PRÉFACE. XIII
D'après ce jugement, les prétentions de Leibnitz n'auraient aucun fontlenient. Il se plaignit en vain : « Mais je ne sais, écrivit-il àChamberlayne, par quelle chicane et quelle supercherie quelques-uns firent en sorte qu'on prît la chose comme si je plaidois devant la Société, et me soumettois à sa juridiction, à quoi je n'avois jamais pensé; et selon la justice, on devoit me faire savoir que la Société vouloit examiner le fond de l'affaire, et l'on devoit "me donner lieu de déclarer si j'y voulois proposer mes raisons, et si je ne tenois aucun des Juges pour suspect. Ainsi, on n'y a prononcé qnuna parte audita, d'une manière dont la nullité est visible. Aussi ne crois-je pas (|ue le Jugement qu'on a porté puisse être pris pour mv arrêt de la Société.
» Cependant ]M. Newton l'a fait puljlier dans le monde par un Livre imprimé exprès pour me décréditer, et envoyé en Allemagne, en France, et en Italie, comme au nom de la Société. Ce Jugement prétendu, et cet affront fait sans sujet à un des plus anciens membres de la Société même, et (jui ne lui a point fait déshonneur, ne trouvera guères d'approbateurs dans le monde; et dans la Société même, j'espère que tous les membres n'en conviendroientpas. Des habiles François, Italiens, et autres désapprouvent hautement ce procédé, et s'en étonnent: et on a là-dessus des lettres en main; les preuA'es produites contre moi leur paroissent bien minces.
» Pour moi, j'en avois toujours usé le plus honnêtement du monde envers M. Newton; et quoiqu'il se trouve maintenant qu'il y a grand lieu de douter s'il a su mon invention avant de l'avoir eue de moi, j'avois parlé comme si de son chef il avoit eu quel(|ue chose de seml)lal)le à ma méthode. Mais al)usé par quelques flatteurs mal avisez, il s'est laissé porter à m'attaquer d'une manière très-sensible. Jugez maintenant, Monsieur, de quel côté doit venirprincipalement ce quiest nécessaire pour faire cesser cette contestation . »
Cependant, dès que la Commission eut parlé, les géomètres anglais adoptèrent ses conclusions et les regardèrent comme solidement établies. C'est ce <Hie Taylor accepte dans l'ouvrage intitulé Methodas Incrementorum, où le nom de Leibnitz n'est pas même prononcé; c'est ce que Maclaurin confirme dans le Treatlse of Fluxions, publié en 17^5; c'est enfui ce que Biiffon répète avec plus de force encore dans la préface mise en tête de la traduction d'im ouvrage de Newton. licibnitz, si l'on acceptait son récit, aurait jouit à une mauvaise foi inexcusable une maladresse presque ridicule.