Ce principe reçoit toutefois deux restrictions
D'abord l'abandon par le détenteur de la possession qu'il avait commencée peut être accompagné de telles circonstances qu'il prouve de sa part l'intention de ne plus posséder. Sans doute, ces circonstances se rencontreront rarement, car, suivant la remarque exacte de M. Le Roux de Bretagne,* cette abdication volontaire de la possession n'aura presque jamais lieu que pour reconnaître le droit de celui contre lequel on prescrit, et alors elle rentre dans le cas de l'article 2248.
Toutefois il ne faut pas aller jusqu'à dire, avec M. Laurent,' que c'est là « une invention de l'école, et que la vie « réelle l'ignore ». Il nous serait facile d'en fournir plusieurs exemples empruntés à « la vie réelle ». En voici un notamment. Une personne s'est mise en possession d'un champ qui borde sa propriété : elle le laboure, l'ensemence, et se prépare à faire la récolte. Les ouvriers sont comman-
* Nîmes, 9 novembre 1830, Sirey, 31, II, 194 ; Cassation, 12 février 1889, Sirey, 90, I, 13, et Dalloz, 89, I, 229. — Merlin, RÉ- PERT., V° Prescription, Sect. I, § V, art. 3, n" 3 ; Troplong, De la Prescription, I, n" 363-364; Aubry et Rau, II, § 179, texte et note 17, p. 115-116; Le Roux de Bretagne, De la Prescription, I, n"' 250, 257 et 435 ; Laurent, XXXII, n" 269 ; Baudry-Lacantinerie et Tissier, De la Prescription, n" 228. — Coinpar. Cassation, 20 mai 1851, Sirey, 51, I, 812, et Dalloz, 51, I, 260; Cassation, 13 mars 1867, Sirey, 68, I, 33 ; Cassation, 11 décembre 1889, Sirey, 92, I, 132, et Dalloz, 91, I, 38 ; Cassation, 27 octobre 1891, Sirey, 92, I, 23, et Dalloz, 92, I, 432 ; Cassation, 30 novembre 1892, Sirey, 93, I, 68, et Dalloz, 93, I, 247.
* De la Prescription, I, n* 439.