‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 63 sur 163 · Anasarque, ascite, béribéri j f Xg · texte numérisé non relu

Anasarque, ascite, béribéri j f Xg

Le béribéri ne s'est montré que chez les indigènes ; il les atteint en grand nombre et cause une forte proportion de décès (^6 sur 399 cas). Voilà certes une maladie de race, et, par conséquent, pour les Européens, une immunité constatée. Il est à noter que, sous le ciel des Indes, ceux-ci comptent trois fois plus d'affections cérébrales qu'en Angleterre. L'égalité du tribut payé par les deux races aux fièvres endémiques est un résultat imprévu , mais très réel. C'est dans les stations de Masulipatam et de Chicacola qu'elles ont sévi avec le plus d'intensité sur les Cipayes comme sur les Anglais; la première est cernée de loyers d'effluves miasmatiques.

6" Dégénération. Les races humaines ne se maintiennent point dans le temps et dans l'espace avec des caractères immuables; il en est d'elles comme des espèces animales, qui sont modifiées par le déplacement du climat natal dans un autre et par les circonstances de l'état de domestication. Les animaux subissent des variations dans leur couleur, dans la nature de leur tégument et de leur pelage, dans la structure de leurs membres, dans les proportions des diverses parties de leurs corps, dans leurs fonctions, dans leurs habitudes, dans leurs facultés intellectuelles, etc. Ces changements se fixent dans la race et y persistent aussi longtemps qu'elle se propage sans croisements, toutefois sans altérer jamais le type de l'espèce. L'homme subit des influences analogues qui le pénètrent plus profondément encore : à l'action des climats s'ajoute celle de la vie sociale, des passions, des intérêts, des agitations politiques, des idées religieuses, etc.; plus ses facultés sont étendues , plus il

ujis kaces. 605 est apte aux transformations physiques et morales. L'histoire nous le montre doué d'une aptitude spéciale qui manque aux animaux, la perfectibilité ; et, tandis que les habitudes propres à chaque espèce animale se transmettent avec une constante uniformité de génération en génération, l'homme manifeste une tendance aux changements, qui peut avoir quelquefois pour résultat temporaire un recul dans le passé , mais qui , en général , le fait avancer dans les voies de la civilisation.

Les conquêtes qu'il fait dans cette direction, les trophées de l'intelligence et de l'industrie, sont-ils payés par la décadence du corps, par l'affaiblissement progressif de la constitution physique? L'excitation que l'instruction prématurée communique au système nerveux, la corruption des mœurs, l'extension des industries nuisibles ont-elles pour effet consécutif l'épuisement des complexions(l)? Dans l'espace de vingt-cinq ans (1816-1860), sur 7,321,609 jeunes gens appelés à faire partie de l'armée, 1,616,527 ont été réformés pour défaut de taille ou pour infirmités diverses : c'est presque le cinquième du nombre total. En comparant les deux totaux extrêmes, 1816 et 1860, on voit que le chiffre des exemptés a plus que doublé pendant l'intervalle, quoique la taille exigée autrefois (1 mètre 57 centimètres) ait été, en 1832, réduite à 1 mètre 56 centimètres, réduction qui a eu pour résultat de diminuer de près d'un quart le nombre des exemptés pour défaut de taille (2). En 1852, la proportion des exemptions a été de 3,36 pour défaut de taille, et de 15,55 pour infirmités, sur 100 appelés; en 1853, de 6,75 et de 21,03. Mais ces faits et quelques autres ont reçu une interprétation trop générale : ils n'ont qu'une signification partielle, relative à certaines localités, à certaines populations,

La répartition des goitreux, des sourds et muets en France, témoigne de ces influences à sphère circonscrite, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature. Tandis que l'on compte, en 1851, sur 100,000 habitants ,

403 goitreux dans le Puy-de-Dôme.

410 — dans les Vosges.

440 — dans les Hautes-Alpes.

604 — dans les Hautes-Pyrénées.

734 — dans l'Ariége.

(1) Descuret, Médecine des passions, p. IGG.

(2) Dufau, Traité de stalislir/ue, 1840.

'»06 llYGlÉNiî l'UBLIOUE.

cetto proportion doscftnd à 18 dans la Corse.

17 dans Indre-et-Loiro, Lol-et-Garonne et la Manche. 14 dans le Morbihan.

7 dans la Seine.

Les sourds et muets se rencontrent dans les proportions suivantes :

40 dans la Seine, sur 100,000 habitants.

47 dans le Tarn.

56 dans Maine-et-Loire.

59 dans la Nièvre.

129 dans les Hautes-Alpes.

132 dans la Moselle.

134 dans le Bas-Rhin.

145 dans le Haut-Rhin.

146 dans la Corse.

Le maximum de fréquence et d'intensité des diverses formes de dégradation s'observe dans les populations isolées et presque sans communications avec les pays voisins, comme dans certaines vallées du canton de Berne, où les hommes se marient très jeunes et où se multiplient les unions entre consanguins : là se montre dans toute sa laideur la dégradation de l'espèce, l'abâtardissement de la race. Là régnent, ditM. Ménière(l), le crétinishie, l'idiotie, la surdi-mutité de naissance. La position insulaii^e de la Corse agit-elle de même èh restreignant les choix des familles et par conséquent les croisements? Le chiffre élevé des sourds-muets dans ce département autorise à le croire. Notre propre observation nous conduit à attribuer la même influence aux préjugés des sectes religieuses, qui circonscrivent dans les limites de leurs communions le champ des alliances. En Alsace, juifs (;t prolestants ne se marient qu'entre eux, et de la,, sans doute, le rang de ses deux départements dans la statistique de la surdi- mutité en France. Les années qui ont été marquées par des calamités publiques, tëlles cjuë les disettes, les guerres, etc., laissent sur les gériératioiis qu'elles pi-bduisent une empreinte commémorativo de détérioration. C'est ainsi que, pour quelques classes de jeunes gens compris dans les calculs ci-dessus

(1) Gazelle médicale de Paris, 16* année, 'i' série, t. IX, p. 305.

DES SEXES. /j07

de M. Duf'au, il faut tenir compte des guerres de l'Empire, qui orxt amené une foule de mariages précoces dont les produits ont dû être inférieurs en stature et en force. Tenon a prou vé que les guerres déterminent un abaissement dans là taille moyenne des générations, parce qu'elles écrément la population virile et enlèvent à la procréation régulière de l'espèce les individus de haute stature. D'un autre côté, nous avons vu plus haut que la force moyenne des races augmente avec leur degré d'amélioration sociale ; donc la civilisation, malgré ses abus, ses vices et ses excès, contribue finalement à prolonger la vie moyenne et la vie probable des hommes : en imprimant plus d'activité aux esprits, elle développe les facultés et agrandit la sphère de l'existence ; en créant de laborieuses et fécondes industries, elle accroît l'aisance des masses, laquelle produit plus de différence dans la mortalité des quartiers d'une grande cité que l'air, l'eau, le sol et le logis (Villermé). M. Métier a prouvé que la mortalité dans les divers départements de la France est en raison inverse du degré d'instruction publique (1). D'après M. Villermé, la mortalité relative en France était , en 1780, de 1 : 29; en 1802, de 1 : 30 ; en 1820, de 1 : 39. Benoiston de Châteauneuf a constaté la même amélioration pour Paris, J. Marshall pour Londres, Casper pour Berlin, Odier pour Genève, Schubler pour Stuttgart et le Wurtemberg, Ch. Bœrsch pour Strasbourg, etc. C'est la mortalité des enfants qui a diminué le plus, grâce à la vaccine et au perfectionnement des méthodes d'éducation et de pédiatrie. L'existence est donc plus assurée aujourd'hui, nonobstant les résultats peu satisfaisants du recrutement, et ce bienfait, on le doit à l'extension des lumières, au développement de l'industrie, aux progrès de la médecine, à l'adoption d'un genre de vie plus rationnel, etc., c'est à dire au progrès social.

La table de mortalité de Duvillard ne donne que 28 ans 3/Zi pour la durée de la vie moyenne avant la révolution de 93 ; en 1817* cette moyenne s'était déjà élevée à 31,8 ans; elle est aujourd'hui de 36,7 ans (2); de telle sorte que la longueur de la vie movenne, calculée dans la première moitié du siècle dernier pour des têles choisies parmi des rentiers dans l'aisance, est dès à présent surpassée par la longueur moyenne de la vie chez tous les Français in-

{i) Archives générales de médecine, t. XVII.

(2) Annnaire dû bimaû des longitudes pour J8u(.i, jj. lyy.

'^^'fi HYGIÈNE PUBLIQUE.

distinctement, quelles que soient la faiblesse de leur constitution et la médiocrité de leur fortune (1).

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