SIMPLICITÉ DES APPAREILS
Sur mer la simplicité des renvois de mouvements est très-importante; il s’agit toujours de faire tourner un arbre au moyen des pistons, il faut donc y arriver avec le moins de pièces possibles. La disposition la plus ingénieuse et la mieux exécutée, qui ferait honneur à son inventeur à terre, expose quelquefois à des accidents sur mer. C’est surtout par cette simplicité que toutes les machines de M. Penn ont obtenu la préférence. Les complications sont surtout à éviter pour les divers organes, et puisqu’une pompe à air se meut au moyen d'une simple lige clavettée, pourquoi la faire marcher avec une Bérie de vilebrequins, de bielles et de balanciers? 11 arrive, souvent en regardant une machine, de se dire : 11 y a trop de godets. Si tous les organes nécessaires au fonctionnement étaient entraînés ensemble sans articulations, ce serait un grand bien. On objecterait, il est vrai, que si ce mouvement commun manque, tout s’arrête : mais il faut le faire assez fort, et d'ailleurs il suffit de l’avarie d’un seul organe important pour arrêter une machine.
Ce qui est très-difficile à exécuter s’éloigne généralement des formes naturelles et manque quelquefois de solidité et de durée. En outre si une pièce de cette nature est avariée, elle devient irréparable par les moyens du navire et par ceux des ateliers ordinaires, elle réduit donc à l'inaction le navire éloigné et retient celui qui est dans le port. Aussi, quand on emploie de tels moyens, il faut leur donner une force et une solidité à l’abri de toutes chances.
Ces raisons ont souvent engagé à n'employer que deux cylindres au lieu de quatre : comme dans presque tous les premiers appareils puissants. 11 y a pour appuyer chacun de ces systèmes des raisons très-plausibles; les deux cylindres n’entraînent pas à des complications d’arbre d’une exécution difficile, ou à des interruptions qui diminuent la liaison des mouvements : il leur suffit d’une manivelle simple et d’un vilebrequin; leurs paliers, moins nombreux, sont plus larges. Ils nécessitent moins de complications dans le mécanisme des tiroirs et présentent une moins grande surface réfrigérante, pour une puissance égale. D’un autre côté quatre cylindres donnent plus de régularité au mouvement de rota-
lion, ils permettent à trois d'entre eux d’agir en cas d’avarie; leurs pièces moins fortes sont d’une réparation praticable hors de France; ils permettent aussi quelquefois de faire l’appareil très-étroit. Cette question importante ne sera décidée que par une longue pratique. Dans l'état actuel, les machines à deux cylindres sont sans contredit préférables sous le rapport mécanique; mais celles à quatre conviennent mieux à la navigation; si l’ingénieur préfère les premières, le marin a de la tendance vers les secondes, en ce qu'il y trouve plus de facilités pour continuer à marcher en cas d'avaries, et pour mieux proportionner la dépense aux besoins variés de la navigation. Comme la détente a des limites, on ne peut marcher avec deux machines aussi doucement qu'on • le voudrait; tandis qu’en démontant deux des quatre cylindres et détendant, on réduit davantage sa force.
Les machines compactes occasionnent des embarras aux mécaniciens, et excitent leurs plaintes; mais si on entendait celles de la membrure et de toute la charpente d’un navire dont les poids sont mal distribués, on passerait par-dessus les premières. Quand tout est solide et bien entretenu, les démontages de pièces sont très-rares, et s’il n’y a pas d'articulations dans les parties inférieures, il devient inutile'de les rendre trèsaccessibles ; il faut donc rechercher les dispositions qui n’en placent que vers le haut de l’appareil.