II. — Caractères et composition chimique
Le suc gastrique est un liquide clair, légèrement filant, pouvant être bouilli sans se troubler. Sa densité varie de 1,001 à 1,010. 11 a une réaction acide. Par calcinalion, il donne des cendres faiblement alcalines contenant essentiellement des chlorures et des phosphates de soude, de potasse, de chaux et de magnésie.
Le suc gastrique contient deux ferments solubles dont l'action s'exerce sur les substances albuminoïdes, la pepsine (ferment peptonisant) et la présure ou iab (ferment caséifiant du lait).
On trouve aussi dans le suc gastrique du miicuSy dont la réaction est alcaline.
D'après Cl. Bernard, la réaction du liquide gastrique recueilli sur un chien à jeun est neutre ou alcaline par suite de la prédominance du mucus. La sécrétion acide est provoquée par les aliments.
Acide du suc gastrique. — a. Degré d'acidité. — Le suc gastrique rougit fortement le papier de tournesol. Son acidité, évaluée on acide chlorhydrique, oscille chez le chien de 4,6 à 5,8 p. 1000 (SciiLMOw-SiMANowsKY i cxp. avcc Ic SUC pur). On veut dire par là que si Ton prend, par exemple, 100 centimètres cubes du suc gastrique du chien, il faut pour le neutraliser ajouter une quantité de soude capable de neutraliser 100 centimètres cubes d'une solution d'acide chlorhydrique renfermant de 4,6 à 5,8 p. 1000 d'acide.
Veriiaegkx a trouve chez douze jeunes gens des chiffres variant de 3 à 4,8 p. 1000 (deux heures à deux heures et demie après un repas d'épreuve : 60 grammes viande ot 100 grammes pain).
b. Nature de l'acide. — A l'état normal, f acidité du suc gastrique est due à l'acide chlorhydrique. Cette assertion repose sur les preuves suivantes :
Si dans un suc gastrique on dose d'une part la quantité totale de chlore, d'autre part les bases de ce liquide (soude, potasse, chaux, magnésie), on constate que la quantité de chlore est supérieure à celle qui est nécessaire pour saturer la totalité des bases. Par suite, en supposant tous les métaux à l'état de chlorures, il reste un excès de chlore qui ne peut être que de l'acide chlorhydrique (Prolt, 1825; C. ScHMiDT, 1852).
Si on fait agir du suc gastrique sur de la quinine fraîchement préparée, on constate qu'il se forme du chlorhydrate de quinine. Comme les chlorures n'agissent pas sur la quinine, on peut donc aussi conclure qu'il existe dans le suc gastrique de l'acide chlorhydrique libre (Rabuteau, 1874).
Berthelot a montré que les acides minéraux et les acides organiques dissous dans l'eau et agités avec de Téther ne se comportent pas de môme. S'il s'agit d'un acide organique, la presque totalité de cet acide passe en solution dans l'éther ; par contre, dans le cas d'un acide minéral, la presque totalité reste en solution dans l'eau. Or l'acide du suc gastrique ne passe dans l'éther qu'en proportion infinitésimale. Il se comporte comme un acide minéral, qui ne peut être que l'acide chlorhydrique (Cii. Riciiet, 1874).
On évapore dans un verre de montre sur la platine chaufTante une goutte de suc gastrique saturé d'hydrocarbonale de cobalt. La goulte rose devient bleue en se desséchant; elle contient donc du chlorure de cobalt et, par consé-
quent, HCI. — L'expérience peut êlre faite en grand. De l'hydrocarbonate de cobalt pur et récemment préparé, précipité, est ajouté en excès à du suc gastrique. On agite fréquemment. Au bout de plusieurs heures, le suc gastrique a pris une teinte rosée indiquant qu'une partie de Toxyde de cobalt s'est dissoute. On filtre, on évapore à siccité, soit dans le vide sec^ soit en distillant dans le vide, soit à rétuve. Le résidu de couleur bleue est épuisé par Talcool absolu, véhicule qui dissout le chlorure de cobalt, tandis que le lactale y est complètement insoluble. On obtient une liqueur rose à froid, bleue à chaud, et redevenant rose par refroidissement (chlorure de cobalt). On chasse Falcool par distillation, on reprend par Teau ; Tévaporation lente fournit des cristaux rectangulaires de chlorure de cobalt (Contejean).
Certaines matières colorantes tirées du goudron varient d'une façon différente suivant qu elles sont mises en présence d'un acide minéral ou d'un acide organique. D'une façon générale, elles sont modifiées plus rapidement par les acides minéraux que par les acides organiques. Le suc gastrique normal donne les mêmes réactions colorées que les solutions aqueuses à 3 p. 1000 d'acide chlor hydrique (Voy. tableau page 300).
c. État sous lequel se trouve l'acide chlorhydrique dans le suc gastrique. — Le suc gastrique, tel qu'il est généralement recueilli, môle à de la salive ou à des parcelles alimentaires, ne paraît pas contenir de l'acide chlorhydrique libre. En effet, l'acide chlorhydrique du suc gastrique ne présente pas toutes les propriétés de l'acide des laboratoires. Il ne saccharifie pas l'amidon ; il intervertit plus difficilement le sucre de canne (Laborde) ; il décompose moins bien les acétates; il dialyse mal. De plus, si on soumet le suc gastrique à la distillation fractionnée dans le vide à une température au plus égale à 40°, jusqu'à consistance sirupeuse, les produits de distillation ne contiennent pas trace d'HCl, tandis que de l'eau additionnée de quantités extrêmement faibles de cet acide et traitée de même, fournit déjà vers le milieu de l'opération des vapeurs troublant le nitrate d'argent (Contejean). Le suc gastrique, recueilli dans les conditions ordinaires ne paraît donc contenir que des combinaisons chlorées organiques acides; toutefois, on ne sait pas exactement avec quelles substances l'acide chlorhydrique est combiné. L'acide chlorhydrique est fixé sur ces substances, mais pas assez fortement pour qu'il ne puisse pas apparaître dans certaines circonstances.
Quoique faiblement combiné, l'acide chlorhydrique du suc gastrique est capable, avec le temps, de déplacer partiellement des acides combinés à des bases alcalines, par exemple des nitrates, des cyanures.
Remarque critique. —Le suc gastrique pur, sans mélange avec la salive ou les matières alimentaires, parait contenir HCI libre. Frouin a recueilli sur un chien adulte le liquide sécrété par l'estomac isolé suivant la méthode de Heiden-