IV. — Sécrétion du suc gastrique
La sécrétion du suc gastrique est intermittente. Elle est He'e à la digestion, et se produit par acte réflexe.
Cycle réflexe. — Son point de départ. — Le point de départ du réflexe qui aboutit normalement à la sécrétion gastrique peut être multiple.
La vue seule des aliments, le souvenir ou le désir d'un bon repas suffit à provoquer l'écoulement de ce liquide. Le passage des ingesta à travers les premières voies digcstives, joint à l'excitation psychique, exerce l'influence la plus manifeste. Pawlow remarque qu'il s'agit d'un réflexe compliqué où interviennent les sens (la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût), le désir des aliments et la sensation de satisfaction et d'agrément lors de Tingestion de ceux-ci. Les irritations mécaniques de la muqueuse de la cavité buccale, la simple excitation des nerfs du goût, les mouvements de mastication et de déglutition, sont par eux-mêmes inefficaces. L'excitation psychique a un rôle prédominant (Pawlow, Kettscher, Saxotzky). — Le contact des aliments avec la muqueuse stomacale renforce peutêtre la sécrétion, mais n'est pas nécessaire.
Expériences. — a, 11 suffît de montrer des aliments à un chien, pour constater lecoulement du suc gastrique (Bidder et Schuidt. Expériences sur des chiens à fistule). En montrant de Tavoine à un cheval porteur de fistule parotidienne, on voit de même sa salive couler (Cl. Bernard).
5. RicBCT a constaté sur un homme auquel on avait pratiqué une fistule de lestomac pour une oblitération complète de Tœsophage, que le suc gastrique coulait dès que le malade mâchait des aliments.
c. Pawlow et M"" Schumow Simanowski ont étudié le phénomène dans de meilleures conditions expérimentalement sur des chiens auxquels ils avaient pratiqué une fistule gastrique et l'ouverture de Tœsophage avec abouchement à la peau. Cinq ou six minutes après que Tanimal a commencé à manger et à déglutir, le suc gastrique s'écoule abondamment par la fistule ; cependant aucune parcelle alimentaire ne parvient dans ces conditions dans Testomac. Les aliments sont, en effet, rejetés en dehors par le bout supérieur de Tœsophage sectionné.
La sécrétion provoquée dans ces conditions est très abondante. Pour une alimentations fictive » d'une durée de cinq minutes seulement, elle se continue pendant deux ou trois heures et plus.
MoRAT et DoYOw. — Physiologie. IV. — 20
d. On isole une partie de restomac, et oa dispose la région réséquée en culde-sac ouvert à la peau, tout en rétablissant par des sutures la continuité de Testomac (opération de Thiry, Heidenhain, Klemensiewicz). Dans ces conditions ringestion buccale des aliments provoque dans le cul-de-sac isolé la sécrétion d'un suc gastrique actif. La sécrétion est surtout abondante si Ton a réussi à ne pas rompre toutes les connexions du cul-de-sac avec le système nerveux (Ghigin).
Voies centrifuges du réflexe. — La voie centrifuge du réflexe provoqué par la vue ou Tingestion buccale des aliments est constituée par les nef^fs pneumogastriques.
Expérience. — On pratique sur un chien une fistule gastrique. L'œsophage est ouvert à sa partfe inférieure et abouché à la peau de façon à éviter la pénétration des aliments dans Testomac. On constate que Tingestion buccale des aliments provoque la sécrétion du suc gastrique. Après la section des vagues, le réflexe ne se produit plus.
Si Ton sectionne un des pneumogastriques et si Ton excite son bout périphérique, on provoque Técoulement d'un liquide clair, faiblement acide il est vrai, mais capable de digérer Talbumine. Il faut toutefois remarquer que souvent les oiTets de Texcitation sont assez peu nets. De plus, entre le début de l'excitation et le début de la sécrétion il s'écoule parfois un temps très long (15 et même 00 minutes et plus). Le liquide sécrété est souvent très riche en mucus.
L'atropine paralyse les nerfs sécréteure contenus dans le vague (Pawxow, >!"• SciiuMOw-SiMANOwsKi, UschakoffJ.
La section des deux vagues, et d'une manière générale de tous les nerfs qui aboutissent à restomac, n'empêche pas que du suc gastrique actif soit toujours sécrété. L'ablation de la moelle allongée chez la grenouille (Brown-Sequard), de la moelle chez les chiens (Golz et Ewald) n'abolit pas les facultés digestives. Ces faits s'expliquent vraisemblablement par l'existence des centres intrinsèques contenus dans l'épaisseur des parois de l'estomac. La digestion se fait encore dans des conditions relativement assez satisfaisantes. Toutefois, il faut, pour que le suc gastrique soit sécrété, qu'il y ait contact direct des aliments avec la muqueuse stomacale, le réflexe partant de la bouche ne pouvant plus avoir lieu. ^
Influence d*arrét. — L'excitation du vague ne provoque parfois la sécrétion du suc gastrique qu'après un temps perdu relativement très long. Pour expliquer ce fait, on peut supposer que le nerf contient un mélange de ûbres sécrétoires et de fibres d'arrêt qui sont excitées à la fois par les procédés en usage dans les laboratoires.
Selon NiETciiAiEFF, l'excitation du nerf sciatique pratiqué pendant un temps suffisant (trois minutes), arrête pendant plusieurs heures la digestion gastrique.
Agents qui influencent la sécrétion gastrique. — Pour provoquer la sécrétion il suffit de faire flairer à un chien un morceau
<le viande, sans même le lui donner. La sécrétion ainsi amorcée devient toutefois bien plus abondante et plus active si l'animal mange le morceau de viande. L'excitation psychique et les sensations olfactives ne suffisent donc pas à elles seules à pro^ voquer une sécrétion abondante du suc gastrique. La sensation de Tappétit, le désir de le satisfaire, le passage des aliments à travers les premières voies digestives constituent la cause la plus importante de l'apparition d'un suc gastrique actif et abondant.
Toutes les substances, en passant par les premières voies digestives, ne provoquent pas au même degré la sécrétion gastrique. Pawlow et ses élèves ont vérifié ce fait sur des chiens porteurs d'une double fistule pratiquée Tune à Testomac, Tautre à Textrémité inférieure de Tœsophage.
L'action directe sur la muqueuse de Testomac des mémes^ substances, qui ingérées par la bouche provoquent la sécrétion gastrique, est moins efficace. Le fait a été vérifié sur des chiens auxquels on avait pratiqué Tisolement partiel de Testomac avec conservation des nerfs suivant le procédé de Pawlow et Ciiigin, Sont actifs : certaines peptones, les purées, sucs et extraits de viande ; Teau faiblement ; sont inactifs : lacréatine, la créatinine, les cendres de la viande, le chlorure de sodium, Tacide chlorhyilrique ; la soude agit plutôt en arrêtant la sécrétion. L'excitation mécanique de l'estomac ne provoque absolument pas la moindre sécrétion gastrique, sauf le cas où l'excitation mécanique réveille une excitation psychique de vide d'estomac.
Adaptation de la sécrétion. — L'activité du suc gastrique varie <lans une large mesure suivant Talimentation. Il y a proportionnalité assez étroite entre la quantité des aliments ingérés et la quantité du suc sécrété. Pour chaque catégorie d'aliments il y a une courbe spéciale concernant la quantité et la qualité de la sécrétion. La sécrétion augmente peu à peu, atteint un maximum, puis diminue; pour cesser au bout de quelque temps.
Le pain provoque la aécrélion d'un suc très riche enferment ; la viaude, le lait agissent, à ce point de vue, à un degré moindre (Pawlow, Chigin).
L'acidité totale du contenu stomacal varie aux différentes périodes de la ^digestion. Elle augmente progressivement depuis le début de la digestion jusqu'au dernier quart, puis elle décline rapidement. L'acidité varie aussi suivant la quantité et la nature du repas : plus le repas est abondant, plus la courbe de Taddité totale s'élève haut. La viande agit le plus énergiquement sur la sécrétion acide, puis par ordre décroissant : les œufs, le lait, le pain. L'acidité varie du reste d'un individu à l'autre, de sorte qu'il ne peut être question d'acidité digestive normale.
La graisse abaisse le pouvoir digestif et l'acidité du suc gastrique (Lobassof).
La teneur en eau exerce une influence favorable (Pawlow). (Voy. Areh. bioL Pctersb. 1899, p. 41, Walter).
L'adaptation de la sécrétion gastrique résulterait, suivant Lobassof, d'une série de réflexes portant sur les glandes stomacales ; elle ne s'observerait plus après la section des nerf«.