‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 181 sur 226 · D. -- ABSORPTION DES GRAISSES · texte numérisé non relu

D. -- ABSORPTION DES GRAISSES

On est à peu près fixé sur les voies de pénétration de la graisse dans le torrent circulatoire; par contre, on ne connaît pas la forme sous laquelle ces substances traversent la muqueuse intestinale, ni le mécanisme du phénomène.

1. Forme sous laquelle les corps gras sont absorbés. — Dans Tintestin les graisses neutres sont émulsionnées et saponifiées. Il est possible qu'une partie de la graisse neutre puisse être absorbée en nature directement sous forme de fines gouttelettes. On tend néanmoins, assez généralement, à admettre que la graisse neutre ne pénètre dans la muqueuse qu'après son dédoublement^ mais qu'elle est reconstituée et modifiée à son passage, à travers la membrane, A Tappui de cette hypothèse, on peut citer un certain nombre d'observations faites par les histologistes et les physiologistes.

a. Constatations histologiqnes. — Chez un animal auquel on a fait ingérer des fçraisses, tous les éléments cellulaires entrant dans la constitution des

villosités, sauf les fibres musculaires et les cellules caliciformes, sont chargés de gouttes graisseuses occupant leur protoplasma. L'épithélium cylindrique à plateau strié, les cellules connectives, les cellules endothéliales des capillaires embryonnaires et colles des chylifères, toutes les cellules lymphatiques en sont gorgées. Les cellules fixes de la couche sous-glandulaire de la muqueuse et ses cellules lymphoïdes en renferment également. Seules, les cellules des glandes de LiEBERKÎJHN ue renferment jamais de graisse dans leur protoplasma (Ranvier, Kenalt).

L'examen de la muqueuse dUjestive, à des stades différents de la digestion des graisseSf semble indiquer que ces substances ne pénètrent pas en nature et qu'elles subissent au sein de la muqueuse des modifications successives.

En effet, jamais le plateau des cellules cylindriques, ni les lignes de ciment qui réunissent les plateaux entre eux, ne contiennent de granulations graisseuses. Par contre, on trouve généralement une foule de ces granulations très fines rangées en série au-dessous du plateau. Celles-ci arrivent les unes après les autres dans la zone hyaline située immédiatement au-dessus des noyaux sous forme de gouttes huileuses d'inégal volume résultant manifestement de la confluence entre elles des petites granulalions figurées. Puis, au niveau du noyau de chaque cellule, les gouttes huileuses émigrent toutes dans les lignes de ciment interstitiel (Ranyier). — D'après Kreul la graisse apparaît dans les cellules à plateau d'abord sous forme de granulations qui se colorent mal avec l'acide osmique. Plus on s'éloigne du repas, plus ces granulations augmentent de volume et se colorent mieux en noir sous l'influence de l'acide osmique.

6. Constatations physiologiqaea. — La paroi intestinale parait posséder le pouvoir de modifier les graisses et 4e régénérer les corps gras aux dépens des éléments constituants que leur fournissent les produits de la digestion ou qui leur sont amenés artificiellement (Perowozwkoff, Will, ëwald, Munk, Waltber). En effet :

Quand on injecte dans une anse de l'intestin grêle d'un chien un mélange de savons alcalins et de glycérine en solution aqueuse, les globules de graisse apparaissent rapidement dans l'épithélium des villosités et dans les chylifères dont le contenu devient un peu lactescent (Will, expérience sur des grenouilles].

Si l'on met en contact des fragments de la muqueuse intestinale avec un mélange de savon et de glycérine, il se forme de la graisse neutre (Ewald).

La substitution des acides gras à une quantité équivalente de graisse dans la ration d'entretien des chiens ne détermine aucune variation ni dans le poids de l'animal, ni dans l'excrétion d'azote. Le chyle contient des globules de graisse comme dans l'alimentation normale. On admet que cette graisse s'est formée aux dépens des acides gras résorbés; toutefois on n'est pas fixé sur l'origine de la glycérine nécessaire à la synthèse (Mu>k, Walther).

MuNK et RosENSTEix ont constaté qu'après l'ingestion de palmitate de célhyle (blanc de baleine), le chyle contient non du palmitate de céthyle, mais de la palmitine. Le blanc de baleine est donc saponifié et l'acide palmitique s'unit à la glycérine. Les auteurs ont obtenu des résultats analogues avec l'élher amylique del'acideoléiquequi estabsorbé après transfoi-mation en élher glycérique de l'acide oléique (trioléine) (Munk, Rosenstein, Exp. sur une femme porteuse d'une fistule lymphatique et sur des animaux).

Otto Franck a également démontré que les éthers éthyliques des acides gras supérieurs (à l'exception de l'acide stéarique) sont absorbables en grandes quantités par le chien. Avant leur résorption ils sont complètement dédoublés dans

rintestin. On n*en trouve pas trace dans le chyle. Mais il se fait une synthèse de triglycérine au moyen des acides gras et de la glycérine.

Conclusions. — Il est vraisemblable que la graisse subit une série de modilications de la part des différents intermédiaires qui la contiennent avant son arrivée définitive dans les vaisseaux.

Ces modifications relèvent probablement, non seulement de l'activité des cellules épithéliales à plateau, mais aussi de celles des globules blancs, des cellules conjonctives et des cellules de revêtement des capillaires sanguins et lymphatiques.

2. Voies de pénétration dans le système circulatoire. — Les graisses pénètrent dans le système circulatoire^ pour la plus grande part par les lymphatiques; toutefois, une partie pénètre par les capillaires sanguins. Uans les lymphatiques, la graisse se trouve surtout sous forme de graisse neutre finement émulsionnée. Elle constitue le c/njle et donne aux canaux qui la contiennent un aspect laiteux. Ra>'vier a montré que la lymphe a la propriété d'émulsionner la graisse.

L absorption des graisses par les chylifères a lieu surtout à partir du point où le suc pancréatique est déversé dans l'intestin (Cl. Bernard, observation sur le lapin). Toutefois le mélange de la bile parait jouer un rôle adjuvant très important dans le phénomène (Dastre, voy. p. 354).

11 suffit de quantités très faibles de graisse pour donner aux chylifères Taspect lactescent. Claude Bernard a vu le phénomène se produire à la suite de Tinjection de quelques centimèlres cubes d*éther dans les voies digestives avec une seringue dont le piston était à peine graissé.

La présence de la graisse dans les vaisseaux sanguins qui p. j^g ^ ^^

partent de l'intestin a été signalée par Claude Bernard. la veine porte (Vun

Chez les mammifères la quantité de graisse recueillie par poulet en diges-

une fistule du canal thoracique additionnée de celle que ^J^" de graisses et

Ton retrouve dans l'estomac et Tintestin est inférieure à J^ 'îdaprTs^'cL'

celle de la nourriture (Zawii.sky, Walther, Franck). Bernard).

La quantité de graisse, qui passe d'emblée dans le sang Globules du sanc

est surtout abondante chez les oiseaux et les reptiles dont et globules degrais-

Ic système lymphatique est rudimentaire [Vig. 4 43). se émulsionnée.

3. Conditions qui influencent la rapidité et l'importance de Tabsorption des graisses. — L'absorption des corps gras dans rintestin est lente. La rapidité et l'importance de la résorption varient principalement avec le point de fusion de la graisse ; au-dessus de 53° l'absorption est difficile. Ludwig Arnsiieink a classe!^ les graisses à ce point de vue comme suit : les graisses dont le point de fusion est inférieur à la température des corps (graisses

de porc, d'oie, huile d'olives), sont résorbées à 2, à 3 p. 100 près; les graisses dont le point de fusion est un peu supérieur (graisse de mouton, mélange de graisse liquide et stéarine) laissent une perte de 7 à 11 p. 100 ; la perte est de 86 à 21 p. 100 pour celles dont le point de fusion est plus élevé encore. (Voy. p. 377.)

W. GoHissTEiN a montré que la lanoline (fondant à 40°) est cependant rejetée presque entièrement par les fèces. Comme cette substance est très difticilement dédoublée, Tauteur considère que dans la résorption des graisses, il faut surtout tenir compte de la plus ou moins grande facilité avec laquelle celles-ci sont saponifiées.

La bile et les sels biliaires dissolvent les graisses et les acides gras.

11 passe dans le chyle, en outre des produits gras provenant des aliments, des matières grasses qui viennent de Fintestin et des sucs intestinaux et qui sont en partie résorbées (Cl. Bernard, Otto

Franck).

Page 1