A. — SUC PANCRÉATIQUE
Le suc pancréatique est le produit de sécrétion d'une grosse et importante glande, le pancréas (fig. 91 ), et arrive dans le duodénum généralement mélangé à la bile, dans Torilice de lampoule de Vater.
L Méthode d'observation. — C'est, comme pour les autres sucs digestifs, celle des fistules, temporaires ou permanentes.
Conditions expérimentales. —
On doit expérimenter de préférence
sur des animaux dont la sensibilité
est obtuse et qui résistent bien aux
traumatismcs en général et aux
interventions intra-péritonéaies en
particulier (chien de bergers, chat,
oiseaux).
11 faut se rappeler de plus que la sécrétion est intermittente et ne se produit
que pendant la digestion; entîn, qu'elle est
très facilement influencée par toutes les
causes extérieures, et notamment par
Tanesthésie.
Technique opératoire. — Fistule
pancréatique temporaire. — L'expérience est généralement pratiquée sur le
chien (chien de berger). L'incision des
parois abdominales est faite soit dans Thypocondre droit au-dessous du rebord des fausses côtes, soit sur la ligne blanche médiane. On attire le duodénum et on isole le plus volumineux des conduits pancréatiques. Celui-ci est recouvert en partie par la glande qu'il faut écarter avec soin. Il est blanc nacré, de la grosseur d'une plume de corbeau, et s'ouvre isolément et obliquement dans le duodénum, à 2 centimètres environ au-dessous du canal cholédoque (Gg. 92).
On incise le canal avec des ciseaux tins, et on y introduit un petit tube d'argent de 5 millimètres de diamètre et de 10 à 12 centimètres de long environ
Fig. 91. — Tubulo-acintts du pancréas (schémd) (d'après Vialleton).
1, origine d'un canal excréteur; 3, cellule centro-acineuse ; 3, cellule pancréatique ; 4, zone interne, granuleuse de la cellule (grains de zymogène) ; 5, zone externe, claire de la cellule ; 6, noyau ; 7, nebenkern.
Fig. d'î, — Pancréas du chien.
1, pylore; 2, duodénum; 3, canal pancréatique principal ; 4, canal pancréatique accessoire ; 5, canal cholédoque. Les deux conduits pancréatiques ont entre eux de larges et fréquentes anastomoses.
Fig.
93. — Fistule pancréatique chez le chien (d'après Cl. Bernard).
On lie le tube au canal excréteur. Pour donner plus de solidité à l'appareil , on peut fîxer le tube par une ligature passée dans les parois de l'intestin à Taide d'une aiguille. Si l'animal doit être laissé en liberté, on place une vessie
de caoutchouc à l'extrémité du con • duit, pour recueillir le liquide (fig. 93). Fistule permanente. — Pour obtenir une fistule pancréatique permanente, il faut exciser un morceau du duodénum en y comprenant l'abouchement normal du canal excréteur du pancréas. La plaie de l'intestin est refermée ; le morceau excisé est fixé par des points de suture à la plaie du ventre, en ayant soin d'exposer la muqueuse au dehors. (Pawlow, Heidenhain, Podera).
En prenant certaines précautions, un chien opéré dans ces conditions survit indéfiniment. Wassilyew et Pawlow recommandent d'exclure de l'alimentation la viande et de ne donner à l'animal que du pain et du lait en y ajoutant un peu de soude. Sans cela la mort arrive généralement au bout de trois à quatre semaines.
Le contact du suc pancréatique provoque très rapidement des érosions et l'inflammation de la peau autour de la fistule. On atténue considérablement cet inconvénient en recouvrant le solde la cage de l'animal en expérience, de substances, telles que la sciure ou du sable, qui absorbent le suc au fur et à mesure de sa sécrétion (Pawlow).
Nombre et situation des canaux excréteurs du pancréas. — Chez la plupart des animaux il existe deux canaux excréteurs du suc pancréatique. En général, ce liquide est déversé près de l'abouchement du canal biliaire. Toutefois, le /apin présente à ce sujet une disposition r.aracléristique. Il n'existe chez cet animal qu'un seul canal pancréatique perméable s'ouvrant à 30 ou 40 centimètres au-dessous du point où s'abouche le canal cholédoque. Cette disposition, observée par Cl. Bernard, a permis à ce physiologiste d'étudier isolément, de dissocier, sur le vivant, les effets de la bile et du suc pancréatique sur les graisses
(fig. 94).
Glandes pancréatiques accessoires. — Cl.
Bernard a décrit chez quelques espèces animales (chien, lapin) des glandes pancréatiques accessoires situées dans l'épaisseur des parois du duodénum. Ces glandules sont groupées tantôt autour de l'orifice du canal pancréatique, tantôt dans le voisinage, et s'ouvrent directement dans l'intestin. Chez certains animaux (bœuf...), il existe aussi parfois autourdu canal excréteur de la bile plusieurs lobes isolés du pancréas, véritables pancréas secondaires, qui s'ouvrent séparément dans le canal cholédoque, tantôt par des conduit extrêmement ténus, tantôt par des conduits volumineux (Cl. Bernard) (fig. 95).
Fig. 94. — Pancréas du lapin ^d'après Cl. Bernard).
II. Caractères. — Le suc pancréatique est incolore^ limpide, de consistance visqueuse et filante. Lorsqu'on incise le canal excréteur de la glande, le liquide ne se mélange pas facilement avec le sang de la plaie, mais reste isolé à la manière d'un liquide huileux ou d'une dissolution fortement gom-
mée
Fig. 95. — Glandules pancréatiques
Densité = 1 030. Réaction tou- accessoires chez le lapin (d'après
jours nettement alcaline, équiva- ^^' ^'^**^'^*^^/-
lente à celle de 2 à 4 millièmes de , Portion du duodénum dans laquelle
le conduit pancréatique s abouche. Les soude. glandules sont groupées dans un cas
III. Composition Chimique. — î^"*^""" ^® *;?"^*^® pancréatique ; dans
*^ . 1 ^ autre cas elles sont a quelque distance
Le suc pancréatique contient des de Tabouchement du conduit.
substances de nature albuminoïde
et des matières minérales. Il coagule par la chaleur, donne par l'acide nitrique un précipité soluble dans un excès d'acide; il donne les diverses réactions colorées des albuminoïdes (biuret, xanthoprotéique, etc.). La proportion de substances albuminoïdes y est de 9 à 10 p. 100, y compris les diastases si importantes qu'il renferme. Les cendres du suc pancréatique sont constituées essentiellement par des sels d'alcalis et de terres alcalines, des chlorures, des phosphates et des carbonates. La proportion des matières minérales égale 8 à 10 p. 100.
AltérationB. — Le suc pancréatique s'altère très rapidement, il perd sa viscosité, se trouble et cesse délre coagulable par la chaleur. Le développement des microorganismes est favorisé par la présence de substances albuminoïdes et du carbonate de soude.
Réactions colorôes du 8oc pancréatique. — Le suc pancréatique et le tissu de la glande présentent lorsqu'ils commencent à s'altérer la propriété de rougir sous l'influence du chlore (Tiedmann et Gmelin; Cl. Bernard) ou du brome (Kuh^e). La réaction serait due à la formation d'une ou plusieurs matières colorantes désignées par Neumeister sous le nom de tj*yptophan et par Sta- DELMANN SOUS celui de protéine chromogène. Ces substances peuvent être extraites, après traitement par Teau chlorée, par Talcooi amylique. Elles ne seraient nullement caractéristiques du pancréas. Elles sont un produit de la décomposition delà niolécule albuminoïde. Elles doivent être distinguées de Vindol, qui peut prendre naissance dans des conditions analogues.
La formation du tryptophan précède celle de l'indol. Cette dernière substance ne se produit que sous Tinfluence des microbes. Le triptophan pourrait apparaître sous la seule action de la trypsine (v. page 243, 327, 329). L'acide nitreux donne avec l'indol une coloration rouge.