantages à une gymnastique rationnelle; les anciens philosophes .i dissertaient en se promenant sous les ombrages; beaucoup d'écri- II vains conçoivent, élaborent leurs ouvrages en marchant; Rousseau ) dit dans ses Confessions : « La marche a quelque chose qui anime et / avive mes idées ; jo ne puis presque penser quand je reste en place : ail faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. » ! 2" Quand il faut imprimer à l'acte musculaire assez d'intensité (pour vaincre une résistance considérable, il constitue ce qu'oti Rappelle un effort , phénomène fondamental d'un grand nombre a d'exercices tels que la course, le saut, l'action de comprimer, I d'attirer, de projeter fortement un corps, etc. Le mécanisme de { l'effort détermine la mesure et le genre d'utilité de ces différents il exercices; il a pour condition la solidité et la fixité de la poitrine, 1 point d'appui nécessaire aux muscles des parties qui agissent; et [) comme cette cavité est formée de pièces mobiles qui , mises en jeu par les puissances musculaires de l'inspiration et de l'expiration, r ne rencontrent aucune résistance dans le tissu pulmonaire, elle ne < peut se transformer en un système immobile que par la rétention ( momentanée d'un grand volume d'air dans les poumons. A cet effet, ) une grande inspiration verse d'abord beaucoup d'air dans les pou- ( mons; les muscles abdominaux et expirateurs se contractent pour expulser cet air; mais les muscles constricteurs de la glotte, par 1 une contraction synergique, produisent brusquement l'occlusion de cette ouverlure, dételle sorte que le thorax, pressé entre les muscles abdominaux qui le compriment extérieurement en repoussant le diaphragme en haut, et l'air inspiré qui le dilate du dedans au dehors, est tenu dans une complète immobilité et présente aux muscles de la tête, du rachis, des bras, etc., un point d'appui pour leurs contractions les plus énergiques. Les conditions de l'effort sont donc la suspension momentanée de la respiration et la forte pression de l'air contre les parois des conduits aériens, c'esta-dire l'immobilité du squelette thoracique, In force expansive des gaz contenus dans les voies aériennes étant équilibrée par la con-

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traction des muscles expirateurs (1 ) ; ses conséquences sont la compression des gros troncs vasculaires situés dans la poitrine entre les parois Ihoraciques et l'air qui distend les poumons, le reflux du sang veineux dans les cavités droites du cœur, dans les veines caves, et dans tout le système veineux, etc. L'occlusion de la glotte n'est pas toujours indispensable pour la production de l'effort ; il est des cas où elle reste ouverte pour les besoins de la respiration et de la phonation, pendant que la poitrine se maintient dilatée et solide dans ses pièces osseuses par une violente contraction des muscles. Sans invoquer l'exemple si probant des individus qui ont subi la trachéotomie et qui conservent la faculté d'exéculer des efforts éiiergiques et prolongés, il est aisé de constater sur soi-même, comme l'a tait iM. Verneuil, que l'on peut maintenir sa poitrine immobile et résistante, tout en continuant de respirer et même de parler ; la respiration s'exécute alors exclusivement par le diaphragme et se dénote à peine par le soulèvement rhytlimique de la région épigastrique. M. Verneuil (2) admet trois variétés de l'effort : 1° l'effort général ou thoraco - abdominal, avec contraction des quatre sphincters qui livrent passage à l'air, aux aliments, aux fèces et à l'urine (glotte, cardia, anus, col de la vessie); cet effort pendant lequel les expirateurs sont surtout contractés avec force, ne peut durer longtemps, il sert à lever un fardeau pesant, etc. 2° L'effort abdominal, ou expulsif; le thorax et l'abdomen sont rétrécis par la contraction des muscles expirateurs, les sphincters en partie ouverts, en partie fermés : c'est l'effort de l'accouchement. 3» L'effort thoracique qui, sans suspendre la respiration, s'effectue par la contraction brusque et énergique des muscles dilatateurs externes du thorax, contraction soutenue jusqu'à ce qu'elle cesse par la fatigue des muscles ou par une pression de force supérieure à celle des puissances qui dilatent le thorax.

A côté des effets physiologiques de l'effort, il est utile de mentionner les quantités de travail utile que l'homme peut fournir en moyenne; l'expérience a fixé à dix heures la durée ordinaire de son labeur quotidien. Toute espèce de travail peut être représenté, quant à la dépense de force, par un poids élevé à une certaine hauteur, et l'on nommera quantité d'action le produit du poids ou de la force qui lui faitéquilibre par le chemin que parcourt le mobile.

(1) Longet, Traité de physiologie, t. I, septembre 1852, p. 61.

(2) Sociét(^ de cliirurgie, séance du 21 mai 1856 [G-azelledes hôpitaux).

Ceci posé, nous empruntons à M. Laisné (1) les données suivantes, en rappelant qu'on a pris pour unité de la quantité d'action 1 kilogramme transporté à 1 mètre, et que l'on n'a tenu compte que des effets utiles : -

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