IV. — Cholestérine
1^ Caractères. — La cholestérine est un élément normal, mais non caractéristique de la bile. On trouve de la cholestérine dans la plupart des tissus chez les animaux et chez les végétaux. Dans l'organisme animal, c'est dans les tissus nerveux qu'on en trouve le plus (16,42 p. 100 dans la substance blanche ; 3,43 p. 100 dans la substance grise). La bile de la vésicule contient plus de cholestérine que la bile telle qu'elle s'écoule du foie (Doyon et Dlfourt).
La cholestérine est une substance blanche, nacrée, brillante, grasse, onctueuse, légère. Elle est insoluble dans Teau, soluble dans l'alcool bouillant, d'où- elle cristallise par refroidissement, très soluble dans l'éther (1 gramme dans 2»'',20 d'éther ordinaire à 37**,5), le sulfure de carbone, le chloroforme. Elle est un peu soluble dans les graisses, huiles végétales, solutions aqueuses de savons et solutions aqueuses de sels biliaires, ce qui explique sa présence dans la bile.
La nature du dissolvant exerce une influence sur la forme cristalline. Par évaporation des solutions éthérées, la cholestérine cristallise en fines aiguilles. La solution dans l'alcool bouillant la donne sous la forme de grandes tables rhomboédriques s'imbriquant et renfermant de l'eau de cristallisation. On l'obtient ordinairement sous pj^ 1^5 Cholestecette dernière forme (fig. 105). nne,
La cholestérine se distingue des corps gras par les caractères suivants : elle ne se dissout pas dans les alcalis en donnant des savons solubles ; elle n'est pas saponifiable.
La cholestérine fond à 145**; elle se volatilise à SSO'» dans le vide. Pouvoir rotatoire: aD=: — 37®, 1 pour les solutions chloroformiques à 2 p. 100.
La constitution de la cholestérine est mal connue. Sa formule est C"H**0 + H»0 ou C"H**0 + H*0. C'est un alcool qui peut se combiner avec les acides pour donner des éthers.
Réactions de la cholestérine
iU se forme du propionate de cholestérine qui en se refroidissant passe successivement par le violet, le bleu, le vert, Torangé et le rouge.
Évaporer doucement un peu de choies té- \ ri«e ^yeo un corps oxydannacidechlor.j^.^ wote/. U présence hydrique mélsingé de perchlorure de fer. 1 . ... .^ ^ . .
u perchlorure de fer peal être remplacé [ d'impuretés entrave la réacpar du chlorure d'or ou du bichromate \
de potassium) j
Étaler quelques cristaux de cholestérine , . . , a t i
sur une laLe de verre, recouvrir d'une i ^f cristaux fondent sur les lamelle et faire arriver latéralement de ' 5°'<>» *' *"?f'" * '* ?,'*** Vacide mlfurique concentré (5 vol. "*«' gouttelettes de couleur d'acide pour I vol. d'eau) • rouaejaune.
Faire arriver (après addition d'acide sul- < , . . , .
.■ jia •■> x->i Les cristaux se colorent en
funque de la même manière) une petite I ? wi.wiu» .<> vuiui^ui.
quantité dWe ioduré (soliuon d'iode S;X'%n su'iusinf une
dans l'iodure de potassium). La réaction l °*®? ^*"*'^' en subissant une
doit être suivie au microscope ) *"^*^^ paruei e.
Dissoudre de la c/io/e5/^W/ie dans du chloro- ^ U se forme une matière colo-
forme; ajouter une quantité équivalente > rante rouge qui se dissout
d'acide sulfurique (Salkowski) ) dans le rhloroforme.
Évaporer prudemment au bain-marie de la ,
cholestérine additionnée de quelques j
gouttes d'acide nitrique concentré. Il se > Coloration rouge.
dégage des v®. Sur le résidu froid verser \
quelques gouttes d'ammoniaque (Schifk). / Ajouter à 2 cent, cubes d^une solution \
chloroformique de cholestérine 10 eout- / ^ , ^.
tes d'anhydride acétique et 1 goutte Co^o^^tion rose, pms rouge,
d'acide sulfurique concentré; chauffer l ^"°" ^'^"^*
un peu (LiBBEHMANX} I
2° État de la cholestérine dans la bile à. l'état normal. —
La cholestérine reste en solution dans la bile grâce aux sels biliaires et aux savons que contient ce liquide. Sous Tinfluence de conditions mal connues, la cholestérine se dépose parfois dans les voies biliaires (surtout dans la vésicule) pour former des calculs. Chez le chien la bile de fistule contient 0,1 à 0,3 p. 1000 de cholestérine; la bile de vésicule (non filtrée i à 1^',5 p. 1000), (Doyon et Dlfourt).
3** Origine et évolution. — La cholestérine de la bile paraît avoir une double oiigine :
a. Une partie vient certainement du foie. Tous les auteurs ont
DlGESTIOiN INTESTINALE. 351
signalé la présence Je cette substance dans le tissu hépatique. Doyon et DuFOLRT ont trouvé en moyenne de 0,3 à 0,8 p. 100 de choleslérine dans le foie du chien.
A. Une certaine quantité de la cholestérine de la bile paraît ôtro déversée dans ce liquide par les voies biliaires et spécialement par la vésicule (Nauxyn, Kalsh, Doyox et Dl'foi:rt).
On peyt tout au moins faire valoir les arguments suivants à Tappui de celte opinion. On sait que chez le chien, notamment, la bile présente au niveau de la vésicule un renforcement dans sa teneur en cholestérine (Hoppe-Seyler, Doton et Dufourt). Ce renforcement ne parait pas pouvoir s'expliquer par une simple concentration de la bile au niveau de la vésicule. D^ailleurs Kaush, examinant les sédiments de la bile a constaté qu*ils étaient riches en cellules épithéliales provenant des voies biliaires. Ces cellules étaient à tous les stades de la dégénérescence et souvent on pouvait voir à leur intérieur des cristaux de cholestérine; Doyon et Dufourt ont trouvé la cholestérine dans la bile de vésicule filtrée et dans la bile non filtrée et constaté qu'il y a beaucoup plus de cholestérine dans la bile de vésicule non filtrée (expérience sur la bile de bœuf et de porc).
Actuellement, du reste, la cholestérine est considérée généralement comme un produit de déchet pouvant apparaître partout où il y a activité cellulaire. Habituellement elle se forme là où des matières grasses se détruisent, mais le fait n'est pas constant (Hugounenq et Doyon, J. de Phys., 1899, p. 919.).
Certains auteurs ont supposé que la cholestérine dérive des albuminoïdes par réduction. Â Tappui de cette hypothèse, on cite le fait que la production des calculs biliaires coïncide avec celle des calculs urinaires. Or ces derniers sont dus manifestement au ralentissement des oxydations. Enfin du reste, d une façon générale, les calculs biliaires s'observent toutes les fois que les combustions sont insuffisantes, ralenties (exercice insuffisant, régime azoté trop riche, vieillesse, vie sédentaire).
Dans tous les cas, la cholestérine de la bile ne provient pas de l'alimentation. Sans doute, d'une part, la plupart des aliments contiennent de la cholestérine, et, d'autre part, cette substance est remarquablement stable ; toutefois, résorbée par l'intestin, elle n'apparaît ni dans le foie ni dans la bile. Au bout de peu de temps, elle disparaît du sang (Jankau, Doyon et Dufourt).
La cholestérine de la bile est rejetée dans l'intestin et expulsée, pour la plus grande part tout au moins, sans modifications avec les fèces.
Graisses. — La bile contient une petite quantité de graisses neutres, de lecithines et de savons. Doyon et Dufourt ont trouvé chez le chien, dans la bile de fistule^ if^a^^ p. 1000 de graisses; dans la bile de vésicule 3à 5 p. 1000; chez le porc la bile de vésicule, non filtrée, peut contenir près de 50 p . 1000 de graisse.
Calculs biliaires. — Chez diverses espèces animales, surtout le bœuf, le cheval et Thomme, il peut se former des concrétions solides aux dépens des éléments constituants de la bile. Un chapitre important de la pathologie humaine comprend Tétude des conséquences de Texistence de ces concrétions dans la vésicule biliaire; elles sont plus rares dans les canaux hépatiques.
Le schéma général de la formation des calculs est le suivant : un noyau central se constitue par la précipitation de la bilirubine qui s'allie à de la chaux pour former un sel; autour de ce noyau il vient se déposer des couches successives de cholestérine, qui peuvent cristalliser et donner au calcul une structure radiée. Les pierres biliaires sont donc composées pour la majeure partie de
cholestérine, mais Ton peut rencontrer
^^m ^^ ^ des calculs contenant presque unique-
V\l ^^B /JBte ment des pigments biliaires. Exception-
^^""^ WB ^'mÊP nellement le carbonate, le phosphate
de chaux, les savons, représentent la
matière dominante. Il est rare de ne pas
Fig. \(i^. - Calculs biliaires, rencontrer de noyau; quelquefois il a
a, de cholestérine; 6, de pigments ^^^ vé^ovU, laissant place à une géode
(d'après A. Gautieh). centrale ; on conçoit que le noyau puisse
être formé par un corps étranger quelconque, un caillot sanguin, un lombric desséché, etc. Le nombre des calculs biliaires peut être de un à plusieurs centaines, suivant leur volume; le plus souvent on en trouve cinq à dix. La coloration varie habituellement du jaune clair au brun verdâtre ou rougeâtre. La forme est celle de petits polyèdres à facettes du volume d'un pois; le volume des calculs uniques peut atteindre celui d'un œuf de pigeon, la forme est alors arrondie ou ovalaire (fig. lOG).
Deux théories se partagent le monde médical au sujet de la genèse des pierres biliaires. L'une repose sur la coexistence de troubles généraux de la santé, anomalies des échanges nutritifs, ralentissement de la nutrition (Bouchard). L'autre ne reconnaît à l'origine de la lithiase que des troubles locaux, catarrhe de la vésicule. H est démontré qu'une infection microbienne peut être le point de départ de la précipitation des matériaux constitutifs des calculs, et par ce procédé la lithiase biliaire expérimentale a été réalisée (Consulter Difourt. A. de Phys, et de Path. gén., 1899).
Dosage de la cholestérine. — On évapore la bile au bain-marie à 100<*. On fait bouillir le résidu avec de l'alcool absolu pendant dix à quinze heures. On fdtre l'alcool à chaud. Le résidu est épuisé de nouveau avec de l'éther. L'alcool bouillant et l'éther entraînent les acides biliaires, les savons, les graisses et la cholestérine. On évapore l'alcool et l'éther. On ajoute aii résidu de l'éther ordinaire en excès. L'éther dissout les savons, les graisses et la cholestérine; les acides biliaires se précipitent. 11 est utile d'épuiser à plusieurs reprises le résidu avec de l'éther ordinaire. A cet effet on dissout ce résidu dans une faible quantité d'alcool bouillant et on ajoute un grand excès d'éther. L'opération est répétée plusieurs fois. Au bout de deux ou trois jours, quand les acides biliaires se sont précipités, on filtre l'éther, puis on l'évaporé. Le résidu est épuisé par réther absolu qui dissout les graisses et la cholestérine. On filtre. Les savons restent sur le filtre. On les sèche à 100*», on les pulvérise et on les traite de nouveau par l'éther absolu pour enlever les dernières traces de graisses et de cholestérine. Après évaporation de l'éther absolu ces substances sont pesées. On reprend les graisses et la cholestérine par l'alcool bouillant. Les graisses sont saponifiées par une solution alcoolique de potasse caustique (alcool absolu et quantité de potasse trois fois supérieure au poids des graisses). L'opération est faite au bain-marie à 100° et doit être prolongée pendant deux ou trois heures. L'alcool est évaporé. Le résidu est repris par l'eau, mélangé avec un volume égal d'éther absolu et agité à plusieurs reprises. On décante l'éther et Ton
reprend ce trailement deux ou trois fois de la même manière. On réunit tous les liquides éthérés, on distille et Ton évapore à siccité le résidu. On obtient ainsi la cholestérine impure renfermant encore des traces de savons qu on peut entraîner par Teau (^Hoppe-Seyler, Doyos et Dufourt).
Recherche de la bilirubine. — Les calculs de bilirubinate de chaux sont broyés, épuisés par l'élher, l'alcool bouillant, Teau bouillante, puis traités par HCl étendu de 2 volumes d'eau (à 50°). La bilirubine mise en liberté est lavée à Teau acidulée, à l'eau distillée, à l'alcool froid, puis épuisée par le chloroforme bouillant.