CHAUDIÈRES INSUFFISANTES
Une chaudière insuffisante brûle beaucoup plus, parce qu’il Faut constamment tourmenter les feux sur les grilles «t jeter à la mer des matières encore combustibles, mais que l'exiguïté des foyers empêche de brûler sans manquer tout à fait de pression. En outre, la grande activité des feux détériore les tôles et ronge les têtes des rivets, surtout dès qu'une pellicule de sel s'oppose au passage de la chaleur. Elle coûtent donc journellement beaucoup plus et durent moins longtemps.
Le combustible est une resource militaire trop précieuse pour qu’on ne s’applique pas à en bien user, et rien no contribue plus à le gaspiller que des chaudières insuffisantes. Il y a déjà plusieurs appareils qui, brillants dans leurs essais, sont devenus médiocres et ruineux à l'usage. Dans les expériences tout est neuf, il n'y a pas de sel dans les chaudières , les hommes sont choisis , le charbon est de la meilleure qualité. 11 est de toute justice de laisser le fournisseur se placer dans les meilleures conditions pour observer son marché. Mais le lendemain de la signature de la recette toute cette perfection disparaît; on a des chauffeurs peu adroits, que rien n’anime; on brûle le charbon qu'on trouve, et quoi qu’on fasse , on a bientôt du sel sur les surfaces de chauffe. On avait filé dix nœuds dans )es essais , à peine en atteint-on huit au bout de quelques mois. Ce que je dis est à remarquer avec les chaudières tubulaires beaucoup plutôt qu'avec celles à carneaux et ce sera encore plus sensible avec des pressions plus élevées. Parmi }es causes nombreuses qui diminuent la marche des navires à vapeur, celle dont il est question est la plus influente : les frégates de 450 étaient remarquables pour leur époque; plusieurs d’entre elles ont fait onze noeuds dans leurs essais, la plupart ne vont pas au delà de neuf maintenant; cependant elles avaient des chaudières à basse pression et elles ont conservé leur tension primitive. Que sera-ce donc quand à toutes ces causes inhérentes au navire et au mécanisme viendra s'ajouter la nécessité de baisser la pression
pour ne pas exposai' les chauffeurs à des brûlures? Il y a des navires qui perdront plus d’un tiers de leur vitesse.
Pour éviter d’aussi graves inconvénients , il faut de la solidité pour durer longtemps, et de grandes surfaces pour produire économiquement. Déjà plusieurs commissions ont signalé combien les conditions avantageuses des expériences faisaient peu connaître la valeur réelle des appareils, et elles ont proposé, comme garantie, d’exiger que le cheval nominal du marché au lieu de consommer 30 kilogrammes de vapeur fût porté à 40 kilogrammes. Si les manières de compter les quantités de vapeur produites, soit par l’indicateur, soit par l'évaporation directe, étaient exactes, ces conditions présenteraient des garanties; mais ces mesures sont très-incertaines , et comme toutes choses égales d’ailleurs, la production d’une chaudière est, je crois, en raison du nombre de foyers, ilvaudrait mieux prescrire que, dans les expériences, on boucherait un certain nombre de foyers , pour remplir ainsi les conditions avec ce qu’on aurait de mieux en combustible et en chauffeurs. On garderait ee nombre comme 'une garantie contre les mauvais chanffages, les combustibles médiocres et les dépftts de sel. Si le rapport proposé de 30 à 40 kilogrammes était trouvé suffisant,' il en résulterait que si la chaudière a douze foyers, on n’en allumerait que neuf pour l’expérience.
On gagnerait sur le surcroît de pesanteur de l’appareil par un chauffage économique; car le poids total n’est pas seulement la machine et sa chaudière, mais bien tout ce mécanisme et le charbon nécessaire à le mouvoir. Il en résulte que moins on a d’heures de combustible, moins il faut tenir aux conditions économiques dont il est question ; mais dès . qu’on en prend pour plusieurs jours, il y a lieu au contraire d’y attacher d'autant plus de prix que l’approvisionnement est plus considérable