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VOILURE DES NAVIRES A HÉLICE

Comme on a eu occasion de le voir plusieurs fois, l’hélice est assortie à toutes les proportions de puissance au tonnage et présente toujours les mêmes avantages, tandis que les roues à aubes ne sauraient être entraînées par une force trop faible sans perdre beaucoup de leur effet : elles ont un minimum de vitesse, au-dessous duquel il ne convient pas de les employer, et le peu d’utilisation de nos anciennes corvettes de 1 GO chevaux en est une preuve évidente (voy. tableau V). De ce que ces rapports ont des limites restreintes dans un cas et très-étendues dans l’autre, il résulte des différences dans les voilures, dont la surface croît ou diminue à peu près en raison inverse de la puissance mécanique. En effet, sur un paquebot ou sur un aviso rapide, elle ajoute très-peu à la vitesse dans les circonstances favorables, et la mâture ordinaire, avec scs vergues et son gréement compliqué, devient nuisible quand le vent est contraire. Aussi de tels navires ont des voiles pour s’empêcher de rouler, plutôt que pour améliorer leur marche. Il n'en est pas de même avec une faible puissance : la machine n’est plus le moteur principal , c’est au contraire

la voilure : et comme en outre l’hélice fonctionne d’autant mieux que les voiles favorisent la marche, rien n’empéche de donnera ces dernières toute leur ancienne étendue. Aussi on n'aurait pas réussi à faire nn vrai navire à voiles avec des roues à aubes, tandis qu’on l’a exécuté naturellement avec l’hélice. 11 n’y a donc alors d’inconvénients que l’obstacle des mâts exposés au vent contraire et les poids dont ils chargent le navire. Comme il y a encore des cas où la surface des pièces de mâture est nuisible, il n’en faut pas moins chercher à la réduire alors, tout en permettant de déployer beaucoup de toile, et choisir les systèmes qui présentent ces deux conditions. Pour les petites dimensions, l’antenne aurait offert ces avantages; elle était employée sur les galères, mais à cause do la cheminée, elle n’est pas adoptée sur les vapeurs : on a donc préféré les goélettes et leurs mâts élevés et grêles. Ce dernier genre de voilure est sans contredit le mieux assorti â la navigation â vapeur, et il a été employé sur de beaucoup plus grandes échelles que jadis, tout en conservant des voiles carrées pour les vents de l’arrière. 11 forme les vraies voiles majeures des vapeurs, ne présente pas au vent contraire les nombreuses vergues et le gréement des voiles carrées, il se met à l’abri du vent le long du mât et a plus de surface vers le bas. Tant que les navires ne sont pas trop grands, il convient seul, et ses limites devraient être étendues plus loin qu’on ne l'a fait jusqu’ici. Les corvettes à vapeur ont trop de voiles carrées, et, comme je l'ai déjà dit, je pense que 1e type du Chaplal leur conviendrait beancoup mieux ; il rendrait leur marche plus économique et même plus rapide (voy. p. 399).

La grande longueur des nouveaux navires à hélice amènera probablement à modifier leur mâture ; déjà quelques paquebots ont adopté quatre mâts, et il est probable que quelquefois ils seront imités; car si jadis nous nous élevions de plus en plus pour placer des voiles, c'est que l’espaee manquait dans le sens horizontal. Si les mâts avaient été trop rapprochés, leurs voiles auraient été mutuellement déventées et leurs vergues se seraient croisées en virant de bord. Pour donner à celles-ci assez de longueur, le mât de misaine se trouve sur le brion , et le manque d’espace fait d’un côté allonger la guibre pour porter un lourd beaupré, et de l’autre donner de la quête à l’arrière pour étendre un peu plus la voilure du mât d’artimon. Ne pouvant s’élever au delà de certaines limites, on a cherché de la surface en l’allongeant hors de l’eau, puisqu’on ne croyait pas pouvoir le faire au-dessous de la flottaison. Mais dès que le navire est plus long, toutes ces anciennes difficultés disparaissent, l’élan-

cernent des extrémités devient inutile, et en plaçant les mâts entre eux à peu près comme ils étaient placés, la surface est la mime et les pièces de mâture ne chargent pas inutilement les extrémités. Si avec les nouvelles proportions les navires ont des évolutions plus étendues et d'une plus grande durée, c’est parce qu’ils sont longs. La position de leurs voiles n’influe pas beaucoup sur leurs évolutions et favorise peu pour les abattées ; il est probable qu’ils vireraient aussi bien de bord en concentrant leurs mâts. On en a un exemple, dans de petites dimensions il est vrai, à bord des goélettes , dont les mâts n'ont quelquefois pas entre eux une distance égale au tiers de la longueur du navire, et qui n’ont cependant pas de voile carrée; elles n'en sont pas moins remarquables par la manière dont elles évoluent, et elles ne se comporteraient pas aussi bien si leurs mâts étaient plus près des extrémités.

La toile placée bas est la plus utile, puisqu’elle ne fait pas donner de bande et permet plus de surface avec le même vent, sans tourmenter la mâture ni le navire : il en résulte qu’il est à regretter de voir sur les vapeurs d’aussi grands intervalles où aucune voile n’est établie. Avec des vents frais, on doublerait la force motrice de la voilure si on avait plus de toile près du pont. Les focs et les goélettes se portent bien à cause de cela, et parce qu’elles n'ont pas des vergues lourdes ; aussi on a eu soin d'en augmenter autant que possible la dimension , même sur les navires carrés, afin qu’avec de grands vents elles présentent une surface suffisante et ne soient plus de simples voiles de cape.

Pour gagner contre du vent et de la mer, ces voiles sont très-utiles ; car en luttant directement contre le vent, on sait que le propulseur tourne toujours aussi vite (voy. p. 65 et 69); et lorsqu’on ne fait que 3 noeuds , on se trouve brûler autant de charbon que si on en filait 8 ou 9. 11 y a donc là un très-mauvais emploi de la force motrice, et pour que le propulseur ne l’use pas à remuer de l’eau, il faut nécessairement l’aider avec les voiles, afin que se déplaçant plus facilement il trouve pour appui une eau encore inerte, au lieu d’agir sur celle qu'il a déjà entraînée. Mais pour lui venir en aide, il faut prendre le plus près, et si on n’a que les voiles carrées, se voir réduit à ne porter qu’à sept quarts à cause des ris pris. Dès lors le but n'est pas atteint, et au lieu de laisser le propulseur remuer de l’eau , on lui fait parcourir un chemin inutile : les voiles seules produiraient presque le même résultat, autant vaudrait éteindre; car l’hélice ne sert guère qu’à faire mieux gouverner et à diminuer la dérive en accélérant un peu la mar-

cbc. Au contraire, avec les goélettes on porte à cinq quarts, et pour gagner beaucoup plus dans le vent on va moins vite ; si ces voiles étaient seules , leur impulsion serait insuffisante et l'action du vent sur la coque et la mâture du vaisseau entraînerait en dérive; mais avec l'aido du propulseur, elles sont soutenues, le sillage augmente et par suite l’angle de dérive diminue. Les deux moteurs se trouvent alors dans de bonnes conditions respectives et dans des proportions plus avantageuses ; car dans un cas la voilure n’était presque rien , dans l’autre elle était trop et surtout elle éloignait de la direction dans laquelle on cherchait à gagner; Aussi je crois que si, par ses formes ellilées et la position de ses poids, un navire se conduit bion, il n’y a pas dans nos climats de temps capable de le faire reculer, ni même de l'empêcher do gagner dans le vent. Mais pour cela que de conditions à remplir et combien il faut que l’appareil moteur soit solide et bien disposé!

L’emploi d’une puissance mécanique apporte une autre différence dans les voilures actuelles, et il y a lieu de croire qu’elle rend inutiles toutes les voiles de petit temps, si importantes à l'époque pù le vent était le moteur commun. Eu effet, avec petite brise, plus on avait de toile, mieux on marchait, et dans une chasse, chaque mètre carré avait son importance. En outre, la multiplicité des voiles en laissait quelques-unes établies lorsque les autres étaient détruites ; aussi pendant la guerre avait-on de nombreuses voiles d’étai , des dragons et des contre-cacatois, que la paix a fait abandonner, parce qu’ils compliquaient le gréement et ne rendaient presque aucun service à la navigation ordinaire. Cette réduction s’est étendue plus loin, et on se borne souvent aux perroquets et aux bonnettes de hune, celles de perroquet et les cacatois deviennent des voiles inutiles dès que la machine est capable de faire filer 7 ou 8 noeuds. Si de la sorte on enlève un peu de surface, on supprime des poids dont l’élévation et les mouvements forcent à donner un surcroît de solidité à ce qui les soutieut. Sur les petits navires ces réductions ont été opérées, sur les grands elles ont moins d’importance.

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