‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 83 sur 163 · CIRCLIMFUSA. — INHUMATIONS ET CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

CIRCLIMFUSA. — INHUMATIONS ET CIMETIÈRES

toute odeur sera ôtée aux peaux, aux os, cà l'huile; plus d'acide gras volatil si nauséabond pendant le pressage des parties musculaires, etc. Il est évident que si l'expérience confirme ces résultats, le difficile problème de l'assainissement des voiries d'animaux est enfin résolu. ;

6° Inhumations et cimetières. De tout temps, et sous tous les climats, l'homme a compris la nécessité de se mettre à l'abri du méphitisme qu'engendre la putréfaction des matières organiques. Dans les institutions relatives aux morts, les législateurs ont fait la part de la salubrité publique et celle du sentiment pieux qui s'attache aux restes de nos semblables; comme toutes les grandes lois de l'hygiène, le soin des morts a reçu la sanction des religions. Si Moïse fait du contact des cadavres une cause d'impureté (1), c'est pour mieux assurerleur séparation d'avecles vivants; lecodesacré des Hindous (2) impose aux proches parents ou sapindas dix jours d'impureté pour un mort, et place au nombre des cinq sacrements ordonnés aux Hindous le sacrifice en l'honneur des mânes. Chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains, même respect de la sépulture. Une loi d'Athènes prescrit à tout passant de jeter de la terre sur un corps resté inenseveli, l^e droit public des anciens admettait des armistices pour permettre aux belligérants d'enterrer ou de brtàler leurs morts; la terre qui recouvrait le corps d'un esclave était sacrée. Permis à Sénèque de dire : « Non defunctorwn causa inventa est sepultura, sed ut corpora et visu et odore fœda submoverentur. » Le sentiment des peuples ne s'est pas borné à cette froide prudence; chez tous, le culte du souvenir s'est ajouté aux précautions d'hygiène : les Esquimaux consacrent l'endroit où ils ont brûlé un corps en y dressant un pieu; les Canadiens y déposent des attributs analogues au genre de vie du défunt. A Siam, les tombeaux sont sacrés; les Japonais les ornent de fleurs et s'y rendent souvent; les Chinois les visitent tous les ans, etc. Le dogme de la résurrection, admis par les Israélites et par les chrétiens, augmente l'importance religieuse de la conservation des tombeaux, but annuel de leurs pèlerinages. Rien n'égale le saint respect des premiers pour la demeure des morts: chaque famille doit <à ses ancêtres le perpétuel entretien de leurs sépultures; étages couche sur couche plusieurs générations de morts, est à leurs yeux une profanation.

(1) Nombres, chap. x\x.

(2) Loi de Manou^ Y" livre, distique o9.

riYGlÈNE PUBLIQUE.

Examinons les garanties qu'il convient cl établir contre le danger des inhumations précipitées et les conditions qui assurent la salubrité des cimetières.

Bruhier en France (1712), Hufeland en Allemagne (1762), ont jeté la terreur dans les esprits par leurs écrits sur l'incertitude des signes de la mort. Avant eux, Pline avait signalé de funestes méprises qui se sont renouvelées en tout temps : Asclépiade, Empédocle, disciple de Pythagore, ont rappelé à la vie des sujets que ' l'on croyait morts. Ambroise Paré a préservé de l'inhumation deux ! hommes asphyxiés par la vapeur du charbon, que ses soins rani- | mèrent. Rigaudeaux a sauvé une femme en couches attaquée d'éclampsie, et que les assistants avaient ensevelie à deux reprises. | Qui ne connaît la lugubre mésaventure du gentilhomme François ! Civile, deux fois enterré; de Winslow, deux fois pris pour mort? Quanta la tragique fm de l'auteur de Manon Lescaut, se réveillant pour mourir sous le scalpel d'une homicide autopsie, les recherches auxquelles s'estlivré M. Bouchut n'ont fourni aucune preuve que cette horrible méprise ait eu lieu réellement (1). Pour prévenir de semblables catastrophes dont on a exagéré le nombre, on a proposé la créfition de maisons mortuaires à l'instar de celles qu'Hufeland a fait établir à Weimar, et dont la première idée se trouve ! dans l'ouvrage de Thierry, publié en 1785; mais l'utilité de ces ' maisons est tout entière dans la surveillance minutieuse et conti- , nue des préposés; ceux-ci ont-ils l'aptitude nécessaire pour recon- | naître les signes de reviviflcation? L'habitude n'émoussera-t-elle point leur coup d'œil, leur force d'attention? Dans les villes popu- j leuses, il faudrait multiplier ces maisons; les cordons à sonnettes attachés aux doigts et aux orteils des cadavres doimeront parfois l'éveil par un effet de la rigidité cadavérique ou par la cessation de cet état; dans d'autres cas, un retour fugitif à la vie pourrait s'opérer sans production de mouvements spontanés ou involontaires. Dans la maison mortuaire de Mayence, le garde chirurgien de 3" classe n'a eu, depuis ^5 ans qu'il y est attaché, qu'une seule alerte de résurrection : c'était un vieillard dont les mains étaient tombées le long de son corps, par suite de l'affaissement du ventre et de la sortie d'une grande quantité de liquide (2).

Il existe plusieurs signes infaillibles de la mort réelle: la rigi-

(1) Traité des signes de la mort, etc., par E. Bouchu t, Paris, 1849, p. 12.

(2) Couchul, loc. cit., p. 214.

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dité, l'absence de toute contractilité musculaire sous l'influence de l'électricité ou du galvanisme, la cessation des battements du cœur à l'auscultation, la décomposition putride; le premier peut être passager, le second exige une épreuve, le dernier est plus ou moins tardif et non exempt de danger ou d'inconvénient. C'est donc la cessation définitive des battements du cœur qui fournit le diagnostic immédiat et positif de la mort réelle; les recherches et expériences de M. Bouchut lui confèrent un degré de certitude incontestable : « La vie est éteinte Jà où le cœur a cessé de se mouvoir, et dans les maladies qui présentent l'apparence de la mort, toute méprise est impossible, à cause de la persistance des battements de cet organe (1). » Restait à assigner une durée significative à l'auscultation de la mort. M. Rayer remarque avec raison que l'expression d'absence pj^olongée des battements du cœur, employée par M. Bouchut, manque de précision ; il était nécessaire de fixer une limite qui ne laissât aucun doute sur la réalité de la cessation définitive des fonctions de cet organe (2). En explorant par l'oreille la région précordiale chez les agonisants, dans l'intervalle des dernières inspirations, on entend toujours les battements du cœur, et quand le râle a cessé, ils sont encore distincts a l'ouïe, alors que les pulsations artérielles ne sont plus perceptibles au cou ni aux membres et que rien ne frémit plus sous la main appliquée à la poitrine. Dans le silence qui suit la dernière inspiration, le maximum d'intervalle entre les battements du cœur a paru à M. Bouchut être, pour l'homme adulte et pour le vieillard, d'environ six secondes, et à M. Rayer d'environ sept secondes; aussi ce dernier estime-t-il que l'absence de ces battements, constatée par l'auscultation vers tous les points où ils peuvent être naturellement ou accidentellement perçus, et sur chacun pendant l'intervalle de cinq minutes, c'est-à-dire pendant un espace de temps 50 fois plus long que celui qui a été noté par l'auscultation des bruits du cœur dans les cas d'agonie jusqu'à la mort, ne peut laisser aucune incertitude sur la réalité de la mort. Nous ne pensons donc plus qu'il faille retarder l'enterrement jusqu'après l'apparition des premiers résultats de la putréfaction (coloration verdâtre du ventre avec ballonnement et odeur sut generis), si la constatation de l'absolue cessation des bruits du cœur est confiée à des experts d'une compétence reconnue,

(1) Bouchut, loc. cit., p. 193.

(2) Kayer, Rapport à l'Académie des sciences, 1847.

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et si elle a lieu deux t'ois, au moment de la mort et k l'expiratiou du délai légal de 2/i heures, avant l'inhumation. Nous exij,'(;ons la garantie de cette double vérification, parce que MM. Depaul et Josat ont vu revenir à la vie des nouveau-nés et des cholériques chez qui l'auscultation la plus attentive n'a pu, pendant plusieurs minutes, saisir aucun battement, aucun frémissement cardiaque. Que si, par surcroît de précaution, des épreuves paraissent nécessaires, la préférence est due à l'application des stimulants galvaniques à la contraclilité musculaire, ou de quelques points de cautère actuel qui auront à la fois l'avantage d'agir contre les causes de mort apparente, et de fournir des éléments de diagnostic sûr. En effet, nous avons constaté, dans des expériences faites au Valde-Grâce, que l'action du fer rouge sur les tissus d'un cadavre n'y détermine jamais d'escharre ni de rougeur en forme d'auréole, ni de ligne rouge; pour reproduire un effet sensible sur une partie morte, il y faut accumuler une quantité plus considérable de calorique et prolonger l'application du cautère : avec l'intensité et la durée d'action du cautère qui suffiraient pour désorganiser sur le vivant toute l'épaisseur de la peau, on produit à peine suc le cadavre le dessèchement de l'épidermeet la ffétrissure de la superficie du dei me; plus intense, plus prolongée, l'action du fer. rouge n'a pour résultat sur le cadavre qu'une simple carbonisation, sans aucune trace d'hypérémie ou de phlogose à ses limites. Cette épreuve nous paraît probante, facile à pratiquer en tous lieux; nous l'avons vue proposée en 1838, dans une thèse de M. Ménestrel (1).

Quoi qu'il en soit, si la crainte d'être enterré vif est moins répandue, et le danger des inhumations précipitées plus facile à conjurer, l'incurie subsiste dans la loi; celle-ci ne prescrit que deux mesures, un délaide vingt-quatre heures avant l'inhumation, étla vérification du décès par l'officier de l'état civil. Le délai est souvent éludé, et il faudrait, comme on fait sagement à Tours, ne le faire courir qu'à partir du moment de la déclaration du décès;, l'officier de l'état civil ne vérifie rien, et quand il se conformerait à la loi, son incompétence rendrait son zèle stérile. Une durée de vingt-quatre heures est insuffisante dans maints cas : tels que ceux de morts subites, les décès à la suite d'affections nerveuses, hystérie, catalepsie, tétanos, syncope, etc. Les ordonnances de Vienne 6t deSaltzbourg prescrivent quarante-huit heures; celles de Saxe

(1) Thèses- de Paris.

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et de Prusse pour le pays d'Anspach, soixante-douze heures. A Strasbourg, les médecins dits cantonaux sont chargés de constater la réalité de la mort ; cet examen, quand il est fait attentivement et par des hommes capables, est la meilleure de toutes les garanj ties. Paris a imité cette institution, et des médecins vérificateurs ! sont chargés, dans chaque arrondissement, de désigner dans les déclarations de décès qu'ils transmettent aux maires les nom, prénoms, sexe, âge du décédé, l'état de mariage, la profession, la date précise de la mort, le quartier, la rue et le numéro du domicile, l'étage et l'exposition du logement, la nature et la durée de la maladie, les causes antécédentes et les complications survenues, les , motifs qui militent pour l'ouverture du cadavre, les noms des personnes ayant titre ou non qui ont fourni les médicaments nécessaires et de celles qui ont donné des soins au malade. Il ne reste qu'à étendre à toute la France l'institution de cette expertise solennelle, et à la confiera des hommes qui en comprennent l'importance et qui ont les connaissances nécessaires pour s'en acquitter avec sûreté.

Les modes de séparation des morts d'avec les vivants ont varié suivant les climats, la nature du sol et les idées religieuses ; ils se réduisent à trois : l'incinération, la momification et l'inhumation. Zimmermann rapporte (1) que plusieurs peuples de l'Amérique septentrionale abandonnent les cadavres sur les hauteurs, à l'intempérie des éléments et à la voracité des animaux; que les Kamtschadales les faisaient autrefois dévorer par des chiens, etc. Dans l'antiquité, on attribuait ces horribles usages aux Parthes, aux Bactriens, aux habitants de l'Hyrcanie, etc. (2); mais les récits de voyageurs parfois abusés par des apparences dont ils ne pouvaient saisir la véritable cause s'effacent en présence d'un fait qui domine dans l'histoire de tous les peuples de quelque importance, savoir: l'établissement régulier et le soin minutieux des sépultures. En Egypte l'embaumement a été usité généralement depuis les temps les plus anciens jusqu'au vr siècle de l'ère chrétienne; on l'y ap- 1 pliquait même aux animaux. La grotte de Samoun, composée ! d'une série de salles qui ne peuvent être parcourues en cinq heures I de marche, a semblé à Pariset comme un immense musée où repose l'histoirti naturelle de l'ancienne Egypte; des millions de

(1) Taschenbueh der Beisen. Leipzig, 1805, t. III, p. ilO.

(2) Cicero, Tusc. quœsl., t. 1.

5'tO HYGUiNE l'UlJLlQUE.

grottes sépulcrales criblent les flancs de la double chaîne qui, des pyrannides de Gizeh et du Mokattan, se prolonge au delà de Phila;. A Thèbes, les serpents, les singes, les crocodiles gisent par milliers à côté des rois ; à Touneh-el-Gebel, au pied de la chaîne libyque s'étend une ville souterraine à rues taillées au ciseau et bordées de niches pleines de singes, et de chambres latérales où des milliers d'ibis et d'œuts d'ibis sont enfouis dans d'énormes pots de terre cuite et scellés avec du plâtre. Un Arabe, montrant à Pariset, du haut de la grande pyramide, la vaste plaine qui part du pied de ce monument et se développe jusqu'à cinquante lieues carrées en superficie, lui dit : « Tout cela est momie. » L'immensité de ces catacombes prouve qu'en Égypte l'embaumement était d'un usage universel pour tous les êtres du règne animal. Les Babyloniens et les Perses enduisaient les cadavres de pétrole. Les Guanches, habitants primitifs des îles Canaries, embaumaient aussi leurs morts et creusaient les flancs de leurs montagnes pour y déposer les corps de leurs aïeux que l'on y a retrouvés momifiés et rangés avec un ordre parfait (Humboldt). Chez les Hébreux, l'inhumation était généralement employée : Abraham achète d'Ephron la caverne du champ de Machpela pour y ensevelir le corps de Sara; lui-même et ses descendants y furent couchés; la vallée du pays de Moab reçut le corps de Moïse. Cependant la combustion des cadavres était aussi pratiquée par les Hébreux, puisque Isaïe s'écrie : « Car depuis longtemps Topheth est prêt; il est préparé aussi pour le roi : | il est profond, il est large son bûcher, du feu et du bois en quantité, le souffle de Jehovah y brûle comme un torrent de soufre (1). » ; Remarquons que les sépultures de Jérusalem et celles des autres | villes de la Judée étaient éloignées de leur enceinte. Chez les Grecs ' et les Romains, l'incinération servait à soustraire les restes de l'homme à la vengeance des ennemis ou à en faciliter le transport (2). Mais Cicéron nous apprend que, d'après le droit pontifical, l'endroit où le cadavre avait été brûlé ne devenait sacré qu'après l'inhumation des cendres (3). La sépulture était d'usage ordinaire; il y avait à Rome des fosses communes que leurs exhalaisons in- '

(1) Chapitre XXX, verset 33, trad. de S. Cahen, , I

(2) Salve, sanclc parens, itcrum; salvcte, reccpli l Ncquidquam ciueres, animœquc umbrœque païenne...

{Éncide, lib. V.)

(3) De kg., lib. II.

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; fectes firent appeler puticuli, et pour assainir le quartier des Esqui- I lies, Auguste donna le terrain de ces fosses à Mécène, qui le trans- I forma en magnifiques jardins : elles avaient été creusées dans ce 1 quartier quand il n'était encore qu'un faubourg presque inhabité. ; Les tombeaux des riches s'élevaient sur le bord des routes qui con- 1 duisaient à Rome; il ne fallait rien moins qu'un sénatus-consulte pour autoriser la sépulture d'un citoyen distingué dans l'enceinte de la ville. Un édit d'Adrien ordonna la confiscation du terrain sur ; lequel un tombeau aura été élevé à Rome. Dioclétien, dans un rescrit adressé à Victorinus, s'exprime ainsi : Mortuorum reliquias I nesanctum municiporumjuspolluatur, intra civitatem condi jam pridem vetitum est (1). Dès la fondation d'Athènes, Cécrops avait prescrit que l'inhumation se fît extérieurement, et Solon avait renou- I velé celte mesure de prudence. Quand le christianisme eut donné naissance à une société distincte, les corps des personnes mortes en odeur de sainteté furent déposés sous les autels des basiliques; bientôt la vanité des familles envahit tout le sol des églises; le grave abus de ces inhumations, vainement condamné par quelques papes et quelques conciles, se maintint longtemps. En illxk, Haguenot, témoin à Montpellier d'une catastrophe dont nous avons parlé, éleva contre ce privilège délétère une voix courageuse qui ne fut pas écoutée. Vingt-cinq ans après, Maret, puis Piattoli (177Zi), Navier (1775), firent de nouveaux efforts qui amenèrent la déclaration royale de 1776, limitant le droit d'inhumation dans les églises à quelques personnages du haut clergé et de Tordre civil; il ne fut entièrement aboli qne parle décret du 23 prairial an xii (12 juin 180/i) dont l'article 1" proscrit toute inhumation et dans les lieux consacrés aux cultes, et dans l'enceinte des villes ou bourgs. Cette dernière défense est malheureusement violée dans les campagnes où les cimetières entourent les églises au milieu des habitations, ce qui expose celles-ci soit à l'infection de leur atmosphère ambiante, soit aux infiltrations souterraines de gaz. Del77Zi à 1780, l'acide carbonique s'infiltra à plusieurs reprises dans les caves des maisons voisines du cimetière des Innocents, et donna lieu à des accidents. A Londres, les sépultures existent encore dans l'intérieur de la ville et dans les caveaux des églises où elles donnent lieu, par l'effet du temps et de l'abandon, à de tristes spectacles. Le Cmnpo-Santo

(1) Monfalcon et Polinicrc, Trails de la salubrité dans les grandes villes. Paris, 1846, p. 211.

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de Naples présente 1^66 fosses couvertes d'une pierre qu'on lève et qu'on scelle après les inhumations de chaque jour ; les cadavres de la journée sont recouverts d'une couche de chaux vive. L'annér; révolue, on rouvre successivement chaque fosse où l'on ne retrouve plus de vestiges humains. Les cimetières turcs en Orient sont multipliés dans l'intérieur des villes et autour de leur enceinte; plus pittoresques que salubres, leurs fosses ne sont pas assez profondes; les Turcs laissent d'ailleurs subsister près de la tête des cadavres une ouverture qui donne issue aux gaz de la putréfaction ; les pluies, les animaux, le défaut d'entretien achèvent la dégradation de ces cimetières.

L'inhumation se fait aujourd'hui dans des caveaux, dans des monuments spéciaux, dans des fosses ou cimetières.

Caveaux. Ce sont des caves creusées dans le sol à une certaine profondeur, et où l'on jette par une porte supérieure le corps nu ou enveloppé de quelques vêtements : les Grecs du Caire enterrent ainsi leurs morts. Nous avons vu un semblable caveau à Vivario, entre Ajaccio et Corte (1833) ; il exhalait une odeur fétide. L'étendue de ces réceptacles et la rénovation intermittente d'une portion de leur atmosphère ne permettent pas à celle-ci de perdre son oxygène, de se saturer de gaz septiques et de favoriser la dessiccation des corps ; ils passent lentement par tous les degrés de la putréfaction. M. Pellieux a descendu une bougie allumée à l-jôO dans un caveau de 6 mètres de profondeur, et ouvert depuis vingt- quatre heures: la flamme de la bougie prit une teinte rougeâtre et s'éteignit ; l'air recueilli dans le caveau donna à l'analyse une grande quantité d'acide carbonique ; dans certains caveaux, ce gaz se trouve seul ou mélangé avec l'air; dans d'autres, on rencontre à la parlié supérieure de la couche qu'il occupe une forte proportion de carbonate et de sull'hydrate d'ammoniaque.

Monuments spéciaux. On en voit dans plusieurs villes d'Italie, notamment à Bologne, où le Campo-Santo se compose d'une rangée d'arcades et d'édifices en briques ; dans l'épaisseur des murs existent des cavités ou loges où les bières sont placées et scellées ; des fosses communes sont creusées pour les pauvres au milieu des carrés qui séparent les édifices. Dans ces sortes de fours, les fluides élastique^ qui s'échappent du cadavre lui font une atmosphère factice qui retarde sa décomposition et le convertit en momie sèche.

Cimetières. Le décret de 1804 prescrit de les établir dans des points culminants, à l'exposition du nord, à 35 ou 40 mètres de

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l'enceinte des centres d'habitation ; il fixe les dimensions des fosses del'",5 à 2 mètres de profondeur sur 0™,3 à O^.S de largeur, et leur distance de séparation entre 0",3 à 0°\U sur les côtés, et 0™,3 à 0'",5 à la tête et aux pieds. La fosse commune permettait autrefois l'entassement des cercueils les uns au-dessus des autres par rangées de cinq, six, huit ; par une disposition récente et plus sage, elles ne sont plus que de larges tranchées, creusées à la profondeur ordinaire, et au fond desquelles les bières sont juxtaposées les unes à côté des I autres. Les plantations sont autorisées dans les cimetières, mais à condition de ne point porter obstacle à la circulation de l'air, à l'évaporalion, au balayage des émanations. Bien alignés, espacés, droits et élancés, les arbres assainissent les cimetières en absorbant par leurs racines et par leurs feuilles les produits de la décomposition et le gaz acide carbonique, en émettant dans l'atmosphère l'humidité du sol; les peupliers, les bouleaux, les trembles, les ifs sont les essences qu'il faut préférer pour ces lieux. Les bâtiments n'ont que des inconvénients ; on devrait en défendre la construction près de leurs murs d'enceinte. Il faut établir les cimetières loin des puits, des sources, des rivières qui fournissent aux besoins domestiques; cependant les eaux séléniteuses perdent leur crudité en traversant le sol des cimetières ; c'est ce que le conseil de salubrité de Paris a constaté dans celui de l'Ouest au milieu duquel on a creusé un puits; l'eau qu il donne est limpide, inodore, de bon goût, et quoique s'échappant d'un sol calcaire, elle dissout le savon et cuit les légumes; Barruel s'est assuré que le sulfate calcaire de cette eau se décompose par la tîltration à travers un terrain imprégné de sels ammoniacaux et qu'elle contient des sels à base d'ammoniaque. M. Vingtrignier conseille sagement de ne jamais établir un cimetière sur un terrain disposé de manière à recevoir les eaux des plans supérieurs pour les déverser à la consommation sur des plans inférieurs. Il importe encore que les cimetières soient à l'abri des inondations. Dans les contrées très pluvieuses, les fosses doivent être creusées plus profondément : les pluies torrentielles, les débordements de rivières détrempent le sol, dégradent les sépultures, les ouvrent à l'air extérieur ; si à ces causes s'ajoute un climat brûlant comme en Egypte, des endémies pestilentielles prendront naissance. Qu'on lise la description qu'a faite M. Pariset (1) des divers modes d'inhumation usités dans l'Egypte actuelle et des

(1) Annales d'hygiène, t. VI, p. 213.

DYGIÈNE PnnLIQUE.

ravagps qu'exercent sur les sépultures superficielles ou mal construites les vents, la rosée, les pluies, la sécheresse môme, et surtout le Nil épanché sur les terres du Delta, et l'on admettra au moins qu'il existe quelque relation entre cet état de choses et l'apparition périodique de la peste; liamont, ancien directeur de l'école vétérinaire d'Egypte, a constaté ce que plusieurs cheiks du Delta lui avaient assuré, savoir : que les chances de peste dans les villages se mesurent par la quantité de pluie qu'ils ont reçue pendant la mauvaise saison.

La loi exige pour les emplacements des cimetières des dimensions telles que le même endroit ne puisse servir à de nouvelles inhumations qu'après un laps de cinq ans. Ce terme est suffisant, quoique la destruction des cadavres ne s'achève pas toujours dans le même délai. La marche des phénomènes qui ont pour fin la réduction au squelette dépend de la nature des terrains, de la profondeur des fosses, de l'épaisseur des enveloppes de toutes sortes qui protègent le cadavre, de la température moyenne du climat, des antécédents physiologiques et morbides du défunt, etc. Maret a calculé qu'un corps qui se putréfie peut méphitiser une atmosphère de 8 à 10 mètres d'étendue, et qu'enseveli à moins de 3 mètres de profondeur, il met trois ans à se décomposer ; Orfila et M. Lesueur, dans leurs expériences, ont trouvé les cadavres réduits au squelette au bout de quatorze, quinze ou dix-huit mois, nonobstant bière et toile d'enveloppe. Le célèbre Petit, forcé d'enterrer dans son jardin les débris des cadavres qui avaient servi à ses démonstrations, en retrouvait des vestiges au bout de deux ans. La nature et les qualités du sol et du sous-sol sont les conditions qui influencent le plus la marche delà décomposition des corps ensevelis; elle est rapide dans les terrains bas, humides, rapprochés des cours d'eau dont ils subissent les infiltrations ; les terrains secs, élevés, ventilés, la retardent. Les terrains argileux forment avec les cadavres une masse compacte qui, prompte à se dessécher, est ensuite difficile à entamer par les insectes, parles gaz et l'humidité. Les terres fortement alcalines consomment en peu de temps les cadavres. Orfila a expérimenté sur quatre espèces de terrains : 1° celui de Bicêlre, jaunâtre, calcaire, 2" jardin de la Faculté, terre noire moins riche enprincipes azotés, mêlée de détritus végétal, contenant beaucoup de carbonate de chaux et une assez forte proportion de sulfate de chaux; 3° terreau riche en détritus végétal moins décomposé que le sol précédent, et principalement formée d'acide silicique et de carbonate

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de chaux; ^i" sable de carrière siliceux et très ferrugineux, avec traces de mica et à peine de carbonate de chaux. Voici les résultats obtenus : 1° La putréfaction a eu son minimum de vitesse dans le sable et son maximum dans le terreau jusqu'à la formation d'une certaine quantité de gras de cadavre ; 2° à cette époque, elle est devenue plus rapide dans la terre de Bicêtre où il s'était formé moins de gras que dans le terreau et dans la terre des jardins qui en contenaient davantage ; 3° le terreau et les traces végétales sont les plus propres à opérer promptement la saponification de nos tissus ;Zila transformation graisseuse débute par la peau et le tissu cellulaire sous- cutané, puis atteint les muscles; 5° la saponification commencée, la putréfaction s'arrête ou change d'allure; les tissus situés sous les parties saponifiées, au lieu de se ramollir, passent au gras et arrivent à constituer une masse grisâtre, sèche, où ils ne sont plus reconnaissablcs.

Un sous-sol où l'eau paraît dès qu'on le fouille à quelque profondeur, ne peut servir aux inhumations. S'il est rocheux, il empêche l'excavation des fosses à la profondeur légale (1"\50 à 2 mètres), et les gaz des sépultures superficielles passent dans l'atmosphère: c'est ce qui a contribué en partie à l'insalubrité du plateau de Sébastopol occupé par nos troupes; il ne suffit pas d'ailleurs que la fosse soit assez creusée, elle doit avoir pour fond une terre meuble, perméable aux liquides et aux gaz provenant de la décomposition putride. —La loi ne pouvait tenir compte de toutes les circonstances particulières qui favorisent ou qui contrarient le développement des phénomènes qui ont pour terme la dissolution des corps ensevelis; elle a dû s'arrêter à une fixation générale en ce qui concerne la reprise des anciennes tombes pour de nouvelles inhumations en dehors des concessions temporaires ou perpétuelles qui sont offertes à la piété des écus; or, le délai de cinq ans qu'elle a stipulé répond dans le climat de notre pays aux besoins de l'hygiène publique Au bout d un temps qui varie suivant la qualité de leur sol et le rapport de la masse des terres avec celle des cadavres inhumés, les cimetières atteignent leur limite de saturation de matières organiques et de viennent impropres îi provoquer la fermentation putride - force est alors de les abandonner jusqu'à ce que leur terre ait recouvré ses proprietes premières : la plupart des cimetières de Paris, notamment celui des Innocents, en étaient arrivés à ce point ; de là les exhumations qui ont servi de base aux beaux rapports de Fourcrov et de Thouret. Le premier a constaté, dans ses expériences chimiques sur le

3= KT)IT. II. 2g

:V|6 llYtMkNK IMinMOIlR.

cimetière fies Innocents, que les ciuliivres saponifif^s ne se conservaient en cet état que parce que la terre noire qui les entourait était inipréfînée de matières liydroj-énées ; l'air lui enlevait ces principes et lui restituait le pouvoir de décomposition putride. Quand un cimetière a dû être abandonné, la loi prescrit de le laisser sans emploi pendant dix ans ; après ce délai, il est permis de l'ensemencer et (le le planter, mais non d'y pratiquer des fouilles ni d'y creuser des fondations.

Il y a lieu quelquefois de prévenir la putréfaction, comme lorsqu'il s'agit de transporter un cadavre à de grandes distances. Les résines et les huiles essentielles n'ont d'efficacité que pour garantir le corps de l'eau. L'alcool attire l'eau des parties animales, dissout le cruor, coagule l'albumine, s'empare d'une partie de la graisse : néanmoins le corps du maréchal Laimes, tuéà Wagram et acheminé sur Paris dans un tonneau d'eau-de-vie, exhalait, dès son arrivée à Strasbourg, une odeur si fétide, qu'il fut impossible de l'y laisser. Les anciens employaient la cire, le miel, Thuile, etc., comme moyens conservateurs des cadavres qu'ils transportaient à de grandes distances. Boudet, pharmacien en chef de l'armée d'Egypte, enduisait les viscères largement incisés et les parois des cavités d'une dissolution alcoolique de sublimé corrosif et d'une couche de vernis: puis, les intervalles étant remplis d'une substance astringente et aromatique, il faisait recoudre les téguments; la, peau était ensuite vernie, saupoudrée et entourée de plusieurs bandages vernis eux-mêmes. L'acide pyroligneux (acide acétique imprégné d'huile empyreumatique) (\m pénètre les chairs fumées les fait résister à la pulréf'action ; elle est arrêtée subitementpar le chlore et les chlorures calcique et sodique, etc.

Le docteur Franchina, de Naples, a inventé, et M. Gannal a popularisé la méthode d'embaumement par injection, qui consiste a pousser un liquide conservateur par l'artère carotide dans le système artériel et par les divisions du système capillaire, dans toutes les parties du corps ; par elle on évite les longueurs, les dépenses, les mutilations, les extractions de viscères, etc. M. Franchina se servait d'une solution de 2 livres d'arsenic coloré avec un peu de minium ou de cinabre dans 20 livres d'eau de fontaine, ou mieux dans de l'esprit-de-vin. La propriété conservatrice de cette solution est bien connue à l'École pratique de Paris et au Val-de-Grâce où j'en ai constaté les effets avec M. le professeur Mounier pendant l'été 1856; on l'emploie exclusivement au musée d'analomie de la

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Faculté; mais l'usage en est interdit pour les embaumements comme pour lecliaulage des grains par une ordonnance royale du 31 octobre 1 18^6, afin qu'une pratique pieuse ne serve pas à masquer le crime. Le Conseil de salubrité de Paris étend cette interdiction à toute [Substance io\\que {Co7jîptes rendm de 1846 à 18^8, p. 205). Les ; liquides présentés en \%lxl à l'Académie par MM. Sucquet et Gannal i étaient, le premier, une solution de chlorure de zinc marquant I 40 degrés à l'aréomètre, le second, un mélange à parties égales de sulfate d'alumine et de chlorure d'aluminium marquant 34 degrés à l'aréomètre de Baumé; mais la solution de M. Gannal fut, en outre, reconnue très arsenicale à l'appareil de Marsh; et ce médecin dut la purger de toute espèce de toxique. Deux cadavres embaumés en présence de la commission par ces deux moyens furent inhumés à 70 centimètres de profondeur dans le jardin de l'École pratique; exhumés au bout d'un an, le cadavre embaumé par M. Gannal était putréfié ; le cadavre embaumé par M. Sucquet était parfaitement conservé, et, resté à l'air libre, il se dessécha et se durcit. La pratique des embaumements n'atteindra probablement jamais l'extension ni la force de conservation illimitée qui feraient redouter à M. Tardieu (1) l'encombrement des cadavres et menaceraient l'équilibre entre les échanges de l'atmosphère et du sol en empêchant la décomposition des êtres organisés privés de vie.

IL — Villages et bourgs.

Les règles de salubrité qui doivent présider à la construction des villes s'appliquent aussi aux villages et aux bourgs; l'état dans lequel se trouvent la plupart d'entre eux blesse toutes les lois de l'hygiène. Les habitations rurales, mal distribuées, mal closes ne •sont, dans un grand nombre de localités, que d'immondes refuge* où s'entassent les familles: les misérables chaumières de la Sologne (2), les masures du Doubs, de la Mayenne, de l'Allier etc valent-elles beaucoup mieux que la hutte du sauvage? En été elles n'abritent point contre les chaleurs, ni en hiver contre le froid Leur plancher, presque toujours de niveau avec le sol et sans cave sous-jacente, s'imprègne des déjections du ménage; l'âtre fumeux mêle a l'atmosphère d'un local exigu les produits d'une combustion

{\) Dictionnaire d'hygiène et de salubrité, Paris, 1852, t. 1, p. l]2i 2) Voyez Montlalcon, op. cit., p. 20(i,

5/»8 Hvr.lÈNE PUBLIQUE.

incompltito ; rincuric, la rriiilproprelé, la pénurie des objets nécessaires à la vie, souvent la présence d'animaux ou l'entassement des provisions ou des récoltes, multiplient les causes d'ini'eclion. Au dehors de ces habitations, des amns de fumier, des mares fétides, des étangs bourbeux, des puisards qui ne dissipent pas complètement par infiltration dans le sol les liquides qu'ils reçoivent et qui retiennent une vase d'où s'échappent des gaz délétères, notamment du gaz hydrogène sulfuré ; des rues sans pavé que la pluie convertit en fondrières et dont la fange humide baigne le pied des maisons ; des cimetières mal entretenus et placés au milieu des maisons; souvent des routoirs établis sur des eaux d'un faible cours et qui les altèrent ou répandent dans l'air des émanations dont l'innocuité n'est pas démontrée malgré les recherches de Parent- Ducliâtelet, etc. : telles sont les demeures de la population rurale.

La statistique de la France a constaté que sur six millions d'habitations rurales soumises à l'impôt, il y a trois millions et demi de cabanes avec une porte, une ou deux fenêtres, quelquefois même sans fenêtre ; ce vice de construction s'explique en partie par le besoin de siîreté et plus encore par le désir d'échapper à l'impôt des portes et fenêtres. « Des villages presque entiers, disent MM. Combes (1) dans leur intéressante Monographie d'hygiène rurale, se composent de mansardes tristes, sales, délabrées, oîi toute une famille vit, mange, dort presque pêle-mêle, sans distinction d'âge ni de sexe, entre des murs maculés par la fumée, imprégnés d'exhalaisons animales, ou salis par des suintements continuels du côté de l'ouest et du nord. C'est là et même chez les villageois plus riches, que l'on trouve des rez-de-chaussée au-dessous de la chambre habitée, qui n'en est séparée que par un plancher percé à jour. Celle-ci reçoit sans cesse les miasmes s'échappant de ces étables inférieures où se trouvent entassés des oies, des canards, des poules, un cochon, quelquefois un âne, un cheval ou une vache; véritables cloaques remplis de fumier solide, offrant aussi une petite fosse pleine de purin sans écoulement au dehors, etc. » Le fumier assiège les habitations; il s'accumule en tas multipliés devant les portes, sur les rues ; les ordures encombrent lesruisseaux, les impasses; tout est latrines. Les substances susceptibles de se convertir en fumier sont aussi déposées devant les maisons (marc

(1) Au. Combes et I-Iipp. Combes, Les paysans français considérés sous lerap' port historique, économique, agricole, médical, elc. Paris, sans date, p. 105.

CIRCUiMFUSA. — VILLAGES lîT BOURGS. 5/|9

de raisin, paille, tiges de maïs ou de sarrasin, feuilles sèches), et ne sont enlevées que lorsque, triturées par les pieds des hommes et des chevaux, elles ont éprouvé la fermentation putride. Les eaux pluviales, sans écoulement, s'amassent dans les fossés, dans les excavations, dans les trous des fumiers ; de là ces flaches, ces réservoirs d'eau vaseuse qui servent souvent de lavoirs publics et qui, en été, deviennent des foyers d'infection miasmatique. Point d'abattoirs, le sang et les débris des animaux gisent sur la voie publique. Les dispositions du décret du 12 juin 180^ en ce qui concerne l'emplacement et le régime des cimetières sont leltre morte dans nos campagnes; j'ai signalé ailleurs (1) des fosses ayant 75 à 80 centimètres seulement de profondeur, des cimetières tellement exigus qu'on est obligé de rouvrir les fosses avant la décomposition des corps. Les animaux morts de maladie épizootique ou sporadique restent abandonnés. Quant aux étables et aux écuries, on n'en retire une fois par semaine que les excréments solides avec les litières; les liquides si abondants, à la suite de la nourriture verte, ne s'en écoulent que partiellement par une faible penle; point de dallage; quelquefois un pavage disjoint, avec des interstices de sol converti en terreau. Dans les étables réservées à l'espèce ovine, le fumier séjourne plus longtemps. On connaît l'immonde aspect des porcheries, l'encombrement des bergeries et les émanations ammoniacales qui s'y répandent, etc.

Si l'on considère dans leur ensemble les influences nuisibles qui pèsent sur les agglomérations, on reconnaît qu'elles se résument dans deux faits prépondérants, le vice des constructions et la nécessité de l'engrais. Les habitations sont mal situées, mal bâties. Quand elles sont à reconstruire par suite d'incendie, d'inondations destructives, etc., l'autorité ne peut-elle intervenir pour le choix d'un lieu sec et élevé, pour l'exhaussement du rez-de-chaussée au-dessus du niveau du sol, pour l'orientation de la façade vers la sécheresse, la lumière et la chaleur, vers le sud et le nord que iVL de Gasparin recommande de préférence à toute autre exposition dans nos contrées, pour un rationnement plus salubre de l'espace intérieur, pour le percement d'un nombre suffisant de fenêtres et leur disposition relativement aux portes en vue d'une aération facile, etc.? Une simple rigole, creusée autour des maisons actuelles qui sont humides, peut corriger en partie cet inconvénient : c'est

{Dliapport sur les épidémies de 1830 {Mém. de l'Acad. de méd., t. XVII).

550 HYUliiNK l'IlliLIUUE.

du fli-rtiiiaye élémentaire. A la suite des iDoiidalions récentes du Rhône, (le la Saône et de la Loire (1856), le ministre du commerce ayant demandé an comité consultalil" d'hygiène ses vues sur l'assaiuissement des localités dévastées, j'ai émis, et le comité a lait valoir avec succès auprès du ministre, l'avis de n'accorder aux cultivateurs de subvention pécuniaire pour la reconstruction de leurs habitalions qu'à la condition qu'ils l'exécuteraient conformément aux indications de l'autorité. Les agents voyers ne pourraient-ils être chargés de lever gratuitement les plans dont les paysans ont le plus grand besoin, ou celte dépense minime ne pourrait-elle être supportée par les communes?» Ces nouveaux rapports, observe très justement M. Tardieu (1), tout gratuits entre le campagnard et l'autorité, auraient le double avantage d'amener une amélioration lente, mais efficace, dans l'hygiène rurale, et de montrer à cette partie si intéressante de la population les préoccupations dont elle est l'objet. » Quant à l'amélioration de la voie publique dans les villages, elle est entièrement subordonnée à la fabrication de l'engrais, cette nécessité continue de l'agriculture. Heureusement les intérêts de celle-ci se confondent avec les exigences de l'hygiène; mais le paysan a besoin d'être éclairé sur les uns comme sur les autres ; il les méconnaît au même degré, il les sacrifie avec l'entètemenl d'une routine aveugle. Qu'on l'amène à comprendre qu'il gaspille les meilleurs éléments d'engrais en laissant séjourner indéfiniment le fumier devant sa porte; qu'il l'énervepar une fermentation plus utile dans les champsquesur la route; que les matières qui s'échappent du fumier au grand air soit par évaporalion, soit par écoulement, très nuisibles à la salubrité du village, sont aussi les plus efficaces pour la fumure des terres; qu'on lui inculque cette vérité que toutes ces déperditions équivalent à la moitié de la portion active des engrais, et il ne tardera pas à s'informer, à se préoccuper des procédés de fabrication ou de conservation de l'engrais, qui atténuent en même temps ou suppriment la source des émanations nuisibles. On aura beaucoup fait pour l'hygiène de la campagne, quand on y aura popularisé cet axiome de l'économie agricole, que les fumiers les moins consommés exercent les effets les plus énergiques et les plus prolongés; que six chariots de fumier frais, réduits à cinq sur toutes les espèces de terrain par la fermentation, ont plus d'utilité que huit chariots de fumier très gras, court et enliè-

(1) Op. cil., u 11, p. 225.

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