F. — HABITATIONS DANS LES HAUTS LIEUX; CLIMATS D'ALTITUDE
S'il est des régions, comme les hauts sommets et les passes qui les séparent, que l'homme ne fait que parcourir accidentellement, il en est d'autres, comme certains plateaux de l'Amérique centrale et de l'Asie, dont rallitude est déjà considérable, « où des populations entières, normalement et régulièrement, vivent, construisent des villes, se groupent en peuples sur ces hauts lieux où des sensations pénibles et parfois insupportables attendent le voyageur... Dans rilimalaya, dans la Cordillère des Andes, des cités populeuses sont bâties à des hauteurs qui dépassent celle de notre mont Blanc où personne n'échappe complètement au mal des montagnes ; au Mexique, des milliers d'hommes habitent à une altitude moyenne (k^ 2 000 mètres, les plateaux de l'Analiuac ; les grandes civilisations des Mayas et des Nahuas ont eu leur maximum de développement
^ntre 2 et 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer » (P. Bert, La pression barométrique).
Adaptation. — En fait, des hommes et des animaux se sont accoutumés à vivre là où les nouveaux venus sont pris de malaise et d'accidents plus ou moins sérieux. Comme dans mainte circonstance analogue, l'organisme, si on lui en laisse le temps, réagit contre la cause de destruction qui le menace, en changeant quelque chose dans les conditions intrinsèques de son fonctionnement, de manière à compenser Tinsuffisance des conditions nouvelles de son milieu extérieur.
Celte compensation pourrait se comprendre théoriquement de diverses façons. 11 ne semble pas qu'elle soit due à une augmentation du nombre ou de lamplitude de mouvements respiratoires qui, d après les observations de JoiRDAisNET, rcstcut assez sensiblement les mêmes que dans les altitudes moyennes ou ordinaires. Par contre, P. Bkrt, mais surtout Regnard, ont observé une augmentation de la capacité reapiratoire du samj des individus soumis à un abaissement de la tension oxygénée pendant un certain temps. L*insuffisance de la tension extérieure de l'oxygène serait donc compensée au moins partiellement par une aptitude du sang à absorber (sous un volume égal) une quantité plus grande d'oxygène; cette compensation se fait dans le rapport de 21 centimètres cubes d'oxygène absorbé (animal adapté) à 10 centimètres cubes (animal ordinaire, cobaye) pour 100 vol. de sang. — Viault, ayant remarqué chez les sujets adaptés une augmentation très sensible du nombre c^s globules rouges et leur remplacement graduel par des globidcs plus petits ou globulins, fait intervenir comme condition adjuvante l'état de division de l'hémoglobine et la multiplication des surfaces de contact qui en résulte avec l'air pulmonaire, d'où rapidité plus grande de son absorption au passage, et saturation plus complète du sang par Toxygène de l'air (Sei.likr).
Le bénéfice est acquis assez rapidement, par un séjour de quelques jours dans les hauts lieux, ou dans tout milieu dans lequel la tension de l'oxygène est abaissée d'une façon quelconque. 11 se reperd avec la même rapidité par le transport du sujet dans un milieu à tension ordinaire (Viault, Sellier).
Tempérament anoxyhémique. — Malgré l'adaptation, la compensation demeure le plus souvent insuflisante, et les sujets restent dans un état d'imminence morbide qui aggrave les maladies dont ils sont atteints (Joirdannet).
Effet cnratifde l'altitude. — Chez Tindividu normal, la compensation ne sunit pas à la perturbation extérieure qui l'avait provoquée. Chez les individus anormes, comme les anémiques, l'expérience apprend que l'effet compensateur est durable. En pathologie, il est, en effet, fréquent de voir le rétablissement temporaire et artificiel d'une fonclion contribuer à son rélablissement définitif.