‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 85 sur 163 · Conditions communus · texte numérisé non relu

Conditions communus

Tous les édifices deslinés à recevoir d'une manière perninnenle ou teinpoi'aire des réunions d'hommes plus ou moins considérables doivent être établis dans des espaces libres, à une ceilaiue distance des babitations privées, loin de foyers d'inléction de toule espèce ; il faut ensuite déterminer leurs conditions d'aérage, de ventilation, de chauffage et d'éclairage, de telle manière qu'd n'eu résulte aucun inconvénient pour ceux qui y séjournent.

1° Ventilation naturelle ou spontanée. Elle résulte de l'ouverture accidentelle des portes et des fenêtres, de l'ouverture permanente des cheminées, etc.; elle s'exerce par les courants d'air qui se produisent par le seul efîet des inégalités de température entre l'air extérieur et l'air intérieur des habitations. Ces différences de température, dues à l'irradiation solaire, au chauffage, à l'éclairage, au calorique émis par l'homme et par les animaux, déterminent des variations d'élasticité et de densité atmosphériques, et, par suite, un renouvellement incessant de l'air intérieur, renouvellement qui suffit, dans certaines conditions, à la salubrité des locaux. Il convient ici de distinguer les enceintes où le séjour est permanent ou dépasse au moins la durée d'un jour (cellules des prisons, salles d'hôpital), et celles où le séjour est très limité et ne dépasse pas la durée d'une nuit (casernes, dortoirs des collèges, etc.). Les enceintes continuellement habitées exigent impérieusement que l'on ait recours à la ventilation artificielle ; il est à peu près irapossible de leur donner une capacité telle qu'il soit possible de se passer dos moyens ventilateurs. La capacité, dit judicieusement M. Félix Leblanc (1), ne fera que retarder le moment où la ventilation deviendra nécessaire. Pour les enceintes qui ne sont habitées que durant une partie de la période nychthémère, la capacité doit être prise en considération ; car, augmentée convenablenjent, elle dispense d'une ventilation artificielle, c'est-à-dire régulière et continue, et un léger abaissement dans la ration d'air individuelle entraîne moins d'inconvénients, puisque le retour des hommes à l'air libre peut atténuer ou compenser les effets nuisibles d'une réclusion passagère. Au reste, même alors qu'elles ne sont pas habitées continuellement, les enceintes doivent être distinguées suivant (jue

(1) M. Félix Leblanc a bicu voulu nous commuuiquer uu travail d'un haut intérêt sur quelques points relatifs à la ventilation (1845).

leurs portes et fenêtres ferment bien ou mal et qu'elles sont dépourvues ou munies de cheminées, qui concourent utilement à la ventilation naturelle, en l'absence d'un foyer de combustion et à la faveur d'une différence quelconque entre la température du dehors et celle des locaux. Dans le premier cas, malgré la durée limitée du séjour, ce ne sera pas trop de 6 mètres cubes d'air par heure et par personne ; même avec cette capacité, l'air de l'enceinte sera souvent amené à une proportion d'acide carbonique triple ou quadruple de celle qui existe dans l'air à l'état normal. Dans le second cas, grâce à l'appel d'une cheminée, le renouvellement de l'air est assez actif par les jointures. L'air d'une chambre à coucher d'une capacité de 18 mètres cubes et occupée par deux personnes a fourni à M. Leblanc, au bout d'une nuit, les mêmes résultats que l'air normal ; on y avait entretenu pendant la nuit le feu de la cheminée. 11 était important de calculer le renouvellement qui s'opère par les fissures et par les entrées et les sorties qui ont lieu pendant la nuit dans les enceintes habitées par un certain nombre de personnes. Ce problème n'était abordable qu'à l'aide de l'analyse chimique, et M. Leblanc l'a résolu en couchant lui-même dans des chambres de caserne dont il recueillait l'air au matin après l'avoir ramené la veille, par ventilation, au degré de pureté de l'air normal. II a trouvé ainsi que, pour une chambre occupée pendant dix heures et demie par vingt-cinq hommes , l'effet de l'aération accidentelle avait réduit la proportion d'acide carbonique au tiers de ce qu'elle aurait été dans l'hypothèse d'un défaut absolu de renouvellement d'air : il y avait eu pendant la nuit 12 sorties et autant de rentrées ; et le volume d'air, qui, en raison de la capacité du local, était de 13 mètres cubes, 6 par homme, avait été porté à 37,8 par suite de cette ventilation accidentelle. Il en a été à peu près de même dans d'autres expériences de ce genre, et l'on en doit conclure que, dans les enceintes imparfaitement closes ou dans lesquelles se fait pendant la nuit un certain mouvement d'entrées et de sorties, le renouvellement accidentel de l'air acquiert une valeur plus forte qu'on n'aurait pensé à priori; mais, en bonne hygiène, il faut peu compter sur de semblables ressources de ventilation, qui d'ailleurs ne sont ni sans inconvénient ni même sans danger,

2" Ventilation artificielle et chauffage. La ventilation continue et régulière, c'est-à-dire établie à l'aide de machines ou d'appareils qui assurent en même temps et régularisent le chauffage, est dés-

nY(;lkNH PUBLIQUE.

ormais la condition fondamentale de la salubrité des habitations publiques. Le rationnement de l'espace a été un premier progrès; mais il est bien démontré que, dans les locaux toujours habités, il est impossible d'allouer à chaque homme sain et malade le cube d'air vital autrement que par une ventilation factice : à la détermination de la capacité des salles il faut donc substituer la base plus exacte de la fixation du volume d'air à fournir à chaque individu. Chose digne de remarque, dit M. Grassi (1) dans l'histoire de cette question : c'est un intérêt de lucre et d'industrie qui a provoqué le premier emploi de la ventilation ; elle a été appliquée d'abord dans les magnaneries ; puis, à Londres comme à Paris, aux palais des deux chambres du parlement, ensuite aux théâtres et aux prisons. Les honnêtes gens malades n'ont leur tour qu'après les détenus.

L'Angleterre nous a précédés dans ces applications: dès 178ù, l'hôpital de Derby était ventilé par Whitehurst(2) ; elles ne datent en France que de ce siècle, et l'initiative en appartient à d'Arcet, à M. Péclet , à M. Combes, qui a tant fait pour l'aérage des mines, et qui a fourni, par l'invention de son anémomètre, le moyen d'étudier la ventilation avec une précision tout à fait scientifique. Le général Morin , MM. Chevreul, Boussingault , Dumas, F. Leblanc, ont aussi contribué à ses progrès.

L'établissement d'un système quelconque de ventilation forcée suppose la connaissance exacte de la vitesse du renouvellement atmosphérique qu'il procure, la détermination de la ration d'air nécessaire à chaque individu placé dans les espaces à ventiler, le degré d'humidité de cet air. M. Péclet se contente de 6 à 10 m. c. par heure pour les classes d'une école d'enfants de 6 à 10 ans; M. Tardieu de 20 m. c. pour les cellules des prisons, pour les chambres des casernes. On a exigé hO m. c. par heure et par n)alade dans le nouvel Hôtel-Dieu de Paris, 60 m. c. dans les salles de l'hôpital Necker ; aujourd'hui cette dernière quantité ne paraît plus suffisante à quelques médecins, à M. Grassi, etc. Ces exigences progressives témoignent d'un progrès réel. Que nous voilà loin des 18 à 20 m. c. d'air alloués aux malades par le génie militaire dans les hôpitaux de l'armée, sans le secours d'aucune ventilation arlifi-

(t) Grassi, CliaufJ'. et venlilation des hôpitaux , etc. (thèse). Paris, 6 juin 1856- — Annales d'hygiène, 2' série, 1856, t. VI, p. 189 et suiv.

(2) Voyez Dictionnaire des arts cl manufactures, etc., 2*éciit., 1854, t. II, article Ventilation.

fclelle ! En attendant que l'expérience ait conduit à des chiffres délinitifs et nécessairement variables suivant la durée du séjour ou [de la réclusion, suivant le degré de clôture des locaux, suivant les catégories particulières de leurs habitants, il appartient au médecin d'exagérer plutôt que d'amoindrir la revendication de l'air vital.

L'air chauffé absorbe plus d'eau ; les poêles , les calorifères le dessèchent ; il enlève de l'eau à nos organes, si l'on n'a soin d'en vaporiser dans l'espace circonscrit oii il circule. Lorsqu'il s'agit donc de régler la ventilation avec le chauffage dans un édifice public, il importe de connaître exactement la proportion d'eau que l'air doit contenir pour être salubre. D'Arcet, pour les salles de spectacle, veut de l'air à moitié saturé d'eau, à la température de 15 à 16 degrés centigrades, ce qui correspond environ à 7 grammes d'eau par mètre cube d'air. D'autres réclament pour les maisons habitées un air à 72 degrés à l'hygromètre, soit 6§'",/i3 d'eau par mètre cube d'air, ce qui s'accorde avec la fixation de d'Arcet. La détermination du degré hygrométrique de l'air est donc un élément régulateur du fonctionnement d'un appareil de ventilation. Gay- Lussac a calculé, pour de l'air à 10 degrés sous la pression barométrique de 0,76, les tensions de vapeur correspondantes à chaque degré de l'hygromètre. Dans les travaux et essais relatifs à la ventilation, il est nécessaire de connaître, pour tous les degrés de l'hy. gromètre, le poids de l'eau que contient 1 mètre cube d'air à 15 degrés, limite de température adoptée comme règle dans les édifices publics auxquels on applique la ventilation et le chauffage combinés. M. Grouvelle {loc. cit.) a dressé à cet effet le tableau suivant, qu'il nous a paru utile de reproduire :

Tableau donnant en grammes le poids de Veau contenue dans 1 mèlre cube d'air à 15 degrés, pour chacun des degrés de V hygromètre.

Degrés de l'hygromètre à

cheveu.

Degrés.

Poids de l'eau en grammes contenue dans \ mèlre cube d'air à 13 degre's.

gi-

Degre's de l'hygromètre à

cheveu.

Degrés.

Poids de l'eau en grammes contenue dans 1 mèlre cube d'air à 15 degre's.

nTGiftNE PtIBLfOUE.

Degrés.

Au maniement de l'hygromètre, les médecins, les ingénieurs et les architectes doivent joindre ceUii de l'anémomètre , qui sert à mesurer et à comparer les résultats de divers modes de ventilation. On n'emploie que celui de i\J. Combes, à la fois exact et facile à manœuvrer. Nous renvoyons pour sa description aux ouvrages de physique et de mécanique, à l'article cité de M. Grouvelle. Rappelons seulement qu'une expérience doit toujours être recommencée ; on prend la moyenne de deux expériences. La vitesse réelle des courants d'air se déduit du nombre des tours observés, à l'aide

d'une formule spéciale à l'instrument employé et qui se trouve écrite sur le couvercle de sa boîte. Chaque anémomètre a son coetTicient, qu'on détermine par expérience en lui faisant parcourir un courant d'air d'une vitesse donnée, et en notant le nombre de tours qu'il fait. Pour cela , on place l'anémomètre au bout d'un grand levier de bois, de longueur connue, tournant par son centre sur un pivot avec une vitesse que l'on fait varier pour avoir plusieurs observations, desquelles on déduit le rapport exact du nombre de tours du moulinet à la vitesse du courant ; celle-ci, multipliée par la section du canal, exprime le volume d'air débité. M. le général Morin a ajouté à l'anémomètre de M. Combes deux cadrans émaillés, des aiguilles doubles à godets, une troisième roue à minutes et un appareil de pointage, de manière à pouvoir observer jusqu'à 500,000 tours et prendre le nombre des tours du moulinet à des intervalles de temps déterminés. Cette disposition corrige la légère erreur résultant du temps nécessaire au moulinet pour prendre une vitesse régulière, en même temps qu'elle permet des observations prolongées et fractionnées par intervalles égaux. M. Neumann a facilité la lecture de l'anémomètre en plaçant derrière les roues un cadran divisé sur lequel des aiguilles fixées aux roues tracent le nombre de tours parcourus ; il y a ajouté une troisième roue qui donne les 1000 tours et permet de prolonger les observations. Pour mesurer les petites vitesses il faut des anémomètres légers et délicatement construits ; M. Neumann a fourni à la commission chargée d'étudier la ventilation des cellules à la prison Mazas un anémomètre qui fonctionnait avec précision dans un courant d'air de 0,16 de vitesse par seconde. Les anémomètres destinés.à marcher à de grandes vitesses sont solidement établis, plus lourds et par suite moins sensibles aux petites vitesses.

Tous les appareils de ventilation artificielle, déjà si multipliés par les inventeurs, peuvent être ramenés aux catégories suivantes :

1" Appel par l'action de la chaleur agissant dans une cheminée;

2° Appel par un appareil mécanique aspirant mis en mouvement par un moteur ;

3' Ver)tilation mécanique par refoulement ou pulsion, au moyen des ventilateurs.

Quand la chaleur est le seul agent du renouvellement de l'air, l'appel peut s'établir par un combustible brûlé directement dans le bas de la cheminée, à la partie supérieure ou près de la partie supérieure de la cheminée ; l'appel peut s'exercer par l'intermédiaire

5o0 HYGIÈNE Pimi.lOUR.

d'appareils de transmission de chaleur, recevant leur eliauiïage d'un foyer placé à distance, ou même par la vapeur envoyée directement dans la cheminée. Nous avons indiciué (t. I, p. 678 etsuiv.) quelques systèmes proposés par M. d'Arcct et M. Péclet.et dans lesquels la ventilation est simplement liée au mode de chaufïage sans appareil mécanique spécial. Pour les enceintes où le séjour d'un grand nombre d'hommes est continu ou à peu près, la ventilation qui agit par le seul tirage des poêles sur l'air qui entre parles jointures et les fentes des portes et fenêtres est nulle en été, ({uand la température extérieure et celle du dedans se font équilibre, insuffisante et nuisible en hiver, les analyses de M. F. Leblanc ayant démontré 3,5 et 8 sur 00/00 d'acide carbonique dans l'air de plusieurs salles des hôpitaux de Paris. Les courants d'air que produit ce tirage soufflent à l'aventure, souvent en regard des lits occupés, et l'air qu'ils introduisent est parfois glacial ou chargé d'émanations délétères, comme lorsque les lieux d'aisances sont contigus aux salles. Pour remédier à cet inconvénient, M. Poumet a proposé un système de ventilation et de chauffage approprié aux hôpitaux, et qui aura pour résultat leur complet assainissement, si l'expérience prouve qu'il peut être appliqué avec facilité, économie et succès (1). Dans des pavillons nouvellement construits au Val-de- Gràce, et qui paraissent satisfaire aux principales exigences de l'hygiène, le chauffage et la ventilation s'effectuent au moyen de deux calorifères pour chaque étage ; les prises d'air extérieur ont lieu par des ouvertures de 20 centimètres carrés de section. Cet air, après avoir passé par des conduits qui enveloppent ,'le foyer, se déverse dans la salle par des bouches de chaleur, s'élève vers le plafond en vertu de sa moindre densité, et refoule par son élasticité les couches d'air dont il prend la place et que l'appel du foyer sollicite à descendre ; la rapidité du renouvellement de l'air est réglée par celle de la combustion. On n'a pas à craindre ici les inconvénients de la plupart des calorifères à air chaud, tels que dessiccation excessive de l'air, production d'une odeur spéciale due à la combustion par les surfaces de chauffe des particules organiques que l'air tient en suspension. L'air versé par les bouches de chaleur est pur ; s'il ne dépasse point hO à 50 degrés cent., il n'a pas l'odeur de brûlé, il n'est pas assez échauffé pour être desséché, et diverses évaporations corrigeraient cet inconvénient;

(1) Annales d'hygiène. Paris, 1844, t. XXXII, p. iO,

enfin, l'excès de chaleur qu'il possède sur la température voulue dans la salle sert à réparer les pertes de calorique dues au rayonnement des parois et des fenêtres, ainsi qu'à l'introduction directe de l'air extérieur par les fissures et l'ouverture plus ou moins répétée des portes. En été. si la ventilation ne pouvait s'opérer sans inconvénient par les fenêtres, on interromprait par des registres la communication directe des calorifères avec les prises d'air, on fermerait aussi les bouches de chaleur, et l'on ouvrirait des vasistas qui livreraient passage à l'air du dehors, destiné à remplacer celui de la salle appelé dans le foyer par la combustion entretenue sans interruption. Il importe d'observer que le système appliqué aux pavillons du Val-de-Grâce et que M. Guérard a loué, n'y réussit que parce que leur tempéi-ature en hiver atteint k peine 15 degrés et ne les dépasse presque jamais ; à cette limite de température dans une salle de malades, point n'est besoin d'une ventilation énergique pour dissiper toute odeur; la température s'élève t-elle à 17 ou 18 degrés, la môme ventilation ne suffit plus et Todeur se manifeste : c'est qu'avec la chaleur augmentent la transpiration cutanée, l'évaporation des surfaces liquides ou mouillées , la décomposition des matières animales répandues dans l'air. M. Grassi [loc. ciV.,p. 15) conclut donc avec raison que l'accroissement de température nécessite une ventilation plus énergique, et que celle-ci étant augmentée nécessite a son tour un chauffage plus actif pour maintenir l'air k une température à peu près constante.

On peut appliquer à l'assainissement des écoles , des casernes, de salles d'asile, etc., c'est-à-dire de locaux non occupés d'une manière continue, des moyens peu dispendieux, mentionnés dans le rapport présenté par M. Boudin au congrès d'hygiène de Bruxelles en 1852, sur la question de la ventilation. Un certain nombre de tuyaux coudés, de l'",50 à 2 mètres, de hauteur sontplacés verticalement d;ms l'épaisseur des murs extérieurs. L'orifice inférieur, légèrement évasé, garni de toile métallique, aspire l'air extérieur. L'orifice supérieur ou interne, garni de même et pourvu d'un registre modérateur, verse l'air neuf dans le local, tandis que l'air altéré et échauffé s'échappe par une ouverture en entonnoir, pratiquée au milieu du plafond et s'abouchant avec un tuyau légèrement conique qui monte à 1 mètre ou à 1"',50 au-dessus du toit; on peut même se passer de ces tuyaux et se borner à percer le plancher d'un certain nombre de petites ouvertures disposées en rosaces, qui amènent l'air neuf par des conduits d'aspiration placés

3* ÉDIT. — H. 3fi

nYClKNB PUBLIQUE.

SOUS le parcjuet. Le volume des voies d'entrée pour l'air neui'et do sortie pour l'air altéré, doit être calculé d'après la quantité d'air à introduire dans un temps donné. La surface de section du tuyau d'évacuation sera équivalente àlasommedes surfaces de section des tuyaux d'entrée ; le trajet de tous les tuyaux, afférents etelférenls, doit être aussi court que possible.

De simples ventouses, suffisamment multipliées, aident à compenser d'une manière efficace le défaut de capacité des chambres. En les mettant en relation avec des cheminées qui régnent sur toute la hauteur des bâtiments, on réalise des effets ventilateurs assez énergiques, en vertu de faibles excès de température de l'air de la cheminée sur celle de l'air extérieur. Les ventouses sont surtout utiles en été, pourvu qu'il n'y ait point équilibre de température entre l'air extérieur et l'air intérieur. M. Félix Leblanc a précisé par des expériences anémométriques la valeur de deux ventouses établies dans la caserne de Lisieux , rue des Carmes à Paris, en jaugeant le courant d'air auquel elles donnent passage :

Hauteur. Section.

ventouse 12m O^n- q-,0476 chambrée à 54 hommes.

2* ventouse 14^,50 O"". q.,06 chambrée à 21 hommes.

La ventouse n" 1 a fourni 2 mètres cubes d'air de ventilation par heure et par homme ; et la ventouse n>' 2, 7 mètres cubes par heure et par homme, l'excès de température n'étant que 2 degrés centigrades. L'ouverture ou la clôture des croisées influe sur la vitesse de l'écoulement de l'air: M. Leblanc a trouvé le 12 mars mii :

Vitesse. Dépense par heure.

Croisées fermées 190"-

Croisées ouvertes 3%08 221'". c.,76

Le chauffage par l'eau chaude en circulation, imaginé par Bonnemain en 1777 et appliqué depuis longtemps en Angleterre, a été perfectionné par M. Léon Duvoir et appliqué par lui au double but de la calorification et de la ventilation (1). Il est fondé sur ce principe connu, que le changement de densité que l'eau éprouve par l'élévation de sa température a pour effet de la mettre en mouvement. Une cloche à chaudière placée dans le bas

(1) Voyez la description détaillée de son système {Annales d'hygiène, t. XXXII, p. 50).

de l'édifice, un réservoir dans les combles, deux tuyaux intermédiaires dont l'un sert à l'ascension de l'eau jusqu'au réservoir, et dont l'autre la ramène à la chaudière au sortir des conduits secondaires, récipients, renflements, poêles, étuves, etc., qu'elle a échaufïés dans ses circuits : tel est le système de circulation qui permet à M. L. Duvoir de distribuer uniformément la chaleur dans les plus vastes établissements et qu'il a appliqué à la maison impériale de Charenton, à la Madeleine, à la Chambre des pairs, à l'Observatoire, etc. Les conduits secondaires partant du réservoir sont munis de robinets qui permettent d'activer, de diminuer, d'arrêter même le chaufîage sur tel ou tel point déterminé. Pour qu'ils ne perdent point trop rapidement leur calorique, ils sont enfermés dans un tuyau de zinc qu'entoure une tresse de foin revêtue elle-même d'une couche de plâtre. Afin d'employer toute la chaleur produite parle combustible, M. L. Duvoir adopte le chauffage à air chaud pour les pièces voisines du calorifère, réservant aux localités plus distantes le chauffage à circulation d'eau chaude. A ces deux modes de chauffage correspondent deux modes de ventilation, mais réglés d'après un principe commun qu'il importe de signaler. Dans les espaces clos que l'on chauffe au niveau du plancher, et que l'on ventile par l'arrivée de l'air froid à leur partie inférieure, les assistants ont les jambes glacées et la tête entourée par une couche d'air plus chaud ; en effet, les pièces ainsi chauffées présentent une série de couches d'air horizontales de températures décroissantes de haut en bas. Dans une pièce de 6™, 50 de hauteur, des thermomètres centigrades, échelonnés par intervalles de 0°\65, ont fourni les indications suivantes.

Au niveau du plancher. . 18", 36

A 0"',6.^ de hauteur 19°, 69

A l-.SO — 21°, 12

A 5'", 25 de hauteur. . . . 26",97

D'oii l'on voit que du plancher au plafond, de la l'« à la 10^ cou che d'air, la température a presque doublé. Un autre inconvénient du mode ordinaire de ventilation, c'est l'écoulement trop rapide, par les ouvertures supérieures, de l'air chaud qu'il importe le plus de conserver et que l'on n'obtient qu'à force de combustible. M. L. Duvoir a donc eu l'idée de faire arriver, par la partie supérieure des pièces à chauffer, l'air chaud qu'il emprunte à différentes

56/» HYIÎIÈNK PnBl.lUUI'..

portions (lu calorifère ; cet air s epand en nappes horizontales qui descendent, poussées d'un côté par l'élasticité de nouvelles masses d'air chaud, et de l'autre par l'aspiration (pii si; fait au niveau du plancher à l'aide d'une bouche d'appel , de section égale à la bouche de chaleur, et communiquant par un conduit particulier avec le foyer du calorifère : on obtient de cette manière une température à peu près uniforme dans la pièce, tout en conliant au foyer même du calorifère l'appel de l'air qu'il s'agit de renouveler. Les parties de l'édilice, situées à plus de 30 mètres de l'appareil, sont ventilées par des tuyaux particuliers qui, partant du fond du réservoir supérieur, descendent dans un des angles des pièces échauffées, et finissent par se réunir au retour d'eau dans la partie inférieure de la chaudière. Ces tuyaux de ventilation sont logés, comme ceux de chauffage, dans une large enveloppe de zinc, percée d'ouvertures au niveau'du plancher des chambres; l'air vicié sort par les ouvertures, se dilate par contact avec le tuyau à eau chaude, s'élève jusqu'aux combles, où il se déverse au dehors. Lerelluxde l'air vicié d'une chambre dans une autre est empêché à l'aide de cloisons qui partagent la cavité intermédiaire entre l'enveloppe de zinc et le tuyau à eau chaude en autant de compartiments qu'il y ade pièces à ventiler. Le système de M. Duvoir permet de ventiler sans chauffer, l'air neuf étant appelé par le déplacement de l'air vicié de température et de densité différentes. Ses avantages sont les suivants : régularité du chauffage .'t de la ventilation ; absence de l'odeur de brûlé qui se lie très probablement a un certain degré d'insalubrité de l'air ; facilité de porter la chaleur a peu près sans perte à plus de 200 mètres du foyer sans avon- a compter avec les difticultés de la construction des édifices; distribution plus uniforme du calorique dont l'eau se charge abondamment pour ne le céder qu'avec lenteur; enfin, moins de chances d incendie en cas de néghgence des dispositions prescrites. On ne lui reprochait qu'un inconvénient jusqu'en ces derniers temps, c'est que la totalité du service dépendant d'un seul appareil, un dérangement ou la nécessité d'une réparation suspend la ventdation dans des établissements qui, tels que les hôpitaux et les prions ne peuvent s'en passer un seul jour: d'où la nécessite de mnitiolier les foyers autant que les subdivisions principalesd un eta- M s^i::::; nJs -e.U«aU„ns a„s. exacte. ,uo l.^ eus^ ,ln M Grassi, pharmacien en cliel .le 1 liôpital la Riboisicre ou llrmc ce système en concu..ence avec celui de MM. Tl.omas

et Laurens, y ont fait ressortir d'autres défectuosités plus graves. Sans mentionner le danger des Fuites énormes d'eau ciiaude que M. Léon Duvoir sait prévenir parle soin de ses constructions, ni la lenteur avec laquelle on rétablit à un degré convenable une température devenue trop basse, M. Grassi a prouvé rinsuffisance de la ventilation que procure cet appareil, et l'erreur des résultats qu'on a fait valoir en sa faveur. Ses expériences, minutieuses et multipliées, ont porté d'abord sur la ventilation considérée isolément dans trois salles ; il les résume ainsi : Volume d'air entré par les poêles, par beure et par malade :

Salle Salle Salle

Sainte-Eugénie. Sainle-Élisabeth. Sainlc-Anue, Moyenne.

Volume d'air sortant des salles par heure et par malade :

D'où : volume d'air entrant par les joints des portes et fenêtres :

Le volume d'air sortant par la cheminée d'appel étant par heure et par malade de 82""=, 8, tandis que celui qui vient des salles n'est que de 7Zi m. c. , il en résulte que le volume d'air entré directement du grenier dans la cheminée d'appel est de ^""^ ,8 par heure et par malade.

D'autres séries d'expériences, portant sur la ventilation et le chauffage, ont fourni les données suivantes sur l'état de la ventilation dans les trois salles sus-indiquées dont se compose le premier pavillon de l'hôpital :

Mètres cubes.

Air entrant par les poêles, par heure et par malade. . 35,0 1

— sortant des salies 82,4 2,37

— entrant par les portes et fenêtres. 47,7 1,37

— sortant par la cheminée d'appel 97,9 2,8

— entrant du grenier dans la cheminée 15,5 0,4

« La quantité d'air qui entre par les poêles est donc toujours plus faible que celle qui entre par les joints des portes et fenêtres. En présence de ces faits, je n'hésite pas à dire que ces conditions de

•'>(j6 HYGIÈNE l'UBLIQUE.

ventilation sont mauvaises. L'air qui pénètre par les ])ortes et lenêtres, quoi qu'on en ail dit, ne ventile pas utilement ; entrant à peu de distance des orilices de sortie, il est appelé par eux et leur arrive directement sans se mélanger à l'air de la salle; il passe ainsi près des malades, qu'il entoure d'air froid. Cet air, ainsi pris indistinctement dans les cours et dans les corridors, peut ne pas être pur. Le cahier des charges, en exigeant une ventilation de 60 m. c. par heure et par malade, ne spécifie pas si ce volume sera mesuré dans la cheminée d'appel, ou hien s'il se rapporte à l'air qui entre par les poêles : c'est une lacune très regrettable (1). » Pour tout ce qui précède, M. Grassi s'est placé dans les circonstances les plus favorables au système de ventilation par appel, celles dans lesquelles la température extérieure est au-dessous de celle des salles; en été, quand l'équilibre de température existe, l'effet ventilateur du système serait à peu près nul. En hiver, cet effet n'excède pas 30 m. c. par heure et par malade, c'est-à-dire qu'il ne répond pas aux exigences actuelles de l'hygiène nosocomiale.

La ventilation par appel a-t-elle fait son temps et sera-t-elle remplacée par la ventilation mécanique ou par pulsion? MM. Thomas et Laurens ont combiné ce dernier système avec le mode de chauffage de M. Grouvelle par l'eau et la vapeur ; l'expérience de l'hôpital la Riboisière, où il fonctionne à côté de l'appareil de M. L. Du voir, lui est favorable ; son élément caractéristique est un ventilateur à force centrifuge, qui, mû par une machine à vapeur, aspire de l'air pris dans un point élevé de l'atmosphère et le pousse dans un tuyau ramifié dans toutes les pièces à ventiler ; au moment où il entre dans les salles, cet air s'échauffe au contact des tuyaux de vapeur et des poêles à eau chauffés par de la vapeur. H se compose : 1" de générateurs ou de chaudières ; 2° de machines mettant en mouvement les ventilateurs ; 3° de la canalisation générale de la vapeur qui doit chauffer les poêles ; Zi" de la canahsation générale de retour d'eau, suivant, en sens inverse, le même trajet que le précédent; 5° de poêles destinés au chauffage des salles, des promenoirs des malades et de la cage de l'escalier ; ()" de la canalisation générale de l'air poussé par le ventilateur; 7" d'étuves chauffées i)ar la vapeur, et placées aux différents étages ; 8" d'un fourneau d'office à feu nu, placé au rez-de-chaussée

(1) Grassi, loc. cit., p. î>l et suiv. {Annales d'hygiène, 1856, l. VI, 1». 188).

de chaque pavillon, et dont la cheminée, montant des caves jusque sur les combles, opère énergiquement la ventilation des cabinets d'aisances (1) par un appel établi au moyen d'un canal souterrain, l^'air est porté à chaque étage par des canaux en maçonnerie couverts de plaques de fonte, et dans lesquels circulent les tuyaux de •vapeur qui vont chauffer des poêles à eau placés dans chaque salle : il est épanché dans les salles par des grilles ménagées dans des plaques de fonte et dans les canaux intérieurs des poêles, canaux pourvus d'appendices en fonte pour rompre les courants d'air et chauffer en hiver cet air avant qu'il pénètre dans les salles avec de petites vitesses. L'air vicié sort par des ouvertures d'appel disposées en haut et au bas des murs et montant jusque sous le cornble, d'où il passe par des gaines dans une grande cheminée d'évacuation.

Le chauffage s'effectue par la vapeur qui, après avoir mis en mouvement la machine, arrive par les divers branchements de l'artère principale aux poêles des salles et élève la température de l'eau qu'ils contiennent; l'eau de condensation est ramenée à la machine par le tuyau de retour. Pour éviter les pertes de chaleur, l'air de ventilation contenu dans le grand tuyau porte-vent est chauffé, non dans les caves, mais dans l'épaisseur des planchers, dans le caniveau central, où il circule en contact avec les tuyaux de vapeur et de retour d'eau ; il s'échauffe encore dans les tuyaux verticaux contenus dans les poêles qu'il traverse. Quand les grands froids l'exigent, on ajoute à ces moyens de chauffage un courant de vapeur pris directement sur la chaudière par un tuyau qui va se brancher sur l'artère principale. Ce chauffage est régulier et dure longtemps après la fermeture du conduit qui apporte la vapeur aux poêles, avantage dû a la marche lente du refroidissement de la masse d'eau qu'ils renferment ; il permet d'élever rapidement la température d'une salle; on modère à volonté l'arrivée du courant de vapeur, et, par conséquent le degré de chaleur dans les salles. Pendant les six mois de l'hiver 1855-56, quelle que fût la température du dehors, celle des salles de l'hôpital la Riboisière, chauffées par ce procédé, a toujours été supérieure à 15 degrés centigr. En été, quand il ne s'agit que de ventiler, on ferme le robinet des branches qui conduisent la vapeur aux poêles ;

(1) Pour les détails de la cooslruclion de cet appareil, nous renvoyons à la Thèse dp M. Grassi, p. 55 et suiv.

•"^OS nyCIÈNE l'UBLIOUE.

celle-ci ne chauffe plus que les éluves, et son excédant passe dans lin grand réservoir d'eau pour les bains. I>'air puisé à la i»artie supérieure du clocher, étant moins chaud que celui des salles, sert à les rafraîchir; en outre, un tube plein d'eau froide s'ouvnî dans le ventilateur par un robinet. Le jet d'eau qu'il fournit, versé sur les ailes du ventilateur qui opère /iOO tours par minute, se disperse' en rosée et s'évapore dans ce courant d'air rapide auquel elle enlève du calorique latent.

Quant à la ventilation, M. Grassi résume ainsi ses observations : 1° La moitié de l'air qui circule dans le tuyau porte-vent est puisée directement dans les caves quand toutes les fenêtres sont fermées ; mais, à l'aide de quelques modifications peu importantes que M. Grassi a indiquées, on peut n'envoyer dans les salles que de l'air puisé à la partie supérieure du clocher, à une grande hauteur dans l'atmosphère, et parfaitement pur ; 2° une machine à 88 coups de piston par minute et faisant marcher un seul ventilateur, pousse dans les salles du premier pavillon un volume d'air de 132 m. c. par heure et par malade (le cahier des charges n'en exige que 60). Le pavillon n" 2 est ventilé à raison de 126 m. c. ; le troisième pavillon, le moins favorisé, en reçoit encore 88 m. c. par heure et par malade. Il est aisé de rendre la ventilation uniforme dans les trois pavillons au taux de 115 m. c. par heure et par malade. Il est à noter que cette ventilation est effective et se rapporte seulement à l'air pur que la machine pousse dans les salles; 3° les ouvertures d'entrée et la vitesse du courant sont calculées de manière à ne produire aucune sensation incommode de courant d'air ; U° la sortie de l'air se fait régulièrement; 5° l'ouverture des portes et fenêtres diminue un peu le courant d'air, mais ne le dévie jamais de manière à ramener dans les salles l'air vicié qui en était déjà sorti; 6° le reproche déplacer les malades dans un air comprimé n'est pas fondé ; 7" l'air sortant a donné à l'analyse 0,0011 d'acide carbonique, dose très salubre; 8* l'air injecté n'est pas desséché, et, quand il y a lieu, on augmente son humidité en injectant dans le ventilateur un courant d'eau ou de vapeur ; 9 " en été, l'air qui entre dans les salles est plus frais que l'air extérieur; 10° les cabinets d'aisances, parfaitement ventilés, ne laissent jamais pénétrer dans les salles la moindre mauvaise odeur ; 11" le nombre des coups de piston de la machine mesure la ventilation ; un employé subalterne, un appareil compteur même suffit à celte vérification qui importe beaucoup à l'administration ; 12"^ le système de MM. Thomas et

Laurens a l'avantage de ventiler en été aussi puissamment qu'en hiver : les croisées ouvertes pour laisser pénétrer les rayons solaires, la ventilation n'est point troublée, et chaque malade continue de recevoir 115 m. c. d'air par heure ; 13" en analysant la dépense imputée à ce système, retranchant ce qui lui est étranger, et tenant compte des économies en partie déjà réalisées, on trouve que les résultats qu'il procure cotJtent moins que ceux du système de M. L. Duvoir.

La ventilation mécanique par pulsion ou par insufflation est évidemment préférable, toutes les fois qu'on peut, comme dans les hôpitaux, utiliser la vapeur perdue des machines à vapeur pour chauffer les bains, des fourneaux d'office, des salles, une buanderie, etc., et, par conséquent, avoir presque gratuitement le moteur nécessaire. M. Dumas Va appliqué au palais de l'ancienne chambre des députés. M. Peugnot, en l'installant dans son aiguiserie d'Hérimoncourt (1845), a diminué la mortalité et le nombre des cas de phthisie parmi ses ouvriers. M. le général Morin a étendu le même bienfait aux ouvriers de Chàtellerault. Le même procédé a servi à assainir les ateliers de cristaux de Baccarat.

Le docteur Van Hecke a eu l'idée d'employer des contrepoids pour commander un ventilateur aspirant ou soufflant : sur les combles de la prison des Carmes à Bruxelles, il a fait disposer une sorte d'ample cheminée en métal, contenant une hélice et communiquant par des conduits avec toutes les cellules que d'autres tuyaux mettent en rapport avec le calorifère placé dans les caves. Le ventilateur est mis en mouvement à l'aide d'un contrepoids qu'on remonte tous les matins par une manivelle ; chaque révolution que l'on fait faire à cette manivelle détermine 1550 révolutions de l'appareil. Dans ce mouvement accéléré, l'hélice enlève et expulse l'air vicié des cellules, sans cesse remplacé par l'air neuf qui monte des caves par les tuyaux du calorifère. Une commission dont faisaient partie MM. Vleminckx et Ducpétiaux, s'est assurée que l'appareil accomplit 170 révolutions par minute, à chacune desquelles l'appareil est parcouru par une colonne de 1,0565 mètre cube d'air, ce qui donne environ 3^iOO mètres cubes d'air par heure, et, par conséquent, US mètres par cellule ou par individu ; en même temps elle a constaté « que les appareils ne fonctionnaient qu'avec modération, puisque l'action du moteur à contrepoids aurait pu être augmentée par l'emploi de 150 kilogrammes de poids disponible. )j L'inventeur n'a réglé l'allure à /i8 m. c. d'air que par la crainte,

570 IIYUIÈNK l'UBLIQlJK.

partagée par la commission, d'iiicommotler les détenus par des courants d'air; au moyen des poids et des registres, on gouverne la marche des appareils, de manière à faire varier instantanément de un à plusieurs degrés l'aiguille du cadran (pii, jouret nuit, indique la force réelle de la ventilation. Enfin, une femme peut, en cinq minutes, remonter le soir et le matin le moteur ii contrepoids, ce qui suffit pour assurer la régularité constante de fonctionnement des appareils. Quant à la dépense que coûte cette ventilation, elle se réduit à zéro. Nul doute que le système du docteur Van Hecke ne l'emporte sur les ventilateurs tournés à bras d'homme (prison de Tours) ; mais, suivant M. Grouvelle, il ne donnera de résultats utiles que dans les établissements de petites dimensions.

Les ingénieurs ont multiplié les inventions de ventilateurs applicables à des cas particuliers: tels sont les ventilateurs à palettes droites, celui à ailes courbées de M. Combes, qui, dans les essais de M. Glépin, ingénieur des houillères du Grand-Horme, près Mons, a donné 750 m. c. d'air par kilogramme de houille brûlée. La roue pneumatique d'un autre ingénieur belge, M. Fabry, a un rendement utile de 50 à 60 pour 100 du travail brut qu'on lui applique, et est préférée dans beaucoup de raines de la Belgique et du nord de la France.

La grande difficulté est l'appropriation des divers procédés de ventilation aux diverses catégories d'édifices pubhcs. On ne ventile pas une prison comme une salle de spectacle, un hôpital comme une caserne. L'appareil par pulsion qui réussit à l'hôpital la Riboisière, procurerait-ii dans les 1224 cellules de la prison Mazas la répartition égale de la ventilation que l'on y obtient par les procédés de l'aspiration centrale? L'étendue et la division des espaces à ventiler, peuvent contrarier la sécurité et la régularité du tonclionnement des appareils, entraîner une forte élévation de la dépense. Des expériences comparées, prolongées, variées, sont encore nécessaires pour rallier l'hygiéniste et l'architecte à tel ou tel procédé de ventilation. Ce qu'il est permis d'affirmer dès aujourd'hui, c'est que là où la ventilation par refoulement ou par insufllalion trouve son emploi, on a l'avantage de prendre à un point élevé et en dehors de toutes les sources d'altération de l'air parfaitement pur, de le diriger en quantités réglées dans les locaux, de pouvon- ventiler en été avec de l'air rafraîchi dans les caves, même quand les fenêtres des salles sont ouvertes, d'en éloigner sévèrement 1 air infecté d'un autre bâtiment et des latrines, d'utiliser la vapeur

perdue du moleui' qui conduit le ventilateur au chauffage des salles en hiver et à celui des bains en été.

Dans la question du chauffage et de la ventilation, il ne faut point perdre de vue la quantité de chaleur produite par l'homme lui-même. Celui-ci, brûlant dans l'acte de la respiration ei par heure Os',67 d'hydrogène et 10 grammes de carbone, ces proportions représentent, la première, '2'6,U50 unités de chaleur, et la seconde, 79,000; total : plus de 102,000 calories, dont un quart environ sert à la vaporisation des UO grammes d'eau que fournissent en moyenne, dans le même laps de temps, les perspirations cutanée et pulmonaire; les trois autres quarts se communiquent à l'aire aux corps ambiants. Or, pour procurer par heure à un homme 10 mètres cubes d'air à 15 degrés, la température extérieure étant à zéro, il suffit d'une dépense de 50,000 calories. La chaleur produite par l'homme couvre donc le déficit de température de l'air introduit par ventilation ; mais il restera à compenser par le résultat du chauffage la perte par les vitres et les murs. Celle-ci est évaluée à 80 unités de chaleur par mètre carré de vitre et par heure, et à 27 unités de chaleur par mètre carré de mur par heure. A ces nombres, il convient d'ajouter pour le rez-de-chaussée la perte causée par le parquet, et pour le troisième étage, celle occasionnée par le plafond.

En somme, toute ventilation doit subvenir aux besoins suivants: 1° Il faut pour la respiration et par heure, à un homme, 1 mètre cube, et à une femme 0 mètre cube 566 litres d'air à 16 degrés centigrades. 2" Pour réduire l'acide carbonique exhalé par la respiration à 2 pour 1000, il faut par homme et par heure 11 mètres cubes, et à une femme 6 mètres cubes 250 litres d'air à 16 degrés centigrades. 3° Pour évaporer les 31 grammes de transpiration pulmonaire fournie en moyenne par heure , il faut 3 mètres cubes 100 litres d'air, et, pour les 60 grammes de transpiration cutanée, 6 mètres cubes d'air par heure à 16 degrés : total, 21 mètres cubes d'air à 16 degrés centigrades par homme et par heure ; 15 mètres cubes 916 litres d'air à 16 degrés par femme et par heure. Ces évaluations sont faites au maximum, basées qu'elles sont sur les données de MM. Andral et Gavarret. En effet, tandis que ces expérimentateurs estiment le carbone brûlé en une heure par la respiration d'un homme adulte à ll8r,3 = 0,21 litre d'acide carbonique, auxquels M. Poumet ajoute 1 litre pour la diliitation à 6 pour 100, soit 22 litres d'acide carbonique à 16 degrés centigrades, M. Schar-

372 HTGIÉNE PUBLIQUE. ^

ling n'a évalué qu'à 6 grammes 1/2 de charbon = 12 litres d'acidB carbonique, l'eiïet de la respiration d'un soldat danois de vingtsix ans à l'état de sommeil (1).

3" Eclairage. Dans les établissements publics il se fait à l iiuile ou au gaz. Chaque bec à l'huile brûle, terme moyen, 10 grammes d'huile par heure, et, comme 1 kilogramme de ce liquide exige pour sa combustion complète 10 mètres cubes d'air à zéro, plus 6 pour 100 pour la dilatation = 10 mètres cubes 600 litres d'air à 16 degrés centigrades, chaque bec aura besoin de 106 litres d'air à 16 degrés par heure, = 1 mètre cube 272 litres d'air à 16 degrés» pour une nuit de 12 heures. Chaque bec à gaz dépense en moyenne î et par heure 102 litres (3 pieds cubes) de gaz, dont la combustion i consomme 1 mètre cube 563 litres d'air atmosphérique; pour les; douze heures de nuit, il faut à chaque bec 1 mètre cube l'ih litres de gaz et 18 mètres cubes 756 litres d'air. Mais l'éclairage ne se borne pas à dépouiller d'une partie de son oxygène l'atmosphère j d'un local ; il y verse de l'acide carbonique provenant de la combustion. Un bec à l'huile verse en une heure 15 litres d'acide carbonique, et un bec de gaz 206 litres ; ce dernier produit en outre 165 grammes d'eau pendant le même temps. Pour ramener a la proportion de 2 pour 1000 d'air les 182 litres d'acide carbonique provenant de l'éclairage d'un bec à l'huile pendant 12 heures de? nuit, la ventilation devra fournir 91 mètres cubes pour le même temps ou 7 mètres cubes 500 litres par heure. Pour réduire à i 2 pour 1,000 les 206 litres d'acide carbonique provenant d'un becî de gaz à la houille qui brûle pendant une heure, il faudra i 102 mètres cubes, et, pour les 2 mètres cubes kh% litres exhalés en i 12 heures, 1226 mètres cubes d'air; les 165 grammes d'eau prove-nant de la même source en une heure exigeront pour leur évaporation, par heure, 16 mètres cubes 500 litres d'air à 16 degrés centigrades, et, pour 1 kil. 980 grammes d'eau produits en 12 heures, il faudra 198 mètres cubes d'air. Ces calculs fout voir combien l'éclairage influe sur la salubrité des lieux, et fixent, peut-être avec; quelque exagération, le surcroît de ventilation qu'il nécessite.

1° Églises, temples. L'hygiène n'a guère été consultée dans leur édification : on en voit qui s'élèvent au milieu de quartiers popu-

(1) Annales de chimie et de pf\ysique, 3* série, t. VIII, p. 4"8.

leux et lie rues étroites dont ils augmentent l'humidité par l'élévation de leurs murs ; leurs abords ne sont pas assez dégagés et spacieux , des portes basses conduisent dans une enceinte sombre, froide, où l'air est incessamment vicié par la respiration des fidèles et par la combustion des cierges et des aromates ; dos vitraux coloriés oblitèrent de vastes fenêtres qui ne s'ouvrent jamais ou que par des vasistas insuffisants ; en hiver, point de chauffage ; en été, on éprouve en y entrant une sensation de froid. La suppression des inhumations sous les dalles où, chaque jour, la prière s'agenouille], est à peu près la seule mesure de salubrité qui ait été réalisée dans les églises. Signaler leurs défectuosités, c'est avoir indiqué les améliorations qu'elles réclament, et qui, faciles à exécuter, se résument dans le dégagement extérieur de leurs masses monumentales, dans leur ventilation et leur caléfaction en hiver. M. Péclet remarque que les pièces nombreuses qui, réunies par des lames minces de plomb, composent les vitraux de leurs nefs laissent entre elles des fentes par où s'exerce un tirage énergique sur l'air extérieur à chaque ouverture de portes ; mais ce n'est point là une bonne aération ; ces mêmes vitraux coloriés interceptent la lumière solaire ; or, l'air et la lumière sont d'autant plus nécessaires aux églises que leurs matériaux de construction, pierres et dalles partout, les rendent généralement humides. Les inhumations dans leurs caveaux y créaient autrefois une cause particulière d'insalubrité (voir plus haut, cimetières); on y a renoncé, Toutefois, il y a quelques années, le comité consultatif d'hygiène eut à délibérer sur un projet de décret autorisant ces inhumations à prix d'argent et dans des conditions destinées à en prévenir les inconvénients. Le comité se montra opposé au prirjcipe même du projet , et l'administration eut la sagesse d'y renoncer.

2° Asiles pour renfance, collèges, séminaires, etc. Tous ces édifices doivent réunir au plus haut degré les avantages d'une bonne exposition, de l'isolement sur des points élevés, de l'abondance d'eaux salubres, d'un chauffage convenable en hiver, d'une ventilation régulière dans les salles de classes et d'études, dans les dortoirs et chambrées, de la propreté des latrines, qui laissent tant à désirer dans la plupart des établissements de cette catégorie, etc. Que la lumière solaire , dont l'influence sur le développement du corps est si protonde, pénètre facilement dans toutes les parties des bâtiments ; qu'une température douce, égale, y règne pendant la saison froide, dont on coKuaît les effets meurtriers sur les en-

^' ^ UYGIENE PUBLIQUE.

tants vu bas ftgo. Des dortoirs spiicieux , des salles d'études accessibles à l'air et au soleil, des cours et des jardins pour les jeux, les promenades et les exercices gymriastiques, des bains et des soins exacts de propreté, un sonrimeil suffisant, une surveillance nocturne qui prévienne les écarts d'une funeste précocité ; une nourriture saine, assez variée, et préparée avec une propreté sévère; un temps de récréation après les repas, plutôt nombreux qu'abondants ; une juste pondération des travaux intellectuels et des exercices propres à développer la force piiysique ; la séparation en quartiers et en cours de récréation distinctes suivant les âges et les intelligences ; la visite journalière d'un médecin qui soumet les élèves à une exploration particulière dès leur entrée dans la maison, qui les suit dans les phases de leur évolution et qui fait fléchir la règle commune suivant les indications de leur santé ; une infirmerie établie dans un corps de bâtiment isolé où toutes les sollicitudes de la famille entourent le jeune malade, mais dans laquelle il ne faut pas créer par l'accumulation des malades un foyer d'infection ; l'attention de renvoyer sous le toit domestique tous ceux dont l'état peut donner lieu a des craintes de propagation morbide ou réclamer des soins tout particuliers : tels sont les éléments essentiels de l'hygiène des établissements dont il s'agit. La création des salles d'asile est due au saint Vincent de Paul du protestantisme, à Oberlin, le pieux pasteur du Ban de la Roche (Vosges). Une ordonnance royale du 22 décembre 1837 les a placées dans le ressort du ministère de l'instruction publique; elle les distingue en publiques et en privées, et n'autorise ces dernières que lorsqu'un logement et un traitement convenables ont été assurés à la personne chargée de les tenir ; les enfants des deux sexes y sont admis jusqu'à l'âge de six ans; on leur enseigne la lecture, l'écriture, le calcul oral ; on y joint des chants moraux et des ouvrages d'aiguille. En I8k0, 51,000 enfants fréquentaient en France 555 salles d'asile.

3° Théâtres. La foule s'entasse pendant cinq à six heures dans des théâtres qui réunissent toutes les causes d'insalubrité : élévation rapide de la température, consommation d'oxygène et production d'acide carbonique par la respiration de tant d'individus, par la combustion d'un grand nombre de becs à l'huile ou de gaz, volatilisation de la matière animale qu'entraînent les respirations pulmonaire et cutanée ; dans les places du rez-de-chaussée (parquet, parterre), accumulation des gaz méphitiques plus lourds que l'air ; dans les parties élevées, température plus que double de celle qui

ÉDIFICES rCBLlCS. -CONDITIONS PARTICULIÈRES. 575

rèsne inférieurement; au sortir rte cette fournaise n.-iasmat.que, Heseonidovs dont le IVo-d saisit et glace le spectateur; dans 1 inteieur m ie des salles, des courants d'air dangereux par ouverture rieui lueiiic uca , i„„^„ riflpau conflit entre l atmosintermittente des portes; au levei du f'^^"' , , ^

phère dilatée de l'enceinte et l'atmosphère P^^«^ ^ ^^^^^^^^ '^J//^; Lcnez à tous ces inconvénients la gene des attitudes a cause ûe a Sens^i^n p rcimonieuse de l'espace. Faut-il s'étonne.^ qu un our de s ectacle gratuit, on ait trouvé dans une seconde loge Wg^^r^^^^^^^^^^^^ réduU à 19 pour 100? Les théâtres exigent donc un svs ème de ventilation continu, que l'on réahse en établissant Z lTe c\.eml.^^ d'appel placée au-dessus du lustre Darcet) : la Valeur de celui-ci dilate l'air ambiant, en détermme écoulement par l'ouverture pratiquée au plafond; la cheminée d appel communique par des canaux avec le plafond des loges; l irruption brusque de l'air frais du dehors donnerait lieu a des courants d air incommodes, on l'amène par des conduits ramifiés au-devant du plafond de chaque loge. Le système deM. L. Duvoir convient mieux ici que dans les hôpitaux, surtout en hiver où il répand dans toutes les parties des théâtres une chaleur uniforme; il y procurera, a raison de 30 mètres cubes d'air par heure et par spectateur, un renouvellement suffisant de l'atmosphère ; son application à 1 Opera- Comique de Paris a parfaitement réussi. Nous ne parlons pas de l'influence morale du théâtre; il est l'un des miroirs réflecteurs de la société contemporaine; il peut devenir sous la possession du génie un foyer de nobles inspirations, mais nous ne croyons pas qu'il ait l'initiative du mal qu'on lui attribue. Le théâtre tavonse le déploiement des arts et ménage à une certaine classe d'esprits des plaisirs de convention qui ne manquent ni de délicatesse m d'utilité mais il remue aussi les passions et les mauvais instmcts. Plus d'une jeune fille a laissé dans la première soirée passée au théâtre la moitié de son innocence morale ; plus d'un crime y a pris naissance par l'éveil du penchant à l'imitation. Si les théâtres n'existaient pas, il n'y aurait pas une vertu de moins sur la terre.

U" Casernes. La première ordonnance pour le casernement des troupes date du 3 décembre 1091 ; elle affranchit les bourgeois de l'obligation d'héberger les militaires. Vauban éleva des casernes dont il rattacha la construction à un système général de défense, et la distribution qu'il adopta est encore, à quelques changements près, la meilleure à suivre. Des raisons de stratégie, de finance ou de localité ont presque toujours gêné le choix du lieu, de l'expo-

57G HYGIÈNE PUBLIQUE

sitioii et du mode d'édification des casernes. Dans les villt;s fortes^B on en voit qui sont presque adossées à des remparts élevés et dont^ les étages intérieurs ne sont jamais visités par un rayon solaire; ailleurs elles sont encaissées au milieu des ruelles les plus étroites et les plus misérables d'une cité populeuse, on jetées en corps de bâtiments distincts sur les deux rives de rivières à cours lent ou sujettes à débordement. La plupart des édifices qui logent le soldat n'ont pas été destinés primitivement à cet usage; un grand nombre de couvents y ont été appropriés tant bien que mal, et le vice de la distribution intérieure réagit sur la salubrité de ces habitions dispendieusement transformées. Que les casernes s'élèvent dans des lieux élevés et parfaitement dégagés, au levant dans les pays chaudS; au midi dans les climats froids ; qu'elles soient partagées dans leur intérieur par de longs corridors et des chambres spacieuses, où chaque militaire trouve au moins 6 mètres cubes d'air par heure après clôture des portes et fenêtres. Pour celles-ci, mêmes conditions que dans les hôpitaux : lorsqu'elles ferment mal, elles procurent, il est vrai, un supplément notable de ration atmos phérique aux habitants d'une chambrée, mais il faut pourvoir aux besoins de la respiration autrement que par la défectuosité des jointures; les entrées et sorties pendant la nuit, si elles ont pour effet d'atténuer le méphitisme des salles, troubl(;nt le repos des hommes et les exposent à descourantsd'air froid. Qu'il y ait assez d'espace pour que les lits, les armes, les effets, les tables et les bancs ne mettent point obstacle à la circulation des soldats ; que les lits, écartés de 0"\50, ne soient point rapprochés jusqu'au contact, contrairement au règlement ; sinon la zone de respiration de chaque homme empiète sur celle de son voisin, et l'un et l'autre respireront un air plus impur, participant davantage à la nature de l'air expiré. Il est de la plus haute importance de fixer le nombre des lits à placer dans une chambre d'après sa capacité cubique, et non d'après la superficie qu'elle présente, et pourtant c'est cette dimension qui a servi de base jusqu'aujourd'hui à la répartition des lits. Dans les casernes à construire, on préfère aujourd'hui le système des dortoirs à celui des chambres ; il comporte des proportions monumentales, un plus ample espacement des lits, une ventilation régulière, l'application du chauffage par les calorifères, une surveillance plus rapide et plus complète. Le système des chambres entraîne presque toujours l'imperfection et l'insuffisance du chauffage en hiver, la saleté des locaux, l'encombrement on toute

saison. L'adoption d'une hauteur de 5 mètres pour les chambres de construction nouvelle rendrait matériellement impossible une réduction exagérée dans le volume d'air réservé à chaque soldat (Leblanc); avec des conditions favorables de ventilation naturelle (fenêtres nombreuses et percées à l'opposite), une capacité de lU mètres cubes par homme pourrait satisfaire aux exigences de la salubrité sans le secours d'une ventilation artificielle. Mais là où ces conditions manquent et où celte limite est excédée, l'emploi des moyens artificiels de ventilation devient nécessaire ; il est utile dans tous les cas, et quand il fait défaut, il convient de recourir au bon office des ventouses que l'on peut disposer de manière à augmenter le volume d'air individuel sans déterminer un abaissement trop prononcé dans la température intérieure. Dans les casernes de cavalerie, l'énergie de la ventilation doit égaler celle des sources d'émanations nauséabondes qui s'y rencontrent; les effets d'équil)ement et de harnachement devraient avoir leur place dans de grands vestibules, et non dans les chambres où couchent les cavaliers. Les casernes de toutes armes auraient besoin de réfectoires, afin que les soldats ne prissent pas leur nourriture dans les chambres. Les salles de police, les prisons et les cachots pèchent généralement contre les règles de l'hygiène; situés au rez-de-chaussée, mal exposés, mal aérés, ils réclament une ventilation artificielle, puisque le séjour des hommes punis y est continu : ceux-ci doivent être astreints aux soins journaliers de propreté personnelle; leurs vêtements, leurs couvertures doivent être secoués. Si leur détention se prolonge, ils seront conduits journellement à l'air libre durant quelques heures. Point de baquets à demeure ; et si l'on ne peut les supprimer, qu'ils soient vidés, lavés à grande eau plusieurs fois par jour, et frottés avec de la suie : 50 grammes de suie de houille désinfectent UO litres d'urine. On enduit d'ailleurs les baquets d'une légère couche de goudron, d'huile siccative, ou on les tapisse à l'intérieur d'une lame de plomb. Les cours des casernes doivent être spacieuses, disposées en pente, pavées sans intervalles et I balayées soir et matin ; on n'y laissera pas croître d'herbes ni sé- I journer les boues et immondices. Les latrines, ordinairement trop 1 éloignées des corps de logis, exposent les malades aux brusques j vicissitudes de température ; trop rapprochées, elles répandent leurs i émanations dans les chambrées. L'adoption des fosses mobiles I inodores pour les casernes serait une grande amélioration. Quelles 1 qu'elles soient, toutes les latrines doivent être assainies par le

3' ÉDlT, 11. 37

moyeu d'un tuyau d'appel, (il les pissotièces garnies d'une cuvella a la Deparcieux, Les buanderies, dis|)o^ées au rez-de-ciiausséo, auront leur sol dallé et incliné légèrement vers un caniveau qui aboutira au ruisseau de la cour. Le chauffage laisse beaucoup à désirer; il est inégalement conduit. Beaucoup de chambrées manquent de poêles et de cheminées; les soldats s'entassent dans celle» qui en sont pourvues, etc. La salubrité de ces habitations collectives joue un rôle prépondérant dans les épidémies, ainsi que l'a remarqué la commission de 1832 : sur deux compagnies de pompiers logées dans la caserne de la rue du Vieux-Colombier, il y eut \1 choléricpies, tandis que 1/45 vétérans casernés dans des chambres spacieuses qui prennent jour sur le jardin du Luxembourg n'offrirent qu'un seul cas de choléra. Il y a sept à huit ans, la fièvre typhoïde exerçait de grands ravages parmi les troupes/le Paris ; ils se sont notablement atténués depuis quelques années, et ce résultat s'explique par la cessiilion rie l'encombrement dans les chambrées.

5° Hôpitaux et Hospices. Cotte dernière dénomination a été substituée à la première vers la (in du siècle dernier afin de diminuer l'horreur qu'inspiraient alors les hôpitaux; aujourd'hui elle désigne les établissements qui servent de retraite aux infirmes, aux incurables et aux vieillards (1). Une seule institution de l'antiquité a de l'analogie avec nos hôpitaux : c'est le cynosarge d'Athènes qui recevait les enfants abandonnés et les citoyens devenus invalides au service de la patrie. Toutefois, d'après Mongez, Percy et Wudlaume(2), les principales villes de la Grèce salariaient des médecins chargés de soigner les indigents à doniicile. Dans le iv^ siècle, line illustre romaine, Fabiola, fonda une maison pour les pauvres et les infirmes qu'elle y soignait elle-même; à la même époque, Byzancevit surgir de nombreux établissements de charité; Rome dut ses hôpitaux aux papes. Leur exemple fut imité dans les principales cités de l'Europe: les hôpitaux de Lyon, de Reims et d'Aulun remontent au vr siècle; vers l'an 638, saint Landry fit bâtir l'Hôtel-Dieu de Paris. Les Arabes voulurent aussi abriter les infirmes et les pauvres, et dès le vni'= siècle, Cordoue posséda un splendide hôpital. Ces fondations se multiplièrent par suite des croisades, des pestes qui sillonnèrent l'Europe, etdes maladiesqui.

[\) Gazette médicale de Paris, 1846, p. 747.

(2) Mémoire sur les élablissemenls en faveur des indigents, des malades, des blessés, elc. Paris, 1813, iu-8.

rapportées (l'Orient OU nées des n:iœurs du temps, furent confondues sous le nom de lèpre ; le plus grand nombre des hôpitaux

datent du xv* siècle.

Les hôpitaux doivent s'élever hors du centre des villes, dans le quartier le plus sain, sur un emplacement libre et vaste, dans la direction de l'est et de l'ouest, de manière à présenter successivement leurs quatre façades au soleil pendant la révolution diurne; loin des usines , des fossés des remparts, des marais, etc. Si l'on ne peut éviter le bord des rivières, il faut exhausser le sol au moyen de voûtes et établir un quai entre le bâtiment et l'eau. Ant. Petit voulait donner aux constructions la forme d'une étoile dont les rayons auraient abouti à un dôme central. En réponse à un projet d'hôpital conçu par l'architecte Poyet, l'Académie des sciences blâma la forme circulaire et la forme carrée, la proximitédes croisées intérieures permettant à l'air d'une salle d'entrer dans une autre, et elle se prononça pour un bâtiment en simple parallélogramme dirigé de l'est à l'ouest. Vauban a donné la forme carrée aux hôpitaux mihtaires qu'il a construits, et il a sacrifié la ventilation intérieure au besoin de surveillance et à la commodité du service. Quant au nombre des étages, Hunter, Coste, Pastoret, Villermé. ont reconnu que dans la plupart des hôpitaux à plusieurs étages, la mortalité est, toutes choses égales d'ailleurs, plus grande dans les étages du haut que dans les autres. Le nombre des malades qu'ils admettent influepuissamment sur leur salubrité. Il est incontestable que la mortalité est plus forte dans les grands que dans les petits ■ hôpitaux. Jamais on n'a rassemblé impunément plusieurs milliers de malades dans un même établissement : 1000 à 1200 est un chiffre-limite, au delà duquel les abus et les dangers de l'infection deviennent difficiles à réprimer. L'étendue qui convient aux salles est indiquée par les résultats de l'observation: s'il meurt plus d'enfants à l'hôpital des Enfants malades que dans les hôpitaux Saint- Antoine , Cochin , Beaujon , Necker, cela tient uniquement, dit M. Trousseau, à la différence du nombre des lits dans les salles. Les salles vastes, bien percées, longues, hautes d'étage, plaisent à l'œil et valent mieux certainement que des salles étroites, basses, etc. Mais le grand nombre des malades qu'elles reçoivent les rendra toujours plus dangereuses qne de petites salles offrant les mêmes conditions d'aération et de lumière ; si large que soit le cube d'air assigné à chaque malade, les émanations s'y accumulent; le risque de la contagion et de l'infection est en raison directe du chiffre de

' DYGIÈNE PUBLIQUB.

la population des lits; il en est de môme des chances d'agitation nocturne et d'aggravation des maladies par l'ettel moral qui résulte de la présence des agonisants, des délirants, etc. A la Charité de Paris, la même salle règne au rez-de-chaussée et au premiw étage sur un développement de plus de 200 mètres, et contient de 119 à 225 lits. Le Val-de Grâce présentait il y a seize ans à chaque étage quatre salles communiquant directement entre elles, de manière à confondre leurs atmosphères; on y a fait depuis des intersections aux dépens de la longneur des salles, pour ménager des paliers et des cabinets intermédiaires, et cette mesure a singulièrementassaini ces locaux, où les accidents de l'infection, autrefois très communs, sont devenus fort rares. Plus les salles sont petites, plus on peut rapprocher chaque maladie des conditions de son hygiène privée, accoupler les cas semblables ou analogues, écarter le péril des transmissions morbides. Mais comme il faut tenir compte des nécessités de service et d'économie, il sera difficile de s'arrêter à 12 lits par chambrée, comme le veut M. Trousseau; nous accordons ^»0, et pour maximum 50, moyennant l'adjonction de cabinets particuliers qui, dépendant du même service, recevront les malades capables de troubler le repos ou d'engendrer un foyer d'extension pathologique. Les nouveaux pavillons construits au Val-de-Grâce remplissent ces conditions, et l'expérience a prouvé leur salubrité. Mais il importe que les salles soient parfaitement isolées les unes des autres et laissent entre elles des vestibules communs. Les avantages de la séparation des malades disparaissent, si les chambres ont des baies sans portes, si les chauffoirs, les promenoirs, sont communs, etc. En somme, tout hôpital ne devrait se composer que d'une série de pavillons ayant un rez-de-chaussée élevé sur des caves et un premier étage, partagés en deux salles chacune de UO lits et séparées par un vestibule commun ; chaque pavillon ayant un office, un calorifère, un préau spécial; entredeux pavillons une galerie vitrée ou à claire-voie, servant de communication pour le service et de promenoir d'hiver. Cette distribution dont on trouve le modèle à la colonie agricole et pénitentiaire de Metlray près de Tours, assure la régularité des services et place le malade dans les conditions les plus favorables à son prompt rétablissement. Les escaliers seront larges, spacieux, à pente très douce, à marches profondes, à paliers d'une grande dimension.

Nous nous bornons à mentionner les dépendances immédiates, telles que bureaux, chambres de garde, vestiaire, pharmacie, tisa-

jieries, laboratoire, cuisines, bains, etc., et les dépendances éloignées telles que buanderie, séchoir libre et couvert, amphithéâtre de dissection, etc.; elles doivent être établies dans des bâtiments ou pavillons particuliers, celles-ci le plus loin que possible des salles des malades, celles-là assez loin pour ne pas leur devenir une cause d'odeurs, de chaleur ou d'humidité, et assez près pour assurer la promptitude et la facilité des services.

Les salles destinées aux malades auront des plafonds arrondis dans leurs angles, sans poutres découvertes; pour leur plancher, le carrelage est préférable aux dalles et aux parquets de bois tendre qui s'imprègne des liquides épandus à sa surface ; mais les parquets de bois de chêne et cirés sont exempts de cet inconvénient, sont moins froids que les carreaux et contribuent au bon aspect des salles. Elles doivent avoir au moins toutes 32 décimètres d'élévation ; les fenêtres, larges, percées à l'opposite, donnant du nord au midi, doivent occuper au moins le tiers de l'étendue totale de la muraille à laquelle elles appartiennent ; la largeur des salles doit donc déterminer celle des bâtiments, et quand elles ne jouissent pas des deux expositions, il faut ouvrir des ventilateurs sur la paroi dépourvue de croisées pratiquer dans le plafond ou dans la voûte des cheminées d'évent, montant au-dessus de la toiture et disposées de manière à laisser entre elles un intervalle de 6 mètres. A défaut de ces moyens, on perce des jours dans les corridors adjacents, à l'opposite de l'unique rangée de fenêtres, pour établir des courants d'airs efficaces. Les fenêtres, élevées de 1 mètre à 1 mètre et demi au-dessus du plancher, atteindront la corniche du plafond ; sur cette hauteur, leur, châssis sera divisé en deux compartiments inégaux dont le supérieur, plus petit, pourra s'ouvrir indépendamment de l'inférieur à l'aide d'un cliquet à bascules, ce qui permettra d'écouler les couches d'air supérieures et viciées de la salle sans exposer les malades à une ventilation trop directe. Au niveau du sol, au-dessous de chaque croisée, on pratiquera une ouverture carrée, large et haute de 15 à 20 centimètres, munie d'un opercule mobile et destiné à diriger au-dessous des lits un courant d'air qui entraîne les gaz méphitiques plus lourds que l'air. Des rideaux ou stores, non susceptibles de gêner les mouvements des fenêtres, serviront à garantir les malades contre les effets d'une insolation trop vive ou trop prolongée.

Le point capital est le rapport du cube atmosphérique des salles avec les objets mobiliers et le nombre des malades. Aux causes ordinaires d'altération de l'air (respiration, transpirations

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pulmonaire et cutanée, éclairage et chauffage) se joint dans les hôpitaux une cause spéciale : c'est l'évaporation des tisanes, des bains pris dans les salles, des draps et alèzes mouillés, des crachoirs, des cataplasmes, des fomentations, des irrigations, des médicaments volatils tels que chlorures, camphre, musc, préparations sulfureuses, etc., du sang des saignées et des ventouses, des matières vomies, des suppurations, des urines, des chaises de nuit, etc. Sans doute le zèle des personnes qui soignent les malades fait disparaître rapidement une partie de ces foyers d'émanations putrescibles; mais ce n'est point exagérer que d'évaluer leur effet total à celui des deux transpirations dont le produit exign, pour être évaporé, 9 mètres cubes, 100 litres par heure. Remarquons en outre que des organismes malades, affaiblis par les souffrances, la diète, et privés le plus souvent d'excitation morale, réagissent moins contre l'atteinte des miasmes délétères et subissent presque sans résistance les effets de ce genre d'intoxication. Ténon fixait la largeur des salles à 8"%12, l'allée qui sépare deux rangées de lits à h mètres ; il voulait pour chaque malade environ U5 mètres cubes d'air. M. Bégin prescrit entre deux lits au moins 65 centimètres, entre deux rangées délits au moins 2 mètres. Il accorde aux fiévreux et aux blessés qui restent au lit 20 mètres cubes d'air, et 18 aux galeux et aux vénériens qui sortent pendant le jour ; mais durant la nuit cette différence disparaît, à moins que l'on ne tienne compta des entrées et des sorties qui déterminent, comme nous l'avons vu, une ventilation accidentelle assez forte. Dans beaucoup d'hôpitaux, surtout dans ceux de l'armée, on a réglé le nombre des lits d'après la superficie des salles: erreur funeste! Il importe de se guider d'après le cubage, et encore la capacité d'un local ne représente le nombre de mètres cubes d'air qu'il délimite qu'autant que cet air est à zéro, et sous la pression de 0'",760. Au-dessus et audessous de ce chiffre il faut déduire pour la dilatation et ajouter pour la condensation (Poumet). Une autre réduction doit être faite en proportion de la masse solide de tout ce qui est contenu dans la salle, meubles, lits, piliers, corps de malades, etc.; on ne peut compter moins de 1 mètre cube par lit garni de son mobilier, m moins de 80 litres d'air pour chflque corps d'adulte. Que si l'on fait valoir l'aération diurne par des fenêtres, rappelons qu'elle est nulle pendant la nuit, imlle ou dangereuse pendant l'hiver, qui est la saison d'encombrement des hôpitaux; durant le reste de l'année, 0}i ne peut aérer un hôpital comme on fait les dortoirs

d'un collège ou les chambres d'une caserne; une seule rangée de fenêtres peut être ouverte sans danger quand le tenaps est beau : or, ou a calculé que de 1689 à 182^, dans l'espace de 135 ans, la constitution alniospliérique donne année moyenne, à Paris, 180 jours de brouillard, lUO jours pluvieux. Aussi dans la plupart des hôpitaux sent-on une odeur qui leur est particulière et qui se développe surtout pendant la nuit. M. F. Leblanc a pu retirer par l'analyse de l'air de plusieurs salles, à Paris, 3, 5, 8 pour 100 d'acide carbonique ; l'excès de vapeur aqueuse s'y dénote en hiver par la couche de glace qui se dépose sur les vitres, et qui, en se liquéfiant, pourrit les châssis. M. Poumel, dans sept salles de choix (clinique de l'Hôtel-Dieu, de la Charité, delà Pitié et de Saint-Louis), a trouvé que les malades ne recevaient que 17 pour 100 de l'air qui leur est nécessaire d'après les indications mutuelles de la science; après douze heures de nuit cet air contient 0,006 d'acide carbonique, et dénote par son odeur une forte proportion d'éléments miasmatiques. A la Salpôtrière, les malades de certaines salles ne reçoivent même pas en quantité suffisante l'air vicié qu'elles sorîl condamnées à respirer (Poumet). Il n'est donc qu'un seul moyen d'assainissement complet des hôpitaux, c'est une ventilation régulière et continue. M. Poumet demande pour chaque malade, et pat heure, 20 mètres cubes d'air pur à 16 degrés centigrades; cette fixation, que la physiologie confirme, était acceptée naguère. Là pratique en a déjà démontré l'insuffisance, tant les causes de viciation atmosphérique ont d "énergie dans les hôpitaux. L'administration de Paris, en traitant pour la ventilation des pavillons de l'hôpital la Riboisière, a stipulé 60 mètres cubes d'air par heure et par malade. Dans ce même hôpital, M. Grassi (thèse citée, p. lU) a coristaté qu'un homme atteint de gangrène du poumon, et placé dans une salle où il recevait plus de 100 mètres cubes d'air par heure, répandait autour de lui une odeur si forte, qu'on fut obligé, pour en garantir ses voisins, d'entourer son lit de tissus imprégnés d'une solution d'azotate de plomb (liquide Ledoyen).

Les fosses mobiles avec tuyaux de conduite perpendiculaires doivent remplacer les fosses communes et fixes ; les latrines seront éloignées des salles ventilées avec activité (voy. t. I); le vestibule qui y conduit sera pourvu à ses deux entrées de portes qui ferment spontanément; le plancher sera de dalles inclinées; des lunettes séparées, surmontées d'un couvercle mobile et munies de cuvettes de faïence ; les fenêtres fermées à l'aided'une simple claire-voie : il serait

^"^ HYGIÈNE PUULIOUE.

avantageux d'établir derrière les lits, et dans lepaisseur des murs des salles, quelques cabinets faisant saillie au dehors et contenant une cuvette d'aisances avec tuyau d'appel, linge et robinet de propreté; mais il y aurait à craindre que, les portes n'étant pas toujours biea fermées, il n'en résultât des inconvénients pour les malades.

La pièce principale de l'ameublement des salles est le lit ; chaque malade doit avoir le sien. Les couchettes de fer sont justement préférées; elles préservent des punaises, occupent moins d'espace et n'exigent point de réparations : elles doivent avoir 2 mètres de long sur 1 de large, hors œuvre ; le fond en est formé par des lames ou pans de tôle ; deux tablettes de bois de 1"',10 de long sur 0">,180 de large, rejetées pour les deux tiers de leur largeur en dehors du lit, sont fixées aux montants de la tête et des pieds des châlits pour recevoir les ustensiles et les aliments. Le reste du coucher comprend une paillasse, un matelas de crin et de laine par moitié, un traversin, une couverture en été, deux en hiver et deux draps. La paille fraîche serait préférable au sommier de crin, les émanations s'attachant moins aux substances végétales qu'aux produits animaux ; mais on doit préférer à l'une et à l'autre les sommiers à ressorts métalliques, et à ces sommiers, le système de couchage proposé par le docteur Gariel, où les ressorts, au lieu de faire partie du sommier, sont fixés d'uîie part sur un fond sanglé, et de l'autre, sur les montants de la couchette ; leur élasticité est telle qu'un seul matelas, posé sur un fond sanglé, fournit un coucher aussi souple que salubre, puisque l'aération s'opère sous le malade comme autour de lui. Les lits de plume et les édredons seront repoussés comme des réceptacles de miasmes propres à perpétuer les infections locales. Les matelas doivent être cardés ou rebattus tous les six mois ; après le même laps de temps, il faut remettre au foulon les couvertures de laine d'hiver. Des rideaux légers, suspendus à un cercle de fer d'un très petit diamètre, peu distant du plafond, protégeront dans les salles de femmes les sollicitudes de la pudeur et les détails de leur toilette. Cette considération n'existe pas pour les hommes : les rideaux servent de barrière aux exhalaisons de chaque malade et les accumulent sur lui ; s'ils dérobent la vue de la douleur et de l'agonie, ils n'en interceptent point les gémissements et les râles. Les malades doivent trouver à leur entrée à l'hôpital un vêtement complet qui les mette à l'abri du froid et facilite leurs mouvements. On donne à chacun d'eux une cuillère à bouche, une fourchette de fer étamé, une

écuelle, une assiette, trois pois d'étain de 100, 50 et 25 centilitres pour les tisanes, les boissons et le vin. Une petite table de nuit de chêne est disposée pour recevoir le pot de chambre et pour servir en même temps de siège. De grandes tables garnies de bancs occupent le milieu des salles et permettent aux malades de se réunir, soit pour leurs repas, soit pour des jeux de simple amusement. Des chaises percées, qui ferment hermétiquement, sont tenues en réserve pour les malades qui ne peuvent se rendre aux latrines. Après divers tâtonnements, l'administration militaire, en France, s'est arrêtée aux fixations suivantes que l'expérience a sanctionnées : pour 1000 malades, il faut 1150 lits complètement garnis ; en surplus, 230 enveloppes de matelas et autant d'enveloppes de traversins ; draps de lits, 9200 ; chemises, 5750; cravates, 2000; bonnets de laine, 1150 ; coiffes de toile, 5750; capotes ou robes de chambre, 1150 ; demi-bas de laine pour l'hiver et de fil pour l'été, 2300 de chaque; pantoufles, 1150 ; pantalons de drap pour l'hiver, 1150, et de toile pour l'été, 2300; crachoirs de toile que l'on étend sur les lits des malades qui ne peuvent se servir des crachoirs ordinaires, 230 ; corsets de force avec leurs accessoires, 50. Les fournitures spéciales, destinées aux officiers (sommiers de crin, oreillers et taies d'oreillers, etc.), entrent pour un vingtième dans ce calcul, applicable aux hôpitaux civils; il y faut ajouter ZiOO nappes assorties, 500 serviettes, 500 essuie-mains, 1200 torchons, des robes de toile pour les officiers de santé traitants et des tabliers pour les autres. Cette fixation est réglée dans la proportion de 3/5 blessés ou fiévreux, 215 galeux, avec addition de 3/20 pour les infirmiers, les rechanges et les réparations.

Des salles de rechange sont nécessaires pour recevoir les malades provenant de celles qui, après une épidémie ou une occupation suffisamment prolongée, exigent des soins de désinfection, de lavage ou de blanchissement. On ne peut qu'approuver les règlements des hôpitaux militaires, qui prescrivent de blanchir à la chaux, tous les six mois, les murs et plafonds des salles, et de laver les bois de lits, les couvertures et les toiles de paillasses, de changer la paille, etc. Les objets qui ont servi pendant des maladies très graves, suivies ou non de mort, doivent être aérés, lavés et fumigés. Plusieurs salles tout à fait isolées recevront les maladies contagieuses ou celles qui exigent des précautions spéciales (folie, hystérie, etc.). 11 est désirable que les bains, ordinairement trop éloignés, communiquent par des tuyaux de conduite avec les salles, de manière à permettre

HYGIÈNE PUBLiyUE.

l'administration de l'eau à i'exlérieur et sous différentes formes auprès du lit des malades. Quant aux décédés, une fâclieuse alternative est de les laisser trop longtemps exjjos.is à la vue des malades ou de les transporter trop tôt dans des réceptacles où toute chance de revivificalion en cas de mort apparente est perdue. Nous signalons ici l'une des plus graves défectuosités du système hospitalier : il n'accorde aucune garantie à qui paraît avoir cessé de vivre ; vingt-quatre heures d'abandon dans un lieu sombre et froid se passent entre la dernière expiration et le premier coup de scalpel. Il faut pourvoir à cette lacune néfaste par une surveillance organisée autour des corps déposés au lieu dit chapelle. Quant à l'amphithéâtre d'autopsie et de dissection, qu'un rideau d'arbres ou une construction le dérobe aux regards des malades ; que chaque cadavre repose sur une table isolée et conforme au modèle donné par Parent-Duchàtelel ou par d'Arcet ; qu'une propreté sévère y règne et qu'une bonne ventilation, jointe a l'absence des rayons solaires, s'oppose à la putréfaction des cadavres qui doivent être enlevés aussitôt qu'ils en présentent les indices.

Les spécialités des hôpitaux sont fondées sur la profession, l'âge, le sexe, le genre et l'époque des maladies. Les hôpitaux militaires paient aux soldats et à leurs familles la dette de la patrie, tandis que ceux de l'ordre civil sont des institutions de charité. « Dans les hôpitaux civils, la société se montre généreuse; dans les établissements militaires, elle n'est que juste, et quelle que soit l'étendue des sacrifices qu'elle s'impose pour les doter et les entretenir, elle » ne s'acquitte qu'imparfaitement envers l'homme à qui la loi ordonne, pour la défense de tous, de faire le sacrifice de son temps, de sa liberté et souvent de sa vie (1). » L'enfance a ses hôpitaux et la vieillesse ses hospices. Dans ces deux gem'es d'établissements, la température doit être réglée avec le plus grand soin ; nous avons assez insisté dans le cours de cet ouvrage sur la facilité avec la(|uelle l'homme perd de sa chaleur propre aux deux âges extrêmes de la vie. On a remarqué à Bicêtre qu'une différence de quelques degrés thermométriques dans le chauffage des dortoirs multiplie les pneumonies séniles et élève le chiff"re de la mortalité. Il n'est point d'hôpitaux oti l'air pur soit plus nécessaire que dans ceux de I enfance: à cet âge, la respiration est plus active, plus fréquente; les excrétions abondantes et fétides, au milieu desquelles les jeunes enfants

{\) Bégiu, DicHmmirc de modcvineel do chirurgie pratiqtus, art. Hôpital.

sont plongés, vicient rapidement l'atmosphère, et comme ils absorbent avec facilité, ils s'imprègnent en quelque sorte de leur propre nipphitisme; leur constitution s'altère et les expose davantage aux maladies contagieuses : aussi, malgré l'innocuité des maladies de cet âge et leur tendance à se résoudre par un sommeil tranquille et prolongé, par les sueurs, la diarrhée et l'épistaxis, les grandes réunions d'enfants malades sont moisonnées par une ettroyable mortalité. Les ophthalmies, les blépharophthalmies, les angines couenneuses, les pneumonies, le muguet, y régnent presque constamment sous formes endémique et épidémique; quand la rougeole, la scarlatine, la variole viennent à se développer dans ces conditions de morbidité collective, elles affectent une gravité extrême; c'est encore dans cette atmosphère impure que les aiîections scrofuleuses prennent naissance et suivent une marche plus aiguë. Écoulez M. Trousseau : « Un enfant est amené avec une fluxion de poitrine; il guérit, et pendant la convalescence, il contracte la coqueluche dont est atteint un autre malade. Pendant le cours de cette maladie nouvelle, la rougeole, la scarlatine viennent l'assaillir, et quelquefois enfin, lorsqu'il semble avoir triomphé de ces causes successives de destruction, il est pris d'une ophthalmie qui a déjà frappé d'autres enfants autour de lui, et il ne retourne dans sa famille qu'aveugle ou défiguré (1). » Une maison de convalescence ou d'évacuation à la campagne, au milieu d'un air salubre et ventilé, est l'annexe indispensable d'un hôpital d'enfants; ou plutôt il convient de les disséminer en un plus grand nombre de petits établissements situés hors de l'enceinte des villes. Pour la guérison des maladies chroniques chez les enfants des grandes cités, M. Guersant ne connaît point de meilleur agent que l'air pur de la campagne. Des enfants moribonds par suite de dysentérie, de diarrhée, de bronchite, de coqueluche, de pneumonie lobulaire, ont dû leur salut à cette émigration, même au sein de l'hiver.

Les femmes en couches se rangent sur la même ligne que les enfants, quant à leur puissance de viciation atmosphérique et à la gravité des conséquences qui en résultent pour elles. Leur réunion dans un même local, récoulemenl de lochies, les sueurs copieuses, l'excrétion parfois superflue du lait, celle des urines et des fèces pendant les premiers jours de l'accouchement, l'humectalion continue de leur peau, dont la propriété absorbante s'accroît par cette

il) Journal des Débals, i9 novembre 1843.

cause, l'ampleur de la respiration dont les organes, devenus plus libres, présentent à l'air une surface plus étendue, ram.ibllssement qui succède aux pertes de sang et à la dépense des forces mus> culaires, l'irritabilité que des douleurs inévitables laissent à leur suite dans tout le système nerveux : telles sont les circonstances qui créent autour des femmes en coucbes une infection spécifique et qui augmente leur aptitude à en subir l'influence. Les femmes en couches sont admises et traitées, soit dans une dépendance plus ou moins isolée des hôpitaux ordinaires, soit dans desétablissements qui leur sont exclusivement consacrés. Telle est la fréquence des épidémies qui s'y développent, et telle est la rareté des accidents observés dans la pratique civile, même parmi les femmes des classes inférieures, que l'on s'est demandé s'il n'y avait lieu de remplac-r les maisons d'accouchement par des soins à domicile; mais que deviendraient les filles trop nombreuses qui manquent de refuge, et qui cachent dans les hospices le secret de leur honte? Londresi Dublin, Vienne, prouvent d'ailleurs qu'il est possible de réunir dans un même établissement un certain nombre de femmes en couches sans les condamner an fléau des épidémies puerpérales. Dans l'une des quatre maisons que possède la première de ces villes, lé nombre des décès pendant trente années environ (de 1788 à 1 818) n'a jamais dépassé 1 sur 231. Dans l'hôpital de Dublin, la mortalité depuis 1757 jusqu'à 1825 s'est montrée dans la proportion de 1 à 87 : résultat moins avantageux, parce que les femmes entrées à l'hôpital de Dublin ne peuvent se comparer en raison de leur misère et de leurs habitudes, à celles des maisons de Londres, où les admissions ne sont pas exemptes de choix et de difficultés; or, de 1835 à 18^4, pendant une période de dix ans, la Maternité de Paris a perdu 1 sur 2k JU femmes en couches; en 1853, 1 sur 12,51 ; en 185a, 1 sur 8,91 (1).

Les femmes en couches ont besoin d'un air pur, de propreté, de tranquillité et de calme moral. La première condition peut être remplie de trois manières : des salles vastes avec un nombre proportionnel de lits, ce qui les assimile à celles des hôpitaux ordinaires; la division des salles en trois travées longitudinales dont la moyenne sert de rue et les deux latérales sont partagées par de minces cloisons en cellules à un lit et éclairées chacune par une fenêtre : mais les cellules ne peuvent être aérées par leurs fenêtres sans danger

(l) Compte moral et administratif des hôpitaux et hospices de Paris, 1855, p. 76.

pour les femmes en couches; et le courant que deux fenêtres terminales permettent d'établir dans la travée intermédiaire entre les deux rangées de cellules n'entraîne pas plus leur méphitisme que le courant du fleuve n'emporte et ne renouvelle les eaux qui croupissent sur ses bords. Reste la section des salles en chambres de

' moyenne capacité, où l'on peut placer les femmes par séries de huit à dix parvenues à peu près au même terme; et comme elles quitteront la chambre à peu près à la même époque, on aura la facilité de la ventiler pendant quelques jours, d'en laver les murs avec une solution de chlorure de chaux, d'exposer à l'air ou de renouveler en partie le mobilier, etc., de manière à n'y faire entrer une nou-

ivelle série de femmes qu'après cette purification à fond. Chacune de ces chambres principales doit communiquer avec une pièce plus petite à deux lits d'accouchement montés sur des roulettes qui permettront de rouler les femmes jusqu'au lit qui doit les recevoir définitivement. On ne souillera pas de cette manière la salle où doit séjourner la nouvelle accouchée, et si quelque opération est indiquée, l'accoucheur n'aura que les témoins qu'il veut avoir. Mais la salubrité des hôpitaux de maternité ne sera complètement assurée que par l'installation d'un système de ventilation continue et combinée avec le chauffage. Les femmes admises dans ces asiles plus ou moins longtemps avant le terme de leur grossesse trouvent-elles, dans le passage d'une existence rapide et rude à une vie presque inerte, une cause prédisposante aux maladies qui les frappent souvent après leurs couches ? M. Paul Dubois a constaté que l'influence puerpérale s'appesantit autant sur les femmes entrées à l'hospice avec les douleurs de l'accouchement, que sur celles qui y avaient déjà fait un long séjour. La susceptibilité nerveuse des femmes enceintes ou accouchées exige de grands ménagements. Vers la fin de la gestation, la crainte d'une mort prochaine les jette dans une mélancolie profonde. Qu'on éloigne donc d'elles le spectacle des maladies graves et des catastrophes. Les explorations auxquelles

ion les assujetit, dans l'intérêt de l'instruction des élèves, ne sont pas exemptes de conséquences fâcheuses ; elles ne s'y prêtent qu'avec répugnance et parfois avec les marques d'une souffrance plus ou moins réelle ; une extrême réserve dans ces manœuvres est le devoir des élèves, une surveillance sévère est celui des maîtres. Enfin, pour -^ueles maisons de maternité réalisent tout le bienfaitde leur'instltution,il fautfixerà neuf ou dix jours la durée de rigueur pour la convalescence des femmes en couches.

590 iivfiiÈNE pimi.ionB.

D'après le genre des maladies, on a créé des hôpitaux pour les affections cutanées, pour les maladies vénériennes, pour les aliénés, etc. Dans tous ces établissements, la séparation des sexes doit être rigoureusement maintenue. Dans les hôpitaux des petites villes, où l'on est obligé de réunir souvent tous les genres d'affections, il faut au moins éloigner les services qui pourraient se nuire: ainsi les femmes en couches, qui ont besoin de calme et de silence, ne seront point placées dans le voisinage des fous. Les opérés et les blessés avec suppuration abondante ne peuvent guérir s'ils ne sont isolés dans de petites salles à trois ou quatre lits, bien ventilés, doucement chauffées, abritées contre le bruit et l'excès de lumière. Malgré les réformes effectuées dans l'état des hôpitaux, la plupart des opérations y échouent encore, quoique pratiquées par des chirurgiens éminents et au milieu des circonstances en apparence les plus favorables. De 1818 à 1822, sous la domination de Dupuytren, les salles de chirurgie de l'Hôtel -Dieu de Paris ont donné 1 décès sur 15 blessés, et la mortalité s'est élevée deux années au 11' et même au 10'; del$37.à 1840, la clinique de Roux, dans le même établissement, a fourni une mortalité de 1 sur 17, 18 et 19. Aux journées de juillet 1830, Dupuytren n'a sauvé que 8 hommes sur 16 grandes amputations primitives (1). Les opérations faites sur les champs de bataille, par des mains moins habiles, ont eu plus de succès, même alors que les amputés couchaient sur le sol, ou, portés à dos de mulets à la suite de l'armée, subissaient d'horribles secousses. Il existe donc dans les hôpitaux une cause fatale; qui annule les œuvres de la science et de l'art le plus consommé: c'est l'accumulation des opérés dans les mêmes salles.

La séquestration des aliénés est nécessitée par le désordre qui règne dans leurs sensations, leurs jugements et leurs actes ; l'expé- • rience a prouvé qu'ils abusent de la liberté au détriment de leiirr santé et de leur vie; que leurs rapports avec le monde, loin dti détruire les rêves qu'engendre leur imagination, tendent à leur en i persuader la réalité, etc. De là l'opportunité des maisons destinée»» aies recevoir, et dont les unes sont publiques, les autres fondées» parl'intérêt privé. La loi du 30 juin 1838 (2) subordonne à l'avis des médecins la séquestration des aliénés, et, dans les certificats qu ils délivrent à cette occasion, ils doivent : 1" constater l'état mental de

(1) Malgaigne, Éloge de M. Houx, novembre 1855, in-4.

(2) Annales d'hygiène^ t. XXII, p. 215.

la personne à placer ; 2° indiquer les particularités de sa maladie; 3" attester la iiécessilé de faire traiter la personne dans un établissement d'aliénés et de l'y tenir renfermée (art. 8). Cette disposition s'applique aux placements volontaires ainsi qu'à tous les ordres délivrés par l'autorité publique, en vertu des articles 18, 19 et 25 de la même loi. Rien déplus sage que ces stipulations du législateur: l'acte qui provoque la suspension de la liberté d'un individu et lui enlève temporan-ement l'exercice de ses droits doit être entouré de toutes les garanties de sincérité: ensuite l'isolement des aliénés n'est plus motivé seulement par le danger que peut courir la sécurité des citoyens ou l'ordre public, mais la loi veut leur assurer des chances de guérison ou d'amélioration dans un établissement bien organisé et placé sous l'œil du pouvoir social. Tel n'était point le sort des aliénés dans les siècles antérieurs : ils avaient peu d'asiles spéciaux ; les réduits qu'on leur accordait dans les hospices, dans les communautés religieuses, ressemblaient à des cloaques ; souvent confondus dans les prisons avec les criminels, ils gisaient garrottés sur la paille ou sur le sol humide, presque nus et condamnés au pain noir et à l'eau ; quand ils s'agiiaient sous le poids de leurs chaînes, la flagellation à coups de verges ou de nerf de bœuf servait de remède à leur délire. C'est à Pinel que revient l'honneur d'avoir brisé ce système de stupide cruauté. Avant lui, des voix nombreuses, parmi lesquelles domine celle de Howard, avaient protesté contre les tortures infligées aux pauvres fous ; mais Pinel, le premier a détaché leurs chaînes à Bicêtre (1792); il a décidément ouvert pour cette lamentable portion de notre espèce une ère de réforme, de compatissance et de thérapeutique sérieuse. A partir de cette époque, l'élan est donné, des asiles s'élèvent, les anciens s'améliorent. Mais les résultats publiés par Esquiroi , Galmeil, Leurel et d'autres manigraphes qui ont voyagé, montrent que si l'Europe possède quelques établissements dignes d'éloges, tels que Bethléem, les hôpitaux d'York, de Manchester,' de Glascow, etc. , en Angleterre; Gharenton, Bicêtre, les maisons de Rouen , de Strasbourg (Stephansfeld) , du Mans , etc. , en France, etc., les manicomes manquent encore dans une foule de pays ou laissent beaucoup à désirer. L'Italie, si l'on excepte l'hos-^ pice de Turin, ne justifie pas sous ce rapport la bonne réputation qu'on lui a faite (1). On cite en Allemagne l'asile de Sonnesteil,

(1) Voyez rouvrage du docteur Combes, De la médecine en France et en Italie. Paris, 1842, p. 420.

592 HYGIÈNE PUBLIODE.

près de Pyrna; mais ceux de Munich, de Vienne, de Berlin, sont médiocres. L'Espagne est arriérée. La loi de 1838 sera féconde en bienfaits pour les aliénés en France. Il importe de faire cesser la promiscuité de ces malheureux avec les autres genres de malades ou d'infirmes auxquels ils servent de jouet ou d'épouvantail. A Lyon, à Toulouse, à Montpellier, il existe une division pour les fous ; dans différents hospices leur séquestration dans des établissements particuliers est indispensable. Là encore il faut séparer les deux sexes, les fous furieux, les monomaniaques, les paralytiques, les épileptiques, les idiots, les sujets à démence tranquille, ceux qui sont enclins au suicide, etc. Les hôpitaux d'aliénés sollicitent les conditions d'hygiène générale que nous avons exposées. Il convient de les établir sur un terrain uni et fertile qui se prête au développement des constructions et à la multiplicité des ombrages. Le système des pavillons permet le classement régulier des maladies. En limitant leur hauteur à un seul étage, on évite l'inconvénient des grilles dont il faut armer les fenêtres et les rampes des escaliers, l'incessante besogne d'ouvrir et de fermer des portes, la fatigue de monter et de descendre, etc. Si les malades sont bien classés à leur arrivée et suivant la forme de leur délire, il devient inutile de donner une épaisseur désagréable aux portes, aux fenêtres, aux contrevents, etc., et de les charger d'énormes serrures. Hors des quartiers assignés aux idiots, aux paralytiques, aux individus arrivés à l'extrême démence et aux maniaques, la propreté, l'ordre, la conservation du matériel, sont assurés : l'expérience le prouve à Charenton. Les maniaques seuls auront des lits lourds, épais et fixés au sol ; la paille de ceux qui ne peuvent être couchés dans des lits sera renouvelée tous les jours; les surveillants pourront circuler librement autour des lits. Pour les furieux indomptables, quelques loges construites en pierres taillées ou en bons moellons, sans autre meuble que la paille qui sert de lit; mais, la fougue passée, l'aliéné devenu traitable sera conduit dans une meilleure habitation. Dans les loges, dans le chauffoir des furieux, dans l'infirmerie, le plancher doit être fait avec de grandes dalles Cimentées. On tient en réserve, dans chaque division, des camisoles de force et des entraves ; celle des monomaniaques et des suicides est pourvue de sondes œsophagiennes de tous les calibres et d'une seringue propre à injecter par le nez des liquides alimentaires. Ces moyens doivent composer seuls l'arsenal disciplinaire; ils suffisentdans les établissements bien tenus, la fureur s'y montre

rarement. Il faut proscrire à jamais l'emploi des chaînes, des menottes, des verges et d'autres machines de répression sauvage; l'intimidation par les douches sur la tête ne doit être employée qu'avec réserve. Les aliénés convalescents ou guéris ne peuvent être employés dans l'intérieur des maisons sans risque de rechute ou d'irrégularités dans le service; il est urgent de les éloigner du spectacle des misères morales auxquelles ils ont participé, et de les réunir par groupes assortis dans des dépôts de convalescents.

Ce n'est pas seulement pour les aliénés qu'il convient de créer des établissements de convalescence; l'intérêt de tous les autres malades exige la même mesure. Des hôpitaux de convalescence dans les grandes cités, des salles spéciales de convalescence dans les hôpitaux des petites villes, hâteraient l'entier rétablissement des malades, les mettraient à l'abri des rechutes et des accidents qui les font péricliter après la guérison de leur affection initiale, les affranchiraient des chances d'infection et de contagion qui sont inhérentes à toute réunion de malades. Le changement de lit, d'air, de nourriture, d'horizon et d'entourage, exercerait la plus heureuse influence sur tant de malheureux, qui, à peine débarrassés d'une maladie grave, voient leur convalesctnce compromise par le voisinage d'affections contagieuses, par les émanations délétères, l'agitation nocturne et les cris d'un délirant, etc. Nos souvenirs nous présentent à l'esprit plus d'un malade dont la convalescence a été brusquement interrompue par l'un de ces incidents funestes qui sont comme une foudre toujours suspendue dans l'atmosphère des hôpitaux. Grâce au déplacement des convalescents, le lit qu'ils ont imprégné de leurs émanations pourrait rester inoccupé pendant quelques jours et subir un assainissement préalable avant de recevoir un nouveau malade. Inspirée par les conseils de Van Swieten, Marie-Thérèse a doté Vienne d'un hôpital de convalescents; Paris en possédait un eji 1652 sur une petite échelle de vingt-deux lits, situé dans la rue du Bac, près de la rue deVarennes; il recevait les convalescents de la Charité. En signalant ses avantages, Ténon s'écrie : (1) « Excellente institution, trop peu étendue pour les hommes et qui manque absolument pour les femmes 1 » Aujourd'hui les deux sexes en sont privés, malgré les réclamations de Coste(2) et de tous les médecins éclairés.

(1) Mémoire sur les hôpitcur de Paris. Paris, 1789, in-4 avec plandies.

(2) Dictionnaire des sciences médimles, t. XXI, p. 441,

3* imr. — ii.

Il résulte d'une statistique publiée en \SkU, par le ministre de l'intérieur, que les divers hôpitaux de France ont reçu de 1833-1 835, 1,129,09/» malades; de 1836-1838, 1,130,008; de 183'.)-18/il, 1,288,358. Ce qui donne une augmentation de \ '2,Ulx pour 100 sur la troisième période comparée à la première; dans celle même comparaison, on trouve sur les décès un accroissement de près de 19 pour 100. La mortalité moyenne des liuiiannéessur lenombre total des malades dans toute la France, a élé de 81 et 82 sur 1000. C'est dans les départements agricoles, éloignés des grands centres de population, les moins ex|)Osés aux commotions politiques et industrielles, que la mortalité atteint sa moindre proportion; durant la période de huit ans dont il s'agit, elle n'a pas atteint une seule fois le chiffre de 75 sur 1000 dans vingt-trois départements (Morbihan, Vendée, Deux- Sèvres, Aveyron, Charente, Cher, Puy-de- Dôme). Dans un seul département, Seine-Inférieure, elles'est maintenue pendant les huit ans au-dessus de 100 sur 1000 ; il en a été de même pour sept ans dans le Haut-Rhin, et pour six années dans le Rhône. Les grandes cités, surtout celles où l'Industrie est la plus active, fournissent les chiffres les plus élevés d'admissions aux hôpitaux ; les départements que la civilisation moderne a le moins entamés (Cantal Lozère, Cher, Corse) se distinguent sous le rapport contraire. De 1833 à 1841, les dépenses totales des hôpitaux et hospices de France se sont élevées à Zi'/6,37l,711 fr. ; sur cette somme, les enfants trouvés figurent pour 71.503,708 fr. Les recettes se sont montées à 509,644,330 fr. La dépense par malade a oscillé entre 78 fr. et 06 fr. Le tableau suivant, dont nous empruntons les éléments à un document officiel (1), indique la mortalité dans les hôpitaux de Paris : 1° pendant la période décennale de 1835 à 1844, T en 1853, 3" en 1854 :

Hôpitaux généraux.

De 1835 à 1844. 1833. IS-SI.

Hôtel-Dieu 1 sur 8,38 1 sur 7,11 1 sur 6,70

Sainle-Marguerite . . 11,12 10,29 21,42

Pilié 11,86 9 8,16

Charité 10,20 9.2i 7,29

Saint-Anloiue 8,33 8,79 7,58

Necker 9,09 8,73 7,40

Cochin iO,A» 8,86 6,96

Beaujon 8,78 8,05 (i.93

La Riboisièri- >' ' ^-^^

(\) Compte moral et administratif pour l'exercice 1854. Paris, 185

KDIFICES PUBLICS. — CONDITIONS PAKTICULIÈRES.

Hùplaux spéciaux.

Enfants trouvés. . . .

Sainte-Eiigéuie . . . .

Accouchement

Hôpitaux réunis . . .

Le système hospitalier de France manque d'unité; la nature, la forme et l'elTicacité des secours offerts aux indigents malades, devraient être les mêmes sur toute l'étendue du territoire; les Blêmes règles devraient présider à l'admission des médecins dans la pratique des hôpitaux ; partout, en un mot, le malheureux devrait trouver le même ensemble de soins, les mêmes garanties de guéri-; son ou de soulagement, le même genre d'assistance, le même régime d'administration. C'est à l'État, non aux communes, que doit revenir la tutelle des malades, des vieillards etdes orphelins ; l'humanité et la science gagneraient à ce qu'une surveillance et une impulsion égales vinssent à rayonner d'un centre commun à tous les établissements de bienfaisance. Malgré l'obstacle de l'individualisme communal et départemental, la civilisation a étendu aux hôpitaux la part de ses bienfaits; les temps sont loin où Tenon et Bailly traçai(!ntde leur situation un tableau aussi effi ayant que vrai, où l'on entassait jusqu'à six malades dans un seul lit, où tous les fléaux de l'encombrement et de la pénurie sévissaient sans interruption dans les dérisoires asiles de la misère et de la maladie. L'hygiène les a saniliés, la charité les a agrandis. Paris, qui n'avait en 1819 que ^0,000 lits pour les pauvres malades, en tient aujourd'hui 80,000 à leur disposition.

Mais où s'arrêtera le progrès nécessaire des établissements de bienfaisance, et ne doit on pas craindre d'organiser la misère et le paupérisme avec prime et budget, d'encourager la paresse et le dérèglement des mœurs en offrant des ressources contre les effets du vice? Ce sont des économistes, non des médecins, qui ont posé ces questions. Oii a présenté à tort Moritesquieu comme un ennemi des hôpitaux ; il en reconnaît la nécessité dans les pays d'industrie e», de commerce; il ne les condamne que dans ceux où la misère par-

59C HYGIÈNE IMIBMOUK.

ticiilièrc dérive de la misère générale, l'Étal devant à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtetneiit convenable et un genre de vie (|ui ne soit point contraire à la santé (1 ) ; toutefois il préfère des secours passagers aux établissements perpétuels. Il n'est pas démontré que les hôpitaux influent sur la progression du noird)re des indigents; la vraie charité, qui est aussi la vraie politique, ne s'informe pas de ce point; il y a parmi les pauvres des maladies que l'on ne peut traiter à domicile, un grand nombre n'en ont point; les autres résident dans les quarlieis les plus insalubres ; et en supposant que les ressources publiques suffisent à cette onéreuse disséniinalion des secours a domicile, il faut commencer par rebâtir la demeure de chaque indigent; car telle que nous la voyons, elle serait l'inévitable écueil de toutes les entreprises de l'art des médecins. Les hôpitaux qui reçoivent les femmes enceintes et les enfants trouvés préviennent les tentatives d'avortement et les infanticides; ceux où l'on traite la syphilis sont institués moins dans l'intérêt des individus que dans celui de la société; ils tendent à borner la contagion d'une maladie hideuse qui s'insinue dans les familles et flétrit dans leur germe des générations irmocentes L'utilité des grands hôpitaux est plus ditlicile à justifier, si ce n'est au point de vue de l'économie. Sans doute la mortalité qui y règne dépend en partie de la qualité des malades qu'ils admettent ; mais ils forment de vastes foyers d'élaboration morbifique, toujours menaçants pour ceux qui y séjournent ; ils engendrent certaines attéclions, en enveniment d'autres ; les pauvres n'y trouvent trop souvent la guérison d'un mal local qu'au prix d'une détérioration générale de leur complexion. L'assainissement complet de ces grands établissements et la régularité soutenue de tous les services sont à peu près impossibles. Le système des petits hôpitaux ou des grands hôpitaux à pavil'ons isolés, sans réduire les avantages que la science trouve dans les rassemblements de malades, assurerait à ceux-ci tous les éléments de bien-être et toutes les chances de salut que leur doit la société.

Q" jf{abitatio72S péniteiiiiaires. Ce(|ue leur salubrité exige sedéduit des conditions <]ne notis avons énonct^es; ce qu'elles sont aujourd'hui, la statistique le révèle. Nos établis.Hnneiits péniientiaires sont les prisons, les maisons centrales de force et de correction, les bagnes et les colonies pénitentiaires. La loi a conlie aux autorités ad-

(1) Esprit (les lois, liv. XXllI, rhnp. xxix.

ÉDIFICES PUBLICS. - - CONDITIONS PARTICULIÈRES. d9 /

ministratives et judiciaires le soin He veiller au bien-être des prisonniers et à la répression des abus dont ils peuvent avou> à souffrir. Les préffls, sous- préfets, maires, commissaires de police, doivent visiter une fois par mois les prisons, maisons d'arrêt ou de justice de leurs communes. Une fois par an, le préfet doit visiter tous les individus déî(Mius dans son département ; chaque juge d instruction une fois par mois, et le j^résident d'assises à chaque session. Tous ces magistrats transmettent au ministre de la justice le résultat de leurs observations. Il existe en outre une inspection générale des prisons. Ce contrôle répété prévient ou fait cesser les abus flagrants, assure le maintien de la règle; mais il ne va pas jusqu'à remédier aux causes latentes d'insalubrité, aux influences sourdes et journalières qui usent prématurément la vie des prisonniers, alors que la loi ne leur inflige que la privation de leur liberté et de leurs droits civils. Les prisons ont reçu de grandes améliorations; néanmoins, à des époques peu éloignées, elles présentaient encore à Paris, au centre de la civilisation, une effrayante proportion de mortalité (Villermé) :

De 1813 à 1818. De 1819 à 1827.

Grande-Force 1 sur 40,88 1 sur 57,42

Madelonnettes 38,03 45,41

Conciergerie 32,06 »>

Petite-Force . 26,63 36,76

Sainte-Pélagie 42,48 48,50

Bicêlre 18,75 26

Saint-Lazare 17,95 24

Saint-Denis 3,9" 5,64

Les maladies qui régnent dans les maisons ceiurales présentent une physionomie particulière; outre leur contingent d'affections communes aux populations libres, elles ont leurs endémies : dans quelques contrées exceptionnelles, elles ont paru procurer aux détenus une sorte d'immunité contre les épidémies du dehors. En général, la débilité et l'épuisement constituent le caractère fondamental de leurs maladies; c'est ce qui explique la forte proportion de leurs aff'eclions chroniques, dont les cas sont, à ceux de maladie aiguë, comme k à 1 (Ch.issinat). La phlhisie, les scrofules et le scorbut dominent dans ces établissements; sur 8 décès du sexe masculin, 3 sont victimes de la tuberculisation. Pour les femmes, le rapport est de 1 sur 3. La phthisie et les scrofules réunies causent

^'^^ IlYGiiîNK PUBLIQUE.

chez les lionimes 5 décès sur 11, et chez los femmes 5 sur 13. Des calculs (i'urjevMleur approximative ont cotifliiit M. Ferrus fl) à fjxer la proportion d'aliénés t^ue Iburnissent les détenus : elle est de 1 pour 92,7 détenus (année 1867), tandis que la population lilire n'en compte que 1 sur 1830 (année I8/16). La folie est très commune dans les prisons, et si elle ne se nianitesle point sans le concours de prédispositions individuelles, il faut reconnaître que la captivité agit très ellicaeeinent à titre de causi^ détei minante. Le suicide y régnerait avec une énergie extrême sans les moyens de surveillance; néanmoins il s'y montre quatre fois plus fréquent que dans la vie libre, car on trouve pour la, population extérieure 1 suicide sur 11,589 individus, et pour les prisonniers, 1 sur 3,165.

La mortalité dans les l^agnes et les maisons centrales a été étudiée d'après les documents officiels de 1822 à 1837 (2 . Les chances de mort annuelles étatit égales à 1 dans la vie en liberté, elles s'élèvent à 3,8i pour les forçats dans les bagnes, et dans les maisons centrales à 5,09 pour les hommes et à 3,59 pour les femmes. Dans les bagnes, les chances de mort les plus grandes existent pour la période de 30 à ^lO ans ; le maximum de la mortalité a lieu pendant la première année. Les décès des récidivistes sont à ceux des nonrécidivistes comme 77 à 133. Les assassins périssent en moins grand, nombre que les voleurs, et ceux-ci vivent plus que les coupables de ' viol ; le rapport est de 116 à 136 à 160. Quant aux professions, le maximum de mortalité tombe sur les habitants de la campagne, les agriculteurs, les soldats, les marins, les vagabonds, les mendiants, puis sur les forçats qui ont exercé une profession active; viennent ensuite les professions libérales; les ouvriers sédentaires provenant des villes supportent le minimum des décès : la série ascensionnelle est, pour ces différentes catégories, 121, 130, 132, 167, 151. Dans les trois bagnes de Brest, Toulon et Rochefbrt, la mortalité se montre dans le rapport de 100 à 136 et à 167. Dans les trois bagnes elle a diminué : de 1822 à 1831 elle était de 1 sur 137; de 1S31 à 1837 elle est descendue à 1 sur 150. — Dans les maisons centrales, les plus fortes chances de mort correspondent à la puberté; la vieillesse confirmée s'y trouve mieux que dans les bagnes ; le maximum de la mortalité survient pendant la seconde et la troisième année pour les hommes, pendant la troisième et la septième pour les

(1) Chassinat, Éludes sur la mortalilé dans les bagnes. Paris, 1844, in-t.

(2) Des prisonniers, de l'emprisonnewenl et des prisons, 1850. p. 108.

femmes. La mortalité des récidivistes et des non-récidivistes est dans le .apport de 176 à 206 pour les hommes, et de 87 a Ho pour les fenunes. Relativement aux professions, la mortalité se compor e dans les maisons centrales comme dans les bagues, avec celle d. térence que le minimum appartient aux professions libérales. Elle varie suivant les maisons centrales : pour les maisons d hommes, ses rapports oscillent entre les nombres 109 et 112 tourms par Poissv et iMelun, et les nombres 2^6 et 28^ fournis P^'' G^'/'^" Evsses; pour les maisons de femmes, entre les chiffres de SU et 90 donnés par Loos et Fontevrault, et ceux de 158 et 193 bonnes par Rennes et Limoges. En somme, pour les périodes précitées de 1822 à 1831 et de 1831 à 1837, la mortalité a baissé dans les maisons de femmes et s'est élevée dans les maisons d'hommes

La statistique officielle de la France, de 1831 à 1835, porte le nombre des décès de nos 19 maisons centrales a 5,^ilO sur une population moyenne de 80,0/i5 détenus; ce qui donne la proportion de 6 75 sur 100. Celle qu'a obtenue M. Chassinat est de 5,09 pour les hommes. D'autre part, M. Benoiston de Chàteauneuf estime à 1,57 sur 100 la mortalité des plus pauvres ouvriers de Pans (1) : d'où l'on voit que, maigre les améliorations réalisées dans le système pénitentiaire, les détenus oht à subir un excédant notable de chances de mon. En 1829, M. Villermé jugeaitquelacaplivitéabrége la vie de 17 à 35 ans. M. Ch. Lucas assure que, dans l'état actuel de nos maisons centrales, une détention de 10 ans équivaut aux 5/7 environ d'une condamnation a mort (2). Dans la maison centrale de Nîmes, il meurt U déteims et 299/1000 pour 1 décès d'hommes libres; d'où, en 23 ans, 157 T., 63 condamnés à mort par le régime des prisons (3). Certains publicistes ne s'inquièlent point de Ces résultais : M. de Toc(iueville Fait remarquer qu'une prison n'est pas un hôpital, et (ju'on enferme leè criminels, non pour leur bieli-êlï^ et leur sanlé, mais pour les punir et les réformer. M. Moreau-Christophe va plus loin encore : « Tout ce qu'on peut, tout ce qu'on doit exiger d'une prison, c'est qu'elle ne tue pas. » Pour punir le criminel, pour le corriger, pour prévenir les récidives, il ne craint pas

(1) Annales d'hygiène. Paris, 1830, t. III, p. u.

(2) Théorie de f emprisonnement , t. III, p. '26.

(3) Boileau-Castelneau, Influence du, régime des prisons, etc. {Annales d'hygiène, 1849, t. XLI, p. 89). — Joret, De la folie dans le régime pénilenliaite, ûi\ns Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1849, t. XIV, p. 319-407.

IIYCJIÉNK PUBUQUK.

d'attacher aux prisons do plus fortes cliarices de maladie et de mort. Cette doctrine nous paraît cruelle plutôt que juste; elle donne au châtiment légal le caractère de la venj;eance : il faut rechercher pour les détenus des moyens de régénération morale qui se concilient avec la santé et la conservation de la vie.

Deux systèmes sont aujourd'hui en présence : 1" Le système pensylvanien, ou la réclusion cellulaire de jour et de nuit, sans autre distraction que le travail solitaire, les lectures pieuses, et les visites du directeur, de l'aumônier et du geôlier; il est suivi à Philadelphie, a New-York et à New- Jersey. 2° Le système d'Auhurn prescrit l'isolement cellulaire pendant la nuit, et le travail en commun pendant le jour, avec l'obligation du silence absolu ; il est adopté à Sing Snig, à Boston, dans le Kentucky. dans le Menessé, etc. La Suisse, la Belgique, l'Angleterre, l'Ecosse sont entrées dans la voie de la réforme pénitentiaire, dont la première idée vient d'un philosophe et d'un prêtre, Howard et A. Mabillon ; mais ces pays ont diversement combiné les deux systèmes, dont l'application franche et complète n'a eu lieu jusqu'à présent qu'en Amérique.

Ce n'est qu'en I8Z1O que l'emprisonnement individuel a été appliqué en France ; limité d'abord aux détentions préventives, il a été étendu en 18/i3 à la détention pénale pour une période de douze ans, au delà de laquelle l'emprisonnement en commun devait, d'après le projet de loi de M. Duchàiel, alors ministre de l'intérieur, succédera l'incarcération solit.ure. La chambre des députés (18Ziû) fixa à dix ans la durée de ce dernier mode d'emprisonnement, et voulut qu'à l'expiration de ce temps, les condamnés fussent transportés hors du territoire continental de la France. En 18^i7, autre projet de loi présenté à la chambre des pairs : l'emprisonnement cellulaire y était étendu à toute Indurée des peines; les bagnes étaient supprimés et remplacés par des maisons de travaux forcés. La révolution de 18^i8 empêcha la discussion du rapport présenté sur cette loi par M. Bérenger. La France compte aujourd'hui vingtcinq à trente prisons cellulaires, dont plusieurs fonctionnent depuis douze ans environ : quelques-unes manquent d'importance et de surveillance sévère; dix à douze répondent aux conditions du projet de loi de 18U1 . Pour la construction des pénitenciers du système cellulaire, on a atlopté le pian rayonnant : tous les bàliments convergent vers un belvédère central , sorte d'observatoire d'où s'exerce sur toutes les galeries la surveillance du directeur et des employés ; entre les bâtiments existent des promenoirs-cellules, en

ÉDIFICES PUBLICS. - CONDITIONS PARTICULIÈRES. bOl

partie abrités pour l'hiver. Dans les galeries , les cellules, alignées sur plusieurs étages, sont munies, chacune, d'une fenêtre sur la couv et d'une portti sur la galerie, avec un petit judas qui permet d'observer tous les mouvements des détenus ; elles ont k mètres de long sur 2"\25 de large et 3 de haut ; elles doivent avoir au moins 28 mètres cubes de viiie; à Tours, il yen a 35. Il y a dans chaque cellule un hamac, une table, un tabouret, une cuvette, avec un robinet d'eau , un bec de gaz et un siège d'aisances qui ne laisse pas échapper d'émanations dans le système combiné de chauffage et de veniilation appliqué par iM. Grouvelle à la prison Mazas. Sous les six corridors occupant les grandes ailes d^e ce bâtiment régnent des caves hermétiquement fermées, ouvrant sur le chemin de ronde par une double porte doublée de peaux de mouton , et dont les deux ventaux sont séparés par un tambour destiné à faire le service des vidanges. Ce couloir souterrain contient autant détonnes qu'il y a de cellules, qui communiquent avec ces tonïies par un tuyau de conduite et avec la cave par un tube ajusté à angle aigu sur le tuyau de conduite. La cave communique par un canal voûté avec une grande cheminée centrale, où le feu, toujours entretenu, attire tout l'air des caves et des cellules. Celles-ci puisent l'air pur dans les corridors par un orifice placé près des tuyaux de chauffage. La ventilation est réglée à la partie inférieure de chaque tuyau de vidange à l'aide de registres, et par la diminution de l'ouverture de la cave sur la cheminée. On avait d'abord amené dans les cellules l'air extérieur par des ouvertures aux murs ; mais réchauffement inégal de cet air avait pour effet de troubler la ventilation et de produire des courants en sens inverse. La ventilation s'exerce d'une manière éyale dans les cellules d'un même étage ; mais elle va en s'alfaiblissant du rez-de-chaussée au premier étage, du premier au deuxième étage; grâce aux registres, on arrive à la répartir également dans l'ensemble. Il suffit de placer un tampon à chaque cuvette pour qu'on puisse ouvrir les fenêtres sans amener dat)s les cellules uti courant inverse et infect des fosses. La nourriture et l'hiibillement sont les mêmes que dans les prisons en commun. Le travail est encore plus nécessaire dans la cellule, et l'on e5t parvenu a y acclimater une grande variété d'industries, passementerie, bonneterie, tis.=iige du lin , du coton, de la soie au métier, travaux de reliure, d'ébénislerie, etc., à l'établi. M. Lélut, zélateur persévérant de l'incarcération solitaire, a Ifir me que toutes ses conditions sont égales ou supérieures à celles de l'emprisonne-

HYGIÈNE PUBMQ[JK.

nient en commun ; égales : ralimenlation, le vêtement, le travail , l'exercice en plein air; supérieures : la quantité d'air à respirer (30 à /lO mètres cubes au lieu de 8 à 1 0), allitndes plus libres et plus variées, absence d'excitation au vice. A quoi lépond le doct* ur P. de Pieira-Saula (1) : Lp temps de la promenade est insuflisant (trois cjuarts d'heure) ; le travail n'est pas assez généralisé; la lectiire n est une ressource que pour le petit nombre; pour les autres, l'effet moralisateur se traduit par quarante-sept minutes par mois de conversation avec les directeurs, aumôniers et médecins ; aussi, tout en reconnaissant la diminution du nombre des maladies et des décès à Mazas, comparativement à la Vieille-Force, M de Pietra-Santa insiste sur la fréquence plus grande des aliétiations mentaies et des suicides dans le système de l'encellulement. Avant de discuter ces données récentes et restreintes à une seule prison cellulaire, rappelons les faits qui s*^ sont produits ailleurs dans les deux modes de séparation individuelle des détenus.

Le silence en commun, base du système d'Auburn , est difficilement observé ; les faits rapportés par MM. Demetz, Coindet, Crawford, Livingston , Benoiston (2), prouvent que cette loi est partout éludée L'industrie mimique dès détenus supplée à la voix, trompe la surveillance la plus assidue, et propage avec autant de rapidité que la parole les mauvaises pensées qui germent dans leur réunion. On est forcé de conclure avec M. Moreau-Christopbe que là où il n'y a pas séparation individuelle, il y a nécessairement corruption collective. Peut-on l'éviter en groupant les prisonniers par catégories? Cette modification a été adoptée îi Genève ; les condamnés y sont divisés en quatre quartiers , diversement traités sous le rapport de l'alimenlalion, de la libre dis|)osition de leur pécule, du degré de liberté accordée aux heures de promenade, etc. Dans ce mode de pénalité graduée, les condamnés , même les plus criminels , obtiennent, en se conduisant bien, leur passage dans dès quartiers meilleurs. Le temps n'a pas prononcé sur la valeur de ce classement, difficile à faire dans les prisons plus populeuses que celles de Genève.

C'est au système de l'isolement continu avec le travail que paraissent se rallier aujourd'hui les partisans de la réforme péniten-

[1) Influence de l'emprisonnement cellulaire de Masas , etc. {Académie des sciences, 23 janvier 1853).

(2) Annales d'hygiène, Paris, 1838, t. XIX, p. 273; 1844, t. XXXI. |». r;2.

tiaire ; celle-ci ne peut sorlir d'un atelier de détenus. « Il n'y a là, ditM. Beiioislon, qu'aversion, que haine pour toute loi, toute règle, toute obéisscince. Là on ne nourrit que mauvais pencliants, on ne médite que mauvais desseins. Toute peusée est une pensée de vice, de révolte ou d'évasion. » La vie cri^luUiire, a-t-on dit, peut seule dompter le cartictère du criminel : soustrait à l'émulation du mal , à l'excitation des regards et des gestes, il retombe sur lui-même, déconcerté, abattu ; la fièvre malsaine de ses passions s'éteint faute d'aliment. S'il n'est pas trop endurci, il recevra de nouvelles empreintes, et le repentir commencera la convalescence de son âme. Maison reproche à l'encelluleiuent d'hébéter les esprits bornés, de produire la phthisie, la folie et le suicide. Dans le pénitenlier dç Philaldelphie, le docteur Franklin Bâche a signalé, de 1827 à 1836, 16 cas d'aliénation ; mais 10 de ces déteims avaient donné des signes de cette mahidie avant leur entrée dans le pénitencier. A Lausanne, de 1834 à 1842, 31 détenus ont perdu la raison ; mais 5 avaient été aliénés avant leur réclusion, et 10 autres le devinrent aussitôt qu'on les eut soumis à rencellulement , et ne sortaient guère de la catégorie des hallucinés (docteur Verdeil). A Genève, de 1825 à 1836, 15 cas de folie sur 329 détenus ; plusieurs de ces aliénés avaient manifesté avant leur réclusion une prédisposition évidente aux maladies mentales (Coindet). Ces faits ne suffisent pas pour trancher la question de l iidluence de l'encellulement sur la production de la folie; les rapports publiés ne s'accordent point sur la limite à poser entre les cas appartenant ou non à l'aliénation. Ils n'ont pas tenu également compte de l'état mental antérieur à l'emprisonnement, etc.; même absence de documents péremptoires sûr la mortaliié attribuée au régime cellulaire. Les inspecteurs de Cherry-Hill (Philadelphie) l'estiment à 2 1/2 pour 100 de 1829 à 1837 ; la Société de Boston à 3, et à 2 dans les huit établissements soumis à la règle d'Auburn ; elle est de 3 à Genève, où le plus grand nombre des détenus sont isolés, ainsi qu'à Berne, où on les occupe aux ti'avaux des champs. Les variations du poids des prisonniers peuvent faire coiuiaître les modifications que subit la nutrition générale sous l'influence du système auquel on les assujettit ; le poids du corps est un fait simple, facile à constater, parfaitement mensurable. Les pesées faites ou connues jusqu'à présent sont celles de la maison de coirection de Devèze (Angleterre) et du pénitencier de Genève (Marc d'Espine). A Devèze, le régime pénal consiste dan risolement nocturne et le travail silencieux du jour ; les pesées

HYGIHNH PDBLIQUK.

qui y ont été faites démonlnuit (juo cetto maison engraisse b(;aucoup plus souvent qu'elle ne tnaigrit ses habitants. Au coiitiaiie, M. Marc d'Espine a constaté, soit par la coinparaison des poidb moyens, soit par celle du nombre des amai{i;ris et des engraissés, que le régime pénitentiaire d^ Genève cx(!rce une influence amaigrissante qui est proportionnelle à ses rigueurs. Au début, il engraisse plus qu'il ne maigrit : c'est que les détenus ont passé des angoisses de la prévention et de la condanniation à un état plu< stable et plus régulier, quoique pénible. Dans ses recherches, M. Marc d'Espine a l'ait la part de l'accroissement dû à l'âge ; quant aux saisons, il a vu que le rapport des augmentations aux diminutions de poids est le même en été qu'en hiver (1).

Si nous interrogeons les renseignements les plus récemment fournis en France par des statistiques exactes, nous les voyons concorder sur deux points fondamentaux : l'emprisonnement cellulaire produit moins de maladies et moins de décès que l'emprisonnement collectif. Adversaires et partisans du premier système se rencontrent dans cette importante conclusion. Dans les prisons cellulaires de Lons-le-Saulnier, de Montpellier, de Bordeaux, de Tours, de Versailles, de Relhel, de Reiniremont, M. Léluta trouvé beaucoup moins de malades que dans les maisons centrales de Clermont, de Loos, etc. Quant à la mortalité qui, chez les classes pauvres, dans la vie libre et à un âge moyen de 30 à UO ans, est annuellement un peu moindre de 2 pour 100, elle a été :

Dans la maison cenUale de Clermont (Oise) de 4,1 p. 100 (période de ti ans).

— d'Haguenau 6,75 p. 100 (période de 10 ans).

— d'Eusisheim 7,70 p. 100 (période de 12 ans).

— de Beaulieu 8 p. 100 (période de 10 ans).

Et

Dans la prison cellulaire de Lons-le-Saulnier 0 p. 100 (période de 3 mois).

— do Montpellier 1 p. 2000 (période de 2 ans).

— de Tours ... 2 p. 1200 (période de 28 mois).

— de Versailles 0 p. 300 (période de 15 mois).

— de Relhel l ,5 sur 100 (période de 3 ans .

et d'après M. Pi(!tra-Santa lui-même, la mortalité ne s'est élevée, dans la période 1850-1 «5^, à Mazas, qu'a 1,90 pour lUO.

Dans la société libre et honnête, on compte 2 aliénés sur 1000 in-

(1) Annales d'hygiène cl de mddecino légale. Paris, 1844, t. XXXII, p. 70.

dividus ; d'après M. Lélut, qui a posé le pivmier cette proportion, les prisons de l'anoion régime donnaient 4, 5, 6, 7 et plus d'aliénés sur 1000; dans celles du nouveau régime, on n'en compte que 2, 3, U et 5 au plus. M. Lélut a recueilli dans ses propres visites les

données suivantes :

Années. Prisons. Proportion sur 1000.

1844. Dépôt des condamnés à Paris 7

1844. Maison centrale de Melun 10

1845. Prison correctionnelle de Roanne à Lyon. 30

1845. Maison centrale de Nîmes 12,3

1845. Maison centrale de Montpellier 10

1847. Maison centrale de Clermont 21

1847. Maison centrale de Loos 12

1847. Maison centrale d'Haguenau 29

1847 . Maison centrale d'Rnsisheim 10

1851. Maison centrale de Beaulieu 12

Ces chiffres fixent la fréquence de la folie dans les maisons d'emprisonnement collectif à la proportion moyenne de 15 sur 1000. Les prisons cellulaires ont fourni à M. Lélut ;

Chalon-sur-Saône..

pour 80

détenus

période

de

plus d'un an.

Lous le-Sauinier. .

de

mois.

de

mois.

de

ans.

Tours et Bordeaux.

de

ans.

de

ans.

Remiremont

de

mois.

En s'appuyant sur la statistique de deux prisons ordinaires (Vieille-Force, Madelon nettes) et d'une prison cellulaire (Mazas), M. de Pietra Santa arrive, par l'interprétation des faits et des antécédents individuels, à conclure que les deux systèmes donnent lieu a un nombre a peu près égal d'aliénations, mais qu'à Mazas, les cas de folie bien constatés ont pris naissance dans l'établissement, tandis qu'aux iMadelonnettes, sauf quelques rares exceptions, les fous viennent du dehors, et la maladie iie se développe pas à l'intérieur.

Quant à la fréquence plus grande des suicides dans la maison reliulaire, elle me paraît démontrée par les dernières recherches de M. Pietra Santra qui embrassent une période de k ans à Mazas. On a compté :

HYGIENE PUBl.lOtJK.

De 1840 à 1849. . 1 suicide sur12,46r, ) ,, „. ... „

1 tentative sur 9,000 ( " Vieille-l orce.

de 1850 à 1854. . 1 suicide sur 12,000 / ,,

0 tcDlalive sur « i Madelonuettes.

de 1850 à 1854. . 1 suicide sur 971 1 tentative sur 765

Mazas.

Sur 26 suicides, observés à Mazas, lU ont été consommés dans les 8 premiers jours de l'incarcération cellulaire, :i dans les premiers mois, 7 dans les deux mois, 2 dans le cours du troisième mois; en général, les détenus qui se sont suicidés, loin d'iippartenir à la catégorie des pervers, perdus de dettes et de crimes, étaient en prévention pour des délits qui les rendaient passibles de la police correctionnelle. On a répondu à une première statistique de M. Pietra Santa, portant sur deux années (i\Ia/.as, 1850-52), en faisant valoir la bénignité de l'année 1850, où Mazas n'a eu que 3 suicides, la gravité des années 1838 et 18ù8 (1 suicide sur 770) au dépôt des condamnés qui appartient à l'ancien système ; mais la considération isolée de telle ou telle année est sans portée, et les inductions fondées d'abord par M. Pietra Santa sur une période de deux ans, viennent de se vérifier sur une période de deux nouvelles années. Toutefois la statistique n'est pas définitive, même après quatre ans; elle exige des recherches plus longues, plus midtipliées.

La "prison de la Roquette, affectée aux enfants et soumise depuis 18^i0 au régime cellulaire, offre des résultats d'un grand iiitéivt, puisqu'ils jugent la valeur de ce mode pénitentiaire appliqué au jeune âge. M. Ferrus (1) a fait ressortir l'accroi.ssement du nombre des phthisieset des scrofules parmi les jeunes détenus, et néanmoins, dès 18^6, leur mortalité annuelle qui s'était élevée à ^lO et même à U5 pour environ 500, s'était abaissée à 12. Tant il est vrai que la statistique a besoin de suite et d'étendue.

Quand il s'agit du choix d'un système de correction pénitentiaire, les résultats moraux doivent toujours être placés en regard des données physiologiques et hygiéniques. Avant 18^0, tous les efforts de la société de patronage, instituée pour donner aide et secours à cette classe de libérés, n'avaient abouti (ju'à réduini parmi eux le chiffre des récidives à l^i.90 pour 100; depuis l'adoption de l'isolement, il est descendu à 7,12.

(1) Ferrus, Dca prisonniers, de I cmpi isonnemeul et des prisons. Paris. 1850, n-8, p. 57 et 146.

ÉDIFICES POBLICâ. — CONDITIONS PARTICULIÈRES. 607

De telles différences sont de nature à compenser une augmentation plus ou inoins définitive de suicides el d'aliénations; mais est-il donc impossible de corriger , d'atténuer ce dernier fait? Nous sommes tiès porté à croire avec M. Lélut (1) que le nouveau mode d'incarcération sera sans danger pour la santé du corps, comme pour celle de l'âme, s'il comporte : 1° l'habitation d'une cellule ou plutôt d'une chambre de 30 à 35 mètres cube d'étendue qui permetie au détenu le mouvement et l'exercice d'un métier; 2" une à deux heures de promenade au moins ; 3° des lectures instructives alternant avec le travail ; k° des communications journalièi'es, très fréquentes, avec des membres de la société honnête, directeurs, aumôniers, médecins, magistrats, membres des associations charitables, agents des travaux, gardiens dechoixet capablesdeconcourirà l'œuvre de moralisation ; 5" la formation prudente de quelques catégories (femmes, enfants, esprits faibles et passifs, etc.) auxquelles ne serait pas appliqué l'isolement dans toute sa rigueur, toutes les foisqu'oi) îaura la certitude que la corruption réciproque ne naîtra point de ces groupements. « Qu'on examine, qu'on distingue, dit M. Lélut, qu'on détermine toutes ces exceptions. La règle n'en sera que plus sûre et son application plus efficace ; » mais, dit encore le même écrivain, et c'est là notre propre conclusion : « il est bon, il est nécessaire que les criminels condamnés soient rigoureusement isolés les uns des autres : pour qu'ils ne se corrompent pas les uns les autres, pour que l'action réformatrice de cette société qu'ils ont attaquée, s'exerce plus eflicacenienl sur eux; pour que, dans la prison, ils ne se connaissent pas, et qu'ainsi, ils ne puissent s'associer pour de nouveaux délits et de nouveaux çrnnes. » j ^ Au reste, quelque mode d'emprisonnement que l'on adopte, il ne faut point se flatter d'égaler les chances de santé et de mortalité entre la captivité et la vie libre : on ne borne pas impunément aux avares dimensions d'une cellule le champ de la locomotion, la portée du regard, l'indépendance des actions; la privation d'air et de mouvement, ajoutée à celle de la liberté, lait de l'existence en prison une existence contre nature. Le bandit, le criminel, le vagabond que l'on enferme, ressemblent à l'animal sauvage qui passe ià l'état de captivité ; aux mouvements violents, aux aventures, aux passions, aux orgies, succèdent l'isolement, la stagnation, la'per-

(1) Lélut, Lellre sur l'emprisonnement cellulaire. Paris, 1855, el De Vh fluence de femprisonnemenl cellulaire sur la raison, etc., 1844, etc.

608 HYGIÈNE PUBLIOUR. |]

spective d'une peine plus ou moins pi'oioiig('e, la compression de la fatalité sous la l'orme de la loi : laut-il donc s'étonner si chez les détenus les maladies ont un caractère plus firave et dps suites plus funestes (1)? La |)liiliisie pulmonaire surtout les décime, sansqu'on puisse la rapporter plus particulièrement a l'obligation du silence, au défaut d'exercice à l'air libre, à la spécialité nuisible des travaux, aux vices de la solitude, à la consomption morale des regrets, des ennuis et des remords. Ainsi, tout en évitant avec soin d'aggraver le châtiment légal, on ne réussira peut-être jamais à réduire entièrement le tribut de la mort dans les prisons au même taux que dans la vie libre; mais on peut assurer cpje la substitution de l'inllucnce morale au principe do l'intimidation, la combinaison des travnux agricoles et industriels d'après les vues de M. Boileau-Castelueau . {loc. cit.), la création d'ateliers mobiles dont M. Dugat, inspecteur 1 général des prisons, adonné le plan, et qui exécuteraient les travaux de teri assement, des routes, d'endiguement, de dessèchement; la répartition des détenus en escouades occupées alternativement au grand air et à la confection sédentaire de leurs outils, vêtements, chaussures, etc. , l'instruction morale et intellectuelle dispensée tous les jours pendant quatre heures au moins; une gestion éclairée de toutes choses et donnant l'exemple continu de la régularité et de la probité, influeraient heureusement et sur la santé, et sur la moralité des condamnés. Nous renvoyons aux conclusions du mémoire de M. Caslelneau où l'ensemble de ces moyens est détaillé et justifié, sans oublier le secours que l'on peut tirer dans certains cas des divers modes d'emprisonnement ; ils peuvent avoir tous leur utilité. L'erreur et le mal consisteraient dans l'application exclusive d'un régime uniforme. M. Ferrus partage les condamnés en trois catégories : 1" intelligents, énergiques et pervers; 2" vicieux, bornés, abrutis ou passifs; 3" ineptes ou incapables. Aux premiers, dit-il, l'encellulement continu ; aux seconds, la captivité collective pour règle et l'isolement comme mesure exceptioimelle ; aux derniers, la communauté pénitentiaire avec des conditions nouvelles qu'il indique judicieusement (2). Nous pensons que la cund>inaison des divers modes de captivité et des travaux agricoles et industriels doit servir de base à une réforme pénitentiaire où l'on voudra concilier l'intérêt de la vie humaine avec celui d'une régénération effective.

(1) Gazelle médicaJe, avril 1844.

(2) Loc. cit., p. 277.

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