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VIII. — Sécrétion biliaire

l°Marche de la sécrétion biliaire. — La sécrétion de la bile ftst continue. Elle se rapproche à ce point de vue de la sécrétion rénale. D'une manière générale, elle est aussi remarquablement fixe. Toutefois, elle présente quelques variations dont Torigine n'est pas, dans tous les cas, bien déterminée. Sur des chiens porteurs d'une fistule biliaire, D astre a observé deux maxima, Tun matinal (9 heures), l'autre vespéral (de 9 heures à il heures).

Le déversement de la bile dans Tintestin est intermittent. U est provoqué par la digestion des aliments dans Vestomac (Bruno; voy. p. 336, 337, 357, 362) et réglé par les voies biliaires (Doyon ; voy. p. 360).

2"* Quantité de bile sécrétée. — La quantité de bile sécrétée par jour chez rhomme peut atteindre 800 grammes (Bouchard).

Chez le chien à fistule, la quantité de bile excrétée est environ de 10*',5 par kilogramme et par vingt-quatre heures; la quantité de résidus secs correspondant est de 0,41 (Dastre). Doyon et Uufourt ont obtenu des chiffres variant entre 10 et 20 grammes par kilogramme et par 24 heures.

Ces chiflFres sont vrai«emlilablement trop faibles. La quantité sécrétée doit décroître par le fait môme que la bile est détournée de Tintestin. On sait en effet que la bile est elle-même le meilleur stimulant de la sécrétion biliaire (Sciuff).

S"" Pression dans les canaux. — La sécrétion de la bile se fait sous une certaine pression. Pour le constater, il suffit de brancher un manomètre sur le parcours de la bile (dans la vésicule, par exemple). Le niveau du liquide s'élève jusqu'à une hauteur de 20 centimètres environ chez le cobaye, de 27 chez le chien (IIeidkmiain, Friedlaender et Bariscii). a partir de cette pression, il y a résorption des éléments de la bile dans les vaisseaux. La pression sous laquelle se fait la sécrétion biliaire est environ deux fois et demie plus forte que celle qui règne dans la veine mésentérique supérieure (Heidemiain).

4'' Agents modificateurs de la sécrétion biliaire. — On peut envisager, soit la quantité totale de liquide éliminé, soit plus spécialement tel ou tel élément constituant de la bile. On donne le nom de cholagogiies aux substances qui augmentent la quantité du liquide excrété.

Les conditions extérieures n'agissent que très faiblement sur la sécrétion biliaire. Nous étudierons successivement Tinfluence de l'alimentation et de quelques substances médicamenteuses.

a. Influence de Talimentation. — Dans les conditions ordinaires, chez le chien porteur d'une fistule au niveau de la vésicule, rinfiuence du repas ne se fait pas sentir immédiatement, mais seulement après dix, douze, quatorze heures (D astre, Doyon et Dlfocrt). Les choses se passent comme si les maxima de Tactivité sécrétoire correspondaient à la fin de l'absorption des produits digérés et à Tintervenlion élaboratrice de Torganc hépatique sur ces produits (Dastre). L'action de l'eau est nulle ou à peu près (Stadelmann).

Le jeûne diminue au bout de quelque temps la sécrétion biliaire. Dans l'inanition, la sécrétion se continue jusqu'à la mort, mais la quantité absolue diminue. La bile se concentre à mesure que la quantité diminue.

Barbera, sur des chiens soumis au jeilne, a constaté que Tingestion de substances alhiiminoïdes ou de graisses provoque une très notable augmentation de la bile. Les hydrates de carbone ont une action de beaucoup inférieure. L'influence des albuminoïdes et des graisses se fait sentir pendant plusieurs heures. Le maximum d'action se manifeste trois à quatre heures après le repas s'il s'agit des albuminoïdes, cinq à sept heures après s'il s'agit des graisses.

Consulter aussi les expériences de Bruxo, page 362.

b. Influence de substances non alimentaires. — On connaît peu de substances capables de modifier la quantité et la composition de la bile sécrétée. Le meilleur, et peut-être le seul cholalogue vrai actuellement connu, est la bile elle-même. L'ingestion de ce liquide augmente non seulement Teau, mais aussi les principes constituants de la bile excrétée par Tanimal en expérience, notamment les sels biliaires, les graisses, les savons.

Le salicylate de soude augmente un peu la quantité de bile sécrétée, mais ne fait pas varier sensiblement la composition de ce liquide. Le calomelf à dose purgative, fait baisser la quantité de bile de moitié dans les neuf premières heures et de plus d'un tiers pour la période de vingt-quatre heures correspondante. Le chiffre des sels biliaires et des savons diminue au moins de moitié. Le bicarbonate de soude ne fait pas varier sensiblement la quantité de bile, mais il semble diminuer la sécrétion des sels biliaires et des savons (Doyon et Dufourt, exp. sur un chien porteur d'une fistule au niveau de la vésicule).

Les grands lavements d'eau froide préconisés dans l'ictère sont sans action.

La sécrétion diminue sous l'influence de l'intoxication pyocyanique (Charrin).

Mécanisme de raction cholagogue delà bile. — Le mécanisme de l'action cholagogue de la bile n'est pas élucidé. Pour les uns, la bile ingérée serait éliminée en nature ; pour les autres, ce liquide pourrait agir sur la cellule hépatique et produire indirectement une sécrétion plus abondante.

Circulation entéro-hépatique de la bile. — Sciiiff a soutenu que, dans les con-

ditions normales, la sécrétion biliaire s*alimente principalement de la bile ellemême qui a été sécrétée. Celle-ci serait absorbée en nature sans subir de changement par Tintestin, puis reconduite au foie qui Téliminerait à son tour telle

Fig. 108. — Circulation artérielle de l estomac chez le chien.

\y aorte abdominale ; 3,tr. cœliaque ; 3, a. hépatique; 4, coronaire stomachique ; 5, a. splénique; 6,gastro-duodénale ; 7, gastro-épiploïque dr.; 8, gastro-épiploîque g.; 9,paDcréatico-duodénale ; 10, mésentérique supérieure; E, estomac; F, foie: I, intestin; P, pancréas; R, rate (Doyon et Dufoirt).

Fig. 10.). — Voies biliaires chez le chien. A rt ère h épat iq ne .

1, artère hépatique; 2, branche droite de l'ortère hépatique; 3, gastro-duodénale ; 4, pylorique; S, branche moyenne de l'artère hépntique ; 6, branche gauche de Tartùre hépatique; D, duodénum; Py, pylore (Doyox et Ditoi rtj.

qu'elle est en nature (circulation entéro-hépatique). Cetle hypothèse renferme une part de vérité. Sans doute, la bile est détruite dans l'intestin ; toutefois certains produits de décomposition sont en partie résorbés. — La bile du chien ne contient que du taurocholate de soudo. Si on fait ingérer à un chien du glycocholate (ou du cholate de soude et du glycocolle), on trouve dans la bile de ranimai du glycocholate (A. Weiss). — Wertiikimf.r a donné la preuve décisive que le foie élimine les pigments que lui amène le sang, mais il n'est pas démontré que la bile passe en nature dans le sang.

Expérience. — La bile du chien n'a pas de spectre caractéristique. Par contre, la bile du bœuf et celle du mouton contiennent un pigment, la cholo-hématine qui présente un spectre à quatre bandes très nettes. Or, si on injecte à un chien porteur d'une fistule biliaire de la bile de bœuf ou de mouton, dans une veine mésaratque, on reconnaît au bout de dix minutes au spectroscope que la cholohématine a passé dans la bile de l'animal en expérience. Si on injecte dans le duodénum de chien la bile de mouton ou de bœuf, on ne retrouve pas la cholohématine dans la bile du sujet.

c. Nerfs sécréteurs de la bile. — On n'a pas (rexpérience catégorique mettant en évidence Tinfluencc directe du système nerveux sur la cellule hépatique, de manière à la dégager de celle au contraire bien visible qu'il exerce sur les voies biliaires et les vaisseaux hépatiques. Les interventions sur le système nerveux (périphérique ou

central) retontisseiit sur le foie en donnant lieu à des eiïets mixtes dont un classement logique n'est pas facile à donner.

L'excitation du bout périphérique du vague sectionné ralentit la sécrétion. L'excitation du bout central l'accélère (Artiiaud et Butte, Rodriguez). La section de la moelle au cou provoque l'abaissement de la pression artérielle générale et diminue la sécrétion de la bile. L'excitation de la moelle directement ou

indirectement par voie réflexe diminue également la sécrétion de la bile. L'excitation des splanchniques, du ganglion cervical inférieur, de l'anneau de Vikvssf.ns, diminue la sécrétion.

Manomètre inscrîpleur à hougie (•*).

Fig. IIO.— Appareil permet la ni Fig. 111

irenrer/istrer les mouvements très lents (*).

(*) Le cylindre est entraîné par la chute du poids d'une horloge grâce à un système de poulies p.p' ; T.i, tambour enregistreur (dispositif de REr.XAUD).

(••) T, tube en verre; B, floUeur en bougie suspendu par un fil à un levier inscripteur L en paille; P, poids pour équilibrer le levier; A, A', supports; R, réservoir coutenant de l'eau. — Cous. Laulanié, Congrès Liége^ 1892; Doyon, Arch, de Phys.^ V.

L'excitation des nerfs qui entourent l'artère hépatique provoque un accroissement passager suivi d'un ralentissement secondaire (Afanasieff). La section des splanchniques active la sécrétion biliaire probablement par hypérémie. 11 en est de même à la suite de la section de la moelle au cou. L'excitation des nerfs sensilifs diminue la sécrétion; de même Texcitation de la couche corticale du cerveau et l'asphyxie (Bochefontaink).

Processus d'oxydation. — La bile se forme probablement par oxydation, c'est-à-dire par réaction exothermique ; la température élevée du foie, la présence de l'acide carbonique dans la bile, sont en accord avec cette hypothèse (Dastre).

Résorption de la bile. — La ligature du canal cholédoque provoque la résorption des éléments de la bile. Ceux-ci se déposent dans les tissus et s'éliminent par les urines {ictère). Le canal peut redevenir perméable sous l'influence de la poussée de la bile (Tiedmann et Gmelin). Pour provoquer avec

certitude la résorption, le cholédoque doit être excisé sur une certaine étendue entre deux ligatures. La résorption a lieu par les lyniphatiques et les vaisseaux sanguins (Wertheimer et Lepage).

Toxicité de la bile. — La bile de bœuf étendue de deux fois son volume d'eau et injectée dans les veines du lapin, produit la mort à la dose de 4 à 6 centimètres cubes de bile par kilogramme d'animal (Ch. Bouchard).

Les substances nocives de la bile sont principalement les pigments biliaires et les sels biliaires.

La bile, une fois décolorée par le charbon, perd les deux tiers de sa toxicité (Gh. Bouchard). La bile de cobaye à peine teintée apparaît moins active que celle du bœuf dont les pigments sont abondants. La bilirubine tue à la dose de 5 centigrammes par kilogramme (Gh. Bouchard et Tapret).

Les pigments biliaires provoquent rabaissement de la température de Torganisme (Gharrin et Garnot).

Les sels biliaires en solution aqueuse à 2 p. 160 tuent un lapin.

Le glycocholate de soude est toxique à la dose de 08%54 par kilogramme d'animal; le taurocholate à la dose de 0k'',46 (Bouchard et Tapret).

Les sels biliaires tiennent sous leur dépendance des phénomènes vasculaires, notamment le ralentissement du cœur (Rôhrig). Us dissolvent et désagrègent les globules, les fibres musculaires striées, les cellules du foie (Kùhne, Rywosh).

La voie de pénétration de la bile dans l'organisme n'est pas indifférente. Gomme la plupart des poisons organiques, la bile introduite par le tube digeslif n'est pas toxique. On peut en donner à un chien de 10 kilogrammes une dose do 200 centimètres cubes sans inconvénient (Dastre).

Ghez le chien, après la ligature (incomplète et progressive) de la veine porte, la bile est moins toxique et contient moins de ses principes constituants (A. LuGiJ, MoleschotVs Untersuchungen z, Naturlehre, XVI, 295).

Rôle de la bile comme liquide excrémentitiel. — Le foie exerce une action attractive sur un grand nombre de substances : sels métalliques, métalloïdes toxiques, pigments : garance (Blanchard) ; sulfo-indigotate de soude (Hfi- DENHAiN, Chzonczewski) ; cocheuille, fuchsine (Prévost et Binet) ; pigments dérivés de l'hémoglobine (Tarchanoff, Feltz et Bitter, Vossius, Wertheimer, Meyer, Lepage...), etc.. Ges substances s'éliminent pour une part par la bile. L'essence de térébenthine, le terpinol, la terpi ne, l'acide salicylique,etc..., sont rapidement éliminés par la bile. Ge liquide contient aussi souvent des toxines qui, pour une part, proviennent de l'intestin (Gharrin).

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