‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 46 sur 163 · GESTA. — GESTATION AVEC LOCOMOTION · texte numérisé non relu

GESTA. — GESTATION AVEC LOCOMOTION

ceux qui les montent des secousses très fortes. Quant aux allures ,i„ cheval, trois lui sont naturelles, le pas, le trot et le galop ordinaire. Dans le pas, les jambes du cheval se meuvent alternativement et en diagonale, et elles se posent de même, c'est-a-d.re ua-a la droite de devant, qui se lève la première, succède la gauche postérieure, à celle-ci la gauche de devant , et enfin la dernière ou Imite postérieure : cette marche, où le centre de gravite n'est point

erangé, est la plus douce et peut être accélérée à volonté. Dans trot les extrémités se meuvent aussi en diagonale, mais leur iiverel leur poser sont simultanés; il n'en résulte qu'une seule l.i.ttue quand le trot est franc ; cette allure occasionne des succus-

ons, des sautillements continuels, et ne convient point aux maiades'ni aux valétudinaires. En Angleterre, où les chevaux ont le trot très dur, on a adopté une méthode dite à l'anglaise, et qui . onsisle à briser chaque heurt du cheval par un mouvement allernalifde flexion et de redressement du tronc. Le galop ordinaire

st produit par l'enlevé de l'avant sur l'arrière-main , suivi ou accompagné du transport en avant de toute la masse, au moyen de l'ouverture des angles articulaires des extrémités postérieures précédemment fléchies et plus ou moins engagées sous le corps ; c'est l'allure naturelle la plus élevée, la plus rapide, la plus propre à gêner la respiration. Les allures que le caprice ou la mode impose aux chevaux sont le petit galop, dit allure des dames; le galop de course ou ventre à terre, allure dangereuse et fatigante pour le cheval et pour l'homme; et l'amble, allure très allongée et très peu détachée de terre dans laquelle l'animal s'élance d'un bipède latéral sur l'autre, de manière à n'imprimer au cavalier qu'un léger roulis de droite à gauche (1). Le traquenard, qui remplace aujourd'hui l'amble, balance aussi le corps de droite et de gauche, et l'agite par des trémoussements vifs et répétés. Le sol inllue beaucoup sur la quantité et la qualité des ébranlements que le cavalier subit : la terre molle absorbe une portion du mouvementé l'instant où le cheval y pose; un terrain dur, compacte et résistant rend la répercussion du mouvement plus complète et plus efficace. La station de l'homme sur la monture détermine en grande partie les effets de l'équilation ; les maîtres de cet art disputent sur le plus ou moins de verticalité à dotmer au corps, sur la courbure des

(1) Ces questions viennent d'ôtrc traitées avec supériorité par M. G. Colin {Traité de physiologie comparée des animaux domestiques. Paris, I8S4, t. 1, p. 320).

•HYGIÈNE PRIVÉE

reins, sur les points d'appui de l'assiette et la direction des cuisses. Dans les cours d'équitation militaire, le corps du cavalier est divisé en trois parties : deux mobiles, le corps et les jambes, et une immobile, les cuisses. Dans l'équitation ordinaire, l'homme a besoin d'efforts musculaires d'autant plus énergiques, qu'il a moins d'expérience; ils se passent dans la partie postérieure du tronc, dans la partie interne des cuisses, dans les muscles lombo et iliaco-lronchantiniens, dans les bras et les jambes; tout le tronc est dans un état de contraction fixe, nécessaire à la demi-station; les muscles des membres agissent tant pour le maintien ou le rétablissement de l'équilibre sur une base mobile que pour la direction du cheval. Dans la méthode anglaise, les porte-élriers sont très courts, les jambes et les cuisses fléchies, les tubérosités ischiatiques touchent à peine la selle, et le tronc s'élève et s'abaisse sur les membres pelviens qui prennent par le pied un point d'appui fixe sur l'étrier. La méthode française, par la longueur des porte-élriers, fait du bassin le point d'appui principal, et met surtout en action les muscles du tronc et de la partie interne des cuisses; elle prête mieux au déploiement des grâces équestres et à la noblesse des attitudes, mais elle agite aussi les organes des. trois cavités splanchniques par des succussions plus fortes que le tronc reçoit directement. La fatigue, qui survient chez le cavalier novice ou après l'exercice prolongé de l'équitation, provient et des secousses passives et des contractions qu'il exécute pour en amortir l'effet. L'influence générale que l'équitation exerce sur l'économie est véritablement tonique; grâce aux ébranlements répétés qu'elle imprime à tous les organes, elle y favorise la progression des fluides et l'égale répartition des matériaux nutritifs; d'un côté, elle entraîne peu ou point de pertes : « equitatio pulsum parùm auget,» a dit Haller, et tandis que la marche, la course, la danse produisent une excitation que ce grand physiologiste compare à un mouvement fébrile, le cavalier qui se porte bien, et dont les forces sont proportionnées aux mouvements du cheval, n'éprouve point d'augmentation notable dans l'activité de la circulation et des sécrétions; la nécessité de réitérer incessamment les efforts musculaires, l'oblige à faire des inspirations plus profondes qui augmentent l'hématose; l'appétit, rendu plus actif, invite à une alimentation plus abondante, qui, mieux élaborée, fournit avec luxe à l'assimilation. Ainsi, réduction des pertes organiques, accroissement de la nutrition , tel est le résultat définitif de l'exercice équestre. Si l'on

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objecte la maigreur et la fin prématurée dos postillons, des courriers, etc.. que ron se rappelle que ces individus abusent de 1 equ.tation , qu'ils sont fréquemment privés de soramed, adonnes aux exeès alcooliques, en butte aux intempéries de l'air, etc. On trouve parmi les officiers de cavalerie des exemples de l'mfluence heureuse de l'équitation , employée avec ordre et méthode; ils acquièrent généralement une constitution pléthorique et replète. G est en développant cette forme de santé et en augmentant tous les actes de la vie nutritive, que l'exercice du cheval peut remédier a l'excitabilité morbide du système nerveux, à des affections spasmodiques, etc.; aussi l'a t-on recommandé dans les cas d'hystérie, d'hypochondrie, de céphalagie chronique, de toux et de palpitations nerveuses, de chorée, etc. C'est qu'il y a dans la plupart des névroses deux éléments tellement combinés, qu'en neutralisant l'un on guérit l'autre, savoir : éréthisme et faiblesse. En donnant de la tonicité à tous les systèmes vasculaires, en faisant pénétrer plus aisément le sang dans tous les tissus et jusque dans les derniers ramuscules capillaires, en sollicitant par la succussion des viscères abdominaux la sécrétion des fluides gastrique, biliaire et pancréatique, réquilation relève les forces organiques. En même temps l'espèce de gymnastique qu'elle commande contribue au développement et à la vigueur des muscles, particulièrement de ceux du tronc et des extrémités thoraciques; c'est ce que tous les voyageurs ont remarqué chez les Gauchos, ces Scythes du nouveau monde, qui passent leur vie à cheval. Le moral est modifié par l'équitation , d'abord en vertu de la réaction que l'état matériel des organes exerce sur lui, ensuite en raison des excitations directes qu'il reçoit. L'émotion timide du noviciat dans les manèges, l'étude inquiète des mouvements du cheval, l'espèce de lutte qui s'établit entre lui et le cavalier, les élans et les prouesses de l'émulation , l'attachement même que lui inspire l'animal qu'il monte habituellement, les impressions plus rapides et plus variées que procure cet exercice, la fierté qu'on éprouve involontairement à dominer l'espace de plus haut et avec une plus grande puissance de locomotion : voilà autant de sensations inconnues du piéton , pour qui la promenade n'est souvent , comme l'a dit Voltaire, que le premier des plaisirs insipides. L'équitation entraîne-t-elle l'affaiblissement de l'activité génitale, l'impuissance? Geux qui ont attribué cette opinion à Hippocrate ne l'ont pas lu; en parlant des Scythes, il signale leur constitution lymphatique, froide et molle, peu propre à

•^^'^ ayniENK puivkiî.

la génération : « De plus, harassés par une porpétuelle équitation Ils perdent de leur puissance virile (1). » Plus loin , il revient sur les effets de cet exercice exagéré : a Là où l'équitation est un exercice journalier, beaucoup sont airectés d'engorgement des articulations, de sciatique, de goutte, et deviennent inhahiles à la génération (page 81). » Brown a fait la même remarque sur les Mameluks, et l'on a signalé l'atrophie des testicules chez le roi Charles Xll, de Suède, qui avait passé sa vie à chevaucher. Rien d étonnant que la suractivité permanente d'un certain nombre d'organes ou de systèmes organiques fasse taire les fonctions d'un autre : première explication que rend encore plus vraisemblable l'ensemble des mauvaises conditions de la vie des Scythes; ensuite il est reconim que l'assiette du cavalier, le frottement du périnée, l'échaulîement et le ballottement des organes génitaux, entretiennent en eux une surexcitation permanente; de là des excès, des pollutions qui dégénèrent plus tard en pertes séminales involontaires : autre cause d'invirilité, d'autant plus prompte à s'établir que l'équitation est plus assidue. Lallemand n'a garde de l'oublier, et nous croyons qu'elle explique en partie le passage d'Hippocrate, applicable seulement à l'excès journalier de l'exercice équestre. Il y a excès, non seulement quand l'équitation se prolonge journellement outre mesure, mais encore quand il existe une disproportion entre les mouvements du cheval et les forces de l'individu. L'équitation a d'ailleurs ses inconvénients, elle prononce le ventre, diminue, par les secousses des viscères, le ressort des anneaux inguinaux, donne lieu à des hernies, dont la production est encore favorisée par la compression que les ceintures ou les pantalons exercent sur l'abdomen ; le trot, en faisant retomber le tronc sur la selle, expose les testicules à des froissements qui, souvent répétés, agissent sur leur texture; les efforts nécessaires pour dompter un cheval rétif, l'émotion fréquente du danger, précipitent les mouvements alternatifs de flexion et d'extension du tronc, occasionnent des maux de reins, l'hématurie; quant aux hémorrhoïdes, J. P. Larrey ne les a pas observées plus fréquemment chez les cavaliers que chez les fantassins; au contraire, il a vu l'exercice du cheval guérir cette maladie. L'équitation, à titre d'agent prophylactique et curatif, a trouvé d'enthousiastes fauteurs : désobstruant pour les viscères abdominaux, grâce à l'activité qu'il imprime à la circulation de la veine porte, plus

(1) Œuvres complètes d' H ippocrale, trad. de Littré, t. II, p. 75.

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