E. — ABSORPTION DES GAZ
Les gaz sont facilement absorbés par la muqueuse gastro-intestinale. Cl. Bernard a fait remarquer à ce sujet que Tingestion des gaz toxiques est sensiblement moins dangereuse que leur inhalation (par le poumon). En effet, dans le premier cas, ces substances s'éliminent très facilement par les poumons, sortent du sang avant que celui-ci ait gagné le cœur gauche et n'arrivent pas jusqu'aux organes avec le sang artériel. La loi de la tension partielle donne l'explication de ces faits. (Voy. p. 107.)
Chez certaines espèces animales aquatiques, la partie inférieure du tube digestif se différencie au point d'être le siège d'une véritable respiration.
Absorption des substances insolables. — Les corps solides inertes peuvent franchir la paroi intestinale. Tomasini séquestre une anse intestinale et y dépose à son intérieur des grains d*amidon ou de lycopode. Ces corps pénètrent comme tels et traversent plusieurs couches de la paroi. Comme il se produit un peu d'entérite il est possible que le passage soit dû à de petites érosions. Le calamel est également absorbé en nature à l'état de poudre insoluble (Tomasini, Arch. de bioL îtaL XIX ; Cassaet, Arch. med, exp., IV, 2, 270 ; voir bibliog. : Longet, Traité de Phys.), Marie Wassilieff-Kleimann a observé que si Ton mêle du carmin en poudre (ou de l'encre de Chine) aux aliments, la matière colorante pénètre par les cellules cylindriques et se retrouve dans les plaques de Peyer. Le carmin se dissout et colore les noyaux (Arch. f. exp, Path. u. Pharm,, t. 27, 1890).
Passage des microbes. — Il parait bien démontré que certains microbes peuvent pénétrer dans l'organisme à travers la muqueuse intestinale intacte (voyez ci-dessous les expériences de Chauveau, p. 449 et celles de Dents, p. 239). Dans des expériences schématiques Hensen a constaté que les microbes franchissent certaines membranes qui permettent la diffusion. Les microbes ne
passent pas toutefois à travers toutes les membranes qui permettent la diffusion. On emploie en bactériologie des ampoules en collodion qui s'opposent à la sortie des microbes, mais laissent passer leurs produits de sécrétion.
Sort des toxines et de quelques autres poisons. — Immunité gastrointestinale. — Ghauveau, ârloi^g ont montré que les résultats de Tinoculation d'un microbe pathogène varient pour une part suivant la voie d'introduction. Déposés sous la peau, les virus de la gangrène gazeuse, du charbon symptomatique provoquent une mort rapide; injectés dans le sang, ils se bornent à faire apparaître l'immunité.
Le curare (Cl. Bernard), les venins (Lacerda, Weir Mitciiell, I'^ayrer, Brinton, Calmette), la plupart des sécrétions bactériennes (Cii. Bouchard, Ciiarrin, i888) peuvent être impunément placés dans le tube digestif.
Défense contre les microbes. — L'infection par les voies naturelles de la digestion est fréquente. Chauveau le premier en a donné la démonstration. Ce physiologiste a inoculé la tuberculose à de jeunes animaux de l'espèce bovine en faisant ingérer à ces animaux la substance infectante. Les érosions de la muqueuse ne paraissent pas nécessaires, mais facilitent l'infection. Pasteur, Toussaint ont montré que les spores du bacille charbonneux pénètrent chez le mouton dans la muqueuse des premières voies digestives grâce aux éraillures que produisent les parcelles piquantes ou dures des substances alimentaires souillées par le virus (v. p. 259, 277, 467). L'invasion des bactéries est atténuée' par les sucs digestifs, les composants biliaires, les matières aromatiques (phénol, indol), les gaz antiseptiques, l'absence d'oxygène défavorable aux microbes aérobies, les qualités bactéricides du mucus, la concurrence vitale, les phagocytes, le peu de perméabilité et les propriétés de la membrane, etc. (Ciiarrin). Le sulfocyanate de potassium aux doses où on le trouve dans la salive ne possède aucune action antiseptique (Nicolas et Dubief, I. d, Phys. et Pa, g., 1899)...
Immunité à Tégard des venins et des sécrétions bactériennes. — Le mécanisme de cette immunité est très complexe. 11 est certain que le foie manifeste une protection pour certaines toxines ou du moins pour les parties de ces toxines que l'alcool dissout. Toutefois, au sein même de la cavité intestinale, la plupart des principes bactériens sont modifiés (Ciiarrin).
Exp, — On introduit de la toxine tétanique dans une anse intestinale entre deux ligatures. L'intoxication ne se produit pas. Le liquide intestinal recueilli au bout de quelques heures a perdu sa toxicité; injecté à un autre sujet, il est sans action. Le rôle protecteur du foie n'est pas en cause, car la toxine injectée dans la veine mésentérique provoque ses effets ordinaires (Charrin et Levaditi).
Les moditications subies parles toxines se poursuivent sur une grande étendue (estomac, iléon, duodénum). Dans le duodénum l'expérience est gênée, par ce fait que la muqueuse sécrète à ce niveau des flots de liquide en dehors de la part déversée par le canal cholédique (Charrin et Levaditi).
Causes des atténuations, — a) Les parasites inférieurs vivent au sein des toxines et en évoluant les altèrent (Ciiarrim et Mangin, Metcunikoff). Or dans le canal alimentaire les bactéries, algues, champignons ne font pas défaut. — b) Les ferments solubles sécrétés par les glandes digestives modifient les toxines. Charrin et A. Lefèvrk ont constaté le fait en ce qui concerne la pepsine (v. p. 303, 467.) Nencki, Sieber, SciiouMow-SiEMANOwsKY out reconuu cette influence et l'ont étendue à la bile et au suc pancréatique. Charrin et Levaditi ont montré que la toxine diphtérique perd sa toxicité au contact du tissu pancréatique. La ptyaline et la pancréatine atténuent ou détruisent la toxine tétanique (Carrière).
MoRAT et DuYON. — Physiologie. IV. — 29
La bile, la choleslérine atténuent les venins (Prazer, Phisalix). La ptyaline, la pancréatine, le suc gastrique agiraient de même d'après Wehrhann et Carrière. — c) Les modifications des substances d'origine bacillaire déposées dans le lube digestif varient suivant une infinité de facteurs : choix des sécrétions bactériennes, espèces animales, état des parois. Giiarrin et Gassin, dès 1895, ont montré que la protection de Tintestin fléchit si on supprime l'activité de la muqueuse par des dilacé rations, cautérisations ou coagulations. Ces auteurs ont également réussi dans quelques cas à extraire de la membrane des éléments propres à diminuer la sensibilité à l'infection ou à l'intoxication.
Il est vraisemblable que les toxines ne sont pas complètement détruites dans la cavité intestinale, il est possible qu'elles passent en partie, lentement et par doses fractionnées, ce qui expliquerait pour une part leur innocuité (Charri!<ï. J. de phys, et path. gén., i899 ; Carrière, Biolog,^ i899).
Sort des antitoxines. — On a réussi, dans quelques cas, à faire naître une réelle immunité en introduisant par la voie gastro-intestinale, la culture stérilisée de certains agents (Ciiarrin, Cassin et de Nittis, etc.). Toutefois en général les tentatives n'ont pas été suivies de succès. Carrière a constaté que les antitoxines introduites dans le tube digestif perdent leur activité sous l'influence de la pancréatine, de 1 epithélium intestinal et des microbes. D après Nicolas et F. Arloing, le sérum antidiphtérique, introduit par l'estomac ne semble pas donner d'immunité au cobaye. (Gons. aussi Van de Velde, Arch, de Phys., 1898, 62). Le CURARE franchit pour une part la muqueuse (Cl. Bernard) ; pour une part il est détruit dans la cavité intestinale notamment par les microbes (Carrière).