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I. — alcaloïdes des RUBIACÉES

452. Quinine C^^h^^Az^O^ — La quinine a été découverte par Pelletier et Caventou en 1820. On l'extrait des écorces des quinquinas. Les cinchonas colissaya et pitago, qui sontles plus riches, contiennent jusqu'à 4 0/0 de quinine. La quinine est mélangée d'autres alcaloïdes, surtout dans les quinquinas rouges et gris (1) ; les quin-

(1) On a proposé diverses classifications des quinquinas ; en se basant sur la couleur on met souvent dans des groupes différents des quinquinas provenant d'une même espèce ; ainsi les quinquinas gris sont, d'après M. Weddel, de jeunes écorces d'arbres donnant normalement des quinquinas jaunes et rouges. Aussi ce savant a-t-il proposé une classification fondée sur l'examen microscopique des écorces : leur structure serait un indice de leur richesse en alcaloïdes.

quinas blancs ne contiennent môme que très peu de quinine, mais surtout de Taricine. Les quinquinas jaunes, au contraire, contiennent surtout de la quinine.

La quinine s'extrait de son sulfate ou de son chlorhydrate en précipitant ces sels par de Tammoniac. On obtient ainsi un précipité caséeux qui se transforme peu à peu en une masse cristalline qui est un hydrate de quinine C^ofl^'^Az^O^ + 3H^0. Ce sont des cristaux incolores, fondant à 57** en perdant de l'eau. La quinine est assez soluble dans l'eau (6 grammes par litre à 15'' ; elle est très soluble dans l'éther. Dissoute dans l'alcool à 80^ son pouvoir rotatoire est 149% 54.

La quinine anhydre fond à 177^. On peut aussi l'obtenir cristallisée par l'évaporation de sa solution alcoolique. Elle est peu soluble dans l'eau (0^',51 par litre à 15^) ; mais elle se dissout facilement dans l'éther et le chloroforme. Dans ce dernier dissolvant son pouvoir rotatoire est— 116".

La quinine est un alcali diammoniacal tertiaire, car^ chauffée avec l'iodure d'éthyle, elle donne un sel d'alcali quaternaire, l'iodure d'éthylquinium C^^H-'Az^OSC^H^I que l'oxyde d'argent transforme en une base quaternaire, alcali très énergique et bien crislallisable.

On donne le nom de quinio, au Brésil, à une sorte de quinine brute, obtenue en traitant Técorce fraîche de quinquina par de la chaux, puis de l'alcool. On obtient, en évaporant Talcool, une matière jaune, amère, d'apparence résineuse, peu soluble dans l'eau froide, mais se dissolvant facilement dans l'acide sulfurique étendu en donnant du sulfate de quinine.

h' oxygène naissant, fourni par le permanganate de potassium, transforme la quinine en dihydroxylquinine. Il se forme en même temps de l'acide pyridino-dicarbo-

ClIIMIE ORGANIQUE. — TOME II. 27

niquo. L'acide chromique oxyde la quinine et donne Tacidc qu ininique C^*H^AzO'\ L'acide azoteux la transforme en oxyquinine C^^H'^Az^O^ Sous Tinfluence de Vhydrogène naissant, la quinine passe à Tétat d'hydroquinine C^^H^^Az^O-^ Le chlore donne avec la quinine une coloration d'abord rose, puis rouge foncé. La coloration verte que prennent les solutions de sulfate de quinine, quand on les traite successivement par Teau de chlore et Tammoniaque est caractéristique. Si, au lieu d'ammoniaque, on ajoute du ferrocyanure de potassium on obtient une coloration ronge intense.

La potasse en fusion décompose la quinine et donne de la quinoléine et des bases homologues.

La quinine fournit avec les acides des sels bien définis, remarquables par la fluorescence bleue que présentent leurs solutions quand on les regarde sous une incidence rasante.

Sels de quinine. — La quinine étant un alcali acide peut donner deux sortes de sels avec les acides monobasiques. Avec l'acide chlorhydrique par exemple on aura le sel acide C^oH^^Az^02,HCl et le sel neutre C2on-^Az202,(HCl)^ Avec les acides bibasiques, tels que l'acide sulfurique, la formule du sel neutre est C^oil^^Vz^O^SO^H^. Ce sel est acide aux réactifs colorés, et il a reçu souvent à cause décela le nom de sulfate acide, tandis que le sulfate basique (C20H2'*Az?O^)^SO4F,quiest neutre aux réactifs colorés, a souvent reçu le nom de sulfate neutre. C'est le plus important des sels de quinine.

Sulfate basique de qulnine (C^^^H^^Az-^O^j^SO^'H^. —Le procédé le plus ancien, celui de Pelletier et Caventou, consiste à faire bouillir l'écorce de quinquina en poudre grossière avec 8 à 10 parties d'eau additionnée de 12 0/0

d'acide sulfurique concentré. Après une heure d'ébullition, on décante Teau acidulée, et on la remplace par une nouvelle quantité d'eau plus faiblement acidulée que la première. Après une troisième ébullition avec de Teau acidulée nouvelle, on peut considérer Técorce comme épuisée, Les diverses liqueurs sont alors réunies et traitées par un lait de chaux ajouté en très léger excès. Le précipité, séparé de la liqueur, contient, outre l'excès de chaux, du sulfate de calcium, les divers alcaloïdes contenus dans le quinquina et la matière colorante. La liqueur est abandonnée à elle-même pendant quelque temps ; elle fournit souvent un nouveau précipité qui se dépose peu à peu. Quant au précipité primitif, on le soumet à une légère pression pouréliminerle plus possible l'eau qui l'imprègne, et on le traite par l'alcool à plusieurs reprises. La cinchonine est moins soluble dans l'alcool faible que la quinine, aussi lorsque l'écorce traitée est riche en cinchonine, cette base peutse déposer partiellement pendant le refroidissement des solutions alcooliques. Si cela se produit, on sépare les cristaux et on neutralise la liqueur à l'aide d'acide sulfurique jusqu'à réaction acide très faible. On évapore ensuite l'alcool à une douce chaleur, et le sulfate de quinine cristallise ; le sulfate de cinchonine plus soluble reste dans les eaux-mères. Le sulfate de quinine ainsi obtenu est souvent coloré ; pour l'obtenir blanc, on fait une pâte avec de l'eau et on ajoute un peu de noir animal. Après un contact de vingt-quatre heures, on reprend par l'eau bouillante, et le sulfate se dépose par refroidissement en cristaux incolores. On laisse égoutter le sulfate, puis on le fait sécher à l'étuve à basse température pour éviter qu'il ne s'effleurisse.

On peut aussi faire un mélange de poudre de quinquina et de chaux et le traiter par de l'alcool dans un

appareil à déplacement. La solution alcoolique est ensuite évaporée, et le résidu est traité par de l'acide sulfurique qui fournit du sulfate de quinine.

Le sulfate de quinine donne, quand on le traite en solution aqueuse chaude par l'iode, de larges lames minces qui cristallisent par refroidissement et qui ont des reflets mordorés : c'est le sulfate d'iodoquinine

ou hérapathite.

Le sulfate de quinine est un produit précieux, assez souvent falsifié: on reconnaît la présence de matières minérales (telles que le sulfate de calcium) par l'incinération de la matière qui ne doit fournir aucun résidu. Pour reconnaître la présence de la cinchonine, on met 1 gramme de sulfate à essayer en suspension dans 10 centimètres cubes d'eau à une température comprise entre 12 et IS"" et on abandonne le mélange à lui-même pendant une demi-heure, puis on filtre ; on ajoute alors à 5 centimètres cubes de la liqueur filtrée 7 centimètres cubes d'ammoniaque de densité 0,96: le mélange reste limpide si le sulfate de quinine contient moins de 1 0/0 de sulfate de cinchonine ; dans le cas contraire, il se trouble. Le sulfate de cinchonine existe presque toujours dans le sulfate de quinine à cause de son mode de préparation et l'on admet une tolérance d'environ 3 0/0; au delà le sulfate est mal préparé ou sophistiqué. La salicine, que l'on ajoute quelquefois au sulfate de quinine, se reconnaît à l'aide de l'acide sulfurique concentré qui donne avec ce corps une coloration rouge sang.

In assez grand nombre de matières organiques solubles peuvent être reconnues en précipitant le sulfate de qui-

nine par la baryte, filtrant pour séparer le précipité de quinine et le sulfate de baryum, puis traitant par Tacide carbonique pour précipiter l'excès de baryte ; on cherche ensuite dans la liqueur filtrée s'il y a des matières étrangères.

Les autres sels solubles de quinine s'obtiennent en dissolvant la quinine précipitée du sulfate dans les acides correspondants ; les sels insolubles, tels que le tannate, s'obtiennent par double décomposition.

Dosage de la qumine dans les quinquinas. — Cet essai peut se faire à deux points de vue principaux. On peut chercher à déterminer le plus exactement possible la teneur d'un échantillon de quinquina en quinine, ou bien chercher combien on pourra retirer de quinine de cet échantillon. L'essai fait à ce second point de vue est surtout intéressant pour le fabricant de sulfate de quinine; cet essai doit être fait en prenant un échantillon moyen de quinquina à essayer en le traitant par le procédé que l'on doit employer pour en retirer le quinquina et, autant que possible, dans les mêmes conditions.

Pour le dosage de la quinine, M. Caries recommande de traiter 20 grammes d'écorce par 8 grammes de chaux éteinte et 35 grammes d'eau. Ce mélange, dont on fait une pâte que l'on étend sur une assiette, est mis à l'étuve; quand la matière est sèche, on l'introduit dans un digesteur et on la traite par du chloroforme de façon à l'épuiser entièrement. La solution ainsi obtenue est évaporée, et le résidu est traité par 10 à 12 centimètres cubes d'acide sulfurique étendu au dixième. La solution obtenue est filtrée, puis portée à l'ébullition et traitée, lorsqu'elle est refroidie, par de l'ammoniaque, de façon que la réaction soit à peine acide; le sulfate de quinine basique se précipite ; on l'essore le mieux possible et on

le lave avec quelques gouttes d'eau. Ce procédé est suffisamment exact quand il n'y a pas trop de quinidine et de cinchonidine.

453. Quinidine C''^H-'*Az^O-. — Ce composé isomère de la quinine et de la quinicine a été découvert par Heury et Delondre en 1833. Pasteur a montré ses principales propriétés. On l'extrait des eaux-mères d'où Ton a retiré la quinine en précipitant ces eaux-mères, légèrement acidulées, par l'iodure de potassium. On obtient ainsi l'iodhydrate de quinidine, sel insoluble dans l'eau.

La quinidine cristallise en octaèdres orthorhombiques ; elle est peu soluble dans l'eau (0*^^5 par litre à 15**). Elle est dextrogyre et possède un pouvoir rotatoire moléculaire considérable -[- 233%6 (en solution alcoolique à i 0/0).

La quinidine est un fébrifuge, comme la quinine ; la chaleur la transforme en quinicine. C'est aussi une diamine tertiaire donnant avec les éthers iodhydriques des iodures d'ammonium quaternaires.

La quinidine forme avec les acides des sels neutres ou acides ; avec l'acide sulfurique, en particulier, on obtient des composés d'une composition alcoolique analogue à celle des sulfates de quinine.

454. Quinicine C-^ll-'^Az-O^ — Cette base, isomère des précédentes, a été obtenue par Pasteur en chauffant à 130** en tubes scellés du sulfate de quinine ou de quinidine avec un peu d'eau et d'acide sulfurique. Le sulfate de quinicine obtenu est ensuite décomposé par un alcali. C'est une base huileuse qui se solidifie peu à peu en une masse fusible à 60\ Elle est peu soluble dans l'eau, mais assez soluble dans le chloroforme. La solution dans

ce liquide est dextrogyre ; la rotation est de + 44% 1 à 15^ .

455. Cinehonine C^^H^^Az^O. — La cinchonine, découverte en 1803, par Duncan n'est bien connue q ue depuis les recherches de Pelletier et Cavenlou. On l'obtient en précipitant par la soude les eaux-mères de la préparation du sulfate de quinine et en faisant cristalliser la base dans l'alcool.

La cinchonine cristallise en prismes clinorhombiques, anhydres, fusibles à 357'' et assez facilement sublimables. Elle est peu soluble dansTeau (0^,26 par litre à 10**), plus soluble dans Télher et surtout dans l'alcool (7 grammes par litre). Ses solutions ne sont pas fluorescentes comme celles de quinine. Elle est dextrogyre et possède un pouvoir rotatoire considérable +213° (en solution chloroformique à 5 millièmes).

L'acide azotique bouillant transforme la cinchonine en divers acides : l'acide quinolique C^H^'Az^O'*, l'acide cinchoméronique C^'H'^Az'O^^ l'acide oxycinchoméronique C»»H»Az^08, l'acide cinchonique CnV'^^i'O^ etc. L'acide azoteux transforme la cinchonine en un isomère de la quinine, l'oxycinchonine. Le permanganate de potassium la transforme en cinchoténine C*^H'^Az^0\3n''0, et en hydrocinchonine C^^H'^Az'^O^.

Chauffée en présence d'acide sulfurique, la cinchonine, comme la quinine, se transforme en un isomère, la cinchonicine. Chauffée avec de la potasse, elle donne aussi de la quinoléine et des bases homologues; mais, traitée par le chlore et l'ammoniaque, elle ne donne pas la coloration verte que l'on obtient avec les sels de quinine.

Les sels de cinchonine ont une composition analogue à celle des sels de quinine ; ils sont, en général, plus solubles que ceux-ci et cristallisent mieux. Le sulfate basique de

cinchonîne (C^ohîaAz^qJ'SO^H^ + 2H^0 est le composé le plus important; sa solubilité dans l'eau est de 15'',2 par litre à 13\

456. Cinehonidine C^^H^^Az^O. — Cette base, isomère de la précédente, a été découverte, en 1844, par Winckler. On l'extrait des eaux-mères qui ont abandonné le sulfate de quinine. Certaines variétés de quinquinas [cinchonas succirubra et officiyialis) en contiennent beaucoup. On l'extrait de ses eaux-mères en la faisant cristalliser dans l'alcool. On lave les cristaux à Téther, on les transforme en chlorhydrate basique que l'on purifie par plusieurs cristallisations successives. On la sépare ainsi de la quinidine qui se précipite tout d'abord avec elle.

C'est une base énergique qui forme des sels très bien cristallisés, assez solubles dans l'eau. C'est un alcali tertiaire. La cinehonidine se dépose de sa solution alcoolique en gros cristaux fusibles à 206*'. Elle est peu soluble dans l'eau (environ 0'^%6 par litre à 10*"). La chaleur la transforme en cinchonîcine. Elle est lévogyre.

457. Cinchonicine C^^H^^Az^O. — Ce composé, isomère des précédents, a été obtenu par Pasteur en chauffant la cinchonine en tubes scellés avec de l'acide sulfurîque étendu. C'est une masse résineuse fondant vers 50', que la chaleur décompose dès 80**. Elle est peu soluble dans l'eau, mais très soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme. Elle est dexlrogyre, et son pouvoir rotaloire moléculaire est + 46%5 en solution chloroformique à 15".

458. Émétine C'^^H^^Az^O^ — Ce composé est le principe actif des divers ipécacuanhas. L'émétine a été découverte par Pelletier et Magendie ; mais elle n'est bien

connue que depuis les travaux de Lefort et Wurtz. On l'obtient en traitant la racine d'ipécacuanha, réduite en poudre fine, successivement par Téther, qui enlève une matière grasse, puis par l'alcool bouillant qui dissout la matière active. Cette dissolution refroidie est filtrée, additionnée d'un peu d'eau, et l'alcool est évaporé. Il se dépose alors un peu de matière grasse que l'on enlève par filtration. On fait ensuite bouillir la solution avec de la magnésie; il se forme un précipité que l'on épuise par l'alcool bouillant. La solution obtenue est transformée en tartrate, décolorée par le noir animal, puis décomposée par un alcali.

L'émétine est une poudre blanche légèrement jaunâtre, très peu soluble dans l'eau froide, très soluble dans l'alcool. Elle fond vers 60\ A la dose de 0^\001, elle provoque des vomissements; les sels cristallisent difficilement.

459. Tliéobromine C'H^Az/'O'*. — Ce composé a été découvert par Wos Kreseusky dans le cacao [Théobroma cacao). On le prépare en traitant par l'acétate de plomb l'extrait aqueux de cacao. La solution est ensuite décomposée par l'acide suif hydrique qui précipite le plomb, puis évaporée après filtration. Le résidu sec est repris par l'alcool bouillant et la théobromine cristallise par refroidissement.

Elle se présente sous forme de fines aiguilles qui se subliment à 290** sans décomposition; elle est peu soluble dans l'eau froide (0*^,6 par litre), beaucoup plus dans Teau chaude (18 grammes par litre), peu soluble dans l'alcool froid (O*^',? par litre) et presque insoluble dans l'élher. La théobromine, qui est l'homologue inférieur de la caféine, peut être transformée en cette dernière base

en traitant sa solution ammoniacale par Tazotate d'argent à Tébullition ; la théobromine argentique qui se dépose peu à peu en petits cristaux C^H^AgAz^O'* est ensuite décomposée par Tiodure de méthyle qui la transforme en méthyl théobromine identique avec la caféine naturelle.

Les sels de théobromine sont cristallisables, mais l'eau les décompose en partie.

460. Caféine C8H*oAz'*0^ — Cette base homologue immédiatement supérieure de la théobromine a été découverte par Robiquet; elle existe dans le thé, le café, les noix de cola aciiminata^ etc.

On la prépare en épuisant par Talcool un mélange de 2 parties de chaux éteinte avec 10 partiesdecafé en poudre. La solution alcoolique évaporée à siccité est reprise par Teau, on décante une huile qui se sépare de la solution aqueuse, on décolore par le noir animal et on concentre la solution. La caféine cristallise en aiguilles légères, brillantes, contenant 1 molécule d'eau de cristallisation. Elle fond à 178**, puis se sublime. Elle est assez soluble dans Teau (10*^',7 par litre k 12''), plus soluble dans Talcool (40 grammes par litre à 20**) et surtout dans le chloroforme (110 grammes par litre).

La synthèse, à partir de la théobromine, a été obtenue comme on Ta vu à propos de cet alcali.

La caféine donne des sels bien définis; la potasse en fusion la décompose en donnant de la méthylamine.

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