B. - RENDEMENT DIGESTIF
Le rendement digestif d'un aliment exprime la quantité de substance qui passe dans le sang. Cette quantité peut être mesurée •en comparant le poids de substance ingérée au poids qui s'élimine par les fèces. Elle dépend de la mesure et de la rapidité avec laquelle Talimentest modifié dans Tintestin (digeslibilité), ainsi que des conditions de Tabsorption. Les principaux travaux sur ce sujet sont dus à RùivNER, WoROsciiiLOFF, Pral'smtz, T. Meyer, Munk et Uffelmann, Dastre, Huelgren et Landergreen, Aïwater, CoxNstantidim, etc..
Méthode de recherche. — I/analyse des aliments et des fèces est faite par les procédés suivants: i^ on détermine la quantité dai6ummot(l65 en dosant l'azote total. 11 suffit de multiplier le chiffre obtenu par 6,25 pour obtenir l'albumine (Cons. p. 198, Causes d'erreur); 2*» on désigne sous le nom de graisses tout ce qui passe dans Téther, ce qui n'est pas rigoureusement exact ; 3° pour connaître la quantité d'hydrates de carbone, on détermine au préalable les substances «èches et les cendres en portant la masse à iOO<^et en incinérant. Les hydrates •de carbone sont obtenus en soustrayant de la substance sèche l'albumine, les
graisses, les cendres. On peut aussi doser directement les hydrates de carbone après les avoir tous transformés en sucre par les acides dilués et la chaleur.
La difficulté est de bien délimiter les fèces, car Tintestin contient encore des restes du repas précédent. A cet effet, on utilise généralement soit du charbon ou toute autre substance colorée, soit des os, soit de Tacide silicique, etc., donnés entre les repas ou mêlés aux aliments.
Critique. — Il faut être prévenu des difficultés d'une évaluation précise du rendement digestif des aliments par la méthode des dosages comparatifs des ingesta et des fèces. On sait en effet que Tintestin n'est pas seulement une surface sécrétante, mais également un lieu d'élimination très actif, notamment pour les déchets azotés et les substances minérales. Un sujet à l'inanition excrète toujours des fèces (Voy. p. 373). Parmi les excréta se trouvent même des graisses. Cetti, pendant le jeûne volontaire auquel il s'était soumis, excrétait 1*'",2 de graisse saponifiable par jour.
Conditions générales qui influent sur le rendement digestif. — Plus un aliment est altérable, plus il est digestible. Les aliments qui se conservent bien^ tels que la charcuterie, les salaisons, les légumes secs, sont moins digestibles que les œufs, la viande, le lait, etc.. (IIugounenq).
La digestibilité d'un aliment dépend non seulement de sa nature chimique, mais aussi en grande partie de la forme sous laquelle il est introduit dans Tintestin. L'action des sucs digestifs est d autant plus complète que les aliments sont plus finement divisés et mieux broyés.
11 n'y a pas de différence essentielle entre les aliments d'origine animale^ et ceux d'origine végétale au point de vue de leur digestibilité dans le canal intestinal de l'homme. L'utilisation (résorption) dépend avant tout de la forme sous laquelle l'aliment est présenté.
Les aliments les mieux utilisés dans l'intestin sont d'origine végétale (le riz, les pâtes faites avec des farines très fines). Des traces seulement de ces> substances se retrouvent dans les fèces. Des résidus plus abondants apparaissent seulement lorsqu'on ingère des légumes frais ou des légumineuses insuffisamment fragmentées. Par contre la viande, qui est une des substances d'origine animale les mieux utifisées, laisse toujours des résidus plus abondants (Praubmiy, Moeller, Kermauner).
Indépendamment des conditions concernant l'aliment lui-même, il faut signaler de fréquentes variations individuelles chez l'homme et les animaux.
Digestibilité des substances albuminoïdes. — La proportion de substance non résorbée pour une alimentation animale (viande^ poissons, œufs, lait, fromage) est faible. Les pertes d'azote par les matières fécales représentent chez le chien 1 à 2 p. 100 de Tazote total.
Chez rhomme soumis à un régime mixte, Tazote éliminé avec les matières fécales est d'environ 10 p. 100 de Tazote total. Pour un régime contenant principalement des aliments végétaux grossiers,.
la perte en azote est, en moyenne, d'environ 23 p. 100 (Tigerstedt) ; la quantité d'azote éliminé par les fèces peut être de 48 p. 100. Les aliments très pauvres en azote ne sont que médiocrement utilisés en ce qui concerne la matière protéique.
Matières albuminoides non résorbées.
Viande de poisson 2,2 à 2,5 p. 100
Lait 2 à 10 —
Pain blanc 20 —
Pain noir 30 —
Légumes 20 à 50 —
Digestibilité des substances hydrocarbonées. — Les
substances hydrocarbonées sont mieux utilisées dans Tintestin que les substances albuminoides. La proportion de ces substances qui échappe aux sucs digestifs né dépasse jamais 15 à 12 p. 100 et se tient le plus souvent autour de 5 à 6 p. 100, à Fexception cependant de la cellulose. Les hydrates de carbone sont mieux utilisés lorsqu'ils sont finement divisés que lorsqu'ils se présentent sous une forme plus grossière.
Cellulose, son rôle. — La cellulose résiste partiellement à Taction des fermenU digestifs et des microbes. Toutefois, elle est en partie décomposée dans Tintestin, probablement sous Tinfluenee de microorganismes, parmi lesquels il faut citer surtout le Bacillus amylobacter, 11 se produit de Tacide carbonique, du gaz des marais, de Tacide butyrique, de Tacide acétique...
L'utilisation de la cellulose est surtout marquée chez les herbivores. Chez rhomme, 25 à 63 p. 100 de la cellulose sont utilisés après Tingestion de carottes, de céleri, de pain de son.
Le rôle de la cellulose est plutôt mécanique que nutritif : il serait d'exciter les contractions intestinales. Un lapin nourri d'aliments privés de cellulose meurt de troubles digestifs (volvulus) (Kniriem).
Digestibilité des graisses. — La graisse est bien utilisée. En moyenne 5 p. 100 seulement échappent à Fabsorption.
La principale circonstance qui influe sur l'absorption digestive d'une graisse, c*est le point de fusion. Les graisses liquides au-dessous de la température du corps peuvent être presque entièrement absorbées : le déchet est de 2 à 3 p. 100.
A mesure que le point de fusion s'élève, le déchet augmente. La stéarine, qui fond à 60® seulement, échappe presque entièrement à la digestion : 90 p. 100. Toutefois, au total, même dans des conditions défavorables, l'utilisation des graisses est encore satisfaisante. Chez un homme auquel on avait donné, pour une période de vingt-quatre heures, 350 grammes de graisse, dont une bonne partie de lard, il apparut seulement 45 grammes de substances grasses dans les fèces.
L'état sons lequel la gnraisse est inc^èrëe a également une grande importance. L'utilisation est la plus parfaite si la graisse est déjà émulsionnée comme dans le lait.
L'existence de membranes d'enveloppe constitue un obstacle à la digestion.
La présence diacides gras libres dans une graisse favorise Témulsion de •celle-ci el par conséquent Tabsorption.
La quantité de Taliment gras a une très grande influence. L'utilisation est meilleure lorsque la quantité diminue et s'approche d'une limite pour laquelle il n'y aurait pas de déchet. La quantité absorbée est d'autant plus grande •en valeur absolue que la quantité ingérée est elle-même plus grande (en tant que l'on ne dépasse pas la capacité digestive de l'intestin, c'est-à-dire que Ton ne produit ni troubles gastriques, ni troubles intestinaux (Dastre).
Forme sous laquelle Valiment gras est rejeté dans les fèces. — L'aliment gras rejeté avec les fèces est sous deux états : à l'état naturel sous lequel il a été offert, c'est-à-dire à l'état de graisse neutre ; en second lieu, à l'état modifié, •c'est-à-dire à l'état d'acides gras libres, de savons acides et de savons terreux. La proportion des graisses modifiées est d'environ un quart par rapport aux graisses non modifîées. La proportion des acides gras libres aux graisses neutres •est assez élevée : 16 à 6 p. 100. Ce mélange réalise les conditions d'une émulsîon permanente. La graisse rejetée est sous une forme presque entièrement absorbable. La question d'absorption est primée par la question de quantité. La faculté absorbante de l'inteslin a des limites rapidement atteintes (Dastre).
Digestlbilité des substances inorganiques. — Les subiîtances minérales s'absorbent en gc^néral moins bien que les substances organiques.
L'état sous lequel se présentent les éléments minéraux aurait une grande importance. Ainsi les composés salins, ferreux ou ferriques à acide minéral ou organique, seraient relativement mal absorbés; Gaule a toutefois retrouvé du fer (combiné probablement aux albumines) dans le canal thoracique chez des lapins auxquels il avait fait ingérer du chlorure de fer en solution diluée. La •clinique montre du reste le succès des préparations ferrugineuses dans la chlorose. Les combinaisons organiques dans lesquelles le fer est dissimulé, engagé •d'une façon particulière qui le soustrait à Faction des réactifs chimiques caractéristiques des sels (sulfocyanates alcalins, ferrocyanure de potassium, sulfhydrate d'ammoniaque), sont mieux absorbées. Lesnucléo-albuminesferrugineuses, telles <{ue celles du jaune d'œuf (hématogène de Bunge) ou du lait, appartiennent à ce groupe. Certaines formes intermédiaires entre le fer dit minéral et le fer •organique ' des nucléo-albumines sont aussi plus ou moins absorbables et utilisables. A celte catégorie intermédiaire appartiennent la ferratine de Marfori et ScHMiEDEBERG, la fcrrinc de Dastre et Floresco, les protéosates el peptonates de 1er. Ces substances donnent plus ou moins lentement les réactions du fer salin.
Vhémoglobine est dédoublée dans le tube gastro-intestinal en hématine et en albumine. La résorption du fer sanguin introduit par les voies digestives n'est pas démontrée (CLŒTrA,VoÏT, Rosenstein; bibliogr. in Berlin, klin. Woch., 1899).
On peut juger l'absorption du fer soit par des dosages comparatifs dans les organes, le sang (Kunkel) ou la lymphe (Gaule) chez des animaux soumis à des régimes différents, soit au microscope sur des coupes de la muqueuse intestinale traitée par le^ sulfhydrate d'ammoniaque (Hochiiaus, Quincke).
Dans le tube digestif, les substances minérales sont dissoutes par les éléments •aqueux ou sous l'influence des avides normalement contenus dans les sécrétions : acides chlorhydrique et lactique. Les carbonates et phosphates de chaux «t de magnésie, le carbonate ferreux, le fer porphyrisé, le kermès, l'oxyde blanc
d'antimoine..., donnent naissance à des chlorures et lactates solubles avec dégagement de GO' pour les carbonates et formation de phosphates acides pour les sels terreux correspondants. De plus, au contact des albuminoïdes et des éléments salins contenus normalement dans les sucs digestifs, les sels métalliques peuvent rester en dissolution sous forme d'albuminates rendus solubles soit par les alcalis (Berzeuus), soit par les chlorures alcalins (Mialhe). C'est ainsi qu'on peut expliquer les phénomènes d'intoxication consécutifs à l'ingestion de certains dérivés du plomb, du mercure, etc.. Laroyenne et Cazrneuve ont observé un cas d'empoisonnement à la suite de l'ingestion de plombs de chasse. Boti'azzi a remarqué que l'ingestion de sels favorise l'absorption des substances protéiques; 4!elles-ci se combineraient avec les sels au niveau de la paroi intestinale et seraient absorbées à cet état.
Influence du mélange des aliments. — Rûbner a montré que l'utilisation des aliments varie dans une certaine mesure suivant qu'ils sont ingérés isolément ou à l'état de mélanges (Handb, d, Emàhrungstherap. u. Diâtetihv. Leyden, I, 4898, p. 121). L'ingestion de substances minérales favorise l'absorption des 4ilbuminoïdes (Bottazzi).
Influence de la caisson sur les aliments. — La cuisson augmente en général la digestibilité des aliments en modifiant leurs propriétés physiques et chimiques. Les aliments deviennent en général plus tendres. La charpente <;ompacte du tissu végétal est détruite. Le contenu des cellules se gonfle; les parois cellulaires formées de cellulose crèvent. Les principes nutritifs et sapides renfermés dans les cellules sont mis en liberté et deviennent plus accessibles à l'action des sucs digestifs. Les fibres musculaires de la viande sont dissociées. L'amidon est hydraté et solubilisé ; dans les fruits charnus, la pectose insoluble •est transformée en pectine soluble. Le tissu conjonctif de la viande est transformé en gélatine ; la fibre musculaire subit elle-même un commencement de digestion. Les albuminoïdes sont coagulées. Enfin, sous l'influence de la cuisson €t surtout du rôtissage, des substances sapides de nature spéciale prennent naissance et donnent aux aliments une saveur et une odeur agréables. Sous l'influence de la cuisson, les aliments s'appauvrissent en sels et en matières «xtractives. Ces substances constituent la sauce ou le bouillon. Certains aliments absorbent de l'eau (purées de légumineuses), d'autres en perdent (viande). Sous l'influence de la cuisson de quelques aliments, il se produit parfois de l'acide •carbonique, de l'hydrogène sulfuré, du mercaptan qui s'échappent (Niemann).
La cuisson a encore pour effet de stériliser les aliments. Elle nous préserve 4iinsi d'une cause de contamination et permet la conservation des aliments. La température ne s'élève que très lentement au milieu des masses alimentaires soumises à la cuisson. Wolffiiugel et Hueppe ayant placé dans l'eau bouillante un morceau de bœuf pesant 3 kilogrammes et l'y ayant fait bouillir pendant deux heures et demie, observèrent qu'à l'intérieur de la viande la température ne s'élevait qu'à 91«-92«, bien que la température dans la marmite fût de 105». Dans le pain, la température s'élève toujours à un degré suffisant pour que le microbe de la fièvre typhoïde soit tué (Arloinc).
Consulter bibl. p. 270: Préparation des aliments, — Cens, aussi Wolfhuoel et Hueppe, MUtk. a, d. k, Gesundheitsamle^ \, 397. — Kisskalt, Arch. f, Hyg,, WXW; Rothwerden d. Fleisches b. Kochen,
Poisons dn tnbe gastro-intestinal. — La présence de substances toxiques dans les cavités digestives et leur rôle dans l'étiologie des maladies ont été mis en évidence surtout par Bouchard.
Origine. — Les poisons du tube gastro-intestinal ont une origine complexe. Les uns viennent tout formés de Textérieur (aliments) ; les autres prennent naissance dans les cavités digestives; une dernière catégorie provient de Torganisme (produits de sécrétion ou d'élimination des glandes digestives ou de rintestin).
1» Poisons tout formés venant de Vextérieur, — Les aliments, même de bonne qualité, contiennent tous des poisons. Bouchard a constaté que les extraits d'organes sont toxiques à des degrés divers. Si on pratique des extraits des différents tissus animaux, tissus musculaire, hépatique, rénal..., on constate que ces tissus cèdent à l'eau salée des pinncipes toxiques que la chaleur détruit en partie. 11 faut utiliser environ 80 grammes de muscles, 34 de foie, 25 de rein (par kilogrammed'animal) pour provoquer des accidents mortels. Ces résultats oscillent avec le choix de l'animal ou de la porte d'entrée, la rapidité de la pénétration, le degré de conservation des viandes employées (Gharrin).
La toxicité des aliments parait due également en partie aux matières minérales. La potasse est très toxique. Le bicarbonate de potasse détermine la mort avec des convulsions violentes à faibles doses (à 5 centigrammes par kilogramme d'animal); les convulsions commencent à la dose de 3 centigrammes. La soude est 44 fois moins toxique que la potasse. Le bicarbonate de soude en solution diluée facilite les hémorragies en rendant le sang plus fluide (Magendie, Gu. Bouchard). De grandes convulsions surviennent à la dose de 1^'',20 par kilogramme d'animal et la mort à 2f^<',50 (Gh. Bouchard). La potasse est surtout abondante chez certains végétaux.
Certains champignons contiennent des alcaloïdes vénéneux. Les aliments altérés peuvent être aussi la cause d'accidents graves. Geux-ci sont surtout fréquents avec les poissons, les moules, les huîtres, les viandes de conserves, le veau trop jeune, la chair des animaux surmenés. En général, la toxicité de ces substances est due à la présence de microorganismes (Badllus botulinus, etc.). Les pommes de terre qui ont germé ou qui sont chargées en chlorophylle peuvent occasionner des empoisonnements dus à la solanine (Grolas).
2? Poisoîis formés dans les cavités digestives. — Ges poisons sont constitués soit par des produits de la décomposition des aliments par les ferments (ferments solubles ou figurés), soit par des substances sécrétées par les parasites de l'intestin.
a. Produits de décomposition des aliments. — Les produits de décomposition des albuminoïdes sont surtout toxiques. Geux qui sont formés par les ferments solubles sécrétés parles glandes digestives sont les moins à craindre. La toxicité des peptones est faible, 1p',50 ou 2 grammes permettent de tuer 1 kilogramme d'animal ; cette tc^icité serait même due, d'après Piquet, à des impuretés. L'action du suc gastrique sur les substances albuminoïdes en présence de l'alcool aboutit à la formation de substances convulsivantes auxquelles il faut attribuer vraisemblablement les symptômes de la tétanie d'origine gastrique (Devic et Bouveret). Les acides amidés : leucine, tyrosine, sont assez peu toxiques ; toutefois, ils peuvent agir par leur masse et leur association. Les savons de soude sont toxiques. Us affaiblissent les mouvements du cœur, diminuent les échanges respiratoires et empêchent le sang de se coaguler (J. Munk) (0,07 d'oléate ou de palmitate de sodium tuent 1 kilogramme de lapin).
L'action des bactéries engendre des poisons plus dangereux. Gaspard, Panum ont montré que les matières putrides prises en bloc sont toxiques. Selmi, Gh. Bouchard ont isolé dans le contenu de l'estomac, de l'intestin ou dans les
fèces, des alcaloïdes dont les attributs s'identifient absolument avec ceux d'un grand nombre de poisons nettement définis qu'on trouve dans les végétaux. On trouve des corps qui agissent exactement comme le curare, la digitale, Tatropine, la strychnine, la conicine, etc. Ces faits doivent fixer l'attention du médecin légiste, car, dans bien des cas, il sera impossible d'affirmer la réalité d'un empoisonnement criminel.
Parmi les substances toxiques qui prennent naissance aux dépens des aliments, par suite de la digestion de ceux-ci, il faut encore citer les acides : acétique, butyrique, sulfhydrique, lactique, oléique, oxalique, palmitique, propionique, stéarique, succinique, valérique...; de l'ammoniaque, des ammoniaques composées, de l'indol, du scatol, du crésol, des phénols (Baumann).
Les quantités de phénol et d'indol sont en raison directe avec l'intensité des putréfactions bactériennes ; toutefois, suivant la nature des agents de putridité, on peut voir prédominer l'une ou l'autre de ces substances.
Le phénol et l'indol sont absorbés au niveau de l'intestin; dans l'organisme, ils se sulfoconjuguent. 11 se forme ainsi du phényl ou de l'indoxyle-sulfate de soude ou de potasse qui s'élimine par le rein.
Parmi les poisons d'origine bactérienne, il faut encore citer les gaz,
La preuve que les aliments sont une des causes principales de la toxicité du contenu intestinal, c'est l'abaissement considérable de cette toxicité dans l'inanition et avec des régimes qui laissent peu de résidus (lait) (Bouchard).
b. Produits sécrétés par les parasites de Vintestin, — Les produits toxiques sécrétés par les bactéries sont de deux ordres : les uns de. véritables alcaloïdes, les autres se rapprochent des diastases, les toxalbumines. La preuve que les microorganismes ont un rôle important dans la genèse des poisons de l'intestin, c'est que ceux-ci diminuent très rapidement sous l'influence de l'ingestion des antiseptiques (Bouchard). Certains aliments, tels que le veau trop jeune, constituent des bouillons de culture particulièrement favorables aux microorganismes.
3^ Poisons éliminés par les glandes digestives et la muqueuse gastro-intestinale. — Les sucs digestifs, salive, suc gastrique, bile, etc., sont toxiques par eux- mêmes. 11 suffit de 0,4 de HGl ou 0,9 de pepsine en solution physiologique pour tuer 1 kilogramme de matière vivante. L'acide lactique est moins toxique. U faut 4 à 5 grammes dilués au dixième. La pepsine provoque des hémorragies, des pancréatites, des digestions de parenchyme... (Charrin, P. Carnot). La toxicité du suc gastripue augmente sous un grand nombre d"influences. Le suc gastrique des épileptiques détermine des phénomènes comateux à la dose de 5 ou 6 centimètres cubes (Agostini). Les pigments, les acides biliaires et leurs dérivés sont également nocifs (Bouchard).
La muqueuse intestinale et les glandes annexes servent d'émonctoîre et éliminent une partie des produits de la désassimilation de l'organisme (Voy. p. 373) ou des poisons introduits dans l'économie. Le virus de la rage, le plomb du saturnin, le mercure, le phosphore, l'arsenic, le cuivre, le bismuth..., s'éliminent par la salive. La bile élimine des toxines (Charrin). La muqueuse digestive est la voie élective par laquelle les substances minérales (mercure, fer, etc.) abandonnent l'organisme. 11 en est de même pour les toxines microbiennes (Charrin, CouRMOM et DoYON, Sanarelli, Lyonnet et Lépine, Guinard), la sueur (Arloing).
Le rôle de l'émonctoire intestinal dans Télimination de certaines substances toxiques est encore attesté par les selles souvent fétides des personnes qui fréquentent les amphithéâtres d'autopsie. Cette fétidité rappelle l'odeur putride des émanations cadavériques (Bouchard).
Témoin de la formation des poisons dans le tube digestif. — La toxicité urinaire est le témoin des fermentations intestinales (Bouchard). (Voy. aussi : Toxicité des fèces, p. 375.)
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