‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 48 sur 163 · V. —Mouvements SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

V. —Mouvements SPÉCIAUX

Nous comprenons sous cette dénomination l'exercice des organes de la voix et les méthodes de gymnastique.

1° Phonation. L'exercice des organes de la voix a lieu par la conversation, par la lecture à haute voix, par le chant et la déclamation ; les effets de ces divers modes de phonation portent sur les poumons, sur le larynx et les organes accessoires de la parole, sur les organes abdominaux, sur le système nerveux et sur le moral. Les poumons, réservoirs de l'air, en reçoivent davantage par des inspirations plus fréquentes et plus profondes; ils sont directement exercés, ils augmentent de volume et le thorax se prononce en proportion. L'exercice modéré de la lecture à haute voix et du chant doivent faire partie du système de gymnastique qui tend à compléter chez les jeunes gens le développement plus ou moins arrêté de la poitrine et des poumons. Le larynx représente une sorte d'embouchure élastique et mobile du porte- voix cylindroïde, flexible, dilatable, que constituent la trachée-artère et les bronches ; il se fortifie et se prononce chez les chanteurs ; en est- il de même du reste du canal aérien? Les muscles de la respiration, les parois de la poitrine, le diaphragme qui agissent comme un soufflet, participent aux avantages de l'exercice ; le diaphragme imprime des secousses successives aux organes abdominaux dont elles facilitent les fonctions; de là l'opinion de Celse, accréditée par l'expérience, que la lecture à haute voix après le repas favorise la digestion; mais le chant et la déclamation, exigeant des mouvements plus étendus du diaphragme, auraient à souff'rir de la plénitude de l'estomac et menaceraient l'encéphale; les avocats et les chanteurs le savent bien , et ils se contentent d'une légère collation avant de se rendre au palais et au théâtre. Les organes précités, le pharynx, le voile du palais qui agissent surtout dans les cris et les sons aigus; les piliers et la luette qui servent à briser l'air; l'épiglolte, vraie soupape, les fosses nasales, les sinus maxillaires, la langue, les lèvres que Dodart a si bien appelées glotte labiale, les joues, les arcades dentaires, l'ouverture antérieure de la bouche et des narines sont en quelque sorte la caisse, les touches, les clefs et le pavillon de l'instrument vocal et contribuent plus ou moins à

IIYGIKNE l'HlVÈE.

la production , à l'intensilé et aux diverses modilicatioris de la voix (Colombat). Toutes ces parties ressentent les elfets de la phonation ; si cet exercice ne dépasse point les bornes convenables, elles se perfectionnent dans leur jeu et la voix acquiert plus d'étendue, de fermeté et de souplesse. Le simple parler fatigue peu; le chant davantage; la déclamation le plus ; dans tous les modes de phonation, la voix se fatigue d'autant plus vite qu'elle sort plus de son médium, qu'elle veut acquérir plus d'intensité ou passer subitement des notes très basses aux noies très aiguës , ce dont on trouvera plus loin l'explication physiologique. Est-il besoin de rappeler ici les sympathies de la voix avec les organes sexuels et le système nerveux? Elle se nuance ou s'éteint sous le coup des émotions morales; en retour, la simple émission de la voix agit sur l'âme et la parole articulée lui apporte les matériaux de son activité; c'est pourquoi l'on ne peut apprécier sainement les effets de la phonation ou du silence sans prendre en considération la part qu'en reçoit l'être moral.

. L'excès dans le parler, le chant, les cris, la déclamation, provoque la fatigue du larynx et des muscles thoraciques, des douleurs dans les régions dorsale et mammaire, des accès dyspnéiques, l'aphonie purement nerveuse et passagère, ou, dans la gorge, le larynx et les bronches, un état d'irritation marqué d'abord par le dessèchement de la muqueuse et qui s'élève facilement au degré phlegmasique : de là des angines, des pharyngites chroniques, des nuances de laryngite avec altération du timbre, de la flexibilité et de l'étendue de la voix. Si l'excès de phonation est habituel, on doit craindre des hémoptysies, l'aphonie durable, la plithisie laryngée, l'emphysème pulmonaire, des affections des gros vaisseaux et du cœur, les congestions vers la tête, etc. ; celte imminence morbide se rapporte aux individualités avec leurs différences de prédisposition, de structure, etc. Benoislon de Châteauneuf (l) n'a pas trouvé en dix ans, sur les registres de quatre hôpitaux de Paris, un seul décès par phthisie appartenant aux professions de crieurs publics, chanteurs, etc., lesquelles passent pour être fatales à la poitrine; on ne voit point, dit-il, les prédicateurs, les avocats, les comédiens être moissonnés par la phthisie. Mais ces faits qui sont loin d'êlre suflisaminent démontrés, n'établissent la présomption d'innocuité des efforts considérables de la voix que pour les pou-

(1) Annales d'hygiène, 1" série. Paris, 1831, t. VI, p. 5 cl suiv.

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