I. — Air raréfié
Les modifications de la pression l)aromiHri(|iie, avec les conséquences qu'elles entraînent dans les fonctions de l'homme et des animaux, ne ressorlissent pas h des circonstances uniquement
86 LE CONFLÏT ENTRE L*AIll ET LE SANG.
théoriques ou expérimentales. L'homme, dans certains cas, doit les subir et a pu en être victime. 11 faut, comme plus haut, distinguer le cas où Tair est raréfié, de celui où il est au contraire comprimé autour de lui. — Avec P. Rkgnaud, nous appellerons mal cCaltilude Tensemble dos maladies qui surviennent chez l'homme quand il parvient aux hautes régions de latmosphère.
I. Mal des ballons. — Lorsque Taéronaute s*élève dans les hautes régions de l'atmosphère, il traverse des couches d'air do moins en moins denses, dans lesquelles la pression partielle de l'oxygène, décroissant proportionnellement à la pression barométrique, se rapproche graduellement des limites à partir desquelles l'état asphyxique se produit, pouvant aboutira la syncope et à la mort. Ce danger n'est malheureusement pas resté à l'état théorique ; on peut citer des exemples de tels accidents.
En 18G2, Glalsher, aéronautc anglais, en atteignant l'altitude de 8838 mètres, tomba inanimé au fond de sa nacelle, et ne retrouva ses sens que lorsque l'aérostat fut redescendu à une altitude moindre. En 1875, Crocé-Spinelli, Sivel et G. Tissandier s'élevaient, avec le ballon le Zénith^ une première fois à l'altitude de 8 600 mètres ; puis, après une légère baisse, jetant de nouveau du lest une seconde fois à peu près à la môme hauteur. Les trois aéronautes furent pris de syncope; le ballon, abandonné à lui-même, étant redescendu, un seul (Tissandier) revint à la vie, la syncope ayant chez les deux premiers assez duré pour amener la mort.
Théorie; traitement préventif. -— L'explication du mal des aé7*onautes découle étroitement de ce qui a été dit des effets de la diminution de la tension de l'oxygène (dans le cas de raréfaction artilicielle de l'air). Les symptômes sont ceux d'une asphyxie par défaut d* oxygène ^ sans complication d'aucun autre phénomène étranger. — Le remède à ces accidents, et mieux encore le moyen préventif à leur opposer, est de faire respirer à Taéronaute Toxygène pur, emporté en provision dans des ballonnets en suffisante quantité. — Dans l'ascension du Zénith, la montée dans les hautes régions fut trop rapide, et l'oxygène en quantité insuffisante fut respiré trop tard par les aéronautes.
IL Mal des montagnes. — Le voyageur ou rascensionnisle, a mesure qu'il s'él^ve au flanc des hautes montagnes, trouve, comme Taéronaute, des couches de moins en moins denses de latmosphère. La tension partielle de ^oxyg^ne va pour lui également s'abaissani progressivement, et entraîne forcément les mômes conséquences. S(»ulement, les circonstances sont ici plus compliquées ; à Tinfluence propre de l'altitude, qui est essentielle dans la production de ces malaises, se joignent h fatigue due à la marche, le froid des hautes régions, et toutes autres causes capables d'aggraver les symptômes
de Xanoxhyémie^ en épuisant d'avance les réserves en oxygène du sang et des tissus.
Historique. — Cest, diaprés P. Bert, au jésuile Acosta, qui parcourait r Amérique du Sud vers la fin du xvr siècle, qu'il faut rapporter la première mention non douteuse d'un mal spécial à ceux qui voyagent en lieux élevés, qui, notamment, traversent les passes situées à de grandes altitudes, et il le décrit d'une façon très exacte. Comme le remarque encore le même auteur, il fallait, pour que ce malaise spécial finit par être distingué des autres souffrances ou fatigues auxquelles est soumis le voyageur en montagnes, qu'il devint fréquent, et c*est ce qui arriva seulement vers le xv** siècle, lorsque les conquérants espagnols du Mexique et du Pérou poussèrent, en partant de plateaux déjà élevés, leurs expéditions à travers la Cordillère, par des altitudes dépassant celle du mont Blanc, qui devait rester encore longtemps inexploré.
Symptômes. — Le mal des montagnes (le sorroche, le mareo, la 'puna des Espagnols) s'accuse par de la céphalalgie, des nausées, des vomissements pénibles, des vertiges, des bourdonnements d*oreilles, parfois de la somnolence. — En même temps ou peu après (car les symptômes ne suivent pas toujours le mémeordreetquelques-unspeuventfairedéfaut),surviennentroppression, l'accélération de la respiration et du pouls avec tendance à la syncope, et une fatigue musculaire telle que le voyageur est obligé de s'arrêter, pour ainsi dire, à chaque pas. La face est souvent congestionnée, parfois violacée, et il peut survenir des hémorragies. Ces symptômes sont ceux d'une asphyxie par défaut de tension de l'oxygène, asphyxie aggravée par la fatigue de la route.
Les animaux en général, le cheval, le chien, compagnons les plus habituels de l'homme, y sont sujets.
L'altitude à laquelle le mal des montagnes apparaît ne peut pas être fixée d'une façon rigoureuse, car, outre les différences dans les résistances individuelles, diverses circonstances accessoires peuvent intervenir. Dans nos régions tempérées, on ne le voit guère au-dessous de 3500 mètres. Entre les tropiques, il faut en général s'élever à 4000 mètres. — Une certaine accoutumance se fait chez les individus qui font leur séjour habituel des hautes régions.
Il, — Air comprimé.
Pour les travaux qui se font dans le lit des fleuves, au-dessous par conséquent du niveau de Teau, Triger, ingénieur français, est Fauteur d'une méthode, qui consiste à utiliser une pression d*air pour refouler Teau hors de la place où le travail doit s'exécuter. Une cloche métallique est descendue verticalement jusqu'au fond du fleuve, et reçoit par un tuyautage une pression d'air pouvant aller à plusieurs atmosphères. Cet air sort en bouillonnant autour de la cloche, après avoir chassé l'eau de son intérieur. Un système d'éclusage permet l'entrée et la sortie des ouvriers et des matériaux pendant le travail môme.
Accidents dus à la décompression brusque. — Lorsque la pression a été portée à 2, 3 atmosphères et plus autour d'un sujet en expérience ou d'un ouvrier qui travaille (comme il arrive dans le forage des piles de pont ou autres travaux analogues) et que la décompression est faite brusquement, des accidents redoutables peuvent éclater et entraîner la mort, bien que n'ayant rien de commun avec Tasphyxie proprement dite, telle que nous Tavons décrite. La genèse de ces accidents est facile à expliquer. Les gaz de l'atmosphère (oxygène et azote) se sont dissous dans le sang proportionnellement à la pression, suivant la loi de Dalton. Au moment où cette pression vient à cesser brusquement, ces gaz redeviennent libres sur place y dans tout le système circulatoire qu'ils remplissent de bulles, à la façon, peul-on dire, d'une bouteille d'eau de Seltz qui se débouche.
Ces bulles, échelonnées en chapelet dans le système capillaire, y créent une résistance à peu près invincible à la circulation. Le mécanisme de la mort est, à ce point de vue, semblable à celui de l'entrée de l'air dans les veines, et l'azote y a la plus grande part, parce qu'il n'a pas de tendance comme l'oxygène à faire des combinaisons qui l'éliminent. Sans être soudaine, la décompression peut ôlre souvent trop rapide et amener des accidents du môme genre, quoique moins graves; le seul remède efficace est une recompression suivie de décompression lente, pour laisser aux gaz dissous le temps d'être élimines.