‹ Traite de la resolution des equations numeriques de tous les degres, avec des notes sur plusieurs points de la theorie des equations algebriques. Par J.L. LagrangeChapitre 11 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la manière d’avoir les racines égales et les racines imaginaires des équations.

1 5. Nous n’avons considéré, dans le chapitre précédent, que les racines réelles et inégales de l’équation proposée (B) ; supposons maintenant que cette équation ait des racines égales : dans ce cas, il faudra (u° il) que l’équation (D).soil divisible autant de fois par u qu’il y aura de combinaisons de racines égales deux à deux ; par conséquent il faudra qu’il y ait dans cette équation (D) autant des derniers termes qui manquent; ainsi on connaîtra par ce moyen combien de racines égales il y aura dans la proposée.

Mais on peut s’assurer d’avance si l’cquation proposée a des racines égales, et même trouver ces racines indépendamment de l'équation (D). Car puisque dans le cas des racines égales, on a nécessairement u= o (n° 8), l’équation (C) du même numéro donnera pour ce cas Y = o; ainsi il faudra que les deux équations cm, X = o, et Y = o, aient lieu en même temps lorsque X est égal à une quelconque des racines égales de l’équation (B).

On cherchera donc, par les méthodes connues, le plus grand commun diviseur des deux polynômes X et Y ; et faisant ensuite ce diviseur égal à zéro, on aura une équation qui ne sera composée que des racines égales de la proposée, mais élevées à une puissance moindre de l’unité.

Soit R le plus grand commun diviseur de X et de Y, et X' le quotient de X divisé par R, il est facile de voir que l’équation X'=o contiendra toutes les memes racines que l’équation proposée X = o , avec cette différence que les racines multiples de cette équation seront simples dans l’équation X' = o; ainsi l’équation.X'= o sera dans le cas des méthodes précédentes.

On peut encore, si l’on veut, trouver deux équations séparées, dont

l’une contienne seulement les racines égales de l’équation X = o, et dont l’autre contienne les racines inégales de la même équation. Pour cela, il n’y aura qu’à chercher de nouveau le plus grand commun diviseur des polynômes X' et Y ; et nommant ce diviseur R', on prendra le quotient de X' divisé par R', lequel étant nommé X", on fera ces deux équations X"=o, et R' = o.

La première contiendra seulement les racines inégales de l’équation X = o, et la seconde contiendra seulement les racines égales de la même équation , mais chacune une seule fois ; de sorte que les deux équations X"=o, et R'=o, n’auront que des racines inégales, et par conséquent seront susceptibles des méthodes du chapitre précédent.

16. Connaissant ainsi le nombre des racines réelles, tant inégales qu’égales, de l’équation proposée, si ce nombre est moindre que le degré de l’équation , on en conclura que les autres racines sont nécessairement imaginaires.

En général, pour que l’équation (B) ait toutes ses racines réelles, il faut que les valeurs de u soient réelles aussi; donc il faudra que les valeurs de u* ou de u soient toutes réelles et positives; par conséquent, l’équation (D) du n° 8 doit avoir toutes ses racines réelles positives : donc il faudra, par 1a règle connue, que les signes de cette équation soient alternativement positifs et négatifs; de sorte que si cette condition n’a pas Heu, ce sera une marque sûre que l’équation (B) a nécessairement des racines imaginaires. *

Or, on sait que les racines imaginaires vont toujours en nombre pair, et qu’elles peuvent se mettre deux à deux sous cette forme, * -f- /3 \/ — i , a — /S v/ — 1 , a et j 3 étant des quantités réelles (*) ; donc on aura a=±2/3j/ — i, et par conséquent u = — 4 / 3 *; d’où l’on voit que l’équation (D) aura nécessairement autant de racines réelles négatives qu’il y aura de couples de racines imaginaires dans l’équation (B).

Donc , si l’on fait u = — tv , ce qui changera l’équation (D) en celle-ci

w* -f- avv’~‘ + bw‘~ % -f- ctv* s -f- etc. — o (G),

cette équation aura nécessairement autant de racines réelles po-

(*) Voyci U note IX.

DES EQUATIONS NUMÉRIQUES.

sitives qu’il y aura de couple» de racines imaginaires dans l’équation (B).

17. 11 suit de là que pour avoir la valeur des racines imaginaires de l’équation (B) , il n’y a qu’à chercher les racines réelles positives de l’équation (G). En effet , soient tv', w", w"', etc. ces racines , on aura

d’abord etc. pour les valeurs de /3; ensuite, )>our

trouver les valeurs correspondantes «, on substituera, dans l’équation (B), *-f- — 1 , à la place de jr, et on fera deux équation* séparées

des termes tous réels, et de ceux qui seront multipliés par y/—i ; de cette manière, on aura deux équations en « de celte forme:

ar -f- Pa"~ 1 -f- Qa” * -f- etc. = 0 1 ma"'—' •+• pa" v ~* -f- -1- etc. = o j

dans lesquelles les coefilciens P, Q, etc. p, </, etc. seront donnés en a, b, c, etc. et en j0.

Donc, si l’on donne à /3 quelqu’une des valeurs précédentes, il faudra nécessairement que ces deux équations aient lieu en même ’emps, et par conséquent il faudra qu’elles aient un diviseur commun. On cherchera donc leur plus grand commun diviseur; et le faisant égal à zéro, on aura une équation en « et /3 , par laquelle /3 étant connu, on trouvera ».

Il est bon de remarquer que, si toutes les valeurs de /3 tirées de l’équation (G) sont inégales entre elles,' alors à chaque valeur de /3 il ne pourra répondre qu’une seule valeur de » ; donc, dans ce cas, les deux équations (H) ne pourront avoir qu’une seule racine commune ; et par conséquent leur plus grand commun diviseur ne pourra être que du premier degré.

On poussera donc la division jusqu’à ce que l’on parvienne à un reste où a ne se trouve plus qu’à la première dimension , et l’on fera ensuite ce reste égal à zéro; ce qui donnera la valeur cherchée de ».

Mais si parmi les valeurs de j3 tirées de l’équation (G) , il y en a , par exemple, deux égales entre elles, alors, comme à chacune de ces valeurs égales de /3, il peut répondre des valeurs différentes de a, il faudra qu’en mettant celte valeur double de /S dans les équations (H), elles puissent avoir lieu par rapport à l’une et l’autre des valeurs de a qui y répondent; ainsi ces deux équations auront nécessairement

ao

deux racines communes, et par conséquent leur plus grand commun diviseur sera du second degré. Il faudra donc, dans ce cas, ne pousser la division que jusqu’à ce que l’on arrive à un reste où a se trouve à la seconde dimension seulement ; et alors on fera ce reste égal à zéro, ce qui dounera une équation du second degré, par laquelle on déterminera les deux valeurs de a , lesquelles seront nécessairement toutes deux réelles.

De même, s’il y avait trois valeurs égales de /3, il faudrait, pour trouver les valeurs de * qui répondraient à cette valeur triple de /S , ne pousser la division que jusqu’à ce que l’on parvînt à un reste où la plus haute puissance de a fût la troisième ; et alors faisant ce reste égal à zéro , on aurait une équation en a. du troisième degré , laquelle donnerait les trois valeurs réelles de a . , correspondantes à la mèmè valeur de /3 , et ainsi de suite.

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