Comptes rendus, t. LXI, p
PAR LE RÈGNE VÉGÉTAL
composés ternaires primitivement formés, tels qu’hydrates de carbone, acides organiques, etc.? On ne peut faire à cet égard que des hypothèses qu’il nous paraît inutile de développer. Rappelons seulement une vue émise par M. A. Gautier. Ce chimiste distingué admet que la chlorophylle joue un rôle dans ces phénomènes de réduction. Comme l’indigo bleu, elle peut fi.xer de l’hydrogène pour devenir incolore. Elle aurait le pouvoir de décomposer l’eau sous l’influence de la radiation solaire en absorbant l’hydrogène et en dégageant l’oxygène. Cette chlorophylle hydrogénée réduirait l’acide carbonique, avec formation d’eau, en repassant elle-même à l’état de chlorophylle verte^. Une chose peut être considérée comme hors de doute dans l’interprétation de ce genre de réactions, savoir : l’intervention des radiations lumineuses, tout aussi nécessaires pour la réduction de l’eau ou d’autres composés o.xygénés que pour la décomposition de l’acide carbonique.
Des expériences récentes de M. Dehérain semblent avoir démontré l’influence des rayons solaires, sinon sur la décomposition de l’eau, au moins sur son évaporation par les feuilles, phénomène qui marche d’accord, en quelque sorte, avec celui de la décomposition de l’acide carbonique. Nous croyons devoir mentionner ici ces recherches, car elles ne semblent pas étrangères au sujet que nous traitons. Dans des expériences faites sur des feuilles de blé et qu’il serait bien important de répéter et de confirmer, M. Dehérain a obtenu les résultats suivants, concernant l’activité de l’évaporation : les chiffres des deux dernières colonnes donnent les quantités d’eau évaporées en une heure.
Toids Poids Poids de l'eau
, . de de l’eau évaporée
Température, évaporée pour 100 gr.
de feuilles.
Soleil 28° 2,410 2,015 88,2
Lumière diffuse 22 1,920 0,340 1 7,8
Obscurité 22 3,012 0,042 1,1
Si le fait annoncé par M, Dehérain était définitivement établi, on pourrait en conclure que les radiations lumineuses qui pro-
1. A. Gautier, la Chimie des plantes, Revue scientilique, t. VI, p. 767.
voquent le phénomène de la décomposition de l’acide carbonique interviennent aussi, soit pour effectuer la décomposition de l’eau, soit, comme nous l’avons vu plus haut, pour en déterminer la formation. Et ces deux actions inverses, décomposition de l’eau et formation de l’eau, peuvent s’accomplir l’une et l’autre dans des conditions spéciales pour chacune d’elles, comme les phénomènes opposés de la combinaison de deux corps ou de la dissociation du composé formé peuvent s’accomplir, dans des conditions particulières, par l’action de la chaleur.
On avait émis l’opinion que l’activité de ces phénomènes de décomposition était indépendante de la nature du rayon et qu’elle dépendait seulement de l’intensité de la lumière. Il n’en est pas ainsi ; M, Dehérain^ a établi récemment que tous les rayons ne sont pas également efficaces pour la décomposition de l’acide carbonique. Ce savant trouve que, même à intensité égale, les rayons jaunes et rouges agissent plus énergiquement que les rayons bleus ou violets, et que l’accord constaté entre la décomposition de l’acide carbonique et l’évaporation de l’eau se maintient, quel que soit le genre de rayons. Ce fait que les rayons de réfrangibilité moyenne sont plus efficaces que les rayons violets dans les phénomènes de la végétation est en rapport avec les propriétés optiques de la chlorophylle que nous avons indiquées plus haut (page 8).
ASSIMILATION DE l’AZOTE.
§ /(. Le carbone et l’hydrogène entrent dans la composition de tous les principes immédiats déposés dans les organes des plantes : il n’en est pas de même de l’azote, qui manque dans un grand nombre de matières organiques. Néanmoins, et contrairement à ce que l’on pensait autrefois, les substances azotées sont très répandues dans le règne végétal, et l’on sait aujourd’hui qu’aucune cellule n’en est dépourvue. Certains organes, tels que les graines, renferment une quantité notable de matières azotées, et dégagent de l’ammoniaque en abondance lorsqu’on les calcine avec de la chaux sodée.