I. — Méthode pour recueillir la bile
La bile peut être recueillie par des fistules temporaires ou permanentes. Dans ce dernier cas on utilise généralement comme voie
LES TEMPS PRINCIPAUX DE Lk DIGESTION.
d'écoulement la vésicule. Celle-ci est ouverte et fixée à la peau après ligature du canal cholédoque.
Les fistules biliaires sont usitées depuis Schwai^in (1844) ; toutefois Dastre le premier a indiqué un procédé permettant de recueillir la bile sans en perdre une ^^ goutte, dans les conditions actuellement les plus
parfaites. Le procédé de ce physiologiste comporte 'emploi d'une canule à pavillon spécial étroit (fig. 1 00) fait pour résistera la poussée de la vésicule qui se ré- ^ tracte (fig. 101), et d'un réservoir relié à la canule Wja '' pour recueillir la bile. Pour éviter qu'il exerce par un poids une traction au niveau de la fislule, le réservoir est suspendu au collier de l'animal (fig. 102).
Technique opératoire. — Voici la technique suivie par DoYON et Dufourt : on choisit de préférence une chienne; l'incision des parois abdominales est faite sur la ligne blanche. On résèque le cholédoque sur une longueur de 1 centimètre, entre deux solides ligatures au fil de soie. Sans cette précaution le canal redeviendrait perméable au bout de quelque temps, sous la poussée de la bile. La vésicule est attirée avec une pince de Pean, puis incisée. La canule de Dastre est mise en place. Les bords de la plaie de la vésicule sont suturés à ceux de la plaie abdominale. Pendant les premiers jours qui suivent l'opération, la canule doit être maintenue en place par des fils passés à travers la peau, et croisés sur le pavillon mobile de l'appareil. L'animal est
muselé et muni d'une sous- ventrière destinée à empêcher les coups de patte sur la canule. Peu à peu la peau s'accole exactement au pourtour de lappareil.
^WlWi;
Fig. 100. — Canule biliaire de Dastre.
p, pavillon destiné à être introduit dans la vésicule; df disque mobile sur le pas-de- vis ; e, écrou permettant de maintenir le disque d; à son extrémité libre la cauule est coiffée d'un obturateur qu'on peut visser ou dévisser à volonté.
Fig.
102. — Chien porteur d*une fistule biliaire^ dispositif de Dastre,
Fig. 101. — Disposition des voies biliaires chez un chien auquel on avait pratiqué un an auparavant une fistule biliaire (d'après Doyon et Ditourt) (*).
(•) F, foie ; D, duodénum ; Ve, vésicule ; chol^ cholédoque muni de la ligature. Le pointillé indique le trajet normal de l'extrémité inférieure du canal.
Ce n'est guère qu'après un mois ou deux que toute la bile peut être recueillie sans perte. L'animal peut être conservé des mois et des années. Kn général, cependant on évite difficilement l'infection des voies biliaires et le dépérissement de l'animal.
Autres procédés. — il est possible, chez le chien, de réséquer le fragment du
duodénum qui esl muni de Torifice du canal cholédoque et d'interposer ce fragment, au moyen de sutures entre les lèvres de la plaie abdominale (Bruno, voy. p. 357,362, 363).
II, — Acides biliaires.
l*" Principaux acides. Caractères. — Les acides biliaires sont Yactde glycocholique et Y acide tauroc ho ligue. Ils se trouvent dans la bile à Tétat de sets sodiqites (de sels de potasse chez certains poissons marins).
La bile de Thomme contient 4 à 12 p, 100 de sels biliaires, dont les trois quarts sont du glycocholate de soude. La bile de cbien ne contient que du taurocholate de soude (de 3, S à 12 p. 100).
V acide glycocholique C*^il*^AzO^ est un acide assez énergique. Il cristallise en aiguilles blanches soyeuses amères. Il est peu soluble dans Teau froide (i p. 3000), Téther, la benzine, le chloroforme; soluble dans l'alcool. Son pouvoir rotatoire dans l'alcool a» = + 27«»,2. En présence d'acétate neutre de plomb il forme un sel plombique insoluble (fig. 103).
V acide taurocholique C**H*=AzSO' cristallise en lins cristaux soyeux. 11 est moins stable que l'acide glycocho- y jq.^ ^^^-^^^ i lique. 11 est déliquescent à l'air; soluble dans l'eau, cochoUque.
l'alcool; insoluble dans Téther. Son pouvoir rotatoire dans l'alcool a» r=-(-24°,5. En présence des sels de plomb il ne précipite qu'en milieu alcalin (acétate basique). C'est un acide qui coagule l'albumine.
2*' Réaction caractéristique des acides biliaires, dite de Pettenkofer. — On verse dans un verre à pied un peu d'acide sulfurique concentré, puis avec une pipette on laisse couler un peu de bile dessus. On ajoute une petite quantité de sucre de canne pour que le sucre arrive au contact de Tacide. A la limite de séparation des deux couches apparaît un anneau rouge. Si on môle vivement les liquides, il se développe une teinte rouge qui, avec le temps, tourne au bleu-violet. Le mélange doit être fait lentement, ou en plaçant le verre dans l'eau froide pour éviter toute élévation de température qui empêcherait le phénomène.
La teinte caractéristique est due à Faction sur les acides biliaires d'un produit de décomposition du sucre, le furfurol, qui prend naissance au contact de l'acide sulfurique. Mylils et Udransky conseillent d'employer une solution de furfurol à 1 p. 1000.
La réaction appartient à tous les sels et acides biliaires. Elle est le fait du noyau commun cholique.
Le spectre du liquide rouge présente deux bandes d'absorplion : en F et entre 0 et Ë près d'E. D'autres substances que les acides biliaires présentent une réac- MoRAT et DoYON. — Physiologie. IV. — 22
lion analogue à la réaction de Pëttenkofer. Ce sont, notamment, Talbuminc, la morphine, etc. Dans les cas douteux Texamen spectroscopique doit être fait.
Préparation des sels et acides biliaires. — La bile est additionnée de noir animal, évaporée au bain-marie. Le résidu est séché, pulvérisé, épuisé par Talcool absolu bouillant. Le fîltrat contient les sels biliaires et la cholestérine. On le réduit au bain-marie et on Tadditionne d'éther anhydre. Les sels biliaires se déposent (bile crislallisée de Plattner); Téther entraîne la cholestérine.
Procédés de séparation des acities biliaires, — Pour séparer les acides biliaires on peut avoir recours à deux procédés : Tun est fondé sur ce fait que lacide glycocholique est peu soluble dans l'eau, tandis que Tacide taurocholique y esft très soluble; l'autre, sur cette propriété que les glycocholates d alcalis sont précipitées par Tacétate neutre de plomb, tandis que les taurocholates sont précipitées par le sous-acétate seulement. Si Ton utilise pour séparer les deux acides leur différence de solubilité dans Teau, on dissout les sels biliaires dans leau. La solution est traitée par Tacide sulfurique étendu, jusqu a ce qu'il se produise un trouble persistant. Le précipité, constitué uniquement d'acide glycocholique, se transforme au bout de quelque temps en masses d'aiguilles cristallines.
Le second procédé pour séparer les acides biliaires consiste à ajouter à la liqueur primitive de Tacétate neutre de plomb. Il se forme un précipité de glycocholate de plomb qu'on sépare. Le liquide filtré, traité par l'acétate de plomb basique et Tammoniaque, donne un précipité de taurocholate de plomb. Chaque précipité est ensuite dissous dans l'alcool chaud et débarrassé du plomb par H^S. On élimine le sulfate de plomb par filtration; puis l'acide dissous est précipité par l'éther.
3"* Constitution des acides biliaires. — Les acides biliaires résultent de la combinaison d'un même acide, Vacide cholalique. avec les acides amidés, le glycocolle dans un cas, la taurine dans Tautre.
Expérience. — On fait bouillir Tacide taurocholique (ou Tacide glycocholique) avec une solution saturée à chaud d*eau de baryte, ou avec un acide minéral dilué (HCl). I/acide biliaire est décomposé avec fixation d'une molécule d'eau, et donne de Tacide cholalique et de la taurine (ou du glycocolle) :
C86H*5AzS0' + H^O = C=«4I*0O» + CîHUzSOî
Acide Acide Taurine,
taurocholique. cholalique.
C««H»3AzO« -f H20 = C"H*005 + C«n»Az08 Acide Eau. Acide Glycocolle.
glycocholique. cholalique.
L'acide cholalique est donc le noyau commun des acides biliaires. C'est à lui que ces acides et leurs sels doivent la propriété de donner la réaction de Petten- KOFER. C'est le véritable acide de la bile.
L'acide cholalique est un acide monobasique, il peut se combiner à l'eau, à l'acide chlorhydrique, à l'acide iodhydrique, à l'iodure de baryum, à l'iodure de potassium.il est peu soluble dans l'eau, l'éther; très soluble dans l'alcool. Le pouvoir rotatoire de l'acide anhydre est : «0=+ 35°. Sous l'influence de l'acide chlorhydrique bouillant, lacide cholalique se déshydrate et se transforme en
une matière résineuse blanche : la dyslysine C**H^®0'. Cette substance, chauffée avec la potasse, régénère Tacide cholique sous forme de cholate de potassium.
Oxydé l'acide cholalique donne de Tacide bilianique C**H'*0*.
L'acide cholalique n'existe pas comme tel dans les tissus de l'organisme ; toutefois on le trouve dans l'intestin, dans les fèces, dans tous les produits de décomposition de la bile.
Dosage de Tacide cholalique. — Fondé sur le dédoublement des acides biliaires en présence des alcalis. Chauffer en tube scellé à 1 1 5<* pendant douze heures les acides en présence de Teau et de la baryte. Enlever l'excès de baryte avec CO^ ; filtrer ; ajouter HCL. Le cholalate de baryte est décomposé. 11 se forme du chlorure de baryum; Tacide cholalique est repris par l'alcool (Hoppe-Seyleb, Mylius, Hugounenq et Doyon).
4"" Lieu de formation et origine des acides biliaires. — On
ne les trouve que dans le produit de sécrétion de cet organe. Le foie lui-même n'en contient que des traces (Heideniiain, Hugounenq et Doyon).
La formation des acides biliaires paraît être un corollaire de la fonction glycogénique. Quelques auteurs soutiennent, en effet, que Vacide cholalique est le résultat d'une action de la cellule hépatique sur le glycogène, au contact du sang. Les faits suivants appuient cette hypothèse.
a. L'amidon (ou le glycogène) et Facide cholalique sont des alcools polyatomiques et présentent une réaction commune : la réaction DE Mylius.
Expérience. — Si Ton ajoute à de Tamidon (ou à du glycogène) hydraté une goutte d'une solution d'iode, le mélange prend une coloration bleue. 11 se forme une combinaison instable diodure d'amidon. A chaud les éléments de Tiodure d'amidon se dissocient, la couleur bleue disparait; à froid elle reparait.
Avec Tacide cholalique, il se passe un phénomène analogue. On dissout à chaud dans un tube à essai 2 centigrammes d'acide cholalique dans un demicentimètre cube d'alcool ordinaire. Quand la solution est froide, on ajoute un centimètre cube d*une solution déci -normale d'iode dans l'iodure de potassium (12,5 p. 100), puis petit à petit de l'eau. La teinte jaune primitive varie et aboutit à une matière colorante bleue. 11 se forme une combinaison instable d'acide cholalique et d'iode. Si l'on chauffe, la couleur jaune revient; si l'on refroidit le mélange, la coloration bleue reparait.
b. Si Ton met au contact de cellules hépatiques intactes ou broyées, d'une part du glycogène et d*autre part des albumines du sang (hémoglobine ou serine), il se forme des acides biliaires. Ceux-ci se forment réellement aux dépens du glycogène, car si cette substance fait défaut il ne se produit rien (Kallmeyer, Anthen, Klein). Hugounenq et Doyon ont montré que le foie d'un chien examiné immédiatement après la mort ne contient que des traces d'acides biliaires. Si le foie est conservé, à Téluve il ne se fait pas d'acides biliaires,
même si la teneur de lorgane en glycogène est très élevée. On constate môme une diminution des acides préexistants. Ce fait n'est pas en contradiction avec rexpérience de Kallmeykr, Anthen, Klein. Il prouve simplement que la présence du sang est nécessaire à la formation des acides biliaires (Hugounenq et Doyon, Journ, de Phi/s. et Path. gén,, 1899).
c. Un repas riche en amidon augmente la richesse de la bile en acides biliaires (Obs. chez un sujet porteur d'une fistule. — Edington).
Dastre et Arthus ont montré que la bile et le sucre ne sont pas des productions indépendantes, sans autre rapport qu'une liaison de voisinage, mais apparaissent comme complémentaires. Dans le foie ictérique, il y a un abaissement du pouvoir glycogénique. Pour le constater, le procédé consiste à lier ou réséquer sur le chien Tun des conduits hépatiques principaux, ou deux de ces canaux simultanément, suivant que l'on veut étendre ou restreindre le champ de l'altération (procédé de Tictère partiel). On analyse comparativement la teneur en sucre et glycogène des parties saines ou ictériques du foie en sacrifiant Tanimal entre le sixième et le quinzième jour. (Dastre et Arthis, Arch, de Phys,, 1889, 473).
Le glycocolle et la taurine proviennent de la destruction des albuminoïdes dans l'organisme. Expérimentalement, on produit du glycocolle par TébuUition prolongée de la gélatine en présence d'un acide ou sous Tinfluence de la trypsine. Quant à la taurine, la teneur élevée de cette substance en soufre (14,6 p. 100) indique qu'elle provient des albuminoïdes.
Le glycocolle et la taurine apparaissent dans les tissus seulement à l'état de traces. Le glycocolle probablement aussitôt formé se lixe soit avec les acides aromatiques, et notamment chez les herbivores avec l'acide benzoïque pour former de l'acide hippurique qui apparaît dans l'urine, soit dans le foie avec l'acide cholalique pour former l'acide glycocholique.
Les variations de l'alimentation sont sans grande inlluence sur la teneur en soufre de la bile (Kunkel, Spiro).
Acides accessoires de la bile. — La bile humaine contient en petite quantité d'autres acides : Tacide fellique C^^H^^O* (Sciiotten), l'acide choléique C«H*20* (Lassar-Coiin).
Ces acides sont analogues à l'acide cholalique. Gomme ce dernier, ils ne sont pas libres, mais combinés avec la taurine et le glycocolle.
Acides biliaires particuliers & certaines espèces animales. — Les sels biliaires de tous les animaux ne sont pas identiques; quelques-uns diffèrent par l'acide cholalique qui entre dans la constitution de leurs molécules. Chez le porc, au lieu d'acide cholalique le noyau est constitué par l'acide hyocholique. Suivant qu'il se combine avec la taurine ou avec le glycocolle, on a de l'acide hyotau-
rocholique ou hyoglycochoiique. Dans la bile d'oie, le noyau est formé par Pacide chénocholique. Il n'y a que Tacide chéno tau rocholique.
lll> — Pigments biliaires.
y Pigments principaux. Caractères. — Il existe dans la bile deux pigments biliaires principaux : la hilinibine et la biliverdine.
Bilirubine. — La bilirubine C'^H'^Az'O* s'obtient en général sous la forme d une poudre jaune, amorphe ; parfois sous forme de tablettes rhombiques (iig. 104). C'est un acide monobasique faible qui peut déplacer Tacide carbonique des carbonates alcalins et donner des bilirubinates neutres. La bilirubine est insoluble dans Teau, dans l'acide acétique glacial, Téther de pétrole. Elle est très soluble dans le chloroforme \ elle est soluble à un degré moindre dans la Fig. 104. — Bilirubine.
benzine, le sulfure de carbone, la
glycérine à chaud, l'alcool amylique, l'alcool. Elle est soluble dans la potasse et la soude, et forme des bilirubinates alcalins L'alcali joue donc un double rôle. Use combine à l'acide, puis il agit comme dissolvant du sel. Les bilirubinates alcalins ont la même couleur que la bilirubine. Les solutions de bilirubine ont un pouvoir colorant très intense. Une solution chloroformique à 1 p. 40000, colore encore en jaune les tissus (Dastre et F'lorksco).
Les bilirubinates alcalins sont insolubles dans le chloroforme ; un peu solubles dans l'eau (100 grammes d'eau dissolvent moins de 0^%006 de bilirubinate de soude à la température ordinaire) (Dastre et Floresco). Ils se dissolvent mieux dans les alcalis et les carbonates alcalins étendus.
La bilirubine se combine aussi avec les terres alcalines pour former des bilirubinates alcalino-terreux. Ceux-ci sont insolubles dans Teau et dans le chloroforme, lis forment la masse principale de certains calculs biliaires.
La bilirubine se combine encore avec les métaux, plomb, argent ; ces bilirubinates métalliques sont aussi insolubles.
Les acides minéraux décomposent les bilirubinates alcalins et déposent la bilirubine insoluble.
La bilirubine en solution chloroformique s'altère à la lumière. En solution alcaline elle n'est conservée qu'à l'abri de l'air. — Sous l'action de l'oxygène de Tair, les bilirubinates alcalins se changent en biliverdinates, très lentement à l'obscurité, très rapidement à la lumière. La chaleur favorise également cette transformation. Elle rend de plus les bilirubinates alcalins moins solubles. Le vide est sans action (Dastre et Floresco).
342 LES TEMPS PRINCIPAUX DE LA DlGESTIOiN.
Biliverdine. — La biliverdine C'*H"AzO* diffère de la bilirubine par deux atomes d'oxygène en plus. On Tobtient en général à TcUit amorphe, parfois sous forme de cristaux peu nets (plaquettes rhombiques à angles émoussés).
Elle est insoluble dans Teau et Téther comme la bilirubine, mais elle se distingue de ce pigment en ce qu'elle n'est pas soluble dans le chloroforme. Par contre, elle est très soluble dans l'alcool, dans la solution chloroformique d'acide acétique glacial. On a ainsi le moyen de séparer ces deux pigments.
La biliverdine possède la fonction acide, et se combine avec les alcalis et les terres alcalines.
Les bilivenlinates présentent la même couleur que la biliverdine. — Les bilivenlinates alcalins sont solubles dans l'eau (même un peu plus que les bilirubinates). Les biliverdinates alcalins terreux sont insolubles dans l'eau.
Les acides minéraux précipitent la biliverdine de ses solutions alcalines.
Les solutions de biliverdine et de biliverdinates sont stables dans les conditions ordinaires (en excluant l'action des microbes). Le vide est sans influence sur les solutions de biliverdinates (D astre).
2'' Relations entre la bilirubine et la biliverdine. — La biliverdine est un produit d'oxydation de la bilirubine. La réaction n'a lieu qu'en liqueur alcaline. Ce sont les bilirubinates qui deviennent biliverdinates.
Préparation de la biliverdine. — La biliverdine peut être retirée de la bile; mais il vaut mieux la préparer en partant de la bilirubine par fixation d'oxygène. La réaction na Heu quen liqueur alcaUne. Elle peut être obtenue par différents procédés. Il suffît d'exposer à Tair sur une vaste surface la bilirubine en solution alcaline. Celle-ci se fonce, et vire au vert. Il se forme un biliverdinate ou de la biliverdine dissoute à la faveur de la soude. Après quelques heures on précipite la biliverdine par Tacide chlorhydrique.
La transformation du bilirubinate dépend de quatre facteurs : à) Toxygène ; b) la chaleur; c) la réaction du milieu ; d) la lumière (Dastre).
L'oxygène est le facteur indispensable (Maly, Hoppe-Seyler) ; même dans un flacon plein, Toxygène dissous dans le liquide est le plus souvent suffisant à oxyder la bilirubine (Dastre et Floresco}.
L'alcalinité retarde les transformations des pigments bilirubiniques.
La lumière favorise à un degré remarquable l'oxydation des pigments biliaires (Cap arnica, A. Letiexne, Dastre et Floresco).
La chaleur est l'agent le plus efficace de la transformation. Des tubes contenant delà bilirubine en solution faiblement alcaline, chauffés pendant dix minutes à 100° à l'obscurité, sortent du thermostat tout à fait verts. Des tubes témoins se consentent sans changements (Dastre et laoREsco).
Avec des corps oxydants la transformation est bien plus rapide. On peut
employer soit l'iode (Jolles), soit Je bioxyde de sodium (Hugouneîsq et Doyon), soit le bioxyde d'hydrogène (Dastre et Floresco).
Avec le bioxyde de sodium, la transformation est presque instantanée. On mélange la poudre sèche à une petite quantité de bioxyde de sodium. On ajoute goutte à goutte de Teau, puis de Tacide chlorhydrique dilué, jusqu'à saturation complète. Le mélange fonce peu à peu en couleur ; on verse encore de Tacide jusqu'à lapparition de la teinte vert franc. Âce moment le magma est jeté sur un filtre, on lave le précipité jusqu'à disparition de l'acide des eaux de lavage. Le pigment est enfm dissous dans l'alcool absolu qui abandonne, par évaporation, la bili verdi ne pure. Ce procédé permet de 'préparer de grandes quantités de biliverdine, et peut être recommandé pour une expérience de cours. Un trop grand excès de bioxyde de sodium provoque une oxydation trop énergique et, par voie de conséquence, la destruction de la bilirubine (Hugounenq et Doyon).
Conditions d'oxydations particalières à, la bile. — Le foie ne parait faire que de la bilirubine, qui est en quelque sorte le pigment biliaire originaire. Pour expliquer la présence dans la bile des pigments bilipraziniques et de la biliverdine, Dastre a émis l'hypothèse qu*il existe une oxydase, dont une partie pourrait être entraînée jusque dans la vésicule et qui faciliterait l'oxydation des pigments, oxydation que les conditions purement physiques ne semblent pas permettre d'expliquer suffisamment. Les conditions artificielles de la transformation (oxygène, lumière, chaleur), ne sont pas en effet réalisées dans la bile. Les faits suivants appuient plus directement cette hypothèse :
i) La bile fraîche bleuit la teinture de gaîac, tandis que la bile bouillie (même après agitation à l'air pour dissoudre l'oxygène) ne donne pas cette réaction ;
2) Le ferment oxydant typique (la laccase de G. Bertrand), favorise l'oxydation de la bilirubine dans les solutions artificielles, c'est-à-dire la formation des pigments bilipraziniques et des biliverdinates. La solution verdit à la température ordinaire, même à l'obscurité ;
3) Il y a dans la bile fraîche une substance que l'ébullition détruit, et qui dégage l'oxygène de l'eau oxygénée.
11 est possible que l'oxydation avec hydratation du pigment originel fondamental, la bilirubine, commence dès la cellule hépatique et les canaux biliaires; dans tous les cas elle se poursuit dans la vésicule (Dastre etFLo.RESco).
Pigments intermédiaires entre la bilirubine et la biliverdine. —Dastre et Floresco ont décrit dans la bile normale de la vésicule deux autres pigments qui n'y avaient pas été signalés, ce sont les pigments bilipraziniques.
L'un est un pigment jaune-brun, biliprazinate de soude. Il se distingue de la bilirubine par les caractères suivants : !<> les acides, surtout en présence de l'alcool, le changent en pigment vert (biliprazine) ; 2<» il n'est pas stable dans le vide ; il s'y décolore sous l'action de la lumière. Comme le bilirubinate exposé à l'air et à la lumière, il verdit et se transforme en biliverdinate. C'est ce pigment biliprazinique qui donne à la bile du veau la couleur jaune. Il existe dans les autres biles jaunes.
Le second pigment biliprazinique est un pigment vert. C'est la biliprazine. 11 se distingue de la biliverdine ou des biliverdinates par les caractères suivants*.
1° L addition de quelques gouttes d'alcali le change en pigment jaune (biliprazinate); 2° L'action du vide le fait passer au jaune (bilirubinate). Il constitue le pigment ordinaire de la bile du veau, de la bile fraîche du bœuf, de la bile du lapin.
Ces pigments, nouvellement décrits, peuvent être tellement prédominants que
ce sont leurs caractères qui s'aperçoivent dans la bile, et que les changements de couleur de la bile traduisent souvent leurs changements à eux, et non point les mutations de la bilirubine et de la biliverdine.
Relations des deux pigments biliprasiniqnes entre enx. — Le pigment jaune est un sel alcalin du pigment vert. Us passent de Tun à l'autre par Taction alternative des acides et des alcalis. Ceci est contraire à ce qui arrive pour la bilirubine et les bilirubinates qui sont également jaunes, et pour la biliverdine et les biliverdinates qui sont également verts; c'est ce qui a permis de les distinguer.
Relations des pigments bilipraziniques avec la bilirubine et la biliverdine. — D'après Dastre et Floresco les pigments bilipraziniques sont intermédiaires entre la bilirubine et la biliverdine au point de vue de l'oxydation et de l'hydratation. En effet l'oxydation ménagée de la bile par la solution alcoolique d'iode conduit au stade biliprazine avant le stade biliverdine. 11 en est de même pour l'oxydation par exposition prolongée à l'air et à la lumière, ainsi que par la chaleur à l'air, par les ferments oxydants ou l'eau oxygénée. L'action du vide dissocie lentement la biliprazine ; elle est sans effet sur le stade plus avancé biliverdine. Étudiés in vitro, les pigments bilipraziniques forment donc une étape sur la voie de transformation de la bilirubine ou biliverdine. Celle-ci dépend de quatre facteurs. Le facteur indispensable c'est l'oxygène; les autres sont adjuvants, à savoir : la réaction du milieu, la chaleur, la lumière.
S^'État des pigments dans la bile. — La bilirubine n'existe pas dans la bile à Tétat de nature, sauf peut-être et en très petite quantité dans quelques biles trc^s pigmentées, telles que celles du porc. Le plus souventee pigment se trouve seulement à Tétat de combinaison sodique, bilirubinate neutre. La bilirubine est en effet insoluble dans la bile naturelle. D'autre part, les bilirubinates alcalins sont très peu solubles dans Teau, mais solubles dans les alcalis et les carbonates alcalins. La bile, est au point de vue du pigment fondamental, une solution de bilirubinate de sodium dans les carbonates alcalins.
La biliverdine est à peu près dans le même cas; toutefois, elle est faiblement soluble dans la bile naturelle et dans la bile décolorée neutre ou acide. D'autre part, les biliverdinates alcalins sont plus solubles dans Teau que les bilirubinates. La biliverdine existe donc dans la bile verte principalement à l'état de biliverdinate sodique dissous dans les carbonates, et accessoirement à l'état de biliverdine dans les biles à réaction acide ou neutre (Dastre).
Dans le langage courant on dit toutefois souvent bilirubine ou biliverdine pour bilirubinate ou biliverdinate.
Plus une bile est alcaline, et plus elle contient de carbonate de soude, plus elle peut dissoudre de pigments biliaires. Par suite, une couleur foncée indique à la fois une liqueur riche en pigment et de réaction alcaline (Dastre).
4*" Réactions caractéristiques des pigments biliaires. —
a. Réaction de Gmelin. — Cette réaction est basée sur les propriétés oxydantes de Facide azotique qui attaque les pigments biliaires et donne des séries successives de pigments nouveaux. On verse dans le fond d'un verre à réaction une petite quantité d'acide nitreux; puis on fait arriver au-dessus, au moyen d'une pipette, la liqueur à éprouver, avec assez de précaution pour éviter le mélange. On abandonne le verre à la température ordinaire.
A la limite de séparation, Tacide azotique diffuse et réagit sur, le liquide biliaire. Il se produit dans celui-ci une série de couches superposées présentant de bas en haut la succession des teintes suivantes : jaune au contact de Tacide, orange, rouge, violet, bleu, vert. A chaque anneau coloré répond un terme d'oxydation des pigments biliaires, le jaune étant dû à la cholétéline, le rouge a la bilipurpurine, le bleu à la cholécyanine, le vert à la biliverdine.
L'ordre de superposition de ces couleurs est caractéristique. Le trait essentiel de cette réaction est le passage de la coloration jaune-rouge à la gamme bleu-vert (Dastre).
Pour obtenir la réaction de Gmelin, il faut employer de Tacide azotique chargé de vapeurs nilreuses. A cet effet on utilise soitun mélange d'acide azotique ordinaire et d'acide azotique fumant, soit de Tacide azotique qui a séjourné au soleil et a été ainsi décomposé.
Certaines biles (bile de bœuf) sont considérées comme ne donnant pas la réaction de (;melin. Il suffit en général de diluer la liqueur biliaire pour que la réaction de Gmelin soit observable. L'obstacle vient de la pseudo-mucine (nucléo-albumine) biliaire qui dissimule une série de couleurs. En diluant la liqueur, on supprime cet inconvénient (Dastre).
La réaction de Gmelin doit être rapprochée du phénomène de Fecchymose. La matière colorante du sang est transformée d'abord en pigments biliaires, puis en leurs dérivés.
*. Réaction de Maréchal-Rosin. — Cette réaction met en œuvre l'action oxydante de l'iode. On verse dans un tube à réaction une solution étendue de bile, puis à la surface 2 ou 3 centimMres cubes d'une solution alcoolique d'iode officinale à 10 p. 100; à la surface de séparation des liquides se développe un disque vert pré dû à la biliverdine formée sous l'action oxydante de Tiode (Maréchal ; Rosin).
Réaction de Hnppert. — Ajouter à une solution alcaline de pigment du lait de chaux ou du chlorure de calcium avec de Tammoniaque. 11 se forme un précipité de bilirubinate de chaux. Le précipité est lavé à Teau et placé dans un tube à essai rempli à moitié d'alcool additionné d'acide sulfurique. A l'ébullition le liquide prend une teinte verl-émeraude ou bleu-vert. Même réaction avec la biliverdine.
Réaction de Hammarsten. — On prépare un acide formé par 1 volume
3i6 LES TEMPS PRINCIPAUX DE LA DIGESTION.
d'acide nilrique et i9 volumes d'acide chlorhydrique. Lorsque le réactif a pris une coloration jaune on mêle I volume de cet acide avec 4 volumes d'alcool. Additionné de quelques gouttes de pigment le liquide prend une coloration verte durable. De plus grandes quantités de réactif provoquent Tapparition des teintes successives de la réaction de Gmelin.
c. Réaction particulière à la bilirubine. — La bilirubine présente une réaction spéciale que ne donnent pas les autres pigments biliaires. On ajoute dans un tube à essai, à une solution chloroformique de bilirubine, deux fois son volume de réactif d'EuRLicii, de l'alcool et de Tacide acétique cristallisable, et on chauffe, il se produit une teinte rouge qui vire au violet, puis au bleu intense. Le liquide d'EuRLicn est obtenu en dissolvant 1 gramme d'acide sulfanilique, 15 centimètres cubes d'acide chlorhydrique et 0^,10 de nitritc de sodium dans un litre d'eau.
S"" Origine des pigments biliaires. — Chez les vertébrés, les pigments biliaires paraissent dériver du pigment sanguin; l'hémoglobine. Celui-ci est constitué par une globuline incolore combinée à un pigment noir : Vhématine, qui contient fortement soudé à sa molécule tout le fer du sang. Des expériences faites in vitro et chez les animaux autorisent à penser que l'hématine est le noyau chromogène d'où dérive la bilirubine.
a. Expériences « in vitro ». — Si Ton chaufîe dans une capsule de Thématine au contact de Tacide sulfurique sirupeux, en brassant de façon à favoriser Taccès de lair, Tacide sulfurique prend la place du fer. 11 se forme du sulfate ferreux qui reste en solution. L'oxygène se fixe sur Thématine qui est transformée en un pigment brun-noir soluble dans les alcalis et les acides : Vhdmatoporphyrine.
C32H30Az*FeO« + S0*H* + 0 = SO^Fe 4- 2(Ci6Hi6Az«0«) Héinatine. Hématoporpliyrine.
Cette substance diffère deThématineen ce qu'elle ne contient plus de fer. Par contre elle a une constitution très voisine de celle de la bilirubine. Elle ne diffère de ce pigment biliaire que par une molécule en moins d'eau. De plus, comme la bilirubine, elle donne la réaction de Gmeun avec Tacide azotique.
b. Un grand nombre d observations prouvent que les pigments biliaires sont réellement, comme l'indique la chimie, un produit de décomposition du pigment sanguin. L'organisme aboutirait à un résultat comparable à celui obtenu par le chimiste, mais avec des procédés différents.
Le sang extravasé à la suite de contusions disparait peu à peu en donnant une succession de teintes qui rappellent celles de la réaction de Gmelin : bleu, violet, rouge, jaune.
L'injection de sang ou même d'oxyhémoglobine cristallisée sous la peau dans les tissus aboutit aux mêmes résultats (Langhans et Qui>xke, Latsciienberger.
11 est probable que les cellules des tissus désorganisent l'hémoglobine et isolent l'hématine qui s'oxyde et se transforme en pigments biliaires. Au bout de quelque temps on trouve souvent à la place où s'est produite l'extravasation
DIGESTIOiN INTESTINALE. 347
un dépôt de cristaux auxquels Virchow (1845) avait donné le nom d'hémaioïdine. Ces cristaux présentent la réaction de Gmelin avec Tacide azotique, el sont identiques aux pigments biliaires.
Dans quelques cas, à la suite de la destruction de Thémoglobine, les pigments biliaires, au lieu de rester sur place, sont entraînés parla bile ou les urines. On peut même observer de Tictère. Le fait a été constaté dans les ecchymoses très étendues. 11 en est également ainsi si Ton injecte de Teau dans le sang (M. Heiima?(n). Le sang ne contient pas d'eau libre, c'est une sorte d'hydrate albumineux (Hugounenq). La présence d'eau libre altère les globules rouges et l'hémoglobine. On trouve dans ces conditions des pigments biliaires dans les urines. Il y a bilirubinurie. L'injection dans les veines de sels biliaires (Frericiis et Staedeler, de Kûhne) ; d'acide phosphorique (Leyden et Mumk) provoquent les mêmes effets. L'injection intraveineuse d'une solution d'hémoglobine pratiquée sur un chien porteur d'une fistule biliaire augmente énormément la quantité de bilirubine excrétée. (Tarchanoff).
Remarque, — Quelques auteurs ont soutenu qu'il n'existe de matière colorante dans la bile que chez les animaux dont le sang contient de l'hémoglobine. BuNGE appuie cette hypothèse sur une observation de Hoppe-Sbtler, qui a constaté l'absence de pigment biliaire chez l'amphioxus, le seul vertébré qui n'a pas d'hémoglobine. Dastre a montré que l'opinion de Bunge est trop absolue, et qu*il faut faire quelques réserves sur le rôle hématolytique du foie et la genèse hématique des pigments biliaires. On connaît des exemples de bile colorée chez les invertébrés (escargot, autres mollusques, crustacés, vers : tels que les Siphonostomay Spirographis). Or. chez ces animaux, il n'existe pas de pigment ferrugineux dans le sang (Dastre et Floresco). Notamment, chez l'escargot en hibernation, on peut obtenir la sécrétion hépatique pure. Celle-ci s'accumule dans l'intestin. Elle contient un pigment remarquable plus ou moins analogue avec la bilirubine des mammifères, mais qui contient du fer (Dastre et Floresco).
ë"" Lieu où se forment dans rorf^^anisme les pigments biliaires. — On admet en général que les pigments biliaires se forment dans le foie. C'est dans cet organe que s accomplirait le dédoublement de l'hémoglobine et la transformation de Thématine. A r appui de cette manière de voir, on cite les faits suivants :
a. Après la séparation du foie de la circulation générale, on n'observe pas d'accumulation des pigments biliaires dans le sang. Or, c'est ce qui devrait se produire si le foie éliminait seulement ces pigments sans les produire. Si l'on fait respirer à des oies ou à des canards de l'hydrogène arsénié, on observe au bout de peu de temps de rhématurie avec de la polycholie ; si Ton fait respirer le poison à un animal privé de son foie, il n'y a plus cette production énorme de pigment biliaire ; les urines ne contiennent pas de biliverdine. (MiNKOwsKY etNAL'NYN, Expérienccs sur des oies),
La mise hors de cause de l'activité hépatique peut être réalisée soit par l'extirpation du foie, pratiquable chez les oiseaux (pigeons, oies), en raison des anastomoses qui relient la veine porte à la veine cave
348 LES TEMPS PRINCIPAUX DE LA DIGESTlOiN.
par rintermédiaire des veines rénales (système veineux de Jacobson), soit par la fistule dite d'EcK qui met en communication artificielle, par le moyen d'une boutonnière, le tronc de la veine porte et celui de la veine cave, de manière que le sang évite le foie, mais ne soit pas arrêté dans son cours et accumulé progressivement dans l'intestin. b. Selon quelques physiologistes, les cellules hépatiques, en présence du glycogène et des albumines du sang, attaqueraient l'hémoglobine, et produiraient, indépendamment d'une certaine quantité d'acides biliaires (provenant du glycogène), un pigment rouge analogue à la bilirubine, mais en différant toutefois par l'absence de la réaction de Gmelin. La réaction se produirait, que les cellules hépatiques soient intactes ou broyées (Kallmkyer, Antuen, Klein).
Pigments biliaires anormaux. — 11 existe un cerlain nombre d autres pigments biliaires, qui peuvent être considérés comme accessoires soit parce qu'ils existent en petite quantité, soit parce qu'on ne les trouve qu'accidentellement.
Bilifuscine C^^H^^^A^O*. C'est un pigment brun ; cette substance, qui a été trouvée dans les calculs biliaires chez l'homme, et qui résulte de l'hydratation delà bilirubine, n'est bien soluble que dans l'alcool.
BUicyaniyie ou cholécyanine. Un des premiers produits d'oxydation de la bilirubine par l'acide azotique. Correspond à la coloration bleue de la réaction de Gmelin. Insoluble dans Teau; soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme. Soluble en bleu dans les acides; en brun violacé dans les alcalis.
Cholétéline, — Produit ultime d'oxydation de la bilirubine parTacide nitrique (anneau jaune de la réaction Gmelin). Soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, l'éther, l'acide acétique, les alcalis. Précipitée par les acides.
Cholohématine, — Pigment de couleur verte, d'odeur musquée; existe dans la bile de bœuf et de mouton; fournit un spectre à quatre bandes. 11 est insoluble dans l'eau, soluble dans l'éther et le chloroforme. Pour le préparer on agite la bile avec le chloroforme qui dissout la cholohématine et la bilirubine à l'exclusion de la biliverdine. Le chloroforme est décanté, évaporé. L'éther dissout la cholohématine à l'exclusion de la bilirubine. Pour Mac-Munn, la cholohématine serait un dérivé de l'hémaline intermédiaire à cette substance et au pigment biliaire. La cholohématine n'existerait pas dans la bile fraîche du mouton ou du bœuf. Celle-ci ne renfermerait que la matière chromogène de ce pigment (Gamgee).
Altérations microbiennes des pigments de la bile. — Hugounenq et Doyon ont démontré qu'un grand nombre de microbes réduisent la biliverdine; ce sont le staphylococcus aureus, le vibrion septique, le bacille du choléra, d'autres encore qu'on peut isoler dans de la bile abandonnée au contact de l'air.
La réduction aboulit à l'apparition d'un pigment nouveau qui présente avec la bilirubine certaines analogies, mais en diffèr-e par des caractères essentiels. Ce pigment, en effet, ne donne rien par la réaction d'EHRLicH ni par celle de Gmelin. De plus, contrairement à la bilirubine, il est soluble dans l'eau et présente une teinte dicroïque en solution aqueuse. Ces caractères ne peuvent être constatés que si la transformation de la bilirubine ou de la biliverdine a été complète. A cet elTet, les ballons de culture doivent séjourner pendant un temps suffisant à l'étuve, un mois environ (Hugounenq et Doyon).
Le premier effet de réduction (transformation de la biliverdine en bilirubine), est exercé par un produit soluble, peut-être Tacide sulfhydrique qui prend naissance dans la bile putréfiée. Le fait est que cet agent réducteur peut ramener très rapidement la biliverdine à Tétat de bilirubine (Dastre).
Dastre et Floresco, Biologie, 1898, p. 325. — L. Hlgolnenq et M. Doyon, Biol., 1806, p. 429; Arch. de Physiol., 1896, p. 525; 1898, p. 391. — Haycrakt et Scofield, Centralbl, f. Phys., 1889, p. 222.
Hydrobilirubine. — Soumise à Faction de Thydrogène naissant et de l'eau, la bilirubine en solution alcaline se transforme en hydrobilirubine C^^H^^Az^O"^. Le phénomène peut être réalisé in vitro sous l'influence de l'amalgame de sodium. 11 se produit dans l'intestin sous l'influence des microbes, dont un grand nombre dégagent de l'hydrogène aux dépens du glycose ou de l'acide lactique. L'hydrobilirubine est résorbée par le tube digestif, passe dans le sang, puis dans l'urine, dont elle constitue une des matières colorantes {uroblline.)