GESTA. — GYMNASTIQUE
rendre la gymnastique moderne; si une définition pouvait fixer le (rang d'un art, nul ne l'emporterait sur la gymnastique qui est , d'après M. Amoros, la science raisonnée de tous nos mouvements, de leurs rapports avec nos sens, notre intelligence, nos sentiments, nos mœurs, et le développement de nos facultés. Mais, nous l'avons dit, la nature a dispensé l'homme de science pour croître et se ; développer : non-seulement, quand la conformation du squelette est régulière et symétrique, l'exercice varié des muscles qui meuvent ses différentes pièces ne peut altérer, d'une manière durable, leurs I rapports respectifs, mais encore le jeu alternatif des forces qui se I balancent dans les conditions d'un parfait équilibre autour d'un ; système de points d'appui rendus tour à tour fixes et mobiles, a une I tendance certaine à maintenir et à consolider la forme et la coordi- ] nation normale de toutes les parties du corps (Pravaz). La gymnasl' tique n'est donc pas indispensable à l'évolution complète et régu- 1 lière des organes ; quant à son utilité dans l'orthopédie, nous n'avons ] pas à la discuter ici. On a trop fait valoir les exercices spéciaux de la gymnastique et le pouvoir qu'elle aurait de développer telle I partie du corps, tel membre, tel muscle, en laissant dans l'inertie les muscles antagonistes ; les synergies musculaires s'opposent souvent à cette localisation de l'exercice, laquelle est d'ailleurs rarement de quelque avantage pour l'ensemble de la constitu- I tion ; celle-ci ne gagne que par l'exercice qui met en jeu tous les 1 muscles. On a dit que l'action forte et répétée des muscles qui, des ( parois thoraciques, vont s'insérer à l'humérus ou au scapuî lum, augmente l'étendue des arcs costal et sterno-costal de la i poitrine, et donne ainsi plus d'amplitude au champ respiraj toire; on attribue ce résultat à l'escrime, aux exercices gymnas- , tiques des membres supérieurs, etc. ; mais les relevés d'observations faits par M. Woillez (1), semblent indiquer que l'ampliation de la ' poitrine tiendrait plutôt à l'activité du système musculaire en général, qu'à celle des muscles du thorax et des membres supérieurs. ! Les professions qui sollicitent le concours de tous les muscles sont , i en effet, celles qui ont coïncidé le plus souvent avec le développet ment complet et régulier de la poitrine : plus que les professions [, qui exercent particulièrement les membres supérieurs, elles pa-
; gymnastique élémentaire adoptés pour les écoles communales de garçons de la ville de Paris.
(1) Recherches sur l'inspection de la poitrine, p. 352.
•568 HYGIÈNE PlUVÉE.
raissent exiger des poumons un surcroît de fonction qui favorise leur développement et réagit sur la cavité tlioracique, en vertu de celte loi de physiologie que les organes contenants se mettent en rapport de volume avec les organes contenus. D'après ces données, la gymnastique générale, l'exercice modéré de la course, du cliant, de la lecture à haute voix, de la déclamation, seraient les meilleurs moyens pour provoquer l'expansion de la poitrine, Benoiston ^de Châteauneuf et Lombard ont cherché quelle influence exercent sur la production de la phlhisie les secousses imprimées à la poitrine par les mouvements continuels des bras; le premier a conclu qu'elles diminuent plutôt qu'elles n'augmentent la fréquence de cette maladie; le second a trouvé que les grands mouvements des bras la diminuent dans les états sédentaires et l'augmentent dans les professions actives. Beaucoup d'autres exercices des gymnases sont trop partiels, trop exclusifs aux parties antérieures du corps; d'autres, enlin, tels que la course, le saut, etc., n'appartiennent pas en propre à ces établissements. L'habitude de bien porter la poitrine et de l'épanouir dans le maintien , de respirer profondément, et même de s'y exercer pendant quelques moments de la journée (Fou rnet), l'usage journalier et modéré de la déclamation et (le la lecture à haute voix, la course légère et souvent répétée, suffisent j)our assurer le développement libre et complet des organes pulmonaires. L'escrime, l'équitation, les promenades, l'action de ramer, la natation, les jeux de billard, de balle, de quilles , de cerceau, d'escarpolette, de volant, etc., forment un ensemble d'exercices suffisants poui" développer les différentes parties des systèmes musculaire et osseux. La gymnastique n'a donc pas à nos yeux les caractères d'une nécessité universelle; et nous ne la reconnaissons vraiment utile à l'orthomorphie que lorsqu'elle est générale, c'est-à-dire lorsqu'elle varie à l'infini les mouvements et les poses de manière à exercer le système musculaire dans son entier. Ces restrictions n'empêchent point que la gymnastique spéciale n'ait aussi son mérite et son opportunité; elle lutte par un antagonisme de mouvements contre le vice des attitudes permanentes ou d'une série d'actes musculaires toujours les mêmes, auxquels condamnent certaines professions; elle procure l'adresse, l'agilité, la fermeté, la résistance, la hardiesse avec la sécurité, la présence d'esprit dans le danger; elle renforce ces qualités chez ceux qui les possèdent naturellement ; en un mot, elle crée et discipline la force.