‹ Traite de chimie biologique (volume 3)Chapitre 88 sur 260 · I. — SALIVE · texte numérisé non relu

I. — SALIVE

§ 56. La salive est le liquide qui humecte la cavité buccale et qui y afflue abondamment sous l’influence de l’excitation déterminée par la présence des aliments. Elle est le produit de diverses sécrétions glandulaires, différentes par leurs qualités physiques et leur composition chimique, et qui se mêlent dans la bouche pour former la salive mix le. Les glandes chargées d’élaborer ces sécrétions sont de diverse nature. Ce sont d’abord des organes glandulaires volumineux, qu’on nomme glandes salivaires. Telles sont les glandes parotides, les glandes sous-maxillaires, les glandes sublinguales. Chacune d’elles sécrète une salive particulière, qui est versée dans la cavité buccale par un canal ou conduit excréteur. En outre, la membrane muqueuse de la bouche est garnie d’une multitude de glandules où s'élabore un liquide muqueux qui afflue continuellement dans la bouche et qui se môle à la salive glandulaire. 11 résulte de ce qui précède que la salive mixte est un mélange de salive parotidienne, de salive sous-maxillaire, de salive sublinguale'' et de mucus buccal. On a pu recueillir séparément la salive parotidienne et la salive sous-maxillaire, pour en étudier la composition chimique. La salive sublinguale n’a pas encore été isolée ; quant au mucus buccal, on possède quelques données sur sa nature. 11 importe de considérer séparément ces diverses sécrétions avant d’étudier le produit de leur mélange, la salive mixte.

SALIVE PAROTIDIENNE.

SALIVE PAROTIDIENNE.

§ 57. Elle est sécrétée parla plus grosse des glandes salivaires, la parotide, dont le conduit excréteur, le canal de Sténon, vient s’ouvrir de chaque côté, sur la face interne de la joue, au niveau du collet de la deuxième grosse molaire de la mâchoire supérieure. Le calibre de ce conduit est assez étroit; néanmoins on parvient à y introduire, chez riiomme, une canule fine par laquelle on peut recueillir la salive parotidienne. Un autre procédé, employé par Claude Bernard, consiste Rappliquer sur l’orilicedu canal de Sténon l’extrémité recourbée et évasée en entonnoir d’une seringue, et à aspirer lentement la salive au fur et à mesure qu’elle s’écoule. Chez les animaux, on la recueille en établissant des fistules salivaires. Les glandes parotides étant très développées chez les herbivores, on a généralement fait ces opérations sur des moutons ou des chevaux.

Indépendamment de l’excitation produite par les aliments, la sécrétion de la salive parotidienne est favorisée par le chatouillement de la langue ou du palais au moyen d’une barbe de plume ; elle l’est aussi par des agents chimiques comme l’acide acétique ou la vapeur d’éther. Les alcalis ou les épices, tels que le poivre rouge, sont peu efficaces. D’un autre coté, on peut exciter la salivation par des étincelles d’induction appliquées directement aux nerfs moteurs qui se terminent dans l’épaisseur de la parotide ; ces nerfs sont des rameaux de l’auriculo-temporal (branche du nerf maxillaire inférieur) et de la branche auriculaire du plexus cervical.

La vue seule des aliments fait souvent affluer la salive dans la bouche : la parotide est très sensible à ce genre d’excitation. ün a remarqué qu’il suffit de présenter du foin à un cheval auquel on a pratiqué une fistule salivaire, pour voir la sah've parotidienne couler abondamment par la canule. Ajoutons qu’on a purecueillir accidentellement la salive parotidienne chez des malades affectés de fistules salivaires, M. G. -G. Mitsclieiiich a pu profiter d’un cas de ce genre L On trouvera plus loin une analyse de cette salive.

f. Antiales de Voggendorff, t. XXVII, p. 320.

1o6 SALIVE.

Caractcres et composition de la salive parotidienne. — La salive ])arotidienne de l’homme est un liquide incolore, limpide, mobile, 11 n’est ni muqueux ni filant, et coule comme de l’eau. 11 est dépourvu d’éléments morphologiques. Sa réaction est alcaline ; pendant l’abstinence, il peut devenir neutre et même légèrement acide, d’après M. Ordenstein. Toutefois, la réaction acide ne se manifeste que sur les premières portions de la salive excrétée, et disparaît par l’exposition de cette salive à l’air. M. Oehl l’a attribuée, à tort peut-être, à la présence de l’acide carbonique libre, qui se dissipe à l’air en même temps qu’il se précipite du carbonate de chaux en cristaux microscopiques.

La densité de la salive parotidienne de l’homme varie entre 1,0061 et 1,0088. La proportion des matériaux fixes qu’elle renferme ne s’élève pas au delà de 0,571 à 0,616 pour 100. Chez le chien, la densité varie de 1,004 à 1,007, et chez le cheval de 1,0051 à 1,0074.

A l’ébullition, la salive parotidienne se trouble, et ce trouble est dû a un précipité finement floconneux de matière albuminoïde, entraînant une petite quantité de carbonate de chaux, La liqueur filtrée et alcaline renferme en solution une autre portion de matière albuminoïde, laquelle, modifiée par l’alcali, se précipite lorsqu’on neutralise par l’acide acétique. Ajoutons que la salive parotidienne exactement neutralisée par l’acide acétique, ou même traitée par un courant de gaz carbonique, fournit un léger précipité de matière albuminoïde. Elle est entièrement exempte de mucine.

Une petite quantité de perchlorure de fer étendu détermine dans la salive parotidienne de l’homme un trouble blanc, qui est formé par la matière albuminoïde. En présence d’un excès de perchlorure de fer, la liqueur se colore en rouge orangé. Cette coloration est due au sulfocyanatè de potassium CAzS.K, que la salive humaine renferme en petite quantité. Avec la salive parotidienne des animaux, cette coloration ne se manifeste pas toujours : celle du cheval est exempte de sulfocyanatè, d’après Lehmann ; il en est de même de celle du chien, d’après Hoppe-Seyler L Par contre, la salive parotidienne des animaux

Page 1