INDIGO
490. Extraction de l'indigo. — L'indigo s'extrait des feuilles de plusieurs espèces d'indigofera [tinctoria^ dU'pey^yia^ arge?itea, etc.). Ce sont des plantes herbacées à tige ligneuse qui peuvent croître dans tous les pays chauds, mais principalement aux Indes, en Egypte, au Sénégal, dans l'Amérique centrale, à Java, etc. Les plus estimés sont ceux du Bengale, de Java et du Guatemala.
Les indigofera se cullivent en semant au printemps et en repiquant ensuite les jeunes plantes. On enlève les bourgeons floraux avant leur développement pour augmenter la croissance des feuilles. Lorsque le moment de la récolte est arrivé, on coupe les plantes le matin, on les réunit en paquets et, le soir, on les charge dans des cuves en maçonnerie : celles-ci sont carrées, larges de G mètres et
profondes de 1 mètre ; un revêtement en stuc les rend imperméables. Les plantes sont tassées dans ces cuves à l'aide de traverses en bois assujetties à l'aide de coins. On fait arriver de Teau dans ces bassins de façon à ce que tout soit immergé ; une fermentation rapide qui dure de dixàquinze heures se déclare bientôt ;onensuit les progrès en examinant la nuance du liquide jaune qui baigne les plantes. On fait écouler le liquide dans une cuve placée en contre-bas, et des hommes armés de bambous battent le liquide durant deux ou trois heures, pendant qu'on vide et qu'on nettoie la cuve supérieure qui recevra, le soir même, une nouvelle charge de plantes fraîches. Le liquide pendant ce battage passe peu à peu au vert pâle, et les flocons d'indigo se forment peu à peu et restent en suspension. Lorsque le battage est terminé, on laisse reposer, puis on décante. La bouillie peu épaisse qui reste au fond de la cuve est alors envoyée à l'aide d'une pompe dans une chaudière où on la porte à l'ébuUition pour détruire les germes et arrêter une seconde fermentation qui altérerait le produit; on laisse reposer, et, le lendemain, on fait subir à la matière une nouvelle cuisson. On filtre alors sur une toile, soutenue par des nattes de jonc, puis on introduit la pâte dans des boites en bois garnies de toiles et percées de trous ; on applique sur la pâte une toile et un couvercle percé de trous, et l'on exerce sur celui-ci une pression graduelle de façon à exprimer le plus d'eau possible. Le painquel'on sort de la boîte est ensuite séché lentement dans de grands séchoirs ouverts de tous côtés, mais complètement abrités du soleil. On obtient de 18 à 25 kilogrammes d'indigo par cuve de fermentation.
L'indigo de qualité supérieure est d'ane pâte fine et unie ; il possède une belle couleur bleu violet foncé qui prend un bel aspect cuivré parle frottement de l'ongle. Il
contient environ 70 0/0 d'indigotine. D'autres qualités d'indigo, très peu inférieures, ont un reflet d'un violet rouge. Les variétés plus claires sont moins riches en matière colorante ; parmi ces variétés les meilleures sont d'un bleu franc ; les qualités inférieures sont d'un bleu qui tire sur le gris ou le vert.
Essais de Vindigo. — La valeur des indigos dépend à la fois de leur richesse en îndigotine et de leur état physique qui les rend plus ou moins propres aux opérations de teinture.
Essais préliminaires. — On examine la cassure de divers morceaux d'indigo en notant leur tein te ; on apprécie la porosité de la matière en mettant la langue sur une cassure fraîche ; l'indigo est d'autant plus poreux qu'il happe plus fortement à la langue ; après l'avoir frotté avec l'ongle on examine si la matière prend une apparence cuivrée plus ou moins intense. On peut enfin déterminer la densité d'une façon approximative, à condition d'opérer avec rapidité. Ce sont là des essais, faciles à faire et rapides, qui permettent d'avoir une première idée delà valeur d'un indigo.
Dosage de Vindigotine. — Ce dosage peut se faire par des procédés purement chimiques ou bien en composant, avec un poids connu d'indigo, un bain de teinture dans lequel on plongera un poids connu d'une certaine étoffe. En opérant dans des conditions toujours exactement les mêmes, on obtiendra des étoffes teintes dont on comparera l'intensité de nuance avec un certain nombre de types.
Parmi les procédés purement chimiques nous indiquerons celui de M. Schlumberger : ce procédé consiste à comparer 1 gramme de l'indigo à employer à 1 gramme d'indigo pur (indigotine). Cette comparaison se fait à l'aide du chlorure de chaux. Pour cela on traite 1 gramme de la subs-
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tance à essayer par 12 grammes d'acide suif urique fumant pendant vingt-quatre heures, puis le liquide est étendu d'eau de façon à faire un litre. On en prend 50 centimètres cubes,onverse une solution de chlorure de chaux (à 1^*6.) à Taide d'une pipette graduée, en opérant par 2" ,5 à la fois, jusqu'à ce que la décoloration se produise; on verse alors de nouveau de la solution d'indigo jusqu'à ce que l'on obtienne une couleur jaune verdâtre. Soient N le nombre de centimètres cubes de chlorure de chaux et n le nombre de centimètres cubes de solution d'indigo employés. On opère de même avec l'indigotine, et si n est le nombre de centimètres cubes qui correspond à N pour
l'indigotine, le titre de l'indigo essayé est — •
On peut aussi oxyder l'indigo à l'aide de bichromate de potassium (Procédé Penny).
Carmin d'indigo. — On utilise en teinture la couleur bleue ou pourpre des acides sulfoconjugués de l'indigo. Souvent aussi on les transforme en une pâle que l'on vend sous le nom de carmin d'indigo. Les carmins d'indigo sont des mélanges de sulfopurpurate et de sulfindigotate de sodium, corps solubles dans l'eau, mais insolubles dans les solutions salines. Pour obtenir ces carmins, on traite la dissolution des acides sulfoconjugués, qui contient un excès d'acide sulfurique, par du carbonate de sodium qui donne avec cet acide du sulfate de sodium. En présence de celui-ci, les deux sels sulfoconjugués se précipitent en flocons que l'on recueille, que l'on lave un peu et qu'on vend sous forme de pâte (contenant 75 à 90 0/0 d'eau).
Indigo artificiel. — Nous avons vu (t. II, p. 408) comment on avait fait la synthèse de l'indigotine. Indus-
triellement cette synthèse n'a pas encore une grande importance. On l'utilise toutefois en transformant, sur le tissu même que Ton veut teindre, l'acide phénylpropiolique nitré en indigotine.
C'est donc la dernière phase de la synthèse qui est utilisée industriellement dans la teinture sur calicot. On imprime ce tissu, à l'aide d'une solution gommée contenant à la fois de l'acide phénylpropiolique nitré, du glucose et du carbonate de sodium; puis, on expose le tissu ainsi imprimé au-dessus d'un vase contenant de l'eau en ébullition. Le dessin apparaît aussitôt en bleu ; un lavage à l'eau entraîne ensuite les parties solubles inutiles.
Carmin d'indigo artificiel. — Ce produit s'obtient dans Taclion de l'acide sulfurique fumant sur le phénylglycocoUe. Il est soluble dans l'eau et teint la laine en bleu foncé.