‹ Traité de physiologie (volume 2)Chapitre 50 sur 226 · E. - L'ASPHYXIE DANS LES CONDITIONS ORDINAIRES · texte numérisé non relu

E. - L'ASPHYXIE DANS LES CONDITIONS ORDINAIRES

L'asphyxie, telle que l'observent le médecin ou Thygiéniste, résulte d'un défaut de renouvellement de Tair, ou absolu, comme dans la suffocation, la strangulation, la compression de la trachée, etc.. ou très restreint, comme dans le confinement dans un espace insuffisant plus ou moins étanche. L'asphyxie est plus ou moins rapide, suivant la provision d'air pur laissée à l'organisme. Elle peut être à peu près immédiate, ou se prolonger pendant des heures. Elle se caractérise, suivant les circonstances, par une viciation graduelle du milieu, qui s'appauvrit en oxygène et s'enrichit en acide carbonique. Cette viciation du milieu extérieur a sa répercussion sur le milieu intérieur, dans lequel également l'oxygène diminue, pendant que l'acide carbonique augmente.

Marche de raltèratlon des milieux. — Expérimentalement on peut, à l'exemple de P. Bert, étudier la marche progressive de celte altération, en prélevant dans Fun et l'autre milieux des échantillons sur lesquels on fait Tanalyse des gaz. Lorsque l'asphyxie est lente, sa marche est bien progressive, mais elle n'est pas uniforme, et la valeur de l'altération ne se poursuit pas d'une façon parallèle dans les deux milieux (atmosphérique et sanguin).

a. Altération de Cair. — Les analyses de l'air (dans l'espace confiné où ranimai respire) montrent les trois faits suivants dont on saisit bien la relation : la consommation de l'oxygène va se réduisant graduellement; la production de l'acide carbonique va en diminuant; et la température interne de l'animal va s'abaissant de plus en plus. Sous l'influence de la privation d'oxygène, l'activité vitale se réduit et se rapproche de ce qu'elle est chez les animaux à sang froid. Les graphiques des flgures 23 et 24 rendent sensible aux yeux ce triple changement. Les lignes exprimant la consommation d'oxygène et la production de l'acide carbonique n'y sont pas des droites inclinées, mais des courbes se rapprochant de plus en plus de l'horizontale.

b. Aïtéralion du sang. — L'alléralion du sang suit de son côté une marche spéciale et qui de plus est particulière pour chacun des deux gaz. L'oxygène n'y diminue pas dès le début, mais seulement vers la fin de l'asphyxie. Le sang résiste en quelque sorte à TaUération du milieu extérieur, tant que cette altéra-

Co«*0 Co?

Fi g. 2.3. — Asphyxie lenle en vase clos; altération du milieu atmosphérique (•}.

Kig. 24. — Asphyxie en vase clos; altération du mil. atm. [**).

Fig. 25. — Asphyxie en vase clos; yaz du sanff (***),

{*) Marche de la consommation de l'oxygène (0) et de la production de Tacide carbonique (C0>) étudiée par les changements de composition du milieu. Marche de la température T. Somme des volumes de l'oxygène et de l'acide carbonique (CO* -f- 0).

(**) Marche de raltération du milieu. Proportion des gaz oxygène et acide carbonique et valeur de leur somme aux différents temps (heures).

(•*') Marche de l'altération du sang. Quantité pour 100 aux différents temps : Ox d'oxygène ; CO^, d'acide carbonique ; 0, température.

lion n'en a pas abaissé la tension à une certaine valeur, & partir de laquelle roxyhémoglobine se dissocie. Le graphique, qui exprime la marche de l'oxygène dans le sang, est de la sorte une courbe inverse de celle exprimant la marche de l'oxygène dans l'air (fig. 25).

L'acide carbonique augmente d'abord dans le sang ; puis tout à coup sa quantité diminue. Ce fait, qui n'est pas très facile à expliquer, serait, d'après P. Bërt, constant; il est indiqué sur le graphique de la figure 25 par un rebroussement de la courbe.

Ganse de la mort dans Tasphyxie banale. — La mort est due à la privation d'oxygène : l'excès d'acide carbonique, qui s'accumule dans les milieux extérieur et intérieur, n'y a qu'une très faible part (P. Bert). On appuie cette conclusion sur les faits suivants. Chez le chien, la mort par l'acide carbonique n'arrive que lorsque ce gaz dépasse, dans l'air respiré, la proportion de 30 p. 100 ; or, dans l'air confiné, où l'animal s'est asphyxié, elle ne s'élève jamais au-dessus de 18 p. 100. Pour ce qui concerne le sang, la mort par l'acide carbonique arrive quand la proportion est de 70 a 80 p. 100 ; chez l'animal asphyxié par confinement, cette proportion ne dépasse guère 50 p. 100.

Asphyxie lente. -^ Suivant la capacité des vases ou le temps plus ou moins long employé à réaliser la dépression barométrique,

Tasphyxie sera plus ou moins rapide ou plus ou moins lenlo. En général, répuisement de ^oxyg^ne est d'autant plus complet que celle-ci est plus lente. Aussi, dans les expériences précédentes, suppose-t-on que les mômes conditions étaient réalisées dans chacime d'elles. Cl. Bernard a observé le fait suivant qui rend saisissante cette différence.

Expérience. — Deux moineaux semblables sont choisis; l'un des deux esl soumis à l'asphyxie en vase clos. Au moment où il va succomber, on le retire du milieu vicié par sa respiration, et. après un moment, on le réinti-oduil en môme temps que le moineau témoin. Il semblerait, qu'ayant été soumis à une première asphyxie, il devrait succomber plus tôt que le deuxième moineau. Or il arrive qu'il résisle plus longtemps à l'asphyxie que celui-ci. 11 meurt avec une température plus basse, indiquant un ralentissement de ses fonctions qui nous explique sa consommation moindre d'oxygène dans le même temps, et partant sa survie phis prolongée.

Laulanik, étudiant l'asphyxie en vase clos, dans des espaces d'une capacité suffisante pour que la survie soit de plusieurs heures, a recherché quelle est la marche de l'altération de l'air aux différents moments depuis le début. 11 a remarqué que les accroissements de l'acide carbonique ot les déficits d'oxygène, constatés par des prises faites à intervalles réguliers, vont en s'échelonnant d'abord régulièrement et ne commencent à diminuer qu'à partir du moment où latension de l'oxygène est tombée à 12/100" environ d'atmosphère et où celle de l'acide carbonique s'élève à 6 ou 7/ lOO''* d'atmosphère. Il admet en conséquence que la respiration en milieu confiné peut s'exercer normalement, tant que les tensions de ces deux gaz n'ont pas acquis les valeurs sus-indiquées. Ces tensions indiqueraient le premier début de l'état asphyxique, comme celles des expériences de P. Bert marquent la lin du phénomène au moment où l'animal succombe.

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