‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 82 sur 163 · I.— Villes · texte numérisé non relu

I.— Villes

1° Exposition, emplacement, etc. L'étude que nous avons faite de l'air, des eaux, du sol, des localités, etc. (tome I), nous dispense de discuter ici l'opportunité des diverses expositions et le choix de l'emplacement des villes. Il est aisé de déduire ces indications de tout ce que nous avons émis précédemment sur les conditions de salubrité extérieure : il faut consulter la composition de l'atmosphère, la moyenne du nombre des jours de pluie, de brouillard, de neige, de gelée, de sérénité, la température moyenne de chaque saison, la quantité d'eau qui tombe annuellement, la direction , la fréquence et la qualité thermométrique et hygrométrique des vents qui soufflent, la nature et les productions du sol, la configuration des masses continentales ou l'espèce et l'étendue des eaux qui les avoisinent, etc. On ne peut déterminer d'une manière générale le degré de salubrité des villes construites dans les plaines , celles-ci différant sous le rapport du terrain, des vents prédominants, etc. La proximité des marais est d'autant plus dangereuse que le climat est plus cliaud ; le centre des forêts est défavorable ; sur le bord des fleuves et de la mer s'élèvent des villes florissantes par leur population et leur aisance; les inconvénients qui résultent pour elles du voisinage de ces eaux sont de nature à céder aux travaux d'assainissement. Celles qui couronnent des lieux élevés et dominent tous ceux d'alentour jouissent d'un air vif et renouvelé, et se

CIRCUMFIJSA. — DES VILLES. /l99

font remarquer par le bon état de la santé publique ; il n'en est plus de même des villes qui, bâties sur des hauteurs, sont néanmoins dominées de tous côtés par d'autres élévations du sol, et de celles qui occupent le fond des vallées ou les sinuosités des gorges de montagnes. La forme la plus avantageuse pour la construction des villes est celle qui étale leurs habitations, au lieu de les rassembler dans un espace plus ou moins circulaire et étroit, où les quartiers labyrinthiques du centre étouffent pressés par une ceinture de quartiers extérieurs.

2° Variétés de villes. Ce n'est pas assez que les hommes s'entassent dans des localités circonscrites, exposées aux émanations qui naissent de leur réunion, des animaux qu'ils gardent pour leur nourriture ou pour leur service, des ateliers où l'industrie multiplie ses produits, se frustrant mutuellement de l'influence salutaire des vents destinés à renouveler une atmosphère miasmatique, et du bienfait de la lumière solaire qui corrige l'humidité et stimule directement la vie; il faut encore qu'ils étreignent leurs cités de murailles, de fortifications élevées et baignées à leur pied par des eaux stagnantes, par des marais infects. Dans les places fortes, les quartiers qui confinent aux remparts sont humides et malsains; si les maisons sont concentrées dans un espace étroit, l'air se renouvelle mal dans les rez-de chaussée et dans les couches inférieures des rues; le progrès de la population enfermée dans des limites infranchissables force en quelque sorte la ville à croître eu hauteur. Les villes ouvertes nous paraissent dans des conditions beaucoup plus favorables. Plus les villes sont mal bâties, plus elles sont exposées aux dangers de l'encombrement. P'après Balbi, Londres compte 1,;»00, 000 habitants, Paris 909,000, Saint-Pétersbourg 377,000, Naples 36Zi,000, Vienne 330,000, le Caire 330,000, Berlin 290,000, Madrid 200,000, Rome 154,000, etc. La densité de la population est l'élément le plus important de l'hygiène des villes: si elle est excessive, le manque d'air, le défaut de renouvellement de l'atmosphère, l'infection, l'humidité, l'absence de la lumière solaire, l'insuffisance et la cherté des subsistances, la misère et les privations, deviendront la source de maladies sans nombre. M. de Proiiy a calculé la densité de la population en France à 0,6 par hectare, et pour Paris à 22'-i,Zi pour la même superficie, environ 372 fois plus = environ Zi3 mètres cariés par habitant. La commission du choléra en 1832 a constaté que dans certains quartiers la population s'accumule au point de présenter 1,500 habitants par hec-

HYr.IÈNK l'UBLIQUl-;.

tare : « On nsoi'ait à peine, ajonte-l-elle, conlier mille arhres au mêineespace de terrain, si l'on tenait h les avoir sains et vi|ioureux. )j Dans le 8" arrondissement cliaqne habitant a 84 mètres d'espace; dans le 1^', 83; dans le 10% Of); dans le 12'-, 59; dans le 5', 39; dans le 2% 31 ; dans le 3% 25; dans le G", 21 ; dans le 9' , 20 ; dans le 11", 14; dans le 7", 12, et dans le U% 12. (>es chiffres n'ont pas besoin de commentaires ; disons seulement que s'ils s'ap|)liqijaietit à la totalité de la France; celle-ci, au lieu de t,790 habitants par lieue carrée, en présenterait 2 millions!... A un tel état rie clioses il n'est qu'un remède : agrandir la cité, ouvrir des rues, établir des places, abaisser les maisons, élargir et éparpiller la population; chaque habitant doit jouir au moins de 40 mètres carrés de terrain. 1 /es villes comparées entre elles offrent des moyennes dévie très différentes, suivant le degré de richesse ou de misère qui y règne, suivant (pje leur population est agricole ou manufacturière; mais ces résultats dérivent de causes non inhérentes aux villes et que nous étudierons ailleurs.

3" J^conomie intérieure. Les villes se composent d'un certain nombre d'habitations privées et d'édifices consacrés à ces usages collectifs : nous traiterons de ceux-ci en particulier ; quant aux premières, nous avons tracé les règles relatives à leur construction ; la salubrité d'une ville entière est la somme de toutes les habitations privées et de la voie publique. Le nombre total des maisons en France s'élève à 7,462,545 ; le nombre moyen d'habitants est :

313,691 maisons ayant une ouverture, 1,805,422 — — deux ouvertures. 1,433,642 — — trois ouvertures.

996,348 — — quatre ouvertures.

692,685 — — cinq ouvertures.

2,220,757 — — six ouvertures et plus.

Nous avons déterminé la hauteur qu'il convient de domier aux maisons, l'espace qui doit séparer deux rangées de maisons et qm donne la largeur des rues (tome I, page 628). Les règlements actuels sont insuffisants à cet égard ; dans beaucoup de quartiers de

Pour une maison.

En b'rance

Dans les villes. . .

Dans Paris.

On compte en France :

CIRCUMKUSA. — DES VlLLliS. 501

Paris réceininent bâtis, on voit des maisons dont le soleil n'atteint pas le second étage et qui restent Inimides, malsaines. Pendant le choléra, la mortalité dans les rues étroites a été de 65 sur 1,000, ce (jui est double de la moyenne. Dans les pays chauds, l'élroitesse et la sinuosité des rues, jointes à la hauteur des maisons, corrigent les etîets excessifs de la température. Mais sous tous les climats, l'air et la lumière sont les premiers agents de la salubrité; où n"existe-t-il pas des matières organiques susceptibles de devenir insalubres par un commencement de putréfaction? Or, l'oxygène de l'air, porté sur ces matières, tend à les convertir définitivement en eau, en acide carbonique et en azote, par une suite de combustions lentes, dont les produits, formés graduellement et en faible proportion, n'ont rien de dangereux pour l'économie animale; le concours de la lumière et l'élévation de la température favorisent cette tendance de l'oxygène. On voit combien il importe de faire partout de larges rues et des cours spacieuses. La rectitude de l'alignement des rues les ouvre mieux au soleil, à l'aération, à la circulation, à la perspective; elles doivent s'étendre du nord au raidi, si cette direction ne les fait pas enfiler par des vents insalubres propres à la contrée; il serait utile de les l'aire aboutir par leurs deux extrémités à des places publiques, à des boulevards, à des carrefours, vastes réservoirs de l'air dont elles favorisent la circulation, et qui diminuent la densité de la population en augmentant l'étendue relative de l'espace occupé par un certain nombre de maisons. Les usines insalubies et tous les établissements qui mêlent à l'atmosphère des émanations délétères, doivent être relégués en dehors de la ville et à une certaine distance de leur enceinte : tels sont les fabriques de céruse, de couleurs, de produits chimiques, de sucre, delabac, de poudres de guerre ou fulminantes, les boyauderies, les tanneries, les mégisseries, les abattoirs, les vidanges, les grandes distilleries, les usines à gaz, les fours à chaux et à plâtre, etc. Nous n'exceptons pas de cette loi de relégation les vacheries, les écuries un peu considérables, les pigeonniers, etc. ; même prescription pour les cimetières et les voiries. Dans les villes à sol perméable, tous les établissements susceptibles de répandre des matières organiques à la surface ou dans la profondeur de la terre doivent être placés en aya/ des habitations, pour que celles-ci n'aient jamais à recevoir dans leurs fondations des infiltrations d'eau pluviale provenant des cimetières, des voiries situés en amont (Chevreul).

502 HYOliîNE PUBLIQUE.

Li" Sol des villes, rues et pavot/es. M. Chevreiil a admirablement n'siimé les causes qui teiideiil sans cesse à iidVcter le sol des cités. Toules It s fois que des sullates alcalins etcerlaines matières or^ani<|ues existent dans une eau privée du contact de l'air, il se l'orme des sulfures, de l'acide suHliydrique ; de là l'inlection des eaux du bassin de Paris qui renferment du sulfate de chaux. Tout ce qui tend à imprégner le sol de matières organiques constitue une cause prochaine ou éloignée d'insalubrité ; l'accumulation de ces matières et leur altérabilité produisent non-seulement l'infection du sol, mais celle des puits, quand le terrain est perméable sans être incessamment lavé par les eaux pluviales ou par des eaux pures de sources situées au-dessus de la ville. Débris animaux enfouis dans la terre, matières échappées des fosses d'aisances, urines piojetées Sur la voie publique, matières organiques qui de nos demeures passent dans le sol, matières condensées à l'état liquide dans les conduites de gaz et qui s'en échappent par les fuites, voilà les éléments d'infection des terrains habités. Si l'on y ajoute l'iniluence du calcaire poreux pour produire des azotates de potasse, de magnésie et surtout de chaux, on aura les corps qui produiront avec les substances organiques des effets d'insalubrité ou d'infection qui ne se manifesteraient point sans leur intervention. L'œuvre d'assainissement du sol des cités consiste donc à en empêcher l'imprégnation putride, à la restreindre au moins aux plus étroites limites, à détruire incessamment les matières organiques par une combustion lente qui a pour agents l'oxygène atmosphérique et la lumière, à en dissiper une partie par l'assimilation des végétaux; elle ne peut donc è'accoinplir que par un ensemble de mesures telles que la relégation des voiries, cimetières, usines insalubres, etc., en aval de la ville, par la largeur des rues et des cours, et surtout par le mouvenient de l'eau aérée dans le sol |30ur y brûler les matières organiques. C'est môme là, suivant la remarque de M. Chevreul (J), l'une des plus heureuses conséquences du drainage, savoir, le réiiouvellement de l'eau qui détermine toujours l'introduction dans U sol d'une certaine quantité d'air si utile à la végétation, si nécessaire à la combustion lente des débris organiques : le drainage établit une circulation entre l'atmosphère et le sol au moyen du mouvement de l'eau. Tel estaussi l'avantagedeseauxpluviales pénétrant

(l) BuUelin de la Société centrale d'agricullurè, 1850 à 1851, 2' série, t. VI. p. 165.

CIKCUMKUSA. — KUES MT PAVAGE. 503

dans un lerrahi creusé de puits qu'elles alimentent; sorte de drainage naturel très propre à laver un terrain infecté d'une petite étendue, à délayer et à entraîner les eaux chargées de matières organiques qui se déversent de nos maisons dans le sol. Aussi le pavage qui s'oppose à l'inibibition des eaux météoriques, ne profite-t-il pas à la salubrité de toutes les localités où il est appliqué; il compromet celle des eaux des puits, creusés dans des terrains perméables, et par suite l'assainissement des couches inférieures du sol. Cette influence du pavage des villes sur la qualité des eaux de puits, Franklin l'a prévue, ainsi que la nécessité de demander aux rivières, aux sources éloignées, la quantité d'eau potable nécessaire à la consommation publique : « J'ai observé, dit-il, que le sol de la ville étant pavé ou couvert de maisons, la pluie était charriée loin et ne pouvait pénétrer dans la terre et renouveler et purifier les sources, ce qui est cause que l'eau des puits devient chaque jour plus mauvaise et finira par ne pouvoir plus être bonne à boire, ainsi que je l'ai vu dans les anciennes villes. » Mais là où le sol est perméable aux eaux d'un grand fleuve qui alimente les puits, mieux vaut paver les rues et les places et faire des égouts étancliés qui portent les eaux impures en aval de la ville. M. Chevreul reconnaît d'ailleurs lui-même l'absolue nécessité du pavage dans les cités populeuses pour éviter les ornières, les mares d'eau, les boues, pour diminuer en été la poussière, pour éloigner des maisons une grande partie des eaux pluviales et ménagères; il est donc la condition première de la propreté des rues, qui sans lui présenteraient une surface marécageuse. Beaucoup de villages et de petites villes perdent, à cause du défaut de pavage, les éléments de salubrité que leur assureraient leur site et leur exposilion. Sa mise en usage date du règne de Philippe-Auguste (1184) ; mais il n'a été adopté d'une manière générale (jue plusieurs siècles après. Avant l'application du pavage à toutes ses rues, Paris était plus exposé aux fièvres intermittentes; le revôtemerjt pierreux du sol oblitère en quelque sorte une large source d'émanations délétères. Le mode du pavage usité dépend des ressources locales; sa durée et son prix de revient décident le choix des matériaux qui sont: les pierres siliceuses, granitiques, volcaniques, basaltiques, parfois calcaires, et surtout le grès débité en cubes et disposé sur une couche de sable; il constitue le pavage le plus dur et le plus résistant. Les l)riques, posées de champ, que l'on voit dans quelques villes, ont moins de solidité que la pierre de Volvic, les polygones basaltiques ou les granits. Les cailloux roulés

506 IIYUIKNK Flim.lQUE.

que l'on utilise dans eertaines localités où ils abondent, serrés entre eux et mal liés par uni; couche de graviers, oHeiiserit le pied |)ar leurs aspérités, par leurs angles, et triplent la fatigue de la marche. On a essayé de substituer au pavage ou dallage de pierre l'emploi du bois et du bitume.

Le pavage en cubes de bois très dur, taillés à pans, est expérimenté sur une large échelle à Londres et à Saint-Pétersbourg, où on l'a appliqué dès 183/i au pavage de quelques rues. On en a fait à Paris des essais partiels qui ne paraissent point en encourager l'extension, d'ailleurs fort dispendieuse ; le système qui a le mieux réussi à Paris consiste à poser des blocs de sapin sur une couche épaisse de chaux, de sable et de ciment; ces blocs, de forme rhomboïdale, et ayant 0'",18 de haut, sont réunis par des chevilles de bois passant dans des trous, et présentent à leur surface des rainures croisées pour empêcher les chevaux de glisser; avant de les poser, on les assemble en panneaux au moyen de chevilles. Le pavage coûte 16 francs le mètre. Il amortit les retentissements de la circulation et convertit la voie publique en une sorte de parquet élastique; il diminue le tirage au point qu'un cheval traîne sur un pavage de bois une charge équivalente à celle de quatre chevauxsur un pavage de grès. Peut-être favorise-t-il moins l'écoulement des liquides dont il absorbe une partie; le frottement des roues et des pieds en détache une poussière ligneuse que pétrit l'eau pluviale et qui forme à la surface des rues ainsi recouvertes une boue de matière oiganique; il n'est pas impossible que, sous l'influence des chaleurs de l'été, il n'en résuite un foyer d'émanations, surtout si l'on considère que la matière ligneuse disparaît par vaporisation dans les marais à sphère d'intoxication active, tandis que dans les climats à température moyenne annuelle au-dessous de 12 degrés centigrades, elle ne se dissipe plus et donne lieu aux dépôts de tourbe (1). Il est d'ailleurs très difficile d'obtenir des bois qui remplissent les deux conditions essentielles d'un bon pavage, dureté et homogénéité. Les changements brusques de température ont pour eflèt de détériorer les meilleurs bois. Peutêtre les bois imprégnés de substances conservatrices serviraient-ils plus utilement au pavage.

Les bitumes sont de deux sortes: l'un, dit minéral ou asphaltique, est un produit naturel, très employé par les anciens dans un

(1) Communication verbale de M. Bonssingaiilt (1845).

CIRCUMFUSA. — RUKS ET PAVAGE. 505

grand nombre de constructions, et dont l'usage, renouvelé de nos jours, tend à se propager de plus en plus (naphte, pétrole, bitumes liquides, mallhe ou pissaspliaite, bitume glutineux, asphalte ou bitume de Judée, des momies, bitume solide); l'autre est un produit artificiel, un goudron minéral qu'on obtient en distillant le charbon de terre pour en extraire le gaz hydrogène; il aies principales propriétés du bitume asphaltique. La préparation de ces bitumes au milieu de nos rues produit des vapeurs qui, sans être délétères, affectent l'adorât d'une manière désagréable; par les temps humides et doux, leur odeur est forte, acre, pénétrante; elle peut incommoder si elle se concentre dans des lieux étroits et fermés. Les bitumes, étendus en couche mince, sont élastiques, durables ; ils exigent peu de réparations ; leur surface lisse empêche la stagnation des eaux et se dessèche rapidement après les pluies; mais leur établissement est coûteux, et ils ne résisteraient pas longtemps aux pressions des voitures pesamment chargées; leur usage se restreindra aux trottoirs, caves, passages, souterrains, casemates. Les trottoirs ou bandes bilatérales des rues, rendus obligatoires sous certaines conditions par une loi de 1845, sont à la fois un assainissement pour l'étage inférieur des maisons et une aisancede circulation pour les piétons. Le danger d'incendie n'est point à redouter pour le bitume minéral qui ne contient qu'un cinquième de matière combustible; des charboiis incandescents, des fers rougis le fondent sans l'enflammer; une fois allumé, il donne une flamme léchante ou par ondes qui se déroulent au-dessus de la matière en combustion. Le bitume fourni par la distillation de la houille s'enflamme plus facilement à cause de sa plus grande fluidité.

M. Chevreul a constaté que la couche noire qui se trouve entre et sous les pavés des rues de Paris contient du fer métallique, de l'oxyde de 1er intermédiaire, ou du fer sulfuré. Cette couche, qui tend en définitive à se convertir en peroxyde de fer, est une matière combustible qui défend les couches inférieures du sol de l'action de l'oxygène; elle s'oppose à la transmission de l'oxygène que l'eau sntraîne dans le sol ; or cet oxygène est nécessaire à la destruction des matières organiques que le sol renferme, et par conséquent à son assainissement. Le fer trouvé dans cette couche noire provient de l'usure des roues et des fers des chevaux.

Les trottoirs ont le double avantage de diminuer l'humidité de la partie inférieure des maisons et d'assurer la sécurité des piétons; .1 convient de leur donner une pente légère pour l'écoulement des

«»06 HYGIÈNE PUBLigUB.

eaux ; sous leurs rebords sont cachés les ruisseaux latéraux dans le syslètnti des chaussées bombées, très préférable a celui des chaussées fendues ou à thalweg central et à ruisseau médian, incessamment battu par les pieds des chevaux et par les roues des voilures, qui en projettent les fanges sur les deux côtés de son parcours. Oti appli(jue aujourd'hui à la confection des trottoirs un mastic composé de 72 parties de roche asphaltique broyée et bien tamisée, de 6 ou 8 parties de bon bitume, d'une partie de goudron minéral et d'une demi-partie de sable siliceux. Les trottoirs de bitume ne coûtent que 7 francs le mètre carré, et 70 ceritimes d'eiïtretien par an, tandis que ceux de granit reviennent à 22 francs ; mais les premiers exigent de fréquentes réparations, se détériorent, se couvrent alors d'une nappe d'eau pluviale sans écoulement, etc.

'S" Plantations, On s'est exagéré l'influence des plantations d'arbres dans l'intérieur des villes sur la pureté de l'air. Il n'existe aucune proportion entre la purification atmosphérique que procure la respiration de quelques milliers d'arbres et la production d'acide carbonique résultant de la vie d'une grande cité. M. Jeannel (1) a calculé qu'il faut un hectare de forêt pour compenser à peu près la viciation atmosphérique résultant de l'existence de deux hommes, et que la quantité d'acide carbonique versée dans l'atmosphère par la ville de Bordeaux ne pourrait être journellement décomposée que parla végétation de So^ooo hectares de forêts. M. Chevreul(2) observe d'ailleurs que, lorsque l'oxygène se dégage des parties vertes sous l'influence de la lumière, il doit s'élever dans l'atmosphère et non en gagner la région inférieure. Trop rapprochés des maisons, les arbres les rendent humides par leur propre évaporalion, par celle des eaux pluviales qu'ils retiennent, par leurs alternatives de condensation nocturne et d'évaporation diurne de l'humidité atmosphérique; et, s'ils procurent une ombre agréable pendant quatre mois, ils interceptent pendant huit autres mois l'air et la lumière. Faut-il les proscrire dans les cités popideuses ? Non ; ils y ont une utilité incontestable pour combattre incessamment l'insalubrité produite ou sur le point de se produire par les matières organiques et la trop grande humidité du sol : « Les racines, ramifiées

(1) Voyez Jeannel, Mémoire mr les plantations d'arbres dans rinl&ieur des villes [Annales d'hyriiène, 1850, t. XLIH, p 49).

(2, ChevfenI, Mémoire sur plusieurs réactions chimiques qui intéressent la saliérilédes cités populeuses (Annales d'hygiène^ 1853. t. L, p. 3).

CIRCUMFUSA. — PLANTATIONS URBAINES. 507

à l'infini, enlevant à la terre qui les touche l'eau avec des matières organiques et des sels que ce liquide tient en solution, rompent ['équilibre d'humidité des couches terrestres ; dès lors, en vertu de la capillarité, l'eau se porte des parties terreuses les plus humides à celles qui le sont le moins, en raison de leur contact avec les racines, 8t ces organes deviennent ainsi la cause occasionnelle d'un mou veulent incessant de l'eau souterraine, extrêmement favorable à la salubrité du sol. » (Chevreul.) On peut apprécier l'intensité de cet effet d'après l'expérience bien contme de Haies, qui constata, sm' un helianthus anmiiis , une transpiration de 1 livre ]li onces d'eau en 24 heures. Ainsi les eaux qui pénètrent dans la terre avec les matières organiques altérables et des matières salines sont, dans la belle saison, aspirées sans cesse par les végétaux, qui en évaporent la plus grande partie, après en avoir fixé une partie avec les principes organiques et salins qu'elle tenait en solution. Un autre avantage des jardins et plantations compris dans l'aire des villes est [l'atténuer la densité de la population , de ménager des espaces libres ; on doit exiger que les arbres ne soient plantés que dans les nies de 25 à 30 mètres de largeur ; qu'ils laissent toujours entre îux et la façade des maisons un intervalle de 10 mètres, afin qu'ils 3uissent s'étendre sans nuire aux fondations de ces maisons et aux murs des égouts ; qu'ils soient élagués à la hauteur de 7 à 8 mètres 2t leurs branches rejetées vers le milieu de la chaussée. Quant au îlioix des espèces, l'ormeau et le tilleul, si répandus dans les villes, a'onl point le feuillage épais, la croissance rapide, la santé robuste 3t la racine pivotante qui conviennent à cette destination. Ce choix 3st subordonné à une condition vitale de la végétation : c'est que les racines trouvent, en plongeant dans le sol, les matériaux indispensables à la nutrition de l'arbre, sans rencontrer des principes délétères, tels que les vapeurs liquéfiables du gaz d'éclairage, ou jes couches absolument privées d'oxygène atmosphérique.

6° Irrigation urbaine, drainage. L'hydrographie de la cité a pour éléments le rapport de la surface du sol : 1° avec celle des eaux qui e sillonnent ou en recouvrent une partie (canaux, rivières, ruisseaux, mares , abreuvoirs, ports) ; 2° avec la quantité annuelle de 'eau météorique. Elle a pour but : 1» de fournir le volume d'eau :iu 'exigent les besoins particuliers et ceux de la cité; 2" d'éconduire les eaux qui ne servent pas à la consommation et celles que l'on peut considérer comme excrémentitielles. L'eau est amenée dans es villes k l'aide d'aqueducs, dont les anciens avaient perfectionné

508 HYGIÈNE ruHLiyuE.

la construction , ou plutôt au moyen de tuyaux suulerrains qui , prenant l'eau à un réservoir élevé, serpentent à des niveaux différents pour la déverser où besoin est ; il suffit, pour la conduite des eaux , que leur point de décharge soit situé plus bas que le réservoir. Les tuyaux de fonte, de ciment, de grès ou de verre épais, sont préférables à ceux de bois, qui , par la décomposition de la matière ligneuse, chargent l'eau de produits fétides, ou à ceux de plomb, qui, par le contact de l'oxygène et de l'acide carbonique de l'air en dissolution dans l'eau, laissent dissoudre dans celle-ci du carbonate acide de plomb, dont les effets sont toxiques. Les tuyaux de fonte peuvent donner lieu à la longue, et avec certaines eaux (Versailles, Grenoble, Toulon), à des tubercules ferrugineux, qui diminuent leur diamètre et par conséquent leur volume d'eau. Ces tubercules sont dus à l'oxydation du fer sous l'influence d'une action électro-dynamique liée au défaut d'homogénéité de la fonte (Payen). Avec la fonte blanche, qui est plus homogène, on évite cet inconvénient, ainsi que par l'enduit de chaux hydraulique (Vicat et Gueymard), par l'application extérieure et intérieure d'un enduit bitumineux (Ghameroi) ; l'huile de lin, substituée à l'eau pour l'essai des tuyaux , produit le même effet en oblitérant les pores du métal. Les conduits de poterie conviennent parfaitement quand l'eau doit y circuler sous une faible pression. En Angleterre, les poteries sont d'un emploi général. M. l'ingénieur Mille (1), si compétent, conseille en France, comme excellents matériaux de drainage des maisons, les tuyaux de tôle bitumés, d'une pose facile, d'un service très sûr, et dont le prix baissera encore par la simplification de l'enveloppe bitumée et des assemblages; la gutta-percha remplace économiquement le plomb dans les branchements; plusieurs maisons de la rue de Rivoli, à Paris, ont déjà une distribution toute montée en gutta. Ainsi , grâce à la connaissance d'une | loi d'hydrostatique en vertu de laquelle l'eau tend à se mettre en équilibre avec elle-même et s'élève partout au même niveau malgré les circuits et les diamètres de ses conduits, les modernes ont pu se passer de l'établissement dispendieux des aqueducs où l eau coule par le seul effet de la déclivité : il leur suffit d'établir des réservoirs assez élevés et qu'alimentent les sources ou les rivières, dont l'eau s'y trouve poussée par le jeu des pompes et des machine

(1) nappnrl au préfet de la Seine sur le modo d'assainissement des villes e Angleterre et en Ecosse, 20 juillet 1854 {Annales d'hy g., 1855,1. IV, p. 199).

CIRCUMFUSA. — IRRIGATION URBAINE. 509

d'une industrie perfectionnée ; elle est ensuite distribuée dans les quartiers à l'aide de fontaines qui communiquent par des tuyaux souterrains avec ces réservoirs. En 18^3, voici quel était l'état des eaux conduites à Paris (1) :

Pouces.

Eau (le Seine par les pompes à feu 300

Machine du pont Noire-Dame 100

Aqueduc d'Arcueil 80

Sources de Beileville 10

Sources des prés Saint-Gervais 10

Canal de l'Ourcq 4000

Rivière de GlignoQ, dérivée dans le canal. 800 Puits artésien de Grenelle à 32", 50 audessous du sol 80

ce qui donnait un total de 5,380 pouces. Le volume des eaux vendues à Paris était d'environ 390 pouces, dont 90 en eaux de Seine et de sources, et 300 pouces en eaux de l'Ourcq. Paris est peu favorisé sous le rapport de l'eau ; il n'en recevait en 18Zi3 que 2li millions de litres par jour ; et il en fallait 160 pour que chaque habitant eût à sa disposition ^lO litres par jour.

D'après M. Darcy , qui a spécialement étudié la question de l'approvisionnement d'eau en Angleterre et en France, et qui a doté Dijon d un sytème de distribution d'eau proposé pour modèle par Guérard (2), le chiffre de 130 litres, et au minimum de 100 litres, par jour et par individu, est nécessaire pour subvenir à toutes les dépenses d'eau dans une ville, savoir: économie domestique, bains, lavoirs, arrosement public, industrie, etc. Peu de villes atteignent aujourd'hui cette limite ; le tableau suivant le prouve :

Distribution d'eau dans différentes villes. Quantite's de litres

par jour

Noms des villes. Origine des eaux. et par hubilanf .

Angoulôme (Charente) Rivière. 35 à 40

Béziers (Hérault) Rivière. 12 à 14

Carcassonne (Aude) Rivière. 300 à 400

Chaumont (Haute-Marne) Rivière. 30 à 35

Clcrmont (Puy-de-Dôme) Source. 50 à 55

Dijon (Côtc-d'Or) Source. 198 à 618

Dôle (Jura) Rivière. 15 à 20

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XVI, n" 7, p. 358.

(2) Guérard, Du choix et de la distribution de l'eau dans une ville (thèse de concours, 18;i2).

510 IIYftIKNK PUBLIQUE.

Edimbourg (Écossfi)

Source.

Gênes (Sanlaignc)

Source.

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Rivière.

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Source.

Source.

Source.

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Source,

Source.

Rivière.

Rivière et source.

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Source.

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Source.

Source.

Les eaux amenées par les conduits peuvent être portées jusque dans l'intérieur des habitations, qui les déversent, contaminées par les usages domestiques, dans les égouts souterrains : c'est le drainage des maisons, tel qu'il se pratique aujourd'hui en Angleterre; ou elles sont offertes à la consommation du public par le moyen de fontaines, et s'écoulent, après avoir servi ou non, par un réseau de ruisseaux qui se jettent dans les égouts. Les deux modes d'irrigation urbaine donnent lieu à deux courants en sens opposé, un courant afférent d'eaux pures et un courant afférent d'eaux infectes. Dans le premier, l'eau pure circule d'étage en étage, avec elle la propreté et la salubrité; les immondices et les vidanges se perdent avec l'eau sale dans les égouts, et ces liquides d'égouts servent depuis plusieurs siècles, à Milan et à Edimbourg, à l'irrigatioii fécondante des terres, en attendant que la science parvienne à en extraire, par des procédés industriels, les sels ammoniacaux et les matières organiques à convertir en engrais solides. Des moyens économiques d'arrosage dispenseront même de celte recherche, car quel engrais plus efficace que ces liquides enrichis d'ammoniaque par les vidanges par-

CIRCUMFUSA. — DBS ÉGODTS. 511

ticulières, de terreau, de chaux, de potasse, de soude et de silice, par la boue des rues et par l'usure des chaussées ? Dans le second mode, les eaux ménagères, les eaux salies, s'écoulent à l'air libre dans des ruisseaux souvent infects, en même temps que les habitations exigent des réserves d'eau d'une conservation plus ou moins difficile. On remédie à l'insalubrité des ruisseaux par le flot périodique des bornes-fontaines. Pour un lavage efficace des ruisseaux, on a calculé que leur écoulement doit donner à peu près 1 litre 75 d'eau par seconde (à peu près 8 pouces de fontainier). A Paris, chaque borne-fontaine a une chasse de 300 mètres de ruisseau. Il faut que la masse d'eau versée soit considérable relativement à celle des eaux impures qui sortent des maisons, et qu'elle ait un mouvement rapide. Si l'eau répandue sur la voie publique ne satisfait pas à celte double condition, il arrive qu'une certaine quantité de matières organiques s'y altère, tandis qu'une autre portion, en pénétrant dans le sol, s'ajoute à celle qu'il reçoit toujours de nos habitations, malgré toutes les précautions (Chevreul) ; alors les ruisseaux exhalent l'odeur ammoniacale des urines, et, si le sol contient du plâtre, la stagnation des liquides organiques dans les interstices du pavé donnera naissance à du sulfure. Telle est la source du méphitisme des ruisseaux de Villejuif en été et en automne ; on peut y remédier en augmentant la pente et en cimentant les pavés.

7° Egouts. On appelle ainsi des canaux souterrains ou découverts destinés à conduire dans des cours d'eau les eaux de pluie, les eaux ménagères, les résidus liquides de diverses industries, et quelquefois les matières fécales. Les égouts qui perdent leurs matières par infiltration dans le sol sont entièrement à proscrire. Les égouts de Paris ont un développement de 75 à 80,000 mètres; ils évacuent par an l,90/i,000 mètres cubes d'eau pluviale (à raison de 0,57 par mètre carré), ûO,000 mètres d'eau qu'épanchent les fontaines publiques et ù,620 d'eaux ménagères. L'ancienne Rome avait un admirable système d'égouts et de cloaques [receptacula omnium purgomentorum urbis), dû aux soins desïarquins, des ceriseurs M. Caion et V. Flaccus, d'Agrippa (sous Auguste), et de plusieurs empereurs. La forme ovoïde, aujourd'hui adoptée pour la construction des égouts exige une moindre dépense de matériaux que les égouts circulaires ou à surfaces planes et courbes raccordées; en outre, elle facilite l'écoulement des liquides, la petite extrémité de l'ovoïde se trouvant en bas. Leur pente sera assez forte pour s'opposer à la stagnation, à l'accumulation et à l'endurcisse-

512 HYGitNE l'UBUQUE.

ment des immondices. La pente n'est jamais trop considérable; en lui donnant une grauchi |)uissance, orj crée des égouts qui se nettoient seuls: l'eau l'ait alors tous les frais du curage, si son écoulement est continu ; les grands égouts sans pente deviennent, comme les drains sans eau, de véritables fosses où les matières s'arrêtent, fermentent et renouvellent l'infection ; les chasses ne font qu'avancer un peu le dépôt de ces matières, si même celles-ci ne sont pas trop compactes pour se laisser entamer. Le peu d'obliquité du sol, la profondeur des fondations et des caves des maisons, la présence des nappes d'eau souterraines, contrarient souvent cette règle de construction. La hauteur de leur voûte permettra à un adulte de s'y tenir debout; leurs parois de pierres tendres seront exemptes de toute fissure, de toute ouverture. Le radier, ou plancher inférieurdes égouts, aura la forme concave, afin que les dépôtssoient sans cesse ramenés au thalweg (Guérard); il ne doit pas être pavé: les dalles mêmes peuvent se séparer, se dégrader et donner lieu dans leurs intervalles à des accumulations de vase; on leurpréfère une bonne maçonnerie de moellons durs, de briques bien cuites, de béton, et revêtue sur toutes ses faces apparentes d'un mortier hydraulique bien lissé; aucun angle, aucune saillie ne doit se rencontrer dans tout le parcours des égouts; les changements de direction doivent être soigneusement arrondis ; ces obstacles arrêteraient les gaz, .se couvriraient de productions végétales susceptibles d'engendrer, avec le concours de l'humidité, de la température, des émanations des égouts, une infection des plus pernicieuses. La capacité des égouts doit être calculée, non sur la quantité d'eau qu'ils reçoivent ordinairement, mais sur celle qu'il leur est possible de recevoir dans certaines circonstances; dans les pluies d'orages, il ne faut pas cinq minutes pour les emplir jusqu'à la voûte : plus l'écoulement est difficile par défaut d'inclinaison, plus les dimensions doivent être considérables; on tiendra compte aussi de la pentedes affluents dont l'eau peut, en se précipitant dans les égouts, occasionner plus d'accidents qu'une masse sextuple d'eau portée sur une pente moins rapide. Le seul moyen de réduire la capacité des égouts, c'est de les multiplier. A Taris leurs dimensions ont de 50 centimètres carrés à 2 mètres carrés. La règle est de leur donner une capacité suffisante pour écouler facilement une pluie d'orage de 0"',025. Les égouts secondaires s'embrancheront tangentiellenjent sur l'égout principal. Les galeries souterraines qu'ils décrivent ne peuvent être aérées que par des regards, sortes d'ouvertures d'appel ou d'évent,

CIRCUMFUSA. — DES ÉGOUTS. 513

que l'on établit de distance en distance (50 à 60 mètres au plus) sur leur trajet en longueur; en bouchant ces orifices avec des disques de fonte, on détruit tous leurs avantages; ils ne doivent être fermés qu'avec une grille à jour. Ouverts avant le curage, ils permettent une ventilation préalable qui en diminue le danger; et si les eaux viennent à s'élever rapidement dans les égouts comme en temps d'orage, les ouvriers qui y travaillent, avertis par l'état du ciel et par l'eau qui tombe à travers les grilles à jour, auront la facilité de se soustraire à un péril de mort en remontant sur les crampons de fer placés en guise d'échelle au-dessous des regards. Ceux-ci serviront encore à l'évacuation des matières qui obstruent les égouts, et que l'on fait monter dans des seaux à l'aide de poulies. Toutefois les larges orifices de communication des égouts avec les rues, et, dans le système du drainage urbain, avec les' maisons elles-mêmes, donnent passage aux émanations ; les appareils de Rogier-3Iolhes en France et de Paterson en Angleterre ont été inventés pour prévenir le reflux du méphitisme par les regards et méritent d'être utilisés ; le premier consiste en une soupape hermétiquement appliquée à l'orifice qui est fermé à l'aide d'un levier armé d'un poids; quand les liquides s'accumulent, la soupape bascule et s'en débarrasse pour reprendre immédiatement sa position horizontale; c'est un siphon qui se vide seul dès qu'il est rempli. La trappe hydraulique de John Philipps remplit le même office, permettant l'arrivée des liquides et s'opposant à l'issue des émanations. Les conduits des eaux ménagères doivent s'aboucher directement avec les égouts par un siphon renversé. Dans l'intérêt des ouvriers égoutiers, aucun tuyau conduisant le gaz de l'éclairage (gaz hydrogène) ne devrait traverser les égouts : les défauts inévitables dans les jonctions des tuyaux donneraient lieu à des fuites; les gaz, en l'absence de regards à claire-voie et d'une ventilation suffisante, séjourneraient indéfiniment dans les égouts, et les ouvriers qui y travaillent auraient à cumuler les dangers de leur profession avec ceux des mineurs. Mais, suivant la remarque de M. Chevreul, l'inclusion des conduites du' gaz d'éclairage dans les égouts préserverait le sol de l'infiltration des vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui; les réparations des fuites de gaz ne nécessiteraient plus les fouilles de la chaussée des rues et ne donneraient plus naissance au méphitisme qui pénètre dans les maisons riveraines; resterait à conjurer par un système de ventilation le danger des détonations occasionnées par des fuites de gaz.

3° ÉDIT. — • II, qo

M/t HTOlivNE PUBLIQUE.

L'onu des égouls altère-t-elle la pureté de l'eau des rivières où elle se déverse? L'elïet produit par ce mélange dépend du rapport qui existe entre la musse des eaux des égouts et celle dos rivières. En hiver, grossies par les pluies, resserrées entre des quais, gênées par des ponts, les rivières traversent les villes avec rapidité et entraînent tout ce qui se trouve à leur surface; alors l'eau prise à leur partie supérieure et celle que l'on puise à leur partie inférieure ne différent en rien. En été, réduites souvent à un simple filet d'eau, ralenties dans leur cours, presque immobiles en quelques endroits, elles entraînent encore, quoique lentement, les matières les plus légères de l'eau des égouts; mais les matières plus lourdes forment à l'embouchure des égouts des dépôts qui ne se dénudent à l'œil que lors de la baisse excessive des eaux; éminement putrescibles durant les grandes chaleurs, elles laissent dégager des bulles nombreuses de gaz qui viennent crever à la surface de l'eau en soulevant la vase, et troublent toute l'épaisseur du liquide dans une étendue de 7 à 8 pieds. Parent-Duchâtelet a trouvé à ce gaz l'odeur de l'hydrogène sulfuré. Ainsi, bien que plusieurs analyses de l'eau de Seine prise au-dessus des lieux les plus propres à la vicier n'aient fourni rien de concluant, il est permis d'admettre avec Thouret, Tenon, Parent-Duchâlelet, qu'il y peut exister des principes d'infection qui se révèlent seulement par leurs effets sur l'organisme : l'habitude émousse les Parisiens à l'atteinte de cette cause morbifère, mais les étrangers la ressentent. M. Smith (l) a fait voir que les exhalaisons des égouts sont versées en .ibondance par toutes les bouches, lorsque la pression barométrique s'abaisse. Il convient donc d'amener les eaux sales de la ville à des égouts latéraux à la rivière, au fleuve qui la baigne; ces égouts, parallèles et contigus aux deux rives sur lesquelles sont assises les agglomérations municipales, se prolongeront en aval de la ville et doivent aboutir à un dépotoir où les eaux sales ainenées par la gravité sont reprises par des machines élévatoires qui les portetitdansun réservoir couvert, destinéà alimenter les usinesd'engrais. C'est un ingénieur de Londres, M. Forster, qui a eu la première idée de la construction des égouts latéraux à la Tamise, idée cotTiplélement acceptée aujourd'hui et en voie d'exécution a Paris.

Quand il s'ngit de nettoyer un égout négligé depuis quelque temps, nos sens, ni l'expérience, ni même l'analyse chimique,

(1) L'Institut, n" 779. p. 378.

CIRCUMFPSA. — DES ÉGOUTS. 51 T)

n'aident point à reconnaître s'il est possible d'y pénétrer impunément, r^a combustion soutenue d'une chandelle ne prouve rien^ car elle n'est point empêchée parla présence de quelques particulesd'hydrogène sulfuré, cause certaine d'asphyxie pour l'homme. Force est de s'en remettre à l'habitude, à l'empirisme des ouvriers, à leur connaissance des localités. On consultera en même temps la température et l'odeur: celle-ci, tantôt fade, amoniacale ouhydrosulfurée, tantôt putride, forte et repoussante, sera détruite par des courants d'air au moyen des regards au-dessus desquels on établit un brasier ardent ; on corrige la température par une ventilation préalable. La couche inférieure des matières, formée de sable, de gravier, etc., est évacuée dans des paniers par les orifices de la voûte; la couche moyenne, vase ou boue plus ou moins liquide, est poussée au dehors par l'embouchure avec des râteaux ou rabots. Si cette vase est trop compacte, les ouvriers la brasserit vigoureusement avec l'eau qui la surnage et dont ils suspendent l'écoulement; puis, enlevant brusquement les moyens de barrage, ils en déterminent la débâcle. Les précautions suivantes sont indiquées pour le curage des égouts suspects de méphitisme: on pratique des jours à la voûte par intervalle de 100 mètres; sur une de ces ouvertures on scelle hermétiquement un tuyau de 5 mètres de hauteur, dans lequel on entretient un brasier ardent avec du bois fendu et bien sec; on isole les premiers 100 mètres au moyen d'une toile clouée sur le prolongement de l'égout. A cet effet, on asperge d'eau chlorurée la seconde ouverture; on y renouvelle l'air à l'aide d'un fourneau que l'on y descend, puis on y fait entrer un ouvrier armé du masque de Robert, ou mieux de l'appareil de M. Paulin, formé d'une blouse imperméable à laquelle est adapté un masque de verre et une lampe qui reçoit l'air par un tuyau du dehors. Le même tuyau alimente la respiration de l'ouvrier qui va clouer la toile ou le drap : celle-ci sert d'écran ou de barrière contre les émanations du reste de l'égout. Grâce au tuyau d'appel dont il a été parlé, un tirage actif s'établit de la seconde à la première ouverture; les gaz délétères sont brûlés dans ce tirage, l'air est renouvelé. On s'assure ensuite qu'il n'existe plus d'acide carbonique, de gaz hydrogène sulfuré, de sulfhydrates. etc., en descendant une lampe allumée dans l'égout, du papier imbibé d'acétate de plomb et que l'on retire sans coloration noire. Dès lors cette première portion de l'égout peut être curée sans danger; «léanmoins les ouvriers qui procèdent à cette opération doivent porter à leur boutonnière

516 nYCifeNR PUBLIQUE.

un ilacon plein d'eau chlorurée : pendant le déblaiement des matières, ils feront de fréquentes aspersions d'eau chlorurée. Malgré ces soins, le remuement des masses fétides leur cause souvent des défaillances, des syncopes, des vertij,'cs, la mitle (ophthalmie des vidangeurs), l'asphyxie; aussi doit-on choisir des ouvriers robustes, exempts d'ivresse. On leur accorde une ration d'eau-de-vie pour exalter leur force de réaction ; on restreint la durée de leur travail en formant des ateliers qui se remplacent. Après le nettoyage des premiers 100 mètres, on ferme l'entrée de cette portion de l'égout avec des bottes de foin saupoudrées de chlorure de chaux sec, et l'on porte à 100 mètres plus loin le fourneau aspirateur ; la même série de précautions, et ainsi de suite. La vidange des fosses d'aisances exige à peu près les mêmes mesures de préservation (voy. tomel, pages 6^1 et suivantes). Le curage des ports, des canaux, des bassins, doit avoir lieu comme celui des égouts par des temps ni trop chauds ni trop froids, afin que les émanations ne soient ni propagées au loin ni concentrées dans les parties basses de ces cloaques.

8° Boues, nettoyage. Le nettoiement des rues et l'enlèvement des boues donnent lieu à des difficultés qui exercent depuis longtemps le zèle des régulateurs et des praticiens de la salubrité publique. Dès le règne de Philippe-Auguste, les habitants de Paris sont astreints à nettoyer le devant de leurs portes et à transporter les immondices dans les champs, au moyen d'un tombereau loué en commun pour chaque rue. Depuis 1343 jusqu'à la fin du dernier siècle, les prévôts de Paris, les commissaires du Châtelet, le parlement, le pouvoir royal, multiplient les arrêts et ordonnances concernant le détail de la voierie, le nettoyage des rues, l'établissement et le curage des égouts. Plusieurs lois promulguées sous la République ont introduit dans cette branche de la police plus d'ordre et de précision ; la principale de ces lois (16-2/1 août 1790), applicable à toute la France, porte règlement général pour le nettoiement des rues, places et marchés, et en attribue les soins aux maires de toutes les communes. L'Empire a créé le canal Saint- Martin, les bornes-fontaines et le conseil de salubrité (1806). La dernière ordonnance sur la police générale du nettoiement date de 1834 (mars), et elle est notifiée deux fois par an, au mois de mars et au mois d'octobre : elle règle le balayage de la voie publique, le nettoiement des trottoirs, des ruisseaux, des devantures de boutiques, des grilles d'égout; elle défend les dépôts d'immondices,

CIRCUMFUSA. — BOUES, NETTOYAGE. 517

débris et résidus dans les rues, les projections d'eaux et d'urines sur la voie publique; elle détermine le transport, chargement et déchargement des objets susceptibles de salir la voie publique; et quant aux matières insalubres, telles que résidus d'amidonneries, de boyauderies et de triperies, eaux de cuisson des os, eaux grasses des fondeurs de suif, sang des abattoirs, raclures de peaux infectes, etc., elle en prescrit le transport en des tonneaux hermétiquement fermés et lutés. Les produits du nettoiement des rues doivent être rejetés à 2000 mètres des barrières. — Tout cet ensemble d'opérations que nécessitent les excréta de la cité (voy. plus loin ce chapitre) est une source de dépenses et d'embarras qne l'on a cherché à diminuer : l'une des meilleures études qu'il ait suggérées a été faite par M. Chevallier (1). La propreté d'une grande ville dépend des conditions suivantes : 1° Point de dépôts ni de projections d'immondices sur la voie publique, car ils ne tardent point à s'y disséminer et à produire la boue; 2" conservation des immondices dans les maisons jusqu'au passage des voitures destinées à les enlever : ces voitures peu élevées, jamais surchargées ponr ne point répandre leur trop-plein, affectées à certains quartiers, y circuleraient à des heures fixes et recevraient immédiatement les ordures des maisons ; 3° écoulement direct des eaux ménagères dans les égouls, et, à défaut d'égouts rapprochés, dans un ruisseau recouvert par un trottoir; k° placement d'urinoirs en grand nombre sur la voie publique et construits avec soin (voy. plus loin. Excréta); 5" établissement de latrines publiques et gratuites en proportion suffisante, disposées et surveillées de manière qu'elles ne se convertissent point en cloaques; leur vidange ne coûterait rien, car on pourrait toujours compter sur l'enlèvement gratuit des matières propres à la fabrication des engrais. Quant à l'enlèvement des boues, qui, à Paris seulement, fournissent environ 80 à 100,000 tombereaux par an, il doit s'effectuer dans les villes riveraines des cours d'eau, en partie par voie de navigation en aval et en amont, en partie par terre et surtout à l'aide des chemins de fer, de manière à desservir un grand nombre de localités qui réclament cet engrais. La concurrence des cultivateurs augmentant la valeur des boues, on soumissionnerait à des prix

(1) M. A. Chevallier, miïcc historique sur le nettoiement de la ville de Paris depuis 84, jusqu'à l'époque actuelle {Annales d'hygiène. Paris, 1849, t. XLII p. 262). ' ' " '

''l^ IlYlilÈNIÎ l'UDLlQUE.

nioindrès l'enlreprise du nettoyage dès rues. On établirait, en outre, quelf|ncs voieries à boues, couvertes, fermées et surmontées de cheminées d'aérnge pour le dé;,'af(ement des émanations, si l'on n'aime mieux les détruire par des moyens chimiques. On pourrait aussi enfouir les immondices dans des fossés où elles fourniraient par consomption, dans l'espace de six mois à un an, un engrais précieux sous forme de terreau (Chevallier).

9° Éclairage public. Quand, il y a deux siècles, on sonnait à Paris re couvre-feu à sept heures du soir et que, par exception, certaines rues reflétaient seules à long intervalle la douteuse clarté de quelques lanternes à chandelles, « on se figure sans peine, dit M. Trebuchet (1), quel était le soir l'aspect des rues de la ville. Dès l'entrée de la nuit, elle était livrée aux vagabonds, aux voleurs; il s'y commettait des crimes de toute sorte. » En 1524, « sons la terreur des incendies, le parlement enjoignit à tous les manants et habitants de Paris, privilégiés et non privilégiés, de mettre à neuf heures du soir aux fenêtres respondantes sur la rue une lanterne garnie d'une chandelle allumée en la manière accoutumée.» En 159Zi, on voit pour la première fois des lanternes suspendues à des poteaux au moyen de poulies; il y avait en outre une entreprise de porle-flambeaux pour éclairer ceux qui voulaient parcourir la ville pendant la nuit. En 1667, de la Reynie prescrivit aux habitants d'éclairer au moyen de lanternes munies de chandelles de quatre à la livre. En 1697, l'éclairage public fut étendu aux principales villes du royaume; en 1758, il fut mis à la charge de l Etat; en 1789, M. de Sartines substitua les réverbères aux lanternes et l'huile aux chandelles. L'éclairage à l'huile est encore usité dans un grand nombre de pays et même en France; il s'effectue au moyen de lampes, de réflecteurs et de mèches plates qui garnissent depuis un jusqu'à cinq becs dans chaque réverbère. Un bec de lumière consomme par heure 8 grammes l\\ centigrammes d'huile: à Paris, on ajoute à cette quantité 9 et 48/1 00 pour 100, en indemnité du déchet, provenant du coulage et de l'épuration de l'huile. En général, on éloigne trop les lanternes à l'huile; la bonne portée d'un bec est de 25 mètres, et il n'y a pas longtemps qu'on laissait à Paris 100 mètres d'intervalle entre deux lanternes. L'éclairage au gaz s'étend de plus en plus dans nos cités; elles y gagnent en sécu-

(1) Recherches mr l'éclairage iniblic de Paris, par Trébuchel {Annales d'hygiène. Paris, ISH, l. XXX, p. 41 ; l. XXXI, p. 103}.

CIKCUMFDSA. — ÉCLAIRAGE PUBLIC. 519

rite et en agrément. Dès 1686, un nommé Dalsénius prouva piirdes expériences, à Pnris, qu'en exposant à une très haute température des matières organiques en vases clos, on pouvait en extraire du gaz inflammable. En 1777, Voila proposa de substituer le gaz hydrogène à l'huile pour l'éclairage; à cette même question se rattachent les travaux du docteur James Clayton en 1664, ceux de Stepheu Haies en 1669, du baron de Haaque et du général Conway en 1720 et 1750, etc. (1). En 1801, l'ingénieur Philippe Lebon (voy. tome I, page 665) distillait du bois, pour en recueillir le gaz, le goudron, l'acide pyroligneux, etc., et annonçait la possibilité de distiller la houille et les matières oléagineuses ; en 1802, il éclairait au gaz sa maison. En 1810, un acte du parlement anglais accorda à une compagnie la faculté de retirer de la houille le gaz hydrogène carboné pour l'éclairage de Londres. En 1816, M. Winsor tenta d'introduire à Paris ce mode d'éclairage, qui, après bien des tentatives isolées, ne se répandit qu'à partir de 1829, où s'en fit la première application à la voie publique. Nous avons donné (tome I) quelques détails sur l'extraction du gaz de l'éclairage. Les usines où elle a lieu se composent de cornues, de condensateurs, d'épuraleurs et de gazomètres. Les cornues sont des vases de fonte posés sur des fourneaux, et qui, après avoir été remplis de houille, sont exactement lulés et soumis a un feu très vif. Les ouvriers, qui les chargent fréquemment, sont couverts de noir de fumée qui se répand dans l'air après l'inflammation du gaz, et travaillent comme les verriers, les boulan^^ers, etc., sous l'influence continue d'une température fort élevée. En sortant des condensateurs, le gaz arrive sous les réservoirs (épurateurs) où sont renfermées les substances propres à le dépouiller des gaz étrangers dont il se charge par la décomposition des pyrites sulfureuses de la houille. Les appareils d'épuration sont ordinairement formés avec la chaux ou le lait de chaux. Les ouvriers employés dans celte partie de l'usine ressentent fortement les effets des gaz qui se dégagent quand on enlève le lit de chaux contenu dans les réservoirs: ils .sont pâles ; plusieurs éprouvent des douleurs dans la poitrine des crachements de sang, et très souvent une toux fatiguantel'ammoniaque paraît contribuer beaucoup à ces phénomènes. Les essais pour l'éclairage par le gaz portatif comprimé remontent à 182^1 : le gaz extrait de l'huile était porté à domicile après avoir

(1) Trébuchet, loc. cil.

été comprimé dans des vases de tôle à l'aide d'une machine à vapeur; des accidents graves ont arrêté cette industrie. Dans cette même année, une ordonnance royale (20 août) rangea les usines à gaz dans la deuxième classe des établissements dangereux, insalubres ou incommodes. Lors du premier éclairage, en 1829, on se servait de becs entiers espacés de 60 mètres ; depuis, on a fractionné les becs en 1/2 ou en 3//i becs, ce qui a permis d'en augmenter le nombre et d'éclairer plus régulièrement la voie publique. En 18^3, ce service était fait à Paris pour 13,771 becs, qui ont donné Zi7, 630, 535 heures 70minutes d'éclairage, etontcoûté 1,088;232 fr., 39 centimes. Pour que l'éclairage au gaz soit exempt de tout inconvénient, les becs n'en doivent laisser échapper aucune partie sans être brûlée; pour cela, il faut maintenir la flamme à une hauteur modérée, 8 centimètres au plus, et la contenir dans une cheminée en verre de 16 à 20 centimètres de hauteur. Les lieux éclairés doivent être ventilés, même pendant l'interruption de l'éclairage; sans celte précaution, le gaz, par suite du défaut de combustion, s'accumule dans le local et peut occasionner des asphyxies, des explosions et des incendies. Les robinets doivent être graissés de temps à autre intérieurement, pour qu'ils jouent facilement et ne s'oxydent point. Pour allumer, on ouvre d'abord le robinet principal et l'on présente successivement la lumière à l'orifice de chaque bec au moment même de l'ouverture de son robinet, afin d'éviter tout écoulement de gaz non brûlé. Pour éteindre, on ferme d'abord le robinet principal intérieur, et ensuite chacun des becs d'éclairage. Si l'on soupçonne une fuite de gaz, on s'abstiendra de la rechercher avec du feu et de la lumière, et si la fuite de gaz s'est enflammée, on l'éteint en posant dessus un linge imbibé d'eau. Les fuites de gaz dans l'intérieur des habitations occasionnent des asphyxies mortelles, ou forment avec l'air des mélanges explosifs qui compromettent la vie des hommes; dans les rues et sous le sol, le gaz extravasé peut envelopper les radicelles des arbres et amener la destruction des plantations publiques. M. Chevreul attribue, [loc. cit.) cette infection du sol aux vapeurs liquéfiables que le gaz entraîne avec lui dans les tuyaux de conduite; elles s'en échappent par des fuites, soit à l'état liquide, soit à l'état de vapeur, et inliltrent la terre où les conduites sont enfouies. L'infection, d'abord circonscrite, s'étend avec le temps; l'eff'et qui en résulte ne se borne pas à l'odeur fétide qui sort des fouilles nécessitées pour dénuder les tuyaux à réparer, mais il va jusqu'à faire périr les arbres dont le.s

CIRCUMFUSÂ. — ÉCLAIRAGE PUBLIC. 521

racines sont en contact avec le sol infecté, et à corrompre les puits dont les eaux le traversent pour arriver à la cavité qu'elles alimentent. Ces accidents n'étaient que trop à craindre avec les anciennes conduites de fonte, défectueuses par les souflures, les gouttes froides, les parties poreuses, les moyens de jonction et la fragilité sous l'influence des chocs et des retraits ; aussi la déperdition par les fuites dépassait quelquefois 0,25 du gaz produit. Des soins plus minutieux apportés dans les fonderies au moulage et à l'examen des tuyaux, préviennent ces inconvénients. Les tuyaux fabriqués par M. Chameroy, et dont l'Institut a récompensé l'utilité, remplacent très avantageusement ceux de fonte; faits en tôle de fer, maintenus par une forte clouure, étamés à l'intérieur, enveloppés extérieurement par une couche épaisse d'un mastic de bitume incrusté de sable, assemblés très solidement et sans peine à l'aide d'une vis et d'un écrou moulés en un alliage dur, tous ces tubes sont essayés sous une pression égale à 10 atmosphères avant d'être livrés, et depuis plus de quatre ans qu'ils sont employés à Paris, aucun accident n'a été observé sur un parcours de 50,000 m. qui n'ont exigé qu'une seule réparation ; tandis que, sur 245,000 m. des autres conduites, il a fallu réparer 1000 défectuosités signalées par des fuites. L'avantage du nouveau système se trouve exprimé dans ces résultats par le rapport de 5 à 1000.

L'électricité a été employée avec assez de succès à l'éclairage de quelques travaux nocturnes pour qu'on ait conçu le juste espoir d'étendre et de populariser cette application. En 1855, la commission du palais de l'Industrie, à Paris, a fait éclairer de cette manière les ouvriers occupés à construire les gradins et à décorer la grande nef de l'Exposition; les appareils de M. Duboscq ont versé leur lumière électrique pendant treize heures et sans interruption ; c'est la plus longue durée d'éclairage régulier qu'on ait obtenu jusqu'à ce jour par ce moyen. La première expérience de lumière électrique a été faite par Davy ; c'est au commencement de ce siècle qu'il eut l'idée d'armer de deux cônes de charbon les deux conducteurs de la pile et de les placer dans des vases de verre hermétiquement clos où l'on opérait le vide, afin d'éviter la consomption des charbons par l'oxygène atmosphérique et de prolonger ainsi la durée de leur incandescence électrique. La pile de Grove, modifiée par Bunsen (1843), en offrant aux physiciens un courant plus énergique et plus persistant, a conduit M. Léon Foucault (1844) à l'invention du microscope photo-électrique. Cet emploi d'une

522 nYGIÈNK PUBLIQUE.

source fie lumière n(^gligée depuis Humpliry Davy, ne pouvait se répandre qu'i) la condition de s*; passer du vide et de substituer au cliariK)!! ordinaire trop combustible un charbon très faiblement combustible, très dense et très dur; tel est \e charbon de yaz, c'est-à-dire celui que l'on trouve dans les cornues oii l'on distille la bouille pour la préparation du gaz de l'éclairage. A cette amélioration M. Foucault en joignit une autre : un ressort d'acier tend sans cesse à rapprocher les deux baguettes de charbon dur, mais son action est annulée par l'influence attractive d'un électro-aimant, avivé par le courant même de la pile voltaïque qui produit l'arc lumineux. A mesure que les charbons se consument, l'intervalle entre les deux pôles delà pile grandit et le courant électrique perd de sa force; avec ce courant s'affaiblit l'électro-aimant qui lui doit sa puissance ; dès-lors le ressort d'acier n'étant plus assez contrebalancé par l'effet de l'électro-aimant, les deux baguettes de charbon que ce ressort gouverne , se rapprochent, reviennent à la même limite d'intervalle : or, la répétition continue de ces influences et de ces mouvements a pour résultat la fixité de l'arc lumineux. Grâce à cet ingénieux mécanismequ'un constructeur anglais, M, Straite, a conçu en même temps, mais dont l'idée et l'exécution pratique appartiennent à M. Foucault, les lampes électriques se sont multipliées avec des modifications dues à MM. Deleuil, Loiseau et Duboscq dont le régulateur a supprimé les variations d'intensité et les intermittences que l'on reprochait à la lumière électrique. L'artifice de M. Duboscq consiste à disposer sur le même fil deux appareils ; quand les charbons de l'un sont usés, on l'enlève et on fait passer dans l'autre le courant électrique; cette substitution, eff'ectuée instantanément, ne permet aucune interruption dans l'éclairage. MM. Foucault et Fizeau ont cherché, par des procédés photographiques , à évaluer l'intensité absolue de la lumière électrique et à la comparer à celle du soleil prise pour unité; elle égale les 3/5" de cette dernière source de lumière. La pratiqua exigerait beaucoup de renseignements positifs d'un autre genre. La(iuantité de lumière proiluite dépend surtout de l'énergie du courant fourni parla pile; cette énergie dépend elle-même de la quantité de zinc, d'acides sulfuri(iue et nitrique consommés dans l'unité de temps; Bunsen a trouvé qu'avec /i8 couples tels qu'on les construisait alors, on obtenait une intensité de lumière égale à celle de 550 bougies. M. Deleuil estime à deux francs par heure la dépense d'une lumière électricpie équivalente à 15 ou 18,000 bou-

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gies. Le véritable obstacle à l'adoption de ce mode d'éclairage public est dans la concentration d'une quantité prodigieuse de rayons lumineux; tandis que la clarté due à la combustion de l'huile, des bougies, se dissémine dès le moment de sa production, la source lumineuse qui naît de la pile voltaïque accumule en un point unique une masse énorme de rayons, perce les brumes et les brouillards et se projette à des distances très considérables. Ce mode d'illumination, excellent pour les phares et les signaux, pour la télégraphie aérienne nocturne, etc., ne convient pas à l'éclairage des places, des rues; au centre et jusqu'à une certaine distance de ce point, son éclat serait perdu; l'effet utile ne se produirait qu'à la circonférence de la région illuminée. On se représente l'impression éblouissante de ce système d'éclairage sur les personnes placées assez près du foyer ; c'est pour remédier à cet effet désastreux sur les yeux de toute une population qu'Arago avait conseillé l'établissement d'un phare unique, invisible pour les habitants circulant sur la voie publique, et dont la lumière, réfléchie sur les nuées, retomberait sur la ville; mais, dit avec raison M. Figuier, le ciel n'a pas toujours des nuages; en leur absence, le rayonnement électrique se perdrait vers les espaces célestes. L'avenir résoudra peut-être les dilficullés qui s'opposent jusqu'à présent à l'illumination voltaïque des cités.

5° Voiries. Voiries, tueries, charniers ou lieux d'équarrissage, abattoirs, boyauderies, dépôts de matières fécales, fabriques de poudrette, etc., tous ces établissements infimes, mais nécessaires, doivent être placés à une certaine distance des villes et orientés de telle manière que les vents prédominants de la contrée n'apportent point leurs exhalaisons aux habitants. Les substances putrides qui s'entassent dans ces lieux de dégoût n'exercent certainement pas à l'air libre toute l'influence délétère qu'on leur attribue; leurs émanations, divisées par les courants atmosphériques, brassées par les vents, dispersées dans toutes les directions, perdent leur efficacitéles ouvriers qui travaillent et couchent dans ces cloaques jouissent d'une bonne santé, présentent desexemples de longévité aussi nombreux que les autres classes d'ouvriers, ne sont pas plus souvent malades; on va même jusqu'à préfendre qu'ils sont en possession d'une certaine immunité (voy. Infection) ; mais l'odeur infecte que répandent ces établissements suffit pour motiver leur relégalion loin des villes et l'adoption de tous les procédés industriels qui corrigent cet inconvénient et transforment les matières putrides en

produits précieux pour l'agriculture. Sans doute mieux vaudrait éviter, supprimer les grandes accumulations de débris organiques putréfiés ou putrescibles qui résultent de la vie journalière dans tous les centres de population; Avignon, Marseille, Londres, envoient à la mer leurs immondices et leurs vidanges; Bruxelles, dans une rivière (la Senne) ; dans le faubourg Saint-Jacques, à Paris, une partie des latrines se vident dans d'anciennes carrières devenues inaccessibles; ailleurs il existe des puits absorbants qui reçoivent le contenu des fosses. Les diversités des conditions locales interviennent nécessairement dans la question des voiries qui présente aujourd'hui deux faces, l'une hygiénique, l'autre industrielle. Profiter des cours d'eau pour y déverser tous les résidus de l'agglomération humaine, est un usage longtemps suivi, et pourtant, s'écrie le docteur Guy, c'est un trait distinctif des nations à demibarbares, de convertir leurs rivières en égouts. « Il est aujourd'hui reconnu qu'une rivière qui traverse une ville, peut et doit être uu moyen d'assainissement et même de ventilation, à cause du mouvement qu'elle détermine dans l'air. Il importe donc de laisser aux rivières ce caractère et de conserver à leurs eaux la faculté de servir sans préparation aux besoins de la vie.... On commence à Paris par verser dans la rivière, en amont, toutes les eaux vannes provenant de la voirie de Bondy, et puis, à quelques kilomètres plus bas, on entrelient de grands établissements de filtrage et de clarification pour cette même Seine que l'on vient de polluer (1). » La perte des immondices à la rivière priverait d'ailleurs plus d'une industrie et l'agriculture de produits qui ont acquis une grande valeur. La solution du problème est dans le drainage des maisons, combiné avec la construction d'égouts latéraux aux rivières, là oii des cours d'eau existent, et dans l'utilisation des engrais charriés par les égouts, soit à l'état liquide par arrosement, soit à l'état solide. L'application des liquides d'égout à la culture est, aux yeux de M. l'ingénieur Mille [loc. cit.), une question de mécanique et de temps, jusqu'à ce que l'agriculteur ait compris qu'une machine à vapeur est un excellent garçon de ferme toujours prêt, toujours obéissant. Une société anglaise s'occupe à recueillir dans un établissement spécial les eaux des égouts de Londres, à les élever à une hauteur déterminée, et à les pousser comme engrais liquides horsde Londres,

(1) Osirowski, Élude d'hygiène publique sur V Angleterre (Annales d'hygiène, 1847, t. XXXVII, p. 5).

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dans un rayon de 32 kilomètres, à l'aide de pompes mues par la vapeur et de conduites. On a calculé que le produit annuel de ces égouts suffiraitpour fumer 851,517 hectares de terre cultivée, c'està-dire qu'une ville peut fournir assez d'engrais pour fertiliser autant d'acres de terre qu'elle a d'habitants. Certaines terres aux environs d'Édimbourg qui valaient primitivement 40, 50 et 150 fr. l'acre, améliorées par ce mode d'irrigation, se vendent aujourd'hui 750 à 1000 fr.... Sera-t-il possible, comme M. Tardieu paraît l'espérer, de donner aux matières fécales un emploi immédiat au moyen de certaines métamorphoses artificielles ? Ce progrès semble douteux, en présence des résultats incomplets de tant d'efforts et d'inventions pour leur désinfection dans les fosses et sur le terrain même des voiries.

Quoi qu'il en soit, celles-ci ont pour but d'éloigner des habitations et des rues les matériaux immondes et fétides, et jusqu'à ce qu'une industrieuse hygiène ait réussi à les rendre inutiles, il ne s'agit que d'assurer, d'accélérer l'enlèvement de ces matières, d'en régler le dépôt et les transformations ultimes, de manière à concilier le double intérêt de la salubrité et de l'agriculture. Il fut un temps où les habitants de chaque rue à Paris louaient un tombereau en commun pour porter leurs ordures aux champs ; mais les voituriers ne conduisaient pas si loin leurs tombereaux ; ils les vidaient au milieu des places publiques, en dépit des ordonnances (13Zi8 et 1350). En 1392 encore, il fallut défendre, sous peine d'une amende de hO sols, de porter nuitamment sur la place de Grève et d'v amasser les fientes des latrines et les boues des latrines. En 1396, on créa une corporation de voituriers chargés de conduire les immondices aux voiries; celles-ci étaient, en 1639, au nombre de sept à Paris, sans compter Montfaucon. En 1674, les voiries furent mises à la charge du roi, et il fut prescrit de séparer les boues des matières fécales et des charognes. Il y a vingt ans, Paris avait encore sept voiries ; en 1831, celles d'immondices furent supprimées ; l'enlèvement des immondices, confié à un entrepreneur, est sous-traité par lui avec les agriculteurs de la banlieue, qui s'obligent à les transporter à 2000 mètres des barrières et les disséminent sur leurs cultures. L'année 18Zi9 a été signalée par la suppression de l'établissement tristement célèbre de Montfaucon, remplacé par la voirie de Bondy reliée au dépotoir de la Villette.

A. Voiries d'immondices. Cette dernière dénomination comprend les résidus organiques et minéraux qui se déposent sur la voie

S2G BTGIÈNE l'UBLlQUK.

publique, boues, débris des halles et «larchés, des cuisines, d'une foule de petites industries. Les amas de ces matières répandent, en fermentant, des émanations extrémemeni infectes; ce n'est qu'après cette fermentation putride que les cultivateurs les étendent sur la terre; ils disent alors qu'elles sont faites. Ces mélanges de boues, de fumiers et d'immondices (gadoue), déposés sur les champs, autour des habitations, dans les communes rurales du département de la Seine, ont souvent motivé des réclamations. Récemment (juillet 1856) j'ai pu en vérifier la fade et pénétrante fétidité à l'occasion d'une enquête sanitaire qui m'a conduit, avec une commission du conseil de salubrité, sur le territoire d'Auber- T.illiers. Le quartier Bonne-Nouvelle de Paris occupe l'emplacement d'une ancienne voirie d'immondices ; lors des fouilles pratiquées en été pour la construction de l'église du même nom, les ouvriers et tout le voisinage se ressentirent d'un dégagement de miasmes dangereux. On a vu- plus haut que Paris n'a plus de voiries d'immondices. Là où elles existent encore, on doit exiger que, pour faciliter l'arrivage et le déchargement des tombereaux, elles présentent une jetée en pente douce, qu'elles soient garnies d'un parapet, que leur fond soit pavé, que l'eau des immondices trouve un facile écoulement. M. Chevallier conseille la construction de bâtiments fermés, surmontés de cheminées d'aérage pour la désinfection intérieure des boues; il propose aussi de les enfouir assez longtemps pour les convertir en terreau. On doit interdire l'amoncellement prolongé des matières à l'air libre; l'ordonnance de police du 8 novembre 1839 prescrit de les étendre comme engrais sur le sol dans les vingt-quatre heures qui suivent leur apport aux champs; mais fraîches ou vertes, comme on dit, elles sont réputées moins utiles qu'après leur putréfaction ; de là le fâcheux usage de les conserver pendant plusieurs mois avant de les employer.

Les magasins des chiffonniers, voieries particulières, infectent le voisinage par l'odeur nauséabonde des chiiîons et des os ; on leur prescrit de recevoir ceux-ci très secs, de les déposer à la cave dans un tonneau fermé par un couvercle à charnière, de les enlever deux fois par semaine, de laver et de sécher les chiffons hors de leurs magasins et non dans le ruisseau delà rue; quelquefois on exige qu'ils n'emmagasinent que des chiffons blancs; leurs locaux doivent être spacieux et faciles à aérer. Le conseil de salubrité de Paris restreint ces dépôts aux quartiers qu'ils ne gênent point; il est arrivé que malgré les précautions indiquées, le méphitisme de ces

CmCUMFUSA. — VOIRIES. 527

dépôts a éloigné les habitants du voisinage. Feu Ollivier (d'Angers), en visitant une cave, magasin de ciiifîonnier, a éprouvé tous les troubles d'une grave intoxication.

B. Voiries de matières fécales. Ce qu'il a fallu vaincre de préjugés et d'obstacles pour supprimer Montfaucon et réaliser un grand progrès par la création de la voirie de Bondy, on peut le voir par les documents officiels que cette lutte a fait naître; il a fallu, pour ce résultat, le concours du conseil municipal, du conseil de salubrité, du comité consultatif des arts et manufactures, du con^ seil d'État, de l'ingénieur de la ville (M. Marly), etc. Nous renvoyons à la thèse de M. Tardieu (1), ceux qui désirent avoir une idée de ce qu'était l'immense cloaque de Montfaucon. La voirie actuelle de Paris diffère profondément des anciennes, elle se compose 1 o d'un dépotoir situé au port d'embarquement de la Villette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses; 2" d'une voierie placée dans la forêt de Bondy et recevant, d'une part, les matières liquides par un tuyau souterrain; d'une autre part, les matières solides par la navigation du canal. Le dépotoir a un bâtiment central et deux pavillons. Le bâtiment central présente un système de galeries parallèles correspondant avec des citernes sous-jacentes et aboutissant à un radier général ; dans l'un des pavillons sont installées deux machines à vapeur de 10 à 12 chevaux, mettant en jeu trois pompes aspirantes et foulantes, et disposées pour aspirer à volonté soit de l'eau de l'Ourcq prise dans le port, soit les liquides contenus dans les citernes; ces machines font mouvoir aussi un ventilateur qui aspire l'air' des galeries et l'injecte dans les foyers dont il alimente la combustion. Quand, arrive au dépotoir une voiture chargée de matières liquides' elles'engage dans l une des galeries, verse par un tuyau de cuir son contenu dans un égoul qui règne au-dessus des reins de la voûte en arc de cloître de la citerne médiane, et fait avancer les matières dans celle des citernes qui a été évacuée la nuit précédente La machine à vapeur mettant en mouvement les pompes, celles-ci chassent les liquides à mesure qu'ils se déversent, jusqu'à Bondv par une conduite établie sur le revers de la digue du canal • erî n.ême temps le ventilateur appelle avec force l'air extérieur dans établissement, en remplace.nent de l air infect qu'il pousse dans •les loyers d.'s chaudières. L'opération terminée, on lave et l'on dé-

(1) A. Tardieu, Des voiries et cimetières {thé&e de concours, 1852).

528 HYGIÈNE PriBMQUR.

sintecte les citernes, on pousse les dépôts qui s'y sont formés dans des tonnes disposées dans une cave du second pavillon, d'où elles glissent sur des rails jusqu'au port poury être embarquées avec les autres matières solides. La voirie dcBondy, d'un kilomètre environ de longueur, est située dans la (brêt, au bord du canal. De cbaque côté d'une chaussée médiane qui s'étend en débarcadère sur le canal, existe une série de bassins de 1 1/2 à 2 mètres de profondeur ; les uns reçoivent par les bateaux les matières solides qui y sont converties en poudrette ; les autres les liquides versés par le dépotoir et qui, amenés par un canal à ciel ouvert dans une fabrique de selsamoniacaux, sont rejetés dans la Seine près de Saint-Denis après avoir étéusés. Les matières solides et liquides, apportées au dépotoir, ont été préalablement désinfectées dans les fosses d'aisances. L'ordonnance de police du 8 novembre 1851 autorise le transport et le dépôt des matières solides désinfectées dans des locaux autorisés où l'industrie privée les exploite ; ce sont des voiries particulières; elles ne sont autorisées qu'à la condition de désinfecter de nouveau les matières sur place, de manière à rendre la désinfection permanente. Cette condition n'est guère observée ; nous avons visité inopinément avec plusieurs de nos collègues du conseil de salubrité la fabrique de poudrette attenant à l'abattoir mmiicipal d'Aubervilliers, et bien que les prescriptions de police y parussent négligées, il y avait très peu d'odeur par une température de 25» centigrades (juillet 1856), grâce à la désinfection préalable des matières dans les latrines et quelque peu sur place.

Dans le Nord de la France, les cultivateurs recueillent les matières técales dans des fosses bien closes où ils les laissent plus ou moins longtemps pour les répandre ensuite sans prépartion sur le sol ; ces fosses, appelées citernes à engrais, sont assimilées aux voiries et rangées dans la première classe des établissements insalubres, bien qu'elles ne donnent lieu à des émanations incommodes que lors du chargement et du déchargement de l'engrais. Ce sont des caves de maçonnerie situées à des distances variables des fermes et sur les bords d'une route ordinairement pavée, à l'extrémité du plus grand champ d'exploitation ; leur fond est pavé de grès ; les quatre murs et la voûte cylindrique qu'ils portent, sont faits de briques, puis enduits d'une couche épaisse de chaux hydraulique qui les rend imperméables; elles ont deux ouvertures, l'une dans le mur du nord pour l'accèsde l'air, l'autre dans l'épaisseur de la voûte pour l'introduction et l'extraction des matières;

CIRCUMFUSA. — vomiEs. 529 ces fosses ont une contenance moyenne de G à 700 tonneaux. L'agriculture, si perfectionnée dans la Flandre française, est très intéressée à obtenir l'assimilation des citernes à engrais aux établissements insalubres de la deuxième catégorie.

Quelles que soient les voiries, leurs causes d'insalubrité se réduisent aux suivantes : l°emplacement trop rapproché des centres de population et sous la direction des vents habituels; la Grande-Villette recevait en plein les émanations de Montfaucon par les vents du sud qui règnentOS jours par an à Paris, et la Petite- Villette par les vents du sud-ouest qui soufflent 67 jours; 2° terrain perméable ou non, sec ou humide; les eaux vannes de Montfaucon filtraient à travers les fissures et les crevasses des bancs de plâtre où étaient creusés les puisards ; et, parvenues à la couche de glaise sous-jacente, elles se répandaient dans tous les puits du faubourg du Temple et en corrompaient les eaux ; 3" nature et provenance des matières: les vidangeurs reconnaissent celles de certains quartiers, des hôpitaux: avant le régime de la séparation et de la désinfection dans les fosses, on remarquait une plus grande putridité, une plus grande violence d'émanations ; la séparation préalable des matières réduit la masse à évaporer et accélère la dessiccation du contenu des bassins; h° mode d'exploitation des voiries : avant la mise en pratique des procédés actuels de désinfection et d'utilisation, les matières solides passaient lentement par toutes les phases de la putréfaction, et émettaient, avec d'excellents principes d'engrais, des torrents de vapeurs fétides ; les liquides se perdaient dans les puisards ou s'écou ■ laient dans la Seine en amont. Encore aujourd'hui, dans beaucoup de petites voiries, comme dans celle de Saint-Denis, que j'ai visitée on épuise le liquide des bassins ; on extrait de leur fond les matières épaisses qu'on étale sur les terrains voisins ; on les divise au moyen de la herse; une fois séchées, on les écrase, on les passe à la claie, et on les amoncelle en grands tas jusqu'à leur vente; souvent les tas s'échauff'ent, fermentent, et perdent avec les gaz qui s'en échappent une partie de leur valeur. Les bassins à ciel ouvert sont des surfaces d'évaporation délétère, activée par les vents qui se chargent de leurs miasmes.

Les moyens d'assainissement des voiries fécales se déduisent de ces faits. Les plus efficaces sont une surveillance incessante, une propreté sévère, l'abondance des eaux pour les lavages, une ventilation active, la désinfection des matières, leur prompte transformation en produits utiles, l'épuisement des liquides que les voiries 3" ÉDiT. — n.

^'^0 HYGIKNK PtJRLlOUK.

(Irvtirsenl finalemoiil dans les cours d'eau. MM. Tardieu et Regiuiult ont (îXî'unirio une bouteille des eaux mères de Boiidy, puisé»; au sortir di; l'usine : ces eaux, qui s'écoulent de la fabrique de sels ammoniacaux et se rendent dans la Seine, ont encore, à un faible degré, l'odeur des eaux vannes de voiries et une teinte ocreuse, que le contact de l'air l'ait passer au brun noir; leur odeur se prononce par l'ébullition qui ne trouble point leur transparence ; concentrées, elles dégagent l'odeur fétide qu'on obtient par l'évaporation des urines, même récentes; 500 grammes d'eaux mères ont fourni un résitUi extractif pesant 13},r'',50, composé de chlorure d'ammonium (sel ammoniac) en proportion notable, de chlorure de calcium (traces) et de principes extractifs colorés. Quant aux matières solides que l'on utilise sur place, la difficulté est de les maintenir désinfectées; cette obligation est presque toujours éludée, parce qu'elle entraîne une dépense de temps et de matériaux; souvent les mélanges des matières et des désinfectants se font mal; enfin, l'engrais qui en résulte paraît moins actif et a subi une dépréciation, peut-être à cause de l'addition frauduleuse d'un excès de matières inertes sous prétexte de désinfection. Les procédés appliqués par M. Richer dans la voirie de Bercy paraissent écarter cette fraude ou cet inconvénient : le botelage (matières demi-solides) est, dès son arrivée, mélangé avec une certaine espèce de schiste carbonifère et une terre ferrugineuse à laquelle on ajoute de l'acide pyroligneux. Les matières, étant ainsi parfaitement désinfectées et solidifiées, sont ensuite placées dans des moules et fournissent des briquettes que l'on praline en les saupoudrant de charbon de bois très divisé, pour y retenir les gaz et les produits ammoniacaux qui se perdent dans la fabrication ordinaire de la poudrette, ce qui réduit la valeur de l'engrais.

C. Voiries d'animaux morts. Destinés à. recevoir les cadavres des animaux non comestibles et ceux des animaux comestibles qui, par mesure de salubrité, sont exclus de la consommation de la boucherie, ces établissements ont pour but de soustraire aux yeux de la population un spectacle dégoûtant de destruction, de la préserver, par leur situation excentrique, du méphilisme des opérations d equarrissage, de convertir les débi is animaux en produits utiles. Autrefois, les ateliers d'équarrissage étaient annexés aux dépôts de matières fécales; on trouve encore, même aux environs de Paris, quelques exemples de cette sordide association. Sans remonter aux temps où des voiries particulières existaient dans

CIRCtlMKtlSA. — VOtHlES. 531

rintérieur des villes, on peut lire dans les rapports de Parent- Diicliàtelet et de Huzard les immondes conséquences de l'atelier d'équarrissage qu'on avait établi auprès du bassin de décharge de Montfaucon, les chairs musculaires découpées pour l'alimentation des chiens, les entrailles exposées pour attirer les mouches et produire des asticots à l'usage des pêcheurs, les intestins et les ossements abandonnés sur le terrain, les carcasses brûlées seulement tous les huit jours au nombre de 140 à 150, et plus anciennement quand il y en avait 7 à 800 disponibles, etc., etc. Les procédés de MM, Salmon et Payen ont opéré, il y a 17 ans, une réforme salutaire dans cette industrie : le sang est recueilli, la peau et toutes les parties utiles aux arts sont enlevées ; le corps coupé en quartiers, le sang et les issues sont soumis dans des caisses de fer à l'action de la vapeur; au bout d'une heure et demie à deux heures, il ne reste plus que des os entièrement décharnés, et des chairs à l'état de hachis qui, exprimées par la presse hydraulique, fournissent des tourteaux analogues à ceux de noix ou de colza, que surnage toute l'huile contenue dans les os et les chairs. Ces procédés sont appliqués à l'abattoir municipal d'Aubervilliers, situé à une lieue et demie de Paris et de Saint-Denis, où il entre moyennement 6 à 8000 chevaux par an, 15 à 18,000 chiens et chats. Les animaux vivants sont assommés; leur sang, recueilli dans de petites auges de pierre qui forment égout et desséché dans des chaudières de fonte, est vendu à l'état de poudre inodore aux fabricants de produits chimiques. Les animaux morts sont déposés immédiatement dans les stalles d'abatage. Les peaux sont enlevées, et dès 'qu'il y en a assez pour un chargement de charrette, on les expédie aux tanneries. Les intestins sont crevés pour l'extraction du crottin que l'on mêle aux engrais fabriqués ; la chair, les os et les viscères subissent une cuisson de 8 à 9 heures dans des chaudières ou grands cylindres de fonte verticaux, mis en communication avec un générateur de vapeur; celle-ci traverse tout le chargement qui se compose d'ordinaire de 3 à chevaux, et, condensée, redescend dans un double- fond avec la graisse liquéfiée qui est recueillie dans des vases de tôle et transvasée dans des barils ; l'eau ou bouillon s'écoule par une rigole dans la rivière. On extrait ensuite de la grande tubulure inférieure des cylindres la viande cuite et séparée des osceux-ci, triés à la main, sont vendus aux fabricants de noir animai ou de sels ammoniacaux. Les pieds avec le tarse et le métatarse échaudés avec le bouillon, livrent leur corne aux tablettiers leurs

532 nyr.iùNE publioi-'C

tendons aux fabricants de gélatine et rotirnissent oncore, par une l'aiblt; cuisson, une huile de qualité supérieure. Le mélarij^e de chair cuilo et de petits os est pressé pour l'extraction de l'iiuile, passé dans une machine tà hacher, mélangé avec le crottin des intestins, et desséché sur des claies superposées dans de vastes étuves que traverse un courant d'air chauffé au générateur. Après sa dessiccation, celte matière n'a plus d'odeur et représente un engrais actif et d'autant plus maniable qu'on le pulvérise sur la demande des consommateurs.

Malgré la régularité et la célérité de toutes ces opérations, nous avons constaté par nous-mêmes (juillet 1856) que l'abattoir municipal est encore un foyer d'exhalaisons putrides ; on y apporte des animaux morts depuis plusieurs jours dans un état de putréfaction avancée, ainsi que nous en avons été témoin ; la dessiccation prolongée des peaux et des tendons, la manipulation des résidus charnus qui sortent de la presse, s'accompagnent d'émanations ammoniacales d'une nature très pénétrante. Les animaux morts, traînés à l'abattoir, répandent pendant leur dépècement,- des exhalaisons putrides qui incommodent à plus d'un kilomètre quand on est sous le vent de l'usine ; mis dans des chaudières autoclaves avec des animaux sains, ils corrompent la masse et communiquent aux bouillons une odeur repoussante ; leurs parties musculaires, portées sans délai des cylindres autoclaves à la presse qui les étanche, dégagent un acide gras volatil, dont l'odeur spécifique est plus intolérable que celle de la fermentation putride; je l'ai sentie, et je ne sais comment on peut la supporter au delà d'une minute sans lipothymie. Que des mouches qui ont pompé les sucs des chevaux morts et putréfiés depuis longtemps, se déposent sur l'étal d'un boucher ou viennentpiquer les ouvriers, des accidents graves se produisent, d'autant plus graves que, d'après les renseignements que nous devons au directeur de l'abattoir, les chevaux atteints de morve, de larcin, de charbon, etc., y sont amenés en très grand nombre ; on n'en est plus à contester, avec Parent-Duchâtelet, la transmissibilité de ces maladies à l'homme. Nous avons vu à l'abattoir d'Aubervilliers un ouvrier atteint d'angioleucite farcineuse. L'inspecteur de l'abattoir, M Collignon, constate, dans une lettre du 12 juillet 1856, adressée à M Trébuchet, le grand nombre d'accidents survenus aux ouvriers, lunestes surtout dans les premières années d'exploitation, alors nue l'on brisait encore les os des membres avant de les mettre dans les chaudières ; il remarque qu'ils étaient dus aux blessures presque

CIRCUMFUSA. — VOIRIES. 533

imperceptibles que les ouvriers négligeaient de l'aire cautériser, tandis qu'ils soignaient mieux les larges coupures où l'inoculation leur paraissait plus à craindre. M. CoUignon signale chez les ouvriers 3 cas de charbon suivis de mort, 1 cas de pustule maligne due à la piqûre d'une mouche, 3 cas de farcin ; il ne s'est jamais présenté aucun cas de morve ; d'après lui, l'inoculation de la morve sur l'homme produit le farcin, qui, pris à tehips, guérit le plus souvent, tandis que le charbon est incurable, s'il n'est traité instantanément avec vigueur.

L'assainissement des voiries d'animaux morts gagnerait au système de M. Séguin, qui consiste à décomposer leurs débris avec les matières fécales dans des cornues de fer analogues aux cornues employées àla distillation de la houille; il obtenaitdu charbon animal et un gaz d'un grand pouvoir éclairant; mais ce système a deux écueils, la condition de la dessiccation préalable des substances animales à traiter, et le mélange du gaz avec des principes sulfurés en forte proportion.

Il est des voiries insanifiables, par exemple celle de Saint-Denis, oùl'on se borne à recueillir le sang des chevaux abattus ou morts que l'on enfouit ensuite dans untumulus de 5 à 6 hectolitres de terreau arrosé avec le sang ; après un laps de trois à quatre mois, la décomposition paraît achevée : on attaque alors à coups de pelle le nouvel amasde terreau, on en extrait lesossements.Cetenfouissements'opère au-dessus du sol, dans les amas de terreau, entre le hangar de l'abattoir et un mur de clôture dans un espace deZi à 5 mètres. C'est bien là, comme on l'a appelé énergiquement, le commerce officiel de la putréfaction ! Nous avons assisté aux opérations fort simples de cette révoltante industrie. Ailleurs on pratique encore l'immonde production de l'asticot. L'équarrissage clandestin atteint par moments des proportions qui inquiètentl'industrierégulière des voiriesautorisées.

Parent-Ducliâtelet a soumis l'établissement des voiries aux conditions suivantes : 1° Défendre dans l'établissement le travail des boyaux et celui de la colle ; 2" n'y laisser faire de composts, ni d'asticots ; 3" terminer en un jour toutes les opérations de voirie pour chaque animal, afin qu'il n'en reste aucun débris et qu'on puisse laver à grande eau ; U" daller les abattoirs en pierres dures et imprégnées de mastic hydrofuge jusqu'à refus ; 5" daller de même ou paver avec bain de ciment et chaux hydraulique les ateliers où sont transportées et préparées les différentes parties des animaux ; 6' un réservoir versera par des robinets l'eau à Ilots partout où elle

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sera nùcfissairc; les eaux de lavage couleront flans un bassin constrnil comme les fosses d'aisances, ne se vidant que par sa partie inl'érieurc et d'une capacité sulTisanle pour les vidanges de chaque jour ; ce bassin enverra son contenu à la Seine par un tuyau souterrain et prolongé jusque dans le grand courant de la rivière; les eaux sales ne seront évacuées dans la rivière qu'à la fin du jour et pendant la nuit ; 7" les foyers des chaudières seront disposés pour brûler facilement et complètement les vapeurs et les émanations que l'on pourra y diriger; 8° des murs élevés et une double rangée d'arbres de futaie rapprochés entoureront la fabrique ; 9° les ouvi iers ne devront jamais en sortir avec leurs habits de travail; 10" les voitures qui transportent les animaux morts doivent être couvertes, garnies de zinc à leur fond, lavées et soignées de manière à ne répandre aucune odeur.

L'expérience a déjà démontré l'insuffisance de ces prescriptions, même avec le système de cuisson qu'un règlement spécial y a ajouté à Paris. Un nouveau progrès est nécessaire et se prépare ; il aura pour conditions la centralisation de toutes les opérations d'équarrissage à Paris, l'application de moyens de conservation aux substances animales, et l'obligation de déclarer aux commissaires de police le décès des animaux qui devront être enlevés dans un délai de vingt-quatre heures après la mort. Ce programme est celui de la compagnie maritime qui exploite aujourd'hui l'abattoir municipal de Paris ; il n'a de chanceux que le choix des agents propres à préserver les substances animales de la fermentation putride. La solution du chlorure d'aluminium et du bichlorure de fer (2. p. 100 d'eau) paraît remplir cette indication; mes collègues MM. Trébuchet, Chevallier, Fournel, Jobert de Lamballe et moi, nous avons examiné dans l'usine d'Aubervilliers des parties musculaires et autres qui, après une immersion de six heures dans ces liquides, s'étaient maintenues depuis plusieurs semaines dans un état de souplesse et de fraîcheur remarquables. Une commission du comité d'hygiène de la Gironde a constaté en 1855 l'efficacilé antiputride des moyens employés par M. de Lapeyrouse dans les ateliers d'équarrissage, les boyauderies, les fonderies de suif, etc., et l'amélioration des produits qui en ont subi l'action. On propose môme de procéder à l'embaumement des animaux morts, opération que l'on dit facile, très peu coûteuse, praticable à domicile ou à l'entrée de l'animal mort dans l'abattoir. Par ce moyen, on annonce dans un document émané de la compagnie en question que

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