Dull. de la Soc. chimique, série, t. II, p. 130, 18GL
même temps que la vapeur aqueuse et l’azote tenu en dissolution dans la sève. Pendant la nuit, l’acide carbonique continue à être absorbé par les racines, mais en l’absence de la lumière il n’est point décomposé, mais simplement exhalé par les feuilles. Quant à l’oxygène absorbé dans l’obscurité, nul doute qu’il ne se fixe sur les matières organiques en les oxydant.
L’oxydation est-elle complète, donne-t-elle lieu à la formation d’une certaine quantité d’acide carbonique qui s’ajouterait à celui qui est absorbé par les racines? Cette question n’est point résolue. On peut dire seulement qu’il ne paraît point probable que l’oxydation dont il s’agit soit complète : on a des raisons de croire qu’une partie au moins de l’oxygène ainsi absorbé produit des oxydations partielles, en se portant sur des matières organiques facilement oxydables, telles que les huiles essentielles par exemple. C’est ainsi que se forment peut-être certains produits résineux qui peuvent dériver, par une fixation d’oxygène, de carbures d’hydrogène primitivement formés. On a remarqué la formation d’acides, pendant la nuit, dans les feuilles de certaines plantes grasses (H. Mohl). Ce fait est en rapport, peut-être, avec l’absorption d’oxygène dont il s’agit. Mais ce sont là de pures conjectures sur lesquelles il est inutile d’insister.
ASSIMILATION DE l’iIYDRO GÈN E
§ 3. L’hydrogène que les végétaux fixent en même temps que le carbone provient évidemment de l’eau qu’ils absorbent et qu’ils décomposent. Nous avons déjà admis plus haut cette intervention et cette décomposition de l’eau, mais il convient d’entrer dans quelques développements à ce sujet.
Th, de Saussure avait nié la décomposition de l’eau. Il admettait que ses éléments s’ajoutent intégralement au carbone provenant de la réduction de l’acide carbonique. Les expériences de M, Boussingault, que nous avons mentionnées plus haut (p. 10), ne semblent point confirmer cette opinion, ou montrent, tout au moins, qu’elle est trop exclusive. La décomposition de l’eau est prouvée par ce fait que le volume de l’oxygène dégagé est quelquefois supérieur à celui de l’acide carbonique absorbé. En second lieu, des analyses exactes ont établi que des végétaux cultivés dans le sable exempt de matières organiques, renfer-
PAR LE RÈGNE VÉGÉTAL
ment une proportion d’hydrogène supérieure à celle qui existe dans l'eau. Cet excès d’hydrogène, ne pouvant provenir de matières organiques toutes formées et absorbées par les racines, était évidemment le résultat de la décomposition de l’eau.
Cela étant admis, revenons à la formation do ces hydrates de carbone, si abondamment répandus dans les organes des végétaux, sous forme de cellulose, d’amidon, de gomme, de sucre, etc. Th. de Saussure admettait qu’ils résultent de la fixation des éléments de l’eau sur le charbon provenant de la réduction de l’acide carbonique. D’après ce qui précède, une autre hypothèse se présente et semble plus légitime.
Les corps dont il s’agit peuvent prendre naissance par la réduction simultanée de l’acide carbonique et de l’eau , sous l’infiuence de la radiation solaire. Supposons que la moitié de l’oxygène dégagé provienne de l’acide carbonique, l’autre moitié de l’eau, et que l’oxyde de carbone et l’hydrogène, formés à volumes égaux par suite de cette réduction, s’unissent à l’état naissant, il pourra se produire, comme nous l’avons vu plus haut, de l’aldéhyde formique ou un polymère de ce corps, tel que la glucose : l’oxygène dégagé aura précisément le volume de l’acide carbonique employé.
nCOa 4- nH*0 = nCHîQ + nO’
Aldéhyde formique ou polymère.
Diverses considérations viennent à l’appui de cette manière de voir. En premier lieu, on connaît d’autres exemples d’une réduction simultanée de deux composés oxygénés donnant naissance à une molécule d’oxygène libre 00. 11 en est ainsi dans la réduction réciproque de certains peroxydes (peroxyde d’hydrogène et oxyde d’argent). En second lieu, la production d’aldéhyde formique, par l’union de l’oxyde de carbone et de l’hydrogène naissants, ne paraît pas improbable. Nous avons rappelé (page 11) avec quelle facilité l’oxyde de carbone s’unit directement au chlore. D’un autre côté, ne peut-on pas envisager la réaction de l’oxyde de carbone sur la potasse, réaction qui a été découverte par M. Berthelot, et qui donne naissance à l’acide formique, comme une hydratation de l’oxyde de carbone? En s’hydrogénant, celui-ci donnerait de l’aldéhyde formique, comme
WliRTZ. — BIOL.
18 ÉLABORATION DES MATIÈRES ORGANIQUES il donne de l’acide formique en s’hydratant : les deux réactions sont comparables.
Aldéhyde formiciuc.
Acide formique.
Cette hypothèse, que la réduction de l’acide carbonique s’arrête à la formation de l’oxyde de carbone, si apte à entrer en combinaison est appuyée par un fait observé parTb. de Saussure ^ et confirmé par M. Boussingault-, savoir que l’oxyde de carbone pur ou délayé dans un gaz inerte n’est pas décomposé par les parties vertes des végétaux, sous l’influence des rayons solaires. En tout cas, l’hypothèse dont il s’agit implique celle de la décomposition de l’eau, lorsqu’il s’agit d’interpréter la formation des hydrates de carbone et, en général, des composés organiques.
Si les hydrates de carbone renferment l’hydrogène et l’oxygène dans les proportions nécessaires pour former de l’eau, on rencontre dans les végétaux un très grand nombre de principes qui renferment un excès plus ou moins considérable d’hydrogène. Il en est ainsi pour la mannite et ses isomères. 11 en est de même pour les matières grasses. Quant aux matières aromatiques, elles sont pauvres en oxygène ou n’en renferment point. Le carbone y est en excès. Il n’est pas impossible que, dans leur formation, les procédés de déshydratation jouent un rôle. M. Gautier a fait remarquer qu’une molécule de glucose peut donner naissance à de laphloroglucine, en perdant 3 molécules d’eau.
C61IH0G — 311*0 = GG H6 os
Glucose. rhioroglucine.
On sait que, dans les carbures d’hydrogène qui existent dans un grand nombre d'essences, l’oxygène fait entièrement défaut. De tels composés se forment-ils dans les organes des végétaux par la décomposition simultanée et complète de l’acide carbonique et de l’eau, ou bien secondairement par la réduction de