Formule. — La formule de l'urée est
qu'on écrit encore
=0 ou C0<(
AzH« \AzH«
Constitutioil. — L'urée est une ammoniaque composée^ une amide; c'est la diamide carbonique.
II. Préparation; synthèse. — On peut loblenir par synthèse, en faisant réagir l'ammoniaque sur les éthers carboniques, soit le chlorure de carbonyle, soit le carbonate d'éthyle :
CO.Cli -I- 2AzH3 = CO.(AzH-')« + 2 HCl Chlorure Ammoniaque. Crée. A. chiorhjdrMiae.
de carbonyle.
(:()3(C:»H5)3 + 2AzH3 = CO.(AzH«)« + 2C«H».0H Carboiialo d'étliyle. Ammoniaque. Urée. Alcool.
L'urée peut prendre naissance encore, par action des alcalis sur la créatine, la guanidine, rallantoïne.
On lobtient également comme produit d'oxydation de Tacide urique, de U xanthine, de la guanine, de Toxaraide.
C5H*Az*03 4- O + H«0 = C»H»Az«0* -f CO.{AzHs,« Acide urique. Okvgène. Eau. Alloxanc. Ùr^e.
C20i(AzH3,i j- 0 = C0« + CO.(AzH«)i Oxaniide. Oxygène. Acide Urée,
carbonique.
Transformations. -— a) Décomposition, — Par Faction de Tacide azoteux, des hypochlorites et hypobromites alcalins, Turée est décomposée en eau, azote et acide carbonique. Des procédés de dosage de l'urée ont été fondés sur cette réaction.
b) Hydratation. — L'urée, en fixant de l'eau, se transforme avec la plus grande facilité en carbonate d'ammoniaque. Cette réaction s'opère par action de l'eau à une température supérieure à 140<»; par l'ébullition avec les acides ou les alcalis ; par l'action de certaines bactéries et de leurs diastases.
CO.'AzHâ)» 4- 2H«0 = C03.(AzH*)« Urée. Eau. Carbonale
d'ammoniaque.
L'urée est du carbonate d'ammoniaque moins de Veau.
Conséquences au point de vne énergétique. — Ces données relatives à k constitution de l'urée nous éclairent sur un des points les plus importants de là nutrition et de l'énergétique animale. Elles font ressortir le contraste frappant qui existe, à ce point de vue, entre le carbone et l'azole, dans leur passage à travers l'organisme, depuis les aliments jusqu'aux excrétions.
Le carbone et l'azote, qui sont associés dans la molécule d'albumine, oui des sorts très différents. Le premier, en s'unissant à l'oxygène, devient de Tacide carbonique ; lequel s'élimine, à l'état libre, par le poumon, en presque totalité, sauf une faible part, qui reste combinée à l'ammoniaque, dans l'urée. Le second, déjà uni à l'hydrogène, peut être considéré comme étant déjà à l'état d'ammoniaque dans l'albumine et se retrouve au même état dans l'uiée. Le premier, par son oxydation, dégage de grandes quantités d'énergie ; c'est par excellence l'aliment énergétique, fonction qu*i] partage avec l'hydro^èue, qui s'oxyde également de son côté, pour donner de l'eau. Le second, suivant Jt remarque de Berthelot, traverse l'organisme sans, pour ainsi dire, dégager
L'URLNE. 495
d'énergie. Celle-ci se retrouve dans Turée qui, comme on sait, en contient d'assez notables quantités, qu on fait apparaître en la brûlant dans le calorimètre. — Lorsqu'on parle de Toxydation de Talbumine dans l'organisme, c'est donc son carbone et son hydrogène qu'il faut avoir en vue, mais non son azote : l'azote ne s'oxyde pas chez les animaux.
III. Provenance. — Le problème de Torigine de Vurée dans Torganisme vivant est un des plus importants qui soient pour le physiologiste. Il est subdivisible lui-même en un certain nombre de problèmes particuliers, car il est de nature très complexe. Les données positives recueillies sur la question se rapportent le plus souvent à des solutions de détail. Si nous ajoutons que la provenance de Turée peut être multiple et môme varier suivant certaines circonstances physiologiques, on ne s'étonnera pas des incertitudes dont la question reste environnée et de toutes les lacunes qu'elle renferme.
IV. Origine chimique. — L'urée présente avec certains corps, qui sont dans le sang ou les tissus, et dont certains se retrouvent dans Turine, une parenté évidente, affirmée par sa constitution et les réactions qui permettent de la retirer de ces corps. Tels sont lacide urique et les bases xanthiques, dont on la retire par oxydation, ou les guanidines dites substituées, lacréatine,la créalinine, l'arginine, dont on la retire par hydratation. Celles de ces substances qui passent dans Furine auraient, d'après cela, échappé simplement à leur transformation en urée.
Cette origine pî'ochaine (et même probable au moins pour partie) de Turée laisse intacte la question de son origine première ou é/oif/née^ avec les étapes qui représentent les transformations intermédiaires. — La provenance initiale, toutefois, n'est pas douteuse. Lurée, ainsi que les autres corps organiques azotés de l'urine^ dérive des matières albuminoïdes. Un ensemble de preuves de Tordre à la fois chimique et physiologique ne laisse pas substituer de doute à cet égard.
Préparation on extraction de Tnrée de ralbnmine. — En opérant in vitro Béciiamp a réussi à retirer de petites quantités d'urée de Talbumine, en oxydant celle-ci par le permanganate de potasse.
S LciiTEN BERGER, eu attaquant l'albumine par l'hydrate de baryte, en retira de l'acide carbonique et de l'ammoniaque dans la proportion qui unit ces deux corps dans l'urée, ou encore l'acide oxalique et l'ammoniaque dans la proportion qu'ils ont dans l'oxamide, corps analogue à l'urée. Le groupement urée existe donc dans la molécule d'albumine et nous pouvons admettre que c'est sur ce noyau fondamental que viennent se souder, avec perle d'eau, les autres corps azotés que cette réaction a séparés et qui sont des acides amidés (leucine, tyrosine, alanine, acide asparlique, etc.).
Il est remarquable, d'autre part, que ces acides amidés (en particulier la leu-
cine et la iyrosine) se retrouvent non pas dans Turine, il est vrai, mais dans certains tissus de l'organisme, tels que le pancréas et la raie. Le partage de la molécule d'albumine se fait donc au moins partiellement dans l'organisme, comme il est indiqué par les expériences de la chimie agissant avec ses moyens ordinaires.
Rapport de Tazote au carbone dans les dérivés de ralbnmine. — Ainsi le groupement urée préexiste dans Talbumine; mais il y tient assez peu de place comparé aux acides amidés, qui y coexistent et qui s'en détachent, dans cette attaque avec l'hydrate de baryte aidé de la chaleur et de la pression. Or dans l'organisme c'est le contraire, l'urée représente à elle seule, dans les produits de l'excrétion, la presque totalité de l'azote, à l'inverse des corps amidés qui sont en petite quantité dans l'organisme. Une quantité d'urée supplémentaire devrait donc se former dans l'organisme, pour la transformation de ces acides en urée.
Cette transformation n'a pas été réalisée chimiquement et la comparaison des formules ne lui est pas favorable. Le rapport du carbone à l'azote qui, dans l'urée, est de 1 atome de carbone pour 2 d'azote, est de 9 atomes de carbone pour 1 d'azote dans la tyrosine prise pour exemple parmi ces corps amidés.
On n'est pas autorisé néanmoins à nier cette transformation dans l'organisme et cela d'autant moins que sur les animaux, si on leur fait ingérer de la leucine et de la tyrosine, on voit l'urée augmenter. Mais évidemment la réaction est complexe et procède par destruction et reconstruction. — Il faut du reste que par un moyen quelconque ces corps, dans ces expériences, soient ramenés à l'état d'urée (ou de substances similaires), puisque c'est à cet état que l'azote s'élimine de l'organisme.
Les corps qui dérivent de l'albumine dans rorganisme animal. — Sacrifiant le détail de ces transformations que la chimie pour le moment est impuissante à nous démontrer ou même à nous indiquer, les physiologistes ont déduit de leurs expériences un mode de dédoublement de l'albumine qui leur apparaît le suivant : L'albumine se disloque en deux ordres de corps, les uns exempts d'azote et riches en carbone, tels que la graisse et le glycogène; les autres très pauvres en carbone mais riches en azote, qui sont Curée et ses similaires. Celte dislocation se fait par voie de dédoublement avec fixation d'eau, ce qui justifie l'opinion de ceux qui font naître l'urée d'un processus d'hydratation.
Cette réaction dédoublante libère très peu d'énergie ; celle-ci restant à l'état potentiel dans les corps qui ont ainsi pris naissance. La destination des deux ordres de produits (les uns azotés, les autres non azotés) n'est pas la même. Les graisses et les hydrates de carbone, qui ont ainsi pris naissance aux dépens de l'albumine, sont mis en dépôt dans les organes, dont ils contribuent à former la réserve énergétique et cette réserve sera dépensée par l'oxyda tion de ces substances, au moment de leur transformation en acide carbonique et en eau. — Quant à l'urée elle renferme bien encore, elle aussi, une certaine quantité d'énergie, mais l'organisme animal parait hors d'état de l'utiliser, puisqu'il élimine l'urée telle quelle, sans transformation ultérieure.
V. Évolution chimique de l'albumine. Deux phases successives. — D'après ce qui précède, on voit comment la naissance de Turée est liée à la destruction de Talbumine, en môme temps qu'à la formation des graisses et des hydrates de carbone aux dépens
(le celle-ci ; ou, comme on le dit encore, dans le langage actuel, à la constitution du potentiel énergétique de l'organisme.
L'évolution chimique de l'albumine présente de la sorte deux phases successives ; Tune qui va jusqu'à la formation de Curée ^ terme de Tulilisation de l'azote ; l'autre qui va jusqu'à la formation de l'acide carbonique et de feau, terme de l'utilisation du carbone et de l'hydrogène de sa molécule.
Dans cette dernière phase, l'albumine dépouillée de son azote est réduite au rôle de combustible. Dans la première, la présence de l'azote lui confère une fonction moins bien connue, mais plus essentielle encore et comme primordiale. La molécule déjà énorme et compliquée d'albumine, en se soudant à elle-même, constitue la première ébauche de l'organisation. Cette molécule, en se compliquant, aboutira à des formations visibles au microscope et finalement à nos yeux ; c'est-à-dire qu'avant de se scinder en urée qui s'élimine et en corps ternaires qui s'amassent dans les cellules, elle a formé la trame première et fondamentale du protoplasme et des tissus qui en dérivent.
Renouvellement moléculaire incessant des tissus. — Cette trame, comme tout ce qui est vivant, se renouvelle moléculairement ou parfois même particulairement. Une partie de l'albumine des tissus se disloque sans cesse, pendant qu'elle se reconstitue par les aliments. Cette dislocation élimine la partie azotée, pendant que la partie carbonée est reprise par l'organisme, pour être utilisée comme combustible.
L'urée pendant l'inanition. — Quand un sujet est à l'inanition, le remplacement de l'albumine cesse de se faire, mais la destruction des tissus se continue, témoin l'urée qui s'élimine par les urines jusqu'au moment de la mort. L'animal économise ses tissus autant qu'il le peut ; le chiffre de l'urée pendant la période d'état de l'inanition se réduit considérablement; vers la fin, aux approches de la mort, il se relève, et il y a comme une débâcle de l'urée. L'alimentation est tenue de livrer à l'organisme un minimum d'azote renfermé dans une ration minimum d'albumine, laquelle couvrira une élimination minimum d'urée. La source constante, sinon principale, de ce corps est dans la destruction évolutive des tissus.
L'urée dans l'alimentation. — Chez un herbivore ou un omnivore, l'albumine de l'alimentation a ce rôle de parer d'une façon à peu près suffisante à la reconstitution des tissus ; un supplément de corps ternaires (graisses et hydrates de carbone), que l'albumine est insuffisante à fournir de son propre fonds, lui est apporté du dehors (alimentation mixte).
MoRAT et DoYON. — Physiologie. IV. — 32
Chez un Carnivore^ ces corps ternaires complémentaires de l'alimentation font défaut ou k peu près; il faut donc, qu avec la ration minimum d'albumine, nécessaire à la rénovation évolutive de la trame des tissus, une quantité supplémentaire de ce corps soit fournie du dehors, en vue d'en retirer, par sa décomposition, les graisses et les hydrates de carbone nécessaires à la reconstitution du potentiel énergétique.
La décomposition de cette quantité supplémentaire ne se fait pas nécessairement dans la profondeur des tissus en général, mais dans ceux plutôt qui, comme le foie, sont chargés d'équilibrer la nutrition. 11 en résulte une quantité supplémentaire d'urée, qui s'ajoute à la première et croît avec la ration de l'albumine dans l'alimentation. Les variations quantitatives de l'urée sont liées étroitement au régime alimentaire. Quand ^ dans la ration^ f albumine augmetUe rurée subit un accroissement parallèle.
Formation de l'urée par synthèse dans l'organisme. — En rattachant la formation de l'urée à un processus analytique de décomposition des albuminoïdes, nous affirmons une chose vraie dans son ensemble, mais qui n'exclut pas l'emploi de procédés synthétiques dans son détail. Cette synthèse est mise en évidence quand le corps azoté, qui est fourni du dehors à l'organisme et aux dépens duquel se forme l'urée, est l'ammoniaque par exemple, corps plus simple qu'elle-même, au lieu d'être l'albumine.
Expériences. — Il est facile de montrer, en donnant de Fanomoniaque avec les aliments, chez l'homme et chez les animaux, que ce corps n'augmente dans les urines qu'en très faible quantité, tandis que la plus grande partie s*y retrouve sous forme d'urée (Knieriem, Salkowski, Sciimiedeberg). Chei les animaux à urine acide, ces expériences ne réussissent bien qu'avec le carbonate d'ammoniaque. Lorsqu'on effet on fait ingérer à un Carnivore un sel d'ammoniaque à acide fort, comme le chlorhydrate, sa transformation en urée ne s'opère pas facilement, parce que l'ammoniaque est retenue fortement dans sa combinaison première par son affinité avec le chlore. Chez les animaux à urine alcaline, la transformation est au contraire rendue possible, parce que le sel ammoniac, en présence du carbonate de potasse, forme du chlorure de potassium et du carbonate d'ammoniaque, qui est alors transformé en urée.
11 en résulte de toutes façons que le carbonate d'ammoniaque, ingéré ou formé dans l'organisme, peut y donner naissance à l'urée en se déshydratant. Drechsel admet, entre le carbonate d'ammoniaque et l'urée un terme de passage, le carbamate d'ammoniaque qui contient un équivalent d'eau de moins que le premier et un de plus que le second. La fixation d'eau se ferait en deux temps.
/AzH»
\AzH8
/AzH2 \AzH*
/AzH* = C=0
\AzH*
Urée.
Carbamate
Carbonale
On peut supposer de même que les acides amidés, qu'on trouve dans l'organisme (leucine, tyrosine, etc.) et qui proviennent de Talbumine, subissent une transformation semblable, qui les dédouble en acide carbonique et ammoniaque, lesquels servent ensuite de générateurs à Turée.
VI. Lieux de formation de Turée. — Prévost et Dumas ont fait les premières expériences démontrant que Wirée n'est pas formée par le rein, mais simplement excrété par lui. Ci. Bernard, par deis expériences analogues, consistant en ligature des vaisseaux rénaux ou extirpation des reins, a vu de môme que, après ces opérations qui suppriment la fonction rénale, Turée continue de se former dans l'organisme et s'accumule dans le sang. Elle trouve alors à la surface de rintestin une voie supplémentaire d* élimination. Arrivée dans rintestin, elle subit, au contact de germes venus du dehors, la fermentation ammoniacale; le carbonate d'ammoniaque absorbé par la muqueuse intestinale pénètre dans le sang et s'y retrouve en grande quantité.
Dosage comparatif dans l'artère et la veine rénales. — Gréhant, en dosant l'urée simultanément dans le sang de Tartère et dans le sang de la veine rénale, n'a pas vu qu'il en apparaisse aucune quantité dans sa traversée à travers le rein : d'où la conclusion qu'il ne s'y en forme pas.
Extirpation des reins. — Schrôder, en appliquant une méthode de dosage d'une grande rigueur, a refait les expériences de Prévost et Dumas et de Cl. Bernard, et a observé comme eux l'accumulation de l'urée dans le sang après l'extirpation des reins.
Circulation artificielle. — Pour juger d'une façon plus précise la question du lieu de la formation de l'urée, cet auteur institua des circulations artificielles à travers le rein^ les muscles et le foie. Le sang additionné de carbonate d'ammoniaque et mis en circulation ne s'enrichit pas en urée dans son passage à travers le rein. Il en est de même pour le sang qui traverse les muscles (circulation dans les vaisseaux du train postérieur d'un animal). — Par contre, lorsqu'on fait circuler le sang ainsi chargé d'ammoniaque dans le foie, la quantité d'urée au bout de quelques heures augmente du double au triple. On met ainsi en pleine évidence l'aptitude comparée de ces trois tissus à transformer le carbonate d'ammoniaque en urée.
Si le sang n'a pas été additionné de carbonate d'ammoniaque, on n'observe pas d'augmentation de l'urée, sauf le cas où le sang et le foie proviennent d'animaux en digestion et alors l'augmentation est très faible.
Perturbation de la circulation naturelle. — Si par l'éta-
blissement d'une fistule d'EcK, qui, au moyen d'une boutonnière, établit la communication entre le tronc de la veine porte et celui de la veine cave, on détourne le sang du foie, on voit Tammoniaque augmenter dans les organes et dans l'urine, pendant que l'urée diminue.
Quantités comparées de l'urée dans la veine porte et les veines sus-hépatiques. — En dosant comparativement l'ammoniaque dans le sang avant et après son passage dans le foie, sur le chien, soumis à une alimentation carnée, on trouve qu'une proportion notable d'ammoniaque est retenue par le foie, qui fixe cette substance et la transforme en urée (Nencki, Pawlow, Zaleski). Le foie a pour fonction générale de rétablir, par des réactions compensatrices, l'équilibre chimique du sang et des tissus menacé par l'apport des substances ingérées.
Ablation partielle du foie. — Si l'on enlève des portions plus ou moins considérables du foie chez les animaux, ce qui chez eux est facile à cause de la disposition pédiculée que présentent les lobes multiples de cette glande, par exemple chez le chien, on voit l'urée diminuer dans l'urine en proportion de la grandeur des parties enlevées (Meister).
Données cliniques. — La clinique nous montre des faits confirmatifs des précédents ; dans les cas de cirrhose, d'abcès du foie, de toute lésion capable de diminuer l'activité de cet organe, on voit l'urée diminuer.
11 résulte de tous ces faits que les conditions qui donnent naissance à F urée sont principalement dans Je foie ; ce qui ne veut pas dire que toutes les étapes de la transformation s'y réalisent, ni même que toute l'urée s'y forme; mais tout au moins le foie est le lieu principal où on la voit apparaître,
VII. Variation dans la proportion de Turée. — L'urée et les corps similaires de l'urine représentent la forme de sortie du courant d'azote, dont les albuminoïdes représentent la forme d'entrée. Les totaux des poids de l'azote à l'entrée et à la sortie doivent être forcément égaux dans leur ensemble.
a. Suivant les espèces animales ou le régime. — Ces totaux grandissent ou diminuent on valeur absolue suivant le régime alimentaire, c'est-à-dire suivant que l'albumine représentée dans ce régime est ou simplement suffisante, ou excessive, ou destinée pour une part à couvrir l'absence, dans ce régime, des matériaux ternaires qui y font plus ou moins défaut.
b, Suivantles phasesdes fonctions. — Quant à l'égalité deces totaux (de l'albumine d'une part et de l'urée de l'autre), elle ne peut
oOl
être troublée que momentanément, soit par la constitution hâtive des réserves intérieures quand elles ont été sérieusement entamées, soit inversement par leur dépense quand l'absorption digestive a cessé. Au cours de l'inanition c'est l'arriéré tout entier qui se liquide. Dans l'intervalle d'un nyctémère la quantité d'urée varie ; elle présente des maxima et des minima qui sont réglés par les temps de la digestion.
Variations horaires de Purée après
un repas moyen pris à midi (d'après Tschlbnopf).
HbURES APRiS LB RBPAS
Urée évaluée en grammes
VIII. L'urée et le travail musculaire. — Le travail musculaire, à moins qu'il ne soit excessif, ne modifie pas la quantité d'urée sécrétée. Il en faut conclure de deux choses l'une : ou bien l'albumine du muscle n'éprouve aucune décomposition du fait de l'activité de cet organe ; ou bien ces décompositions existent en réalité, mais les produits azotés de ces dislocations de l'albumine musculaire entrent dans des cycles évolutifs fermés sur eux-mêmes, qui les réutilisent sans les laisser apparaître dans les urines.
IX. Conclusion. — L'évolution chimique de l'albumine dans les organes, ainsi qu'il a été dit déjà plusieurs fois, n'est donc pas liée au développement de l'énergie dans ceux-ci ; elle n'en suit nullement les à-coups plus ou moins irréguliers. Sa marche, au contraire uniforme, la montre bien plutôt associée aux phénomènes beaucoup plus intimes de la construction, de la rénovation, de la conservation, ou en un mot de la nutrition cellulaire.
Dosage de Purée. — L*urée est un des corps que Ton a le plus souvent l*occasion de doser soit en physiologie, soit en clinique. La plupart des procédés employés reviennent à la décomposer en acide carbonique et azote que Ton peut mesurer en volume (la plupart des procédés) ou estimer en poids (procédé de Boymond). •— Le réactif décomposant est tantôt une liqueur alcaline, telle que rhypochlorite de potasse, comme Ta proposé Leconte, mais auquel on a substitué Vhypobromite de soude ; tantôt une liqueur acide, réactif de Millon, acide nitreux, comme dans les procédés de Gréhant et de Boymond. Quand l'urée est décomposée au sein d*une liqueur alcaline, Vacide carbonique reste en solution et Tazote seul est mesuré ; quand c'est en liqueur acide, les deux gaz s'échappent et peuvent être mesurés ensemble, puis dosés séparément par absorption de Tacide carbonique dans Téprouvette qui les contient. Les volumes d'azote et d'acide carbonique doivent être égaux ce qui, dans le pro-
cédé de Gréhant, est un moyen de s assurer que le corps décomposé, qui les a fournis, est bien l'urée et non un autre corps azoté.
Procédé par Vhypohromite de soude. — La réaction qui se produit répond à régalité suivante :
CO.(AzH2)2 + 3BrONa + 2NaOH = C03Na + 3NaBr + SH^O + Az^.
Si Ton
dispose d une petite cuve à mercure, le volume gazeux peut être mesuré dans le tube même où s'opère la réaction et qui est gradué à cet effet. Ce tube uréomètre {Vig. 152), formé de deux parties inégales séparées par un robinet, est d'abord rempli de mercure dans sa grande branche et plongé dans la cuve. La courte branche ouverte en haut sert d'entonnoir pour introduire l'urine d'abord, puis, dans un second temps, le réactif décomposant. En combinant la manœuvre du robinet avec l'élévation du tube dans le mercure, on fait aspirer en quelque sorte successivement les deux liquides, en évitant toute rentrée d'air. Ils réagissent aussitôt. Lorsqu'on suppose, au bout d'un certain temps, que la réaction est achevée, on fait la lecture après avoir égalisé les niveaux du mercure à l'intérieur et à l'extérieur du tube, en déplaçant celui-ci de la quantité nécessaire. Comme dans toute me-
Fig. 152. — Uréomètre d Yvon (*).
Fig. 1Ô3. — Appareil de P. Regnard pour le dosage de Vtire'e \**).
(•) D, cuve à mercure à glace transparente ; A, éprouvette graduée; C,B, entonnoir et réservoir pour faire pénétrer d'abord l'urine, puis le réactif; r, robinet dont la manœuvre permet de faire pénétrer dans l'éprouvette soit le mercure (en plongeanlj, soit l'urine, soit le réactif (en soulevant).
(**) A,T,B, système de deux ballons communicants, dont l'un (A) reçoit Turine et l'autre (B) Thypobromite (10 ce); a, bouchon; bl, tube de communication avec la cloche c dont on Ut (après affleurement du liquide intérieur et extérieur) le niveau.
En penctiant le système de ballons, on mélange l'urine et le réactif; la réaction s'opère.
Nouvelle lecture (après affleurement) du niveau de l'eau dans la cloche.
sure de gaz, il faut tenir compte de la température et de la pression. Un appareil (fig. 153) imaginé par P. Reg.nard permet de se passer de cuve i
mercure en la remplaçant par une éprouvette pleine d*eau. Les deux corps réagissant, Turine (2 centimètres cubes) et l'hypobromite (10 centimètres cubes) sont placés chacun dans un ballon A et B, ceux-ci étant Tun bouché et Tautrc mis en communication avec une cloche graduée plongée dans Teau. En inclinant l'appareil A B on mélange les deux corps pour les faire réagir. L'augmentation du volume gazeux se lit sur la cloche graduée en mettant celleci dans la position d'égalité des niveaux. Par le volume d'azote dégagé on peut calculer Turée détruite.
Pour cela il faut se reporter à son poids qui est donné par la formule :
V est le volume du gaz, a le coefficient de dilatation des gaz, Il la pression barométrique, F la tension maximum de la vapeur d'eau, t la température ; 1,256 le poids d'un litre d'azote à 0^ et 76'^»'»^.
L'hypobromite a le désavantage de ne décomposer l'urée qu'incomplètement et de décomposer en même temps qu'elle d'autres corps azotés.
Pi'océdé au réactif de Millon, — Avec Tacide nitrique nitreux, l'urée seule est décomposée et d'une façon suffisamment complète d'après l'égalité :
C0.(AzHî)8 4- AzO«H + AzO^H = AzOa.AzH*
+ H>0 4-C0»-f Az2
1 gramme de gaz répond à 08^,833 3 d'urée.
Gréqant introduit la liqueur qui contient l'urée dans un récipient où le vide a été fait par la pompe à mercure, puis dans un second temps il introduit le réactif de Millon. — Le mélange d'acide carbonique et d'azote qui résulte de la réaction est extrait par la pompe et mesuré sur la cuve à mercure. On introduit dans l'éprouvette un peu de potasse pour absorber l'acide carbonique et on mesure alors l'azote. Le nombre obtenu doit être la moitié du premier, les volumes des deux gaz étant égaux.
Procédé de Boymond. — Boymond a utilisé le même réactif, mais avec cette différence qu'au lieu de mesurer les volumes il établit le poids des gaz dégagés par une double pesée, l'une avant la réaction, l'autre après, en prenant toute précaution pour que ces pesées soient faites à même température et que l'appareil pour ne pas changer sa densité soit purgé des gaz produits par un courant d'air sec. — On se sert d'un appareil de GEssLER(iig. 154) : par l'ouverture de côté, on
Fig. 154. — Tube de Gessler.
V, corps de Tappareil dans lequel vont réagir Turine introduite par l'ouverture de droite et la liqueur de Millon introduite dans la boule centrale, et qu*on fait couler par le robinet ; R, boule latérale par laquelle s'échappent les gaz en tra* versant de l'acide suKurique qui retient la vapeur d'eau.
fait couler 10 centimètres cubes de l'urine à
analyser; 10 centimètres cubes du réactif de Millon ont été introduits dans la
boule centrale. La première pesée est faite. Par un jeu de robinet on fait tomber
le réactif goutte à goutte sur Turine. Les gaz s*échappent en traversant la boule latérale : dans celle-ci se trouve de Tacide sulfurique qui retient la vapeur d*eau dont ils sont saturés et qui serait entraînée au dehors sans cette précaution. On aide à la réaction en chauffant progressivement; on chasse les gaz par un courant d'air sec et après refroidissement on fait la seconde pesée. La différence des deux poids multipliés par 83,333 donne la quantité d'urée pour i litre.
Transformation de l'urée en carbonate (fammoniaque : a) par la chaleur; dosage alcalimétrique. — Gazeneuve et Hugonnenq, pour doser Turée dans Turine et ses solutions, transforment ce corps en carbonate d*ammoniaque en le chauffant en vase clos (dans un bain d'huile muni d'un régulateur) à la température de il(^ à 180<» pendant une heure environ.
La liqueur recueillie après refroidissement est titrée par l'acide sulfurique normal. Pour 10 centimètres cubes d urine la teneur d'urée est de 3 grammes par chaque centimètre cube d'acide normal.
Il faut savoir que la créatinine est décomposée en carbonate d'ammoniaque en même temps que l'urée.
b) Par les diastases. — La transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque se fait à la température ordinaire sous l'influence de certains ferments, et spécialement du micrococcusureœ, dont la diastase (produit soluble) peut être recueilli par filtration des urines ou d'une solution d'urée ayant fermenté. Ce liquide est mélangé par parties égales avec l'urine à analyser, avec addition d*une petite quantité de carbonate d'ammoniaque. On fait un premier titrage; on fait fermenter à la température de l'étuve ; un second titrage fait connaître par différence la quantité de carbonate d'ammoniaque formé et par là même d'urée préexistante. L'urée seule est transformée.
BIBLIOGRAPIllB.
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