‹ Traité d'hygiène publique et privée (volume 4)Chapitre 87 sur 163 · INGESTA. — ABONDANCE ET DISETTE · texte numérisé non relu

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portation des grains était défendue sous peine d'exécration et do bannissement. Rome tirait des blés de toutes parts pour suffire aux besoins d'un peuple toujours prêt aux séditions. Les capitulaires de Charlemagne énumèrent les fruits et légumes dont la conservation importe à l'entretien des peuples. Un naturaliste célèbre a dit : « Là où croît un pain naît un homme ; » et si Maltlius a trop exagéré cet axiome , il est cerlain que nulle cause n'est plus destructive de la population que l'insuffisance des vivres, leur rareté, leur haut prix ou leur mauvaise distribution.

Le prix des grains est le signe qui exprime le mieux par ses fluctuations le rapport des aliments à la population. Quelle a été sa valeur dans le passé? l'a-t-il conservée dans le présent? M. Mêlier a le mieux éclairé cette question. L'analyse de l'excellent ouvrage de Messance, qui a paru en 1760 sous le titre de Recherches sur la population, fournit les preuves que, toutes les fois que le prix du blé a augmenté, la mortalité est devenue plus forte, et réciproquement. John Barton, dont les observations ont eu lieu de 1801 à 1810, sur dix-sept districts manufacturiers d'Angleterre, est arrivé à des résultats identiques; ils se rapportent, comme ceux de Messance, au simple encliérissement du blé , à une augmentation de quelques francs par setier. Celte cause suffisait pour entier le chiffre des maladies, des décès et des admissions aux hôpitaux ; car, par une coïncidence fatale, mais facile à comprendre, en même temps que s'élève le prix du pain , la plupart des travaux diminuent, et par suite le taux des salaires descend. L'ouvrier gagne donc le moins au mometit même où ses dépenses s'accroissent; d'ailleurs une hausse de 5 centimes par livre de pain grève une famille pauvre d'un lourd excédant de frais annuels; pour y faire face, il faut que ses membres ou son clief redoublent de labeur, prolongent leurs journées aux dépens du repos de la nuit. Une plus grande déperdition de forces appelle les maladies et augmente les chances de mortalité.

Aujourd'hui, le prix des grains est descendu au rang des causes secondaires qui agissent sur les popu^ations; les mauvaises récoltes, renchérissement des céréales, compremetlent moins leur sort. La mortalité ne cesse pas de se subordonner au prix du blé, et dans l'année où la cherté survient et dans celle qui la suit; mais, tandis qu'au temps de Messance la différence des décès entre les années de cherté et les années de bas prix était considérable, elle a subi de nos jours une réduction successive, et à partir de 1810, elle n'est plus pour la France, prise en niasse, que d'une minime

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I"-opo«-«io.. : dl« était aul.(3lbi8 pour l>ans 1â ,K.ur 100 ; die est mamenanl de « pourlOO. Un r.nchériss.ment mémo considérable, un;, disette ne réagit pins snr h, n.ortal.lé avec autant d'énergie qu aux epo.,nos pins reculées; ainsi 1816 et 1817, deux années calamiteuses, où le froment atteignit dans le nord-est de la France le "'axininni de son prix connu, ont donné pour toute la Franc, un clii lire de décès non exce^sii•, .pioique supérieur à la moyenne annuelle. Eti comparant le prix des grains aux trois lermes\le la population (mariages, naissances, décès) de 1817 jusqu'à 18b2 M. Ch. Dupin a constaté l'atténuation de la valeur de ce signemême conclusion de M. Ch. Boersch pour Stra.sbourg (/oc. pHge 195). Et comme celle amélioration sociale s'est réalisée progressivement, elle <lQit dépendre d'un ensemble de causes stables qui (mt agi dans la même mesure. En première ligne se présente le changement de notre organisation légale. Autrefois, les disette, partielles étaient entretenues en France par les inégalités du prix (les grains de province à province, et par les prohibitions qui entravaient le commerce des céréales. La législation actuelle semble avoir concilié l'intérêt de la liberté avec celui de la protection; elle a pour but de prévenir renchérissement qui ruine les pauvres, et l'avilissement des prix qui ruine les cultivateurs. Le taux moven a oscillé longtemps en France entre 17 fr. et 20 fr. l'hectolitre: au -dessus de celte limite, les classes et les contrées industrielles entrent en soulfrance; au-dessous, le dommage commence pour les classes et les contrées agricoles. Ce sont surtout les progrès de l'agriculture qui ont contribué à neutraliser l'effet dépopulateur du prix des grains; on cultive une plus grande étendue de terres, et Qn la cultive mieux , la quantité de blé et d'autres produits obtenus par hectare va toujours en augmentant. La production du froment a doublé en France depuis 1760; de 1815 à 1835, les produits en grains ont augmenté de Tl millions d'hectolitres. Sur les 137 millions d'hectolitres de froment que produisent l'Espagne, la Belgique, la Prusse, |a Pologne, hi Suède, la Grande-Bretagne et la France, celle-ci en consomme 70, dont 12 retournent à la terre par ja semence. Pour com|.léler ce chiffre do sa consommation, la France n'emprunte qu'un 70« à l'étranger; cliaciin de ses habitants dispose jinnuellement de 210 litres de blé. Pour la Grande-Bretagne, la ration annuelle |>ar individu est de 163; pour l'Espagne, 127: poqr la Hollande, 57; pour la Prii.sse, 36; pour la Pologne, 2."); pour la Suède, 8 (Moreau de Jonnès). La culture en grand des

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légumes secs en (burnit 2 millions d'iiectolilies. A ces ressources s'ajoutent les petites ciillures que favorise la division des propriétés et celle des jardins dont les produits, dans la seule moitié orientale de la France, ont une valeur brute de près de 72 millions dfl francs {Statist. de la France). Enfin, la pomme de terre, ce pain tout fait, suffit à elle seule pour éloigner ou pour atténuer le fléau des grandes disettes et des famines qui décimaient autrefois les nations. Sa culture occupait en (1835 plus de 800,000 hectares, aujourd'hui, dans la seule moitié orientale de la France, elle s'étend à près de 500,000 hectares, produisant 55 millions d'hectolitres, 3 hectolitres 1/2 par habitant. Une étendue de terre bien cultivée en pommes de terre peut nourrir quatre fois autant d'individus qu'ensemencée en froment. D'après les recherches de M. Mélier, c'est surtout à dater de 1826 que les ressources alimentaires de la France l'emportent sur ses besoins; de 1815 à 1835, l'accroissement de la récolte en blé aurait été, comme celui de la population, de 12 pour 100.

11 ne faudrait pas toutefois fonder sur ces résultats d'une statistique toujours limitée, une sécurité que peuvent démentir ceux de périodes subséquentes. Ainsi le prix de l'hectolitre de blé que, d'après des calculs antérieurs, nous avons dit osciller en France entre 17 et 20 francs, a été constamment de 22 fr. dans les six premiers mois de 1846 et a augmenté ensuite chaque mois jusqu'au onzième; à la fin de mai 18ii7, il était monté à 38 fr. en moyenne générale; dans quelques localités, il dépassait 50 fr. — M. Moreau de Jonnès dit que l'influence de cette cherté sur les mouvements de la population, restée inappréciable dans les premiers mois de 1846 alors que le blé valait déjà 28 fr., est devenue aussi désastreuse que les maladies épidémiques à partir de jnnvier 1 8/i7, l'hectolitre de blé ayant atteint le prix de 30 fr.; la population totale, au lieu d'augmenter de 152,000 habitants comme en 1866, oh de 237,000 comme en 1845, nes'esl accrue en 1847 que de 64,800 individus, accroissement inférieur de 7:5 pour 100 à celui qui s'était opéré deux ans auparavant. D'un autre côté, les relevés offi('iels des importations et des exportations de blé et de farine de froment qui ont eu lieu de 1816 à 1855, constatent pour cette période signilicatiye de 39 uns un mouvement total :

En importations, de -iS.dOri.aïO hecloliln-s.

lin exportations, de 25,093,623 —

Excédant de l'entrée sur la «o^Uc. . . -i^jBTi,?*? hçctQlilres.

HY(iIKNE IHlULiyL'E.

Co dernier chifiio, dit M. Haussmann (1), représente évidemment 'nsutfisanre totale et réelle des récoltes en blé-froment, pendant la longue suite d'années dont il récapitule les entrées et les sorties; Il révèle en moyenne une insuffisance annuelle de 731,839 hectolitres, et vient infirmer la conclusion de M. Mélieri rapportée plus haut, à savoir: que la France produit au-delà de ses besoins. Il y a plus: la législati(m n'atteint pas le but modérateur qu'elle s'est proposé; si elle conservait au pays les excédants des années d'abondance, le tribut annuel qu'il paie à l'étranger se réduirait au prix de 230,000 hectolitres, complément nécessaire de nos récoltes. Mais depuis quelques années, les exportations ont tellement augmenté après les bonnes récoltes, qui abaissent notablement le prix des blés, qu'elles ont enlevé à la France la presque totalité de ses excédants des années fécondes ; celles-ci se groupent et s'enchaînent, comme les années infructeuses, par séries périodiques de cinq à six années qui alternent. Or, la période fructueuse de ISUS à 1852 {cinq années) a donné lieu à un mouvement d'exportation de U, 122, 177 hectolitres, tandis que la période fructueuse précédente {six ans), de 1833 à 1838, n'a fait sortir de France que l,Zi75, m hectolitres, et la période antérieure {six ans), de 1822 k 1827, que 1,238,521 hectolitres, c'est-à-dh-e moins de 1/10 du chiffre atteint de 18/i8 à 1852. Aussi, dès la première année médiocre qui survient, en 1853, faut-il redemander à l'étranger nos blés exportés : ce besoin d'exportation se continue depuis 1853 jusqu'à ce jour (12 août 1856), et en ce moment, l'étranger nous a rendu la totalité de 1,/i75,9Zi^i hectolitres qu'il nous avait enlevés à bas prix, et 2 millions d'hectolitres au delà (note manuscrite de M. Haussmann) :

Ces 1,475,944 hectolitres qu'il avait achetés pour. . 212,930,000 fr. Il nous les a revendus moyennant 371,130,000

La perte sur cette quantité est donc de. . . 158,200,000

L'insuftisance des récoltes ayant continué, il a fallu acheter encore en 1856 2 millions d'hectolitres

qui, à 34 fr. en moyenne, ont coûté 68,000,000

Il a donc dû sortir de France jusqu'à ce jour (1 2 août 1856), pour cet intérêt, une somme en espèces de. 226,200,000

(1) Haussmaun, Mémoire présenté à l'Académie des sciences, sur un nouveau système de conserve des céréales, etc. Paris, 22 avril 1855.

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