GESTA. — PHONATION
mous robustes; les individus faibles, à respiration courte et gênée, prédisposés aux atîeclions de poitrine, ne soutiendraient pas ces professions; ils s'en éloignent après les avoir essayées, et tel doit être l'avis du médecin à leur égard; car, si les efforts de la voix sont supportés par les gens bien constitués, si le chant et la déclamation favorisent chez eux le développement des poumons, ceux qui présentent quelques signes de prédisposition aux tubercules, à l'asthme, à la bronchite, etc., ne pourraient gagner à ces exercices que des troubles fâcheux, prompts à récidiver et à s'aggraver.
L'abstinence du parler, le silence absolu et prolongé entraîne i'allanguissement des fonctions digestives, débiUte les organes de la respiration et de la voix, prédispose à la tuberculisation pulmonaire, engourdit les facultés cérébrales (1). Toutefois le silence doit produire des effets différents, suivant qu'il est volontaire ou imposé, qu'il coïncide avec l'interruption de toute relation sociale, comme dans la réclusion cellulaire, ou avec le travail en commun, comme dans les ateliers pénitentiaires où la parole est suppléée par un autre mode d'expression aussi bien que chez les sourdsmuets.
La voix présente des différences plus ou moins stables qui dépendent des conditions de l'organisme ou du dehors : faible et aiguë chez les enfants, d'un timbre puéril chez les femmes dont le larvnx a le tiers seulement du volume de celui de l'homme, modihée par l'état actuel de l'âme, par les habitudes et les professions, elle est d'autant plus forte, en général, que le larynx a plus de développement et la poitrine plus de capacité ; après un repas copieux, la distension de l'estomac détermine l'ascension du diaphragme et le raccourcissement de la cavité thoracique; il en résulte que la voix paraît alors plus faible. Elle est plus belle, plus aiguë dans la saison chaude, plus grave et plus rauque en hiver; c'est le Midi qui fournit les voix de la sonorité la plus pure et la plus claire, tandis que les basses viennent en majorité du Nord ; l'harmonie de l'organisation humaine avec le milieu climatérique contribueà la ditlerence des idiomes et détermine le goût musical (les nations. Les moyens de perfectionnement de la voix sont la lecture à haute voix, le chant, la déclamation; mais ces exercices doivent, comme tous les autres, être proportionnés et appropriés à la constitution des individus ; ils doiventsurtout, comme nous l'indi-
(I) Coindet, Annales d'hijgiène, t. XIX, p. 296.
^OU IIYGWINE l'IUVÉE.
querons plus loin, se combiner avec un mode de respiration (|iji ménage les organes vocaux. Les vices de la parole ont été divisés par M. Colombaten cacomuthies, résultant de l'altération du son de certaines lettres, ou delà substitution d'une articulation à uneaulre (grasseyement, blésité, lallation, jotacisme, sessayemenl), etendyslalies, résultant du défaut de coordination des mouvements des organes pbonateurs (bredouillement, bégaiements divers, chorélforme, épilepliforme, etc.) ; ces différents vices de la parole sont idiopathiques ousymptomatiques d'une foule d'états morbides, d'altérations mécaniques ou organiques de l'appareil de la phonation ou de l'encéphale, etc.; c'est ce diagnostic, souvent difficile, qui doit servir de base à leur traitement. Ceux qui ne dépendent pas d'une cause interne organique ou mécanique, ont donné naissance à une gymnastique spéciale, connue sous le nom d'orthophonie. Colombat, Àrnott, Malebouche, etc., ont proposé des méthodes diverses dont l'examen ne doit point Irouver place ici (4). Le plus fréquent des vices de la voix, c'est le bégaiement, qu'Arnott et Schulthess considèrent comme une affection spasmodique de la glotte, et dont l'essence, d'après Miiller, consiste dans un état pathologique des mouvements associés du larynx et de la bouche; porté à un haut degré, il détermine des mouvements irréguliers dans les muscles de la face. Mûller propose, comme principe d'un traitement naturel du bégaiement, de chercher à faciliter l'association entre les mouvements du larynx et l'articulation; l'un de ces moyens est le chant où la part que prend le larynx à la prononciation est observée plus attentivement que dans la parole ordinaire.
La conservation de la voix exige un régime bien adapté à la constitution de l'individu, l'abstinence des mets salés, épicés, des condiments forts, des liqueurs alcooliques, la modération dans les plaisirs vénériens, l'entretien soigneux de la peau, l'usage des boissons douces, sucrées, onctueuses, non froides pendant ou après un exercice long ou forcé, des précautions contre les refroidissements
(l) Voyez Mûller, Manuel de physiologie, traduit par Jourdaa. Paris, 1851, t. II, p. 255. — Magendie, art. Bégaiement du Dictionnaire de médecine el de chirurgie pratiques, t. IV, p. 63. — Itard, Mémoire sur le bégaiement {Journal universel des sciences médicales, 1817, t. VII, p. 129). — Voisiu (Félix), ])u bégaiement, ses causes, ses différents degrés, etc. Paris, 1821. — Hcrvez de Chegoin, même sujet, dans Journal général de médecine, 1830, t. III, p. 206, etc.